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Histoire de voyage dans le temps 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le flocon du temps de Borealis-Cité

Léonie découvre un livre mystérieux qui la transporte dans une cité polaire du futur où, guidée par des habitants, elle apprend à observer, poser des questions et respecter des règles pour comprendre la raison de son voyage.

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Léonie, 12 ans, visage émerveillé et prudent, cheveux châtains coupés droits, tient contre sa poitrine un livre gris ; à côté d’elle Aïko, ~12 ans, sourire malicieux, bonnet orange, manteau argenté et badge lumineux au poignet, lui montre la cité d’un geste amical ; en arrière-plan Monsieur Sorel, ~50 ans, cheveux gris attachés, manteau argenté à bande bleue, mains croisées, observe avec bienveillance. Le décor : grande cité sous dôme transparent à nervures métalliques, passerelles rondes suspendues, terrasses de serres vertes, tuyaux soufflant de fines volutes de vapeur et bâtiments ronds aux fenêtres éclairées ; lumière froide bleu pâle à l’extérieur du dôme et chaude dorée dans les serres, sol lisse légèrement réfléchissant à motifs géométriques. Scène centrée sur la rencontre et la découverte, style couleurs vives, traits nets et contours doux, détails graphiques (badges lumineux, textures de manteaux, volutes de vapeur). signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Léonie avait douze ans et un cahier à spirales rempli de listes. Des listes de choses à apprendre. Des listes de choses à vérifier. Et, tout en haut de la page du jour, en lettres bien droites : « Ne pas tirer de conclusions trop vite ».

Ce samedi-là, elle gardait la bibliothèque du collège pendant que la prof documentaliste rangeait des cartons au fond. La pluie tapotait aux vitres, et le chauffage faisait un bruit de baleine endormie.

— Léonie, si tu trouves un livre abîmé, tu le mets dans la boîte “à réparer”, d'accord ? appela Madame Rivoire.

— D'accord !

Léonie aimait ce travail : c'était calme, logique, et ça sentait le papier.

En passant près de l'étagère des vieux ouvrages, elle vit un livre plus épais que les autres, coincé derrière une rangée d'encyclopédies. La couverture était grise, sans titre. Sur le dos, juste un petit symbole : un flocon qui ressemblait à une étoile.

Elle le sortit. Il était froid, comme s'il venait de dehors.

À l'intérieur, les pages n'avaient pas de texte. À la place, il y avait une sorte de carte brillante, comme un plan de métro dessinant des boucles et des dates. Au milieu, un cercle vide. Et, coincé dans la reliure, un autocollant transparent : un flocon bleu avec une petite ville dessinée dedans.

Léonie plissa les yeux.

— C'est bizarre… C'est une maquette ? Un jeu ?

Elle toucha le cercle vide. La carte vibra, à peine, comme une corde qu'on effleure.

Une phrase apparut, comme si l'encre se réveillait :

« Choisis une date. Observe. Ne change rien sans comprendre. »

Léonie sentit son cœur faire un saut. Elle regarda autour d'elle. Personne. Madame Rivoire chantonnait au fond, très loin.

Elle posa son doigt sur une boucle où un nombre clignotait : 2196. Puis, parce qu'elle était appliquée, elle murmura :

— Je n'en tire pas de conclusion. Je teste.

Le cercle vide se remplit d'une lumière blanche, douce, sans éblouir. L'air se mit à sentir le métal propre et la neige.

— Euh…

La bibliothèque sembla reculer comme un décor sur des roulettes. Le sol sous ses pieds devint lisse, un peu souple. Le bruit de la pluie s'éteignit. À sa place, un souffle régulier, comme une respiration de machine.

Et Léonie, sans tomber, se retrouva debout… ailleurs.

Chapitre 2

Devant elle s'ouvrait une cité sous une grande coque transparente. Un dôme immense, strié de nervures, comme une serre géante. Au-delà, le monde était blanc : une plaine de neige et de glace, éclairée par une lumière bleu pâle. Mais sous le dôme, tout bougeait, vivant.

Des passerelles se croisaient entre des bâtiments ronds. Des jardins poussaient en terrasses, avec des plantes vertes et des fleurs jaunes, comme des petits soleils en pot. De la vapeur montait de certaines bouches au sol, en filaments tranquilles.

Léonie porta ses mains à ses joues.

— C'est… au pôle ?

Une voix derrière elle répondit :

— Presque. Bienvenue à Borealis-Cité.

Léonie se retourna d'un coup. Une fille à peu près de son âge la regardait, un bonnet orange sur la tête. Elle avait un manteau argenté et un badge lumineux sur le poignet. Ses yeux brillaient de curiosité, pas de peur.

— T'es… pas d'ici, constata la fille. Tes chaussures n'ont pas de semelles thermiques. Tu vas avoir les pieds tristes.

— Je… je m'appelle Léonie. Je viens de… très loin.

— Moi c'est Aïko. Et je peux deviner ton “très loin”. Tu as l'air… ancien.

Léonie ouvrit la bouche, puis la referma. Elle se rappela la phrase : « Observe. Ne change rien sans comprendre. »

— D'accord, dit-elle prudemment. Je vais observer. Tu peux… m'expliquer où je suis, exactement ?

Aïko sourit, comme si c'était la meilleure demande du monde.

— Borealis-Cité est une cité polaire géothermique. On vit sous dôme, parce que dehors, le vent peut te raconter des blagues glacées. Et sous nos pieds, la Terre chauffe de l'intérieur. On capte cette chaleur pour l'électricité, l'eau chaude, les serres… tout.

— Géothermique, répéta Léonie. Comme les sources chaudes ?

— Oui ! Mais en version grande, et propre. Tu vois la vapeur ? Ce sont des conduites qui libèrent un peu de chaleur. C'est aussi un repère : si tu te perds, tu suis la vapeur, tu retombes sur un carrefour.

Léonie leva les yeux. Tout était clair, rangé, mais pas froid. Des gens passaient, certains avec des drones minuscules qui flottaient au-dessus de leurs épaules comme des oiseaux disciplinés.

— Et… on est en quelle année ? demanda Léonie, la gorge serrée.

Aïko la fixa.

— Tu ne sais vraiment pas.

Léonie prit une inspiration.

— Je crois que j'ai… voyagé dans le temps.

Aïko éclata de rire, pas méchamment, mais comme si elle venait d'entendre une histoire croustillante.

— Oh ! Une “sauteuse” ! On en parle dans les cours d'éthique temporelle. Attends… tu as utilisé quoi ?

Léonie hésita, puis sortit le livre gris de sous son bras. Aïko siffla.

— Un Atlas-Loop ! On pensait que c'était un mythe. Tu l'as trouvé où ?

— Dans ma bibliothèque. Enfin… dans une bibliothèque. Avant.

Aïko se pencha, fascinée, puis recula très vite en levant les mains.

— Je ne touche pas. Règle numéro un : on ne manipule pas l'objet d'un voyageur. Paradoxe assuré. Enfin… paradoxes possibles. Il y en a des malicieux.

— Des paradoxes malicieux ?

— Oui, du genre : tu changes un détail, et tout le monde se met à porter des chaussettes différentes. C'est drôle cinq minutes, puis c'est l'enfer quand tu dois trier le linge.

Léonie ne put s'empêcher de rire. Ça la rassura. Ce futur n'était pas une catastrophe. C'était… une étrange grande maison sous cloche.

Aïko lui fit signe.

— Viens. Il faut t'enregistrer. Pas pour te punir. Pour te protéger. Et pour protéger notre présent, qui est ton futur. Tu suis ?

Léonie serra son livre contre elle.

— Je suis.

Chapitre 3

Le centre d'accueil ressemblait à une gare, mais au lieu d'affiches publicitaires, il y avait des panneaux d'explications : cycles de l'eau, production d'énergie, règles de circulation. Tout était illustré avec des dessins clairs. Léonie apprécia : ici, on n'expliquait pas pour faire joli. On expliquait pour comprendre.

Aïko la conduisit devant une borne. Une voix douce en sortit.

— Bonjour. Indiquez votre identité et votre origine temporelle.

Léonie sursauta. Aïko lui souffla :

— Réponds simplement. Et surtout, ne mens pas. Les mensonges sont des cailloux dans les engrenages.

— Léonie… Douze ans. Origine temporelle : 2026.

La borne émit un petit “bip” étonné.

— Origine : début XXIe siècle. Catégorie : visite non planifiée. Niveau de risque : modéré. Conseils : hydratation, calme, observation.

Une porte s'ouvrit. Un adulte entra : grand, cheveux gris attachés, regard attentif. Son manteau avait la même teinte argentée que celui d'Aïko, mais avec une bande bleue.

— Je suis le médiateur temporel, dit-il. Appelez-moi Monsieur Sorel. Tu as fait un sacré saut, Léonie.

Léonie se crispa.

— Je ne voulais pas… enfin, je voulais comprendre. Et je veux rentrer.

— C'est une bonne intention. Mais l'intention ne suffit pas, répondit-il. Ici, on aime l'esprit critique. Ça te parle ?

Léonie hocha la tête.

— Vérifier avant de croire. Croiser les sources. Se demander : “Comment je le sais ?”

Monsieur Sorel eut un petit sourire.

— Parfait. Alors on va faire ça. Première chose : tu es bien dans le futur. Ce n'est pas une simulation. Preuves ?

Léonie eut envie de dire : “Parce que tout est différent !” Mais elle se retint. Elle observa autour d'elle : les panneaux, les machines, les vêtements, les plantes sous le dôme.

— Les technologies semblent plus avancées… mais ça peut être un décor. D'autres preuves… La borne a reconnu mon année. Elle n'a pas hésité. Et vous parlez de cours d'éthique temporelle, donc l'idée existe ici.

— Bon début, dit Monsieur Sorel. Mais ce sont encore des indices. Pas une certitude absolue.

Aïko leva la main, comme à l'école.

— On peut lui montrer le puits géothermique et les archives de construction. Il y a des données datées, et des mesures qu'elle peut comprendre.

— Exactement, approuva Monsieur Sorel. L'esprit critique, ce n'est pas douter de tout en permanence. C'est apprendre à douter correctement, avec méthode.

Ils traversèrent un couloir jusqu'à une salle vitrée. En dessous, un cylindre profond descendait dans la roche. Des lumières le long des parois indiquaient des niveaux. Une chaleur douce montait, et la vitre tiédit sous les doigts.

— Là, dit Aïko, c'est un des puits. La chaleur vient des profondeurs. On l'utilise sans brûler de pétrole ni charbon. On surveille tout : pression, température, impact sur la glace.

— Et la glace ? demanda Léonie.

Monsieur Sorel montra un écran. Des courbes, des cartes, des couleurs.

— Le climat a beaucoup changé avant qu'on construise ces cités. Certaines régions sont devenues plus difficiles. Ici, au pôle, on a appris à vivre sans abîmer encore plus. Ce n'est pas parfait. Mais on essaie. Et on mesure au lieu de se raconter des histoires.

Léonie sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Elle pensa à sa classe, à leurs débats, parfois trop rapides.

— Donc, ce futur dépend aussi… de nos choix, maintenant.

Aïko fit une grimace.

— Oui. Mais attention : ça, c'est une phrase dangereuse si on la comprend mal. Parce qu'on peut croire qu'un seul geste change tout, comme dans les films. En vrai, ce sont des milliers de décisions, et des gens qui discutent, qui vérifient, qui s'organisent.

Monsieur Sorel hocha la tête.

— Et toi, Léonie, tu dois te souvenir d'une règle importante : tu ne peux pas “réparer” l'avenir avec un secret volé au futur. Ça fait souvent l'inverse.

Léonie serra son livre.

— Je ne veux rien voler. Je veux juste… voir. Et rentrer.

— Alors on va t'aider, dit Monsieur Sorel. Mais d'abord, il faut comprendre pourquoi l'Atlas t'a amenée ici. Ce genre d'objet n'ouvre pas une porte au hasard.

Aïko se pencha vers Léonie.

— Et si la cité te réservait une rencontre ?

Léonie déglutit.

— Une rencontre avec qui ?

Aïko montra son badge lumineux.

— Avec quelqu'un qui a perdu quelque chose dans le temps. Et qui veut le retrouver sans casser le présent.

Chapitre 4

Ils se rendirent dans un atelier rempli d'objets étranges : des lunettes aux verres changeants, des boîtes qui chantaient des notes quand on les secouait, des gants avec des doigts supplémentaires pliés comme des antennes.

Au centre, une table portait une grande maquette de Borealis-Cité. Des petits points lumineux y clignotaient : circulation, serres, énergie.

Une femme les attendait. Elle avait un visage énergique, une tresse sombre, et un regard qui semblait capable de compter les détails dans une tempête.

— Je suis Docteure Nyström, dit-elle. Responsable des boucles temporelles… enfin, de leur prévention.

— Leur prévention ? répéta Léonie.

— On préfère éviter que le temps se mette à faire des nœuds, répondit la docteure. Le temps est déjà assez compliqué. Inutile de lui apprendre la macramé.

Aïko pouffa. Léonie aussi, malgré elle.

Docteure Nyström posa ses mains à plat sur la table, près de l'Atlas-Loop, sans le toucher.

— Cet objet fonctionne avec des “ancres”. Des lieux et des moments où quelque chose a été marqué, intentionnellement ou non. Si tu as atterri ici, c'est que tu as une ancre… dans notre cité.

Léonie fronça les sourcils.

— Mais je n'ai jamais été ici. Enfin… pas avant deux minutes.

— Justement. Le temps aime les phrases comme “jamais” et “avant”, dit la docteure. Elles sont fragiles.

Elle fit apparaître un hologramme : un flocon bleu, exactement comme l'autocollant trouvé dans le livre.

— Ce symbole est l'emblème de Borealis-Cité. On le met sur les équipements, les carnets, les souvenirs. Mais celui-ci… elle désigna l'image, …a une signature temporelle. Il a été… laissé en 2026.

Léonie eut l'impression que le sol bougeait.

— Impossible. Je viens de 2026 et je ne l'ai jamais vu.

Docteure Nyström leva un doigt.

— Esprit critique : “impossible” ou “improbable” ? Tu ne l'as jamais vu… jusqu'à aujourd'hui. Mais si tu le ramènes et que tu le colles quelque part en 2026, alors… il aura été laissé.

Aïko fit tourner son badge entre ses doigts.

— Un paradoxe en boucle. Malicieux, comme je disais.

Léonie fixa l'autocollant transparent dans la reliure du livre. Il semblait soudain plus lourd qu'un simple bout de plastique.

— Donc je dois le ramener. Et le coller. Mais où ?

— Là est la question, dit Monsieur Sorel. Parce qu'un autocollant, ce n'est pas juste un souvenir. C'est une trace. Une ancre.

Docteure Nyström glissa un petit carnet vers Léonie.

— On a retrouvé, dans nos archives, une note ancienne. Écrite à la main. Elle parle d'une “fille au cahier de listes” qui est venue un jour, a posé des questions, et a laissé un flocon sur “la chose qui protège les livres”.

Léonie sentit ses oreilles chauffer.

— La chose qui protège les livres… La boîte “à réparer” ? Non. Ou… la couverture d'un livre ?

Aïko fit un geste large.

— Ou la bibliothèque elle-même ! Une alarme ? Une porte ?

Léonie réfléchit. Elle revit la bibliothèque de son collège. La porte d'entrée avec son gros boîtier gris qui bipait quand on passait sans badge. Le règlement affiché. Et surtout… la boîte en plastique transparent où l'on collait les étiquettes de classement.

— Il y a un boîtier antivol sur le portique, dit-elle. Il “protège les livres”. C'est logique. Si je colle le flocon dessus, ça ne change pas un contenu, juste un détail visible. Et ça pourrait servir d'ancre sans… influencer les idées des gens.

Monsieur Sorel approuva.

— Tu proposes un acte minimal, avec peu de conséquences. Bonne méthode.

Docteure Nyström inclina la tête.

— Très bien. Mais avant de repartir, tu dois comprendre une chose : tu ne dois pas rapporter d'informations détaillées qui pourraient bouleverser ton époque. Pas de plans, pas de technologies. Juste ton expérience, tes questions… et cet autocollant.

— Et si je dis à tout le monde qu'on vit sous un dôme au pôle en 2196 ? demanda Léonie.

Aïko haussa les épaules.

— En 2026, ils diront peut-être : “Quelle imagination !” Ou : “Prouve-le.” Et tu ne pourras pas. C'est la sécurité du temps : il préfère les histoires aux preuves.

Léonie se mordit la lèvre.

— Mais moi, je saurai.

— Et c'est déjà beaucoup, répondit Monsieur Sorel. Savoir, ça oblige à réfléchir. Et réfléchir, ça change le présent, mais doucement, sans violence.

Docteure Nyström fit glisser vers Léonie un petit bracelet fin.

— Ce bracelet t'aidera à retrouver la bonne boucle de retour. Il ne fait pas voyager. Il indique seulement si tu t'éloignes des conditions de départ. Comme une boussole, mais pour les minutes.

Léonie l'enfila. Il émit une lumière verte.

— On y va ? demanda Aïko. Avant que ton “maintenant” se mette à te chercher.

Léonie serra le livre. Elle jeta un dernier regard à la cité, aux jardins sous verre, à la vapeur tranquille.

— Je n'ai pas envie de partir, avoua-t-elle. Mais j'ai envie de… revenir un jour, sans casser quoi que ce soit.

Aïko lui donna un petit coup d'épaule.

— Alors commence par respecter les règles. C'est la version temporelle de “ranger sa chambre”.

Chapitre 5

Ils retournèrent à l'endroit où Léonie était arrivée : une petite plateforme près d'un jardin de lichens brillants. La lumière du dôme ressemblait à un matin éternel.

Monsieur Sorel resta à distance.

— Léonie, répète la procédure. À voix haute.

Léonie avala sa salive.

— Je fixe la date de retour : 2026. Je tiens l'Atlas-Loop. Je garde l'autocollant avec moi. Je n'emporte rien d'autre. Je respire. Je n'improvise pas.

— Et si quelque chose te semble différent en revenant ? demanda Docteure Nyström.

— Je vérifie avant de paniquer, répondit Léonie. Je cherche des explications simples. Je note. Je ne crie pas au paradoxe.

Aïko applaudit doucement.

— Tu vas être une excellente non-catastrophe.

Léonie sourit. Puis elle prit l'autocollant flocon entre deux doigts. Il était frais, comme la neige, mais ne mouillait pas.

— Merci, dit-elle. Pour… ne pas m'avoir prise pour une folle.

Monsieur Sorel la regarda avec sérieux.

— Une idée étrange n'est pas forcément fausse. Mais une idée étrange doit être testée avec prudence. C'est tout.

Aïko se rapprocha, et glissa quelque chose dans la poche de Léonie.

— Qu'est-ce que… ?

— Rien, dit Aïko très vite. Enfin, rien d'important. Ne regarde pas tout de suite.

Léonie voulut protester, puis se rappela : ne pas improviser. Elle hocha la tête, même si sa curiosité sautillait comme une puce.

Elle posa son doigt sur la boucle 2026. La lumière blanche revint, douce. L'air se remit à vibrer.

— À bientôt, dit Aïko.

— À bientôt, répéta Léonie, sans savoir si c'était une promesse ou une phrase polie.

Le dôme recula. Les jardins se plièrent comme une image qu'on range. La chaleur géothermique s'éloigna.

Et soudain, la pluie reprit son tapotement, comme si elle avait attendu son tour.

Léonie était de nouveau dans la bibliothèque. Debout entre les étagères. Le livre gris dans les mains. Madame Rivoire chantonnait toujours au fond, exactement la même note, comme si rien n'avait duré plus qu'un clignement.

Léonie regarda sa montre. Une minute.

— Donc… ça a marché, murmura-t-elle.

Elle sortit l'autocollant flocon. Puis elle se dirigea vers le portique antivol à l'entrée. Le boîtier gris la regardait, impassible, avec sa petite diode rouge.

— Désolée, monsieur le boîtier, dit-elle à voix basse. Tu vas devenir… historique.

Elle colla le flocon bien droit sur le côté, là où il ne gênerait rien. Il adhéra parfaitement, comme s'il avait attendu cette place depuis toujours.

À cet instant, Léonie sentit une légère chaleur dans sa paume. Le livre gris vibra, puis s'arrêta, comme un mécanisme qui se verrouille.

Elle souffla. Un poids invisible s'était posé… et retiré en même temps.

— Léonie ? appela Madame Rivoire en sortant enfin de sa réserve. Tout va bien ?

Léonie se retourna, le visage calme.

— Oui, madame. Je rangeais juste… un livre.

Madame Rivoire s'approcha, aperçut le flocon sur le boîtier.

— Tiens, c'est joli. C'est nouveau, ça ?

Léonie haussa les épaules, le plus naturellement du monde.

— Peut-être que c'était déjà là et qu'on ne l'avait pas remarqué.

Madame Rivoire fit un petit rire.

— Ah, les détails… On croit connaître un endroit, et puis on découvre une surprise. Bon, tu peux remettre le livre à sa place ?

Léonie regarda le livre gris. Sa couverture était redevenue banale, juste grise. À l'intérieur, la carte brillante était devenue une page blanche.

— Oui, dit-elle.

Elle le glissa derrière les encyclopédies, exactement comme elle l'avait trouvé.

Puis elle se rappela ce qu'Aïko avait mis dans sa poche. Elle attendit que Madame Rivoire soit repartie, et elle sortit l'objet en cachette.

C'était un petit autocollant en plus. Un mini flocon orange, avec un dessin de chaussette au milieu.

Au dos, écrit très petit :

« Pour les pieds tristes. — Aïko »

Léonie étouffa un rire. Elle colla la chaussette-flocon à l'intérieur de son cahier de listes, sur la page du jour, juste à côté de « Ne pas tirer de conclusions trop vite ».

Et en dessous, elle écrivit :

« Ajouter : poser de bonnes questions. Vérifier. Observer. Et parfois… garder un souvenir. »

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Géothermique
Qui utilise la chaleur venant de l'intérieur de la Terre pour produire de l'énergie.
Dôme
Une grande couverture rigide et transparente qui protège un espace fermé.
Reliure
La manière dont les pages d'un livre sont fixées entre elles et attachées à la couverture.
Ancres
Points ou objets qui servent à fixer un lieu ou un moment dans le temps.
Paradoxes
Situations où deux faits vrais se contredisent ou rendant les choses impossibles.
Archives
Ensemble de documents ou de données conservés pour garder la mémoire d'événements.
Maquette
Petit modèle réduit qui montre comment est faite une ville ou un objet réel.
Coque
Enveloppe rigide qui protège quelque chose, comme une serre ou un habitacle.
Serres
Grandes boîtes vitrées où l'on cultive des plantes en contrôlant la chaleur et l'humidité.
Engrenages
Pièces en dents qui s'emboîtent pour transmettre un mouvement ou faire fonctionner une machine.
Médiateur temporel
Personne chargée d'aider et de vérifier les voyages ou problèmes liés au temps.
éthique temporelle
Règles et réflexions qui disent ce qu'il faut faire ou éviter quand on voyage dans le temps.

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