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Histoire de voyage dans le temps 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Le cadran du temps et la lampe aux jours fragiles

Noé et Inès découvrent un cadran temporel qui les transporte en Grèce antique, où ils doivent observer une fête mystérieuse et respecter des règles strictes pour ne pas perturber les points d’ancrage du temps.

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Un garçon de 12 ans, visage rond et taches de rousseur, cheveux châtain courts en bataille, expression paniquée mais déterminée, tient le socle d’une grande lampe en terre cuite pour l’empêcher de basculer; à ses côtés Inès, 12 ans, queue de cheval noire, regard malicieux mais inquiet, tire doucement une corde pour sécuriser la lampe; Thalès, garçon d’environ 12 ans à la peau bronzée et couronne d’olivier, sourit et appelle des voisins pour renforcer les cordes; la grande lampe décorée d’une spirale et d’émail rouille est posée sur un socle de pierre entouré de cordes et de petites lampes allumées; place pavée bordée de colonnes blanches, oliviers et villageois en toge en arrière-plan, crépuscule aux lumières dorées et ombres longues, un ruban bleu vif au poignet du garçon effleure la lampe en produisant un éclat bleu, composition centrée et cadrage serré avec textures aquarelle. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le cadran sous l'escalier

À douze ans, Noé avait une façon bien à lui de regarder les objets. Il ne voyait pas seulement une vieille boîte à outils ou une étagère bancale. Il voyait des possibilités. Son père disait souvent : « Noé, tu as des mains de bricoleur et une tête de rêveur. Essaye de les faire travailler ensemble. »

Ce mercredi-là, Noé explorait le débarras de l'immeuble, un endroit qui sentait la poussière tiède et le carton mouillé. Sous l'escalier, derrière une porte grinçante, il repéra une malle en bois, cerclée de métal.

— Tu cherches un trésor ? demanda une voix derrière lui.

C'était Inès, sa meilleure amie. Elle avait le regard vif et une queue de cheval qui bougeait comme un point d'exclamation.

— Peut-être, répondit Noé. Ou juste des toiles d'araignée très rares.

Ils rirent. Noé souleva le couvercle. À l'intérieur, posé comme un animal endormi, il y avait un objet rond, grand comme une assiette, avec un cadran et des aiguilles. Pas une montre normale : les chiffres étaient remplacés par des symboles gravés. Au centre, une petite plaque portait des mots en français, comme une consigne collée sur une machine.

Noé souffla la poussière. Inès se pencha.

La plaque disait :

« CADRAN CHRONOLOGIQUE — Usage responsable.

1. Choisir une date.

2. Ne pas toucher aux “points d'ancrage”.

3. Revenir avant que l'aiguille bleue atteigne la fin.

4. Ne jamais laisser d'objet du présent dans le passé.

5. Ne jamais ramener d'objet du passé dans le présent. »

Inès cligna des yeux.

— C'est une blague. Il manque juste “signé : un magicien”.

Noé, lui, sentait son cœur cogner comme un tambour. Il tourna l'objet. Sur le côté, une manette et une petite lumière bleue. À l'arrière, une trappe avec… un compartiment vide.

— Un compartiment à sandwich temporel, plaisanta Inès.

Noé attrapa un papier et un crayon tombé d'une boîte.

— On note les règles. Si c'est vrai, on ne joue pas avec ça n'importe comment.

— Toi, responsable ? Tu m'étonnes, monsieur “je démonte la radio pour voir si elle marche mieux sans ses vis”.

— Ça, c'était… une expérience.

Noé posa le cadran au sol. Les symboles sur le cercle semblaient attendre quelque chose. Il remarqua une petite gravure près de la manette : un casque grec.

— Regarde ! s'exclama-t-il. On dirait… la Grèce antique ?

Inès plissa les yeux, intriguée malgré elle.

— Tu ne vas quand même pas…

Noé sourit, un sourire qui disait : « J'ai déjà commencé dans ma tête. »

— Juste un essai. On garde les règles. On observe. Et on revient.

Inès croisa les bras, puis soupira.

— D'accord. Mais si on se retrouve poursuivis par un philosophe en colère, je te laisse parler.

Noé posa son doigt sur la manette. La lumière bleue s'alluma, fine comme une luciole.

— Choisir une date, murmura-t-il. Bon… Grèce antique, pendant une fête.

Il tourna doucement l'anneau. Les symboles glissèrent. L'air dans le débarras sembla devenir plus léger, comme si on avait ouvert une fenêtre sur un autre monde.

Et soudain, une porte invisible apparut, dessinée par une lueur pâle, juste devant eux. Une vraie porte, simple, avec une poignée.

Noé et Inès se regardèrent.

— On y va ensemble, dit Noé.

— Ensemble, répéta Inès. Et on revient.

Noé attrapa le papier avec les règles. Ils inspirèrent.

Puis ils poussèrent la porte lumineuse.

Chapitre 2 — La fête aux couronnes d'olivier

La lumière les avala, puis les recracha dans un éclat de soleil.

Noé cligna des yeux. Le ciel était d'un bleu net, sans fil électrique, sans avion. Autour d'eux, des collines beige clair et des oliviers tordus. Et surtout… du monde. Beaucoup de monde.

Des enfants couraient, pieds nus, en riant. Des hommes portaient des tuniques, des femmes des robes longues. Une odeur de pain chaud et d'herbes flottait. Quelqu'un jouait de la flûte. Des guirlandes de feuilles d'olivier pendaient entre des colonnes blanches.

— On est… vraiment… là, souffla Inès.

Noé sentit un frisson d'émerveillement. Le sol sous ses baskets était une poussière fine. Il remarqua tout de suite un détail : leurs vêtements modernes. Ça jurait.

— Plan urgence : discrétion, murmura-t-il. On trouve de quoi se couvrir.

Ils avancèrent en essayant de paraître… normaux, ce qui était difficile quand on a un sweat à capuche au milieu de toges. Heureusement, la fête était bruyante. Une procession passait : des jeunes portaient un grand panier décoré, et une foule chantait.

— C'est une fête pour qui ? demanda Inès.

— Peut-être pour une déesse, dit Noé. Athéna ? Ou Dionysos ?

Inès le regarda.

— Tu as révisé l'histoire ?

— J'ai regardé un documentaire. Ça compte.

Un garçon de leur âge s'approcha. Il avait les cheveux bouclés, la peau bronzée, et une couronne de feuilles sur la tête. Il les observa comme on observe deux poissons qui auraient oublié l'eau.

— Vous… vous venez d'où ? demanda-t-il dans un grec rapide.

Noé et Inès échangèrent un regard paniqué.

Puis, comme si le cadran avait prévu le coup, les mots devinrent clairs, comme s'ils les comprenaient depuis toujours. Noé répondit, étonné d'entendre sa voix former des phrases grecques sans effort.

— De loin. Nous sommes… des invités.

Le garçon sourit, ravi.

— Parfait ! On manque toujours d'invités. Je m'appelle Thalès. Enfin… pas le vieux savant, hein. Moi, c'est Thalès le jeune.

Inès étouffa un rire.

— Je suis Inès. Lui, c'est Noé.

Thalès les entraîna vers un stand où une femme distribuait des petits gâteaux au miel.

— Aujourd'hui, c'est la fête des Lampes, expliqua-t-il. On remercie les dieux pour la lumière qui guide. Ce soir, on allume des lampes partout. Et il y a des épreuves ! Courses, devinettes, musique. Le gagnant reçoit une coupe.

Noé sentit l'aiguille bleue du cadran, caché dans son sac, vibrer légèrement, comme un rappel silencieux.

— On doit rester observateurs, chuchota-t-il à Inès. Pas d'objets. Pas de changements.

Inès attrapa un gâteau et le fixa.

— Ça, c'est un objet du passé. Si je le mange, je le ramène dans le présent ?

— Non, tu le transformes en… toi, répondit Noé, très sérieux.

Inès leva les yeux au ciel.

— D'accord, monsieur le professeur. Mais c'est bon.

Ils suivirent Thalès à travers la foule. Sur une place, une grande statue brillait au soleil. Des gens accrochaient des rubans et des petites offrandes.

— Ne touchez pas aux points d'ancrage, murmura Noé en relisant sa feuille. C'est quoi, un point d'ancrage ?

Inès désigna la statue.

— Peut-être des choses importantes. Les trucs qui tiennent l'histoire en place.

Noé hocha la tête. Il se promit de garder ses mains dans ses poches.

Thalès, lui, avait une énergie contagieuse.

— Vous devez participer à une épreuve ! C'est la règle de la fête : tout le monde essaie au moins une fois. Sinon, ça porte malheur. Et on n'a pas envie de se fâcher avec les dieux.

Inès souffla :

— Les dieux ont donc une liste d'inscription.

Noé sourit. Il aimait bien Thalès. Il n'avait pas l'air dangereux. Juste… très enthousiaste.

— Quelle épreuve ? demanda Noé.

Thalès pointa un cercle de pierres où un homme faisait tourner un disque en bronze.

— L'épreuve de l'aiguille : il faut faire pointer l'aiguille exactement vers la lampe du centre. C'est un jeu de précision.

Noé sentit son ventre se serrer.

Une aiguille. Une lampe au centre. Ça ressemblait trop à leur cadran.

Et au milieu du cercle de pierres, il vit un objet posé sur un socle : une lampe ancienne, sculptée, ornée d'un motif en spirale. Les gens la regardaient avec respect.

Noé se rappela la règle numéro 2. « Points d'ancrage. »

Il recula d'un pas.

— On ne devrait pas…

Mais Thalès lui tapa amicalement l'épaule.

— Allez ! Tu as l'air sérieux. Les sérieux gagnent souvent.

Inès se pencha vers Noé.

— On peut participer sans toucher à la lampe. Juste au disque, non ?

Noé inspira. Être responsable, ce n'était pas dire non à tout. C'était agir avec prudence.

— D'accord, dit-il. Mais on fait attention.

Thalès applaudit.

— Parfait ! Suivez-moi !

Chapitre 3 — Le paradoxe du ruban bleu

Noé se retrouva devant le disque en bronze. Il était posé sur un support, avec une petite aiguille mobile. Le but : lancer le disque, puis arrêter l'aiguille au bon moment, pour qu'elle pointe vers la lampe centrale.

L'homme qui organisait l'épreuve, un grand type à la barbe impressionnante, expliqua :

— La lumière guide les pas justes. Si votre main tremble, votre cœur tremble.

Inès murmura :

— Super. Pas de pression.

Thalès passa en premier. Il lança le disque avec enthousiasme… l'aiguille s'arrêta trop tôt. La foule rit gentiment.

— À toi, invité de loin ! dit l'organisateur en regardant Noé.

Noé posa ses doigts sur le bronze. Il se concentra. Il pensa aux règles, à l'aiguille bleue du cadran qui tournait quelque part dans son sac. Il lança.

Le disque tourna avec un chuintement. L'aiguille vibra. Noé attendit… puis posa sa main pour la freiner doucement.

L'aiguille s'immobilisa pile en direction de la lampe.

Un “Oh !” traversa la foule, comme une vague.

Thalès ouvrit la bouche, impressionné.

— Tu as le geste d'un artisan !

Noé rougit. Il n'avait pas envie de se faire remarquer trop. Mais l'organisateur lui accrocha une petite bande de tissu bleu au poignet.

— Pour le meilleur lancer du matin, dit-il. Tu reviendras ce soir pour la finale.

Noé fixa le ruban. Bleu, comme l'aiguille du cadran.

— Merci, dit-il prudemment.

Ils s'éloignèrent. Inès lui souffla :

— Tu sais que tu viens de devenir “le gars au ruban”. Discret, vraiment.

— Ce n'était pas prévu, répondit Noé. Mais ça reste un ruban. Rien d'historique.

Ils traversèrent un coin plus calme, derrière un temple. Là, une petite fontaine coulait dans un bassin de pierre. Des pièces de métal brillaient au fond.

Inès se pencha.

— Des gens jettent des pièces pour faire des vœux.

Noé se figea.

— On n'a pas de pièces d'ici.

Inès sourit, malicieuse, et sortit de sa poche une pièce de un euro.

Noé attrapa son poignet.

— Non ! Règle numéro 4 : pas d'objet du présent dans le passé.

Inès se vexa un peu, puis regarda la pièce.

— C'est juste une pièce. Personne ne saura.

Noé secoua la tête, ferme.

— Justement. C'est comme ça que les histoires dérapent. Imagine : quelqu'un la trouve, la garde, la montre. Ça devient un mystère. Ça change des décisions. Un petit détail peut faire une grande bosse dans le temps.

Inès le fixa, puis souffla.

— D'accord, monsieur “bosse dans le temps”. Je la garde.

Elle remit la pièce dans sa poche. Mais son geste attira l'attention. Un enfant plus petit, curieux, les observait. Il s'approcha, yeux brillants.

— C'est quoi, ce métal ? demanda-t-il.

Noé sentit un frisson. Voilà le début des complications.

— Rien, dit Inès vite. Un caillou brillant. Regarde, on a mieux.

Elle arracha délicatement une feuille d'olivier et la donna à l'enfant.

— Tiens, pour ton vœu. C'est la lumière des arbres.

L'enfant sourit et partit en courant.

Noé souffla, soulagé.

— Bien joué.

Inès haussa les épaules.

— Je suis responsable… quand ça m'arrange.

Ils reprirent leur chemin vers la place. Le soleil descendait un peu. Les préparatifs du soir commençaient : on disposait des lampes partout, comme des petites lunes en terre cuite.

Thalès revint en trottinant.

— On vous cherche ! La finale ce soir sera spéciale. On dit que la grande lampe du centre… celle avec la spirale… est un point d'ancrage. Personne ne doit la déplacer. Mais il y a une rumeur : un garçon maladroit l'a déjà fait tomber une fois, et tout le monde a eu l'impression que la journée s'était répétée.

Inès fronça les sourcils.

— Une journée qui se répète ? Comme… une boucle ?

Thalès haussa les épaules.

— Les adultes disent que c'est une légende. Mais moi, j'ai rêvé cette nuit que je perdais ma sandale dix fois.

Noé sentit son ruban bleu serrer son poignet. Il pensa à leur cadran, à ses aiguilles. Les paradoxes n'étaient peut-être pas que des histoires.

— On doit être très prudents, dit-il à Inès. Surtout près de cette lampe.

— Message reçu, capitaine Chrono.

Ils suivirent Thalès vers une allée bordée de colonnes. La foule grandissait. La musique aussi.

Et au loin, Noé aperçut la grande lampe à spirale, posée sur son socle, entourée de cordes. Comme si elle était au centre d'un cercle invisible.

Noé déglutit.

— Point d'ancrage, murmura-t-il.

Et, comme pour confirmer, il sentit une vibration dans son sac. L'aiguille bleue, là-bas, semblait impatiente.

Chapitre 4 — La lampe qui ne doit pas bouger

Le soir tomba avec douceur. Les lampes s'allumèrent une à une, et la place devint un ciel renversé. Des points de lumière dansaient sur les visages. On entendait des rires, des chants, et parfois le claquement sec d'un tambour.

Noé, Inès et Thalès se retrouvèrent près du cercle de pierres pour la finale. L'organisateur à la barbe imposante leva les bras.

— Que la précision soit votre amie ! L'aiguille doit pointer vers la grande lampe sans jamais la toucher !

Noé serra les dents.

— Sans jamais la toucher, répéta-t-il.

Inès chuchota :

— C'est presque écrit pour nous.

Les finalistes étaient trois : Thalès, Noé, et une fille plus grande, très concentrée, nommée Myrto. Elle avait les yeux d'un aigle et le calme d'un lac.

Le premier tour passa. Thalès fit de son mieux, mais l'aiguille s'arrêta un peu à côté. Myrto fit un lancer parfait. La foule applaudit.

Noé s'avança. Il respira. Il lança le disque. Il attendit le bon moment. Il posa la main… et l'aiguille s'arrêta exactement.

La foule cria joyeusement. Myrto le regarda, surprise, puis sourit avec respect.

— Bien, dit-elle.

Noé s'inclina un peu, gêné.

À ce moment-là, un petit garçon — celui de la feuille d'olivier — courut entre les adultes, poursuivant une sandale qui lui échappait. Il trébucha près des cordes qui entouraient la lampe à spirale.

— Attention ! cria Inès.

Trop tard. Son pied accrocha une corde. La corde se tendit. Le socle trembla.

Noé vit la lampe vaciller, comme un équilibre sur un fil.

Sans réfléchir, il bondit. Il posa les mains sur le socle pour le stabiliser.

Le socle se figea. La lampe ne tomba pas.

Mais au moment où Noé la sauva… son ruban bleu se prit dans une aspérité du socle. Il se tendit. Et dans le même mouvement, le ruban effleura la lampe.

Un simple effleurement. Un rien.

Pourtant, la flamme de la lampe cligna, comme un œil surpris.

Le monde sembla hésiter.

Le chant de la foule se répéta sur la même note. Un rire revint en arrière. Une main applaudit deux fois la même seconde.

Inès attrapa le bras de Noé.

— Noé… tu as vu ?

Noé sentit la panique monter, mais il l'écrasa comme on écrase une étincelle avant l'incendie.

— On a touché un point d'ancrage, souffla-t-il.

Thalès, lui, regardait autour de lui, perplexe.

— Pourquoi j'ai l'impression… qu'on a déjà fait ça ?

Le petit garçon récupéra sa sandale et s'enfuit, sans comprendre.

Myrto s'approcha, très sérieuse.

— La lampe n'aime pas être frôlée, dit-elle. Mon grand-père dit qu'elle garde l'ordre des jours.

Noé recula lentement. Il sentit la vibration du cadran dans son sac devenir plus forte, comme un avertissement.

Inès chuchota :

— On fait quoi ?

Noé pensa aux règles. Revenir avant que l'aiguille bleue atteigne la fin. Ne pas toucher aux points d'ancrage… trop tard. Mais on pouvait réparer, ou au moins limiter la casse.

Il regarda la lampe. Elle brillait, stable, mais l'air autour semblait… un peu froissé, comme une page qu'on a trop manipulée.

— On doit s'éloigner, dit-il. Et vérifier le cadran. Tout de suite.

Ils s'écartèrent du cercle de pierres. Derrière une colonne, Noé ouvrit son sac. Le cadran était tiède, presque vivant. L'aiguille bleue avançait, plus vite qu'avant, comme si elle avait été vexée.

— Elle accélère, dit Inès.

Noé hocha la tête, le front plissé.

— Le temps n'aime pas quand on le bouscule. Il nous donne moins de marge.

Thalès les rejoignit, inquiet.

— Vous avez une tête de gens qui cachent une chèvre sous leur tunique, dit-il.

Inès eut un petit rire nerveux.

— Pas de chèvre. Juste… un problème.

Noé inspira.

— Thalès, écoute. La lampe est importante. Vraiment. Il faut que personne ne la touche. Même un ruban.

Thalès regarda le ruban bleu au poignet de Noé.

— Ce ruban ?

Noé le détacha délicatement.

— Je vais le rendre. Et… je vais m'excuser auprès de la lampe. Sans la toucher. Juste… en remettant les choses en ordre.

Inès le fixa.

— Tu vas parler à une lampe ?

— Non, répondit Noé. Je vais parler aux gens. Je vais faire en sorte qu'ils la protègent mieux. Responsabilité.

Thalès cligna des yeux, puis hocha la tête comme si c'était logique.

— D'accord. On peut mettre plus de cordes. Et des gardes. Enfin… des cousins costauds.

Noé sourit malgré la tension.

— Parfait. Des cousins costauds, c'est très scientifique.

Ils retournèrent vers la place, là où l'organisateur annonçait déjà le prochain tour. Noé leva la main.

— Attendez ! s'écria-t-il.

Tout le monde se tourna. Noé sentit ses joues brûler.

— La corde… elle est trop basse, dit-il en grec. Un enfant a failli faire tomber la lampe. Il faut la protéger davantage. Pour que la lumière guide bien.

L'organisateur fronça les sourcils, puis regarda le socle.

— Il a raison, dit Myrto calmement. Ce n'est pas une simple lampe.

Les adultes murmurèrent. Thalès appela deux grands garçons. En quelques minutes, ils renforcèrent le cercle de cordes, plus haut, plus visible.

Noé recula, soulagé.

Inès souffla :

— Tu viens de convaincre des adultes du passé. C'est le vrai voyage impossible.

Noé sourit, mais son regard revint au cadran dans son sac. L'aiguille bleue avançait encore.

Il fallait rentrer bientôt.

Chapitre 5 — Le retour au bon moment

La fête continua, plus sûre. Les lampes brillaient comme des étoiles rangées. On reprit la finale, mais Noé n'avait plus la tête à gagner une coupe. Il observait surtout la grande lampe, de loin, sans la quitter des yeux.

Thalès, lui, participait en sautillant.

— Si je gagne, je demande une sandale neuve, annonça-t-il.

Myrto gagna finalement l'épreuve, avec une précision impressionnante. La foule applaudit. On lui remit une petite coupe en terre cuite. Elle leva la coupe vers la grande lampe, en signe de respect, sans s'approcher.

Noé se sentit rassuré. L'ordre semblait revenu.

Inès le tira par la manche.

— On doit y aller. Ton cadran va finir sa course.

Ils s'éloignèrent vers une ruelle calme, entre des murs de pierre. La musique de la fête devenait lointaine, comme un souvenir déjà en train de se ranger.

Thalès les suivit, intrigué.

— Vous partez ? Mais la fête n'est pas finie !

Noé regarda ce garçon du passé qui venait de devenir un ami d'une soirée. Il aurait voulu lui expliquer mille choses : les avions, les satellites, les bibliothèques pleines de livres sur la Grèce. Mais il se souvenait de la règle : ne pas bousculer.

Il choisit des mots simples, vrais, mais sans danger.

— On doit rentrer. On vient de loin. Et… on a appris quelque chose.

Thalès sourit, un peu triste.

— Quoi ?

Noé réfléchit, puis répondit :

— Que la lumière, ça ne sert pas seulement à voir. Ça sert à faire attention. Quand on a quelque chose d'important entre les mains, même un petit geste compte.

Inès ajouta :

— Et que jeter une pièce pour un vœu, c'est tentant, mais on peut aussi faire un vœu en agissant bien. Ça marche mieux.

Thalès les regarda, impressionné comme si c'était une devinette.

— Vous parlez comme des adultes… mais sans les rides.

Noé rit.

— Merci… je crois.

Il sortit le cadran. Dans l'ombre de la ruelle, la lumière bleue dessinait à nouveau la forme d'une porte. L'aiguille bleue n'était plus très loin du bord du cadran.

Thalès recula, bouche ouverte.

— C'est… quoi, ça ?

Inès prit une inspiration.

— Disons… une porte très spéciale. Et on ne peut pas la laisser ouverte.

Thalès s'approcha, mais Noé leva la main, doux et ferme.

— Ne t'approche pas. C'est… dangereux pour l'ordre des jours.

Le garçon hocha la tête, sérieux d'un coup.

— Comme la lampe.

— Oui, dit Noé. Comme la lampe.

Noé retira le ruban bleu de sa poche. Il hésita. Le rendre à l'organisateur ? Mais retourner sur la place prendrait du temps. Et l'aiguille bleue avançait.

Il prit une décision responsable : ne rien transporter de ce temps vers le sien. Il attacha le ruban à une branche d'olivier, dans la ruelle, bien visible.

— Voilà. Il restera ici. C'est juste un ruban, mais il appartient à cette soirée.

Inès approuva d'un signe de tête.

Thalès toucha le ruban du bout des doigts, comme s'il comprenait le geste.

— Je dirai que c'est un signe de chance, murmura-t-il. Pas de magie, juste… un souvenir.

Noé sourit.

— Un souvenir, c'est parfait.

Ils se tournèrent vers la porte de lumière. Noé regarda une dernière fois la ruelle, les pierres, le ciel antique, et Thalès.

— Au revoir, dit-il.

— Au revoir, répondit Thalès. Revenez… non, ne revenez pas. Sinon, ça ferait des nœuds.

Inès rit.

— Sage décision.

Noé et Inès franchirent la porte.

La lumière les enveloppa, fraîche comme de l'eau.

Puis, d'un coup, ils retrouvèrent l'odeur du débarras : poussière, carton, et un peu de rouille. La porte lumineuse était encore là, mais plus faible, comme une lampe en fin d'huile.

Noé sortit le cadran. L'aiguille bleue atteignait presque la fin.

— Maintenant, dit-il.

Il abaissa la manette. La lumière se replia sur elle-même, comme un rideau qu'on ferme.

La porte se referma doucement.

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Débarras
Pièce où l'on range des objets qu'on n'utilise pas souvent.
Malle
Grande boîte en bois pour stocker ou transporter des objets.
CADRAN CHRONOLOGIQUE — Usage responsable.
Étiquette d'un appareil qui indique comment l'utiliser avec précaution.
Points d’ancrage
Éléments importants qui maintiennent quelque chose en place dans le temps.
Point d’ancrage
Un seul élément important qui tient l'équilibre ou l'ordre des choses.
Aspérité
Petit relief ou bosselure sur une surface rugueuse.
Socle
Support solide sur lequel on pose une statue ou un objet important.
Spirale
Forme qui tourne autour d'un centre, comme un escargot.
Paradoxe
Situation où deux choses vraies semblent se contredire entre elles.
Offrandes
Objets ou dons faits aux dieux ou à une personne pour montrer du respect.
Procession
Groupe de personnes qui marchent lentement ensemble pour une cérémonie.
Tuniques
Vêtements simples et longs portés dans l'Antiquité.
Couronnes d’olivier
Anneaux faits de feuilles d'olivier, symbole d'honneur ou de paix.

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