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Histoire de voyage dans le temps 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Le ChronoBiscuit et le secret du parc du futur

Quatre amis construisent une étrange machine appelée le ChronoBiscuit pour explorer le passé, mais leur aventure leur apprend à observer, poser des règles et rester prudents face aux surprises du temps.

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Quatre garçons dans un garage transformé en atelier lumineux et un peu en désordre : Malo (≈11 ans) au centre-front, cheveux châtains en bataille, lunettes rondes, veste à capuche bleu marine, tient une petite boîte à biscuits métallique décorée d’une vieille horloge ; Noé (≈12 ans) accroupi à gauche, cheveux noirs courts, t-shirt vert, carnet à carreaux et stylo, regarde la boîte avec concentration ; Samir (≈12 ans) à droite, peau brune, cheveux bouclés courts, chemise manches retroussées, observe un petit écran ou un câble avec prudence ; Léo (≈11 ans) légèrement en arrière à droite, cheveux blonds, cape improvisée, sourire malicieux, prêt à agir. La boîte posée sur un établi poussiéreux émet une lueur bleuâtre, petits éclats lumineux et légère distorsion d’air suggérant l’ouverture d’une fenêtre temporelle ; arrière-plan : établi en bois, outils accrochés, étagères à bocaux, horloge ancienne, fenêtre laissant une lumière chaude de fin d’après-midi et quelques posters enfantins ; ambiance chaleureuse, expressions mêlant émerveillement et prudence, couleurs tendres et contrastes doux, style bande dessinée détaillée. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La liste et la boîte à biscuits

Dans le garage de Malo, ça sentait le carton, le métal tiède et la confiture oubliée. Sur l'établi, une vieille boîte à biscuits servait de “coffre-fort à idées”. Malo l'ouvrit avec un air solennel.

— Messieurs, annonça-t-il, voici la Liste.

Noé, Samir et Léo se penchèrent. Sur une feuille quadrillée, Malo avait tracé des cases à cocher. Tout en haut : « Fabriquer une machine à voyager dans le temps ». À droite, une case vide, bien carrée, comme un défi.

— Tu as écrit ça au stylo, fit Noé. Ça rend le truc… officiel.

— C'est le but, répondit Malo. Si c'est sur une liste, ça devient possible.

Samir prit un crayon et ajouta en dessous : « Ne pas finir coincés au Moyen Âge ». Léo, lui, dessina un petit bonhomme avec une cape.

— Si on voyage dans le temps, je veux au moins une cape, déclara-t-il.

Malo sortit un carnet à spirales, celui où il notait tout. Il l'appelait son carnet de bord, même si, pour l'instant, le seul “océan” qu'il explorait, c'était le bazar du garage.

Carnet de bord — 14h12

Objectif : créer un déplacement dans le temps.

Hypothèse : si on combine une horloge ultra précise + une source d'énergie stable + un “déclencheur de saut”, on peut… au moins essayer.

Règle : ne pas toucher à n'importe quoi dans le passé.

— Donc, reprit Noé, c'est quoi ton plan ? Une porte ? Un tunnel ? Un bouton rouge ?

Malo désigna une pile d'objets : un vieux micro-ondes hors service (sans la porte, pour éviter les mauvaises idées), une horloge de gare achetée à la brocante, et une poignée de câbles récupérés sur des jouets.

— Je l'appelle… le ChronoBiscuit.

— Parce qu'il est dans une boîte à biscuits ? demanda Léo.

— Parce qu'il est petit, rond dans l'idée, et qu'il peut te surprendre, répondit Malo avec un sérieux comique.

Samir plissa les yeux.

— Attends. Tu vas vraiment brancher une horloge de gare à un micro-ondes mort ?

— Pas “brancher”, corrigea Malo. “Harmoniser”.

Noé éclata de rire.

— Ça, c'est le mot préféré de Malo quand il ne sait pas si ça va exploser.

Malo leva un doigt.

Esprit critique, les gars. On ne croit pas, on teste. Et on vérifie.

Ils enfilèrent des lunettes de bricolage. Noé tenait le carnet. Samir surveillait l'électricité avec une prudence de chat. Léo tenait un minuteur et répétait :

— Si ça fait “bzzzz”, on recule.

Malo raccorda les câbles, fixa l'horloge, plaça au centre de la boîte à biscuits une petite bobine fabriquée avec du fil de cuivre.

— Le déclencheur, expliqua-t-il, c'est cette bobine. Elle crée un champ… enfin, un truc invisible qui fait “glisser” le moment.

— Un truc invisible, c'est vague, fit Samir.

— Oui, admit Malo. C'est pour ça qu'on observe.

Il appuya sur un bouton qu'il avait récupéré sur une vieille lampe.

L'horloge cliqueta. Les aiguilles vibrèrent comme si elles hésitaient à choisir une direction. Une lumière, pâle et bleutée, remplit la boîte à biscuits, comme un petit matin enfermé.

— Euh… murmura Léo. Ça fait pas “bzzzz”. C'est bon signe ?

Le garage se mit à frissonner. Pas de tremblement effrayant, plutôt comme quand on passe sous un jet d'eau froide : ça réveille.

Et soudain, au-dessus de la boîte, l'air se froissa, comme une page qu'on tourne trop vite.

— Je… crois… que ça marche, souffla Malo.

Carnet de bord — 16h03

Résultat : phénomène lumineux + distorsion de l'air.

Conclusion provisoire : le ChronoBiscuit a ouvert une fenêtre temporelle.

Prochaine étape : choisir une date. Sans panique.

Chapitre 2 — La date au feutre bleu

Le lendemain, ils s'installèrent dans le garage comme dans une salle de commande. Malo avait dessiné une frise du temps sur un grand papier, avec des repères : “naissance des grands-parents”, “premier téléphone portable”, “construction du vieux pont”.

— On ne va pas aux dinosaures, annonça Samir.

— Pourquoi ? demanda Léo, déjà en train d'imaginer une cape anti-tyrannosaure.

— Parce que… il n'y aurait personne pour nous aider si on perd une chaussure. Et aussi parce que c'est loin.

Noé ajouta, pragmatique :

— Et puis, pour tester, on doit choisir un endroit qu'on connaît. Sinon, comment vérifier ?

Malo hocha la tête. Il aimait quand ses amis posaient les bonnes questions. Ça le forçait à être clair.

— Voilà la règle numéro un : on observe d'abord, on agit ensuite. La règle numéro deux : on laisse le passé tranquille. La règle numéro trois : si on n'est pas sûrs, on fait demi-tour.

— Et la règle numéro quatre, fit Léo, c'est “cape obligatoire”.

Malo sourit.

— D'accord. Cape optionnelle, mais autorisée.

Ils décidèrent de viser “il y a vingt ans”, un samedi après-midi où le vieux parc près de la rivière avait été inauguré. Malo avait trouvé une photo dans un journal local, avec un grand ruban et des ballons. Le lieu était parfait : ouvert, facile à reconnaître, et pas trop dangereux.

Malo fixa une petite molette sur la boîte à biscuits. Sur un écran récupéré d'un réveil, des chiffres défilaient.

— Je règle la date comme sur un four, expliqua-t-il. Sauf que là, au lieu de cuire une pizza… on cuit notre présent.

— Quelle image, soupira Samir. Je ne mangerai plus jamais de pizza pareil.

Noé pointa la frise.

— On note tout. Heure de départ, heure d'arrivée. Et si on croise… nous-mêmes ?

Un silence. Même Léo arrêta de faire tournoyer une cape improvisée (un vieux drap).

Malo écrivit dans le carnet, très lentement.

Carnet de bord — 10h21

Risque principal : paradoxes.

Exemple : se rencontrer soi-même, changer un détail, modifier le présent.

Solution : discrétion maximale. On est des visiteurs, pas des acteurs.

— Donc, dit Malo, si on voit des enfants qui nous ressemblent… on se cache.

— Et si on voit mon père avec une coupe de cheveux honteuse ? demanda Noé.

— On se cache aussi, répondit Samir.

Ils posèrent leurs mains sur la boîte à biscuits, comme un pacte.

— Prêts ? demanda Malo.

— Prêts, dirent les trois autres.

Malo appuya.

La lumière bleue s'étira comme un élastique. L'air se replia. Le garage disparut, non pas en s'écroulant, mais en se glissant hors de leurs yeux.

Ils eurent l'impression de descendre dans un ascenseur sans murs, avec des étincelles calmes autour d'eux, comme des lucioles rangées en lignes.

— Ça chatouille le ventre, souffla Léo.

— Ne bouge pas trop, conseilla Samir. J'ai l'impression que mon cerveau essaie de lire l'horloge.

Et d'un coup… ils furent ailleurs.

Chapitre 3 — Le parc avant les bancs

Ils atterrirent derrière une haie, dans une odeur d'herbe fraîchement coupée. Un vent doux portait des voix, des rires, et le crissement d'une paire de ciseaux sur un ruban.

Malo souleva un peu la branche.

— On y est, chuchota-t-il. Regardez.

Le parc était là, mais différent. La rivière semblait plus large, comme si elle avait plus de temps devant elle. Les arbres, plus jeunes, avaient des branches moins sûres d'elles. Et surtout, il manquait des choses : le grand toboggan rouge, les bancs, le panneau “Interdit aux vélos”.

Au milieu, un petit podium et un ruban tricolore. Des adultes applaudissaient. Un journaliste prenait des photos.

Noé sortit le carnet.

— Heure d'arrivée estimée : 15h07. Lieu : parc de la rivière, inauguration.

Samir observait en silence, le regard sérieux.

— C'est étrange. Tout est normal, et en même temps… pas pareil.

Léo, lui, ne tenait plus.

— On peut au moins voir le ruban de près ?

Malo l'attrapa par le col de sa cape improvisée.

— Non. On observe d'abord.

Ils se déplacèrent en restant derrière les buissons, comme des explorateurs dans une jungle de feuilles. À chaque pas, Malo sentait son cœur faire “toc toc toc”, pas de peur, plutôt d'excitation prudente.

Soudain, un petit garçon courut vers la haie, un ballon à la main. Il avait à peu près leur âge… enfin, plus petit. Ses cheveux étaient noirs, et il portait un t-shirt avec une fusée.

Léo se figea.

— Il va nous voir !

Le ballon échappa au garçon et roula juste devant la haie, à un mètre de la boîte à biscuits que Malo tenait sous le bras, bien cachée.

Le garçon s'approcha, pencha la tête, et ses yeux se posèrent sur eux.

— Hé… vous jouez à cache-cache ? demanda-t-il.

Noé fit un pas en arrière, comme si les mots pouvaient toucher.

Malo réfléchit très vite. Esprit critique : analyser, choisir la réponse la plus sûre.

— Oui, répondit Malo, en gardant sa voix tranquille. Cache-cache… version silencieuse.

Le garçon sourit.

— Trop bien. Moi je m'appelle… Malo.

Le sang de Malo se glaça, mais gentiment, comme une surprise dans un verre d'eau fraîche.

— Quoi ? souffla Léo.

Samir ouvrit de grands yeux.

Le petit Malo récupéra son ballon.

— Vous êtes… bizarres, dit-il avec admiration. T'as une cape !

Léo s'inclina, très fier, avant de se rappeler qu'il devait être discret.

Noé murmura à l'oreille de Malo :

— C'est toi. Enfin… toi petit.

Le Malo de onze ans sentit ses joues chauffer. Il avait envie de rire et de s'enfuir en même temps.

Carnet de bord — note rapide

Événement critique : rencontre avec moi-même (version plus jeune).

Règle : ne pas révéler d'informations.

— Tu viens voir l'inauguration ? demanda le petit Malo. Y a des bonbons.

Malo avala sa salive.

— On… on va rester là, dit-il. On a… un défi.

— Ah, un défi secret ! s'enthousiasma le petit. Comme des espions du temps !

Malo eut un petit frisson. Le petit lui fit un clin d'œil et repartit en courant.

— Il a dit “espions du temps”, souffla Samir. C'est… trop proche.

— Peut-être qu'il a juste une bonne imagination, tenta Noé.

Léo, lui, grattait sa cape.

— Et s'il a deviné ? Et si… c'est lui qui nous a donné l'idée plus tard ?

Malo fixa la boîte à biscuits. Son ChronoBiscuit semblait soudain plus lourd, comme rempli de questions.

— On ne va pas improviser, dit-il. On reste sur le plan.

Ils reprirent leur observation. Les discours commencèrent. Un homme prit le micro.

— …et nous remercions le jeune Malo Durand, qui a remporté le concours de dessin “Le parc du futur” !

Le petit Malo monta sur le podium, tout fier, brandissant une feuille. Sur le dessin, il y avait… une boîte à biscuits avec une horloge dessus. Et quatre garçons autour.

Noé étouffa un cri.

— Mais… c'est nous !

Samir souffla :

— Le passé vient de nous faire un clin d'œil.

Malo sentit une idée piquante lui traverser l'esprit : et si leur voyage avait toujours fait partie de l'histoire ? Et si, en voulant “ne rien changer”, ils étaient quand même la cause d'un détail ?

Léo chuchota :

— Ça veut dire qu'on est coincés dans une boucle ?

Malo serra les dents.

— Ça veut dire qu'on doit être très attentifs. L'esprit critique, c'est aussi accepter qu'on ne comprend pas tout… et rester prudents.

Le journaliste prit une photo. Un flash éclata. Au même moment, la boîte à biscuits vibra doucement, comme si elle réagissait à l'instant.

— Euh… Malo ? fit Noé. Ta machine… elle fait un truc.

La lumière bleue s'alluma faiblement, sans qu'on touche au bouton.

— Elle capte quelque chose, murmura Malo. Un point d'ancrage.

Ils se regardèrent. Le suspense était là, mais doux, comme un mystère qu'on peut résoudre si on garde la tête froide.

Chapitre 4 — Le paradoxe du bonbon à la menthe

Ils s'éloignèrent du podium, toujours cachés, et trouvèrent un petit chemin de terre qui n'existait plus dans leur présent. Il serpentait entre des piquets de chantier et des tas de sable.

— Dans notre époque, ici, il y a le kiosque à glaces, dit Noé.

— Et le banc où Léo a renversé son chocolat chaud, ajouta Samir.

— Je maintiens que c'était une expérience scientifique sur la gravité, protesta Léo.

Malo posa la boîte à biscuits sur un muret. L'écran clignotait. Des chiffres apparaissaient : 00:07… 00:06…

— Un compte à rebours ? demanda Samir.

— Non, dit Malo, concentré. Ça ressemble à… une fenêtre de retour. Comme si le ChronoBiscuit disait : “Attention, vous avez une chance de rentrer, après ce sera plus compliqué.”

Noé prit une respiration.

— On rentre tout de suite, alors.

Léo fit une moue.

— Déjà ? Mais on n'a rien fait !

— Justement, répondit Samir. On est venus pour comprendre, pas pour “faire”.

Un bruissement. Derrière eux, le petit Malo réapparut, essoufflé, un sachet de bonbons à la main.

— Je vous ai trouvés ! dit-il. Tenez, cadeau. Pour votre défi secret.

Il tendit un bonbon à la menthe, emballé dans un papier brillant.

Malo adulte… enfin, Malo de onze ans, se retrouva face à lui-même, qui lui offrait un bonbon. Un détail minuscule. Un détail qui pouvait devenir énorme.

— On… on ne peut pas, répondit Malo, en reculant d'un pas.

— Pourquoi ? demanda le petit Malo, vexé. C'est un bonbon !

Noé s'accroupit pour être à sa hauteur.

— C'est gentil, mais… on a une règle. On n'accepte rien pendant le défi. Sinon, ça change les résultats.

Le petit Malo plissa le nez, réfléchit, puis haussa les épaules.

— D'accord. Vous êtes vraiment des pros.

Il glissa le bonbon dans sa poche. Puis il regarda la boîte à biscuits.

— Elle est cool, votre boîte. On dirait une machine.

Le grand Malo sentit une sueur froide, mais il garda sa voix stable.

— C'est… une boîte à outils.

— Une boîte à outils du futur ? insista le petit.

Samir intervint vite, avec un sourire :

— Non, du passé. Très vieux modèle. Ça marche avec… des biscuits.

Le petit Malo éclata de rire.

— J'adore ! Bon, je dois y aller. Y a une photo avec le maire !

Il repartit en courant, laissant derrière lui une odeur de menthe et de poussière de chantier.

Malo s'assit sur le muret, un peu secoué.

— On a frôlé un truc, dit-il. Un tout petit truc.

Noé nota dans le carnet.

Carnet de bord — 15h19

Interaction directe avec moi-même évitée (pas de cadeau accepté).

Observation : même un bonbon peut devenir un paradoxe.

Léo leva la main.

— Question. Si on avait pris le bonbon… ça aurait fait quoi ?

Samir répondit en comptant sur ses doigts :

— Option 1 : rien, et on se fait des films. Option 2 : on déclenche une chaîne d'événements ridicules, genre tu t'étouffes avec, tu éternues, tu renverses le ruban, le parc s'appelle “Parc de l'Éternuement”.

Léo pouffa.

— Ce serait un super nom.

Malo se redressa.

— Ce qui compte, c'est notre méthode. On ne suppose pas trop. On observe les conséquences. Et on choisit l'action la plus sûre.

L'écran clignotait plus vite. 00:03… 00:02…

— Retour ! dit Malo.

Ils posèrent tous les quatre leurs mains sur la boîte. Le garage leur manquait soudain, avec son odeur de confiture et ses outils mal rangés.

— Et… si on revient et que tout est différent ? demanda Noé.

— Alors on utilisera notre esprit critique, répondit Malo. On comparera. On cherchera des preuves, pas des impressions.

Le ChronoBiscuit s'illumina. Le parc se dissout comme un dessin qu'on efface doucement.

Chapitre 5 — Les indices dans le présent

Ils retombèrent dans le garage avec un “pouf” silencieux, comme un coussin qui reprend sa forme. L'horloge de gare reprit un tic-tac normal. La lumière bleue s'éteignit, sage comme si de rien n'était.

— On est revenus ! s'exclama Léo. Et je suis entier ! Et j'ai toujours ma cape !

Samir regarda autour de lui.

— Tout a l'air pareil.

Noé ouvrit le carnet.

— Heure de retour : 15h43. Durée subjective : environ trente minutes. Durée réelle : une minute et vingt secondes, selon mon chrono.

Malo cligna des yeux.

— Attends… comment ça, une minute et vingt ?

Noé montra le minuteur.

— Il a à peine tourné.

Malo sourit, émerveillé.

— Le temps ne coule pas pareil selon l'endroit. Ça… c'est une vraie découverte.

Ils sortirent du garage et filèrent au parc, impatients de vérifier. Le soleil de leur époque était un peu plus bas, les arbres plus grands, les bancs bien là. Tout semblait normal.

Jusqu'à ce que Léo pointe du doigt un panneau près de l'entrée. Il était récent, propre, comme fraîchement installé.

« Concours de dessin — Le parc du futur (édition anniversaire)

Thème : Imagine une invention qui aide à comprendre le temps. »

En bas, une petite illustration décorait l'affiche : une boîte à biscuits surmontée d'une horloge. Quatre silhouettes autour. Et, dans un coin, un bonbon à la menthe dessiné comme une étoile.

— Euh… fit Léo. Ça y était avant, ça ?

Noé secoua la tête.

— Je passe ici tout le temps. Je ne l'avais jamais vu.

Samir s'approcha, critique.

— Peut-être qu'il était là et qu'on ne l'a pas remarqué. Il faut vérifier.

Ils regardèrent les dates en bas du panneau. “Installé ce matin”.

— Ce matin ? répéta Malo.

Ils se fixèrent. Le présent venait de répondre à leur voyage, mais sans catastrophe. Plutôt comme une petite signature.

— Donc… on a changé un détail ? demanda Noé.

Malo observa l'affiche. Il se rappela le dessin du petit Malo, vingt ans plus tôt. Peut-être que ce concours anniversaire existait déjà… mais leur voyage avait “réveillé” l'idée, ou accéléré l'installation.

Samir se gratta le menton.

— On n'a pas de preuve que c'est notre faute. Juste une coïncidence… très précise.

— Esprit critique, dit Malo. On ne conclut pas trop vite.

À cet instant, un homme en gilet municipal passa avec un rouleau de scotch. Il les entendit.

— Vous parlez de l'affiche ? dit-il. On l'a mise ce matin parce qu'on a retrouvé une vieille photo dans les archives. Une photo de l'inauguration. Avec un dessin bizarre de boîte à biscuits. Le chef a dit : “Ça fera un clin d'œil sympa.”

Noé souffla, rassuré.

— Une vieille photo… donc ça existait déjà.

Malo sentit une détente dans sa poitrine.

— Peut-être qu'on n'a pas créé la boucle, dit Samir. Peut-être qu'on l'a… confirmée.

Léo se pencha vers Malo.

— En gros, le temps nous a dit : “Bien joué, mais restez humbles.”

Malo rit.

— Oui. Et il a ajouté : “N'acceptez pas les bonbons.”

Ils rentrèrent au garage, avec l'envie de noter tout, et surtout de ne pas recommencer n'importe comment.

Carnet de bord — 18h02

Le présent contient un indice lié au voyage (affiche + photo d'archives).

Hypothèse : boucle stable. Notre présence était déjà “prévue” par l'histoire.

Leçon : l'esprit critique évite la panique. Chercher des preuves. Accepter l'incertitude.

Chapitre 6 — Le point vert sur la liste

Le soir, le garage était plus calme. La boîte à biscuits reposait au centre de l'établi, comme un animal endormi. Malo avait rangé les câbles. Noé avait recopié les mesures au propre. Samir avait collé une étiquette : « Ne pas utiliser sans réunion ». Léo avait plié sa cape avec une dignité exagérée.

Malo sortit la Liste.

La première ligne les regardait : « Fabriquer une machine à voyager dans le temps ». La case était toujours vide, mais elle semblait impatiente.

— On coche ? demanda Léo, déjà prêt à faire un grand geste.

Samir leva un doigt.

— Attendez. On doit être honnêtes. On a fabriqué une machine… qui a marché une fois. Est-ce que ça suffit ?

Noé hocha la tête.

— Bonne question. Critère : on est partis, on est revenus, on a observé, on a noté. On n'a blessé personne. On n'a pas cassé le temps. Ça ressemble à une réussite.

Malo prit le stylo. Il réfléchit une seconde, non pas pour dramatiser, mais pour être sûr.

— On coche… et on écrit à côté : “Avec prudence”.

Il dessina un petit point vert dans la case, puis le transforma en coche nette.

Le point vert semblait sourire. Simple, tranquille.

— Prochaine ligne, dit Léo en se frottant les mains. “Aller voir l'an prochain si je porte une meilleure coupe de cheveux”.

— Refusé, répondit Samir. L'esprit critique dit non aux recherches capillaires.

Malo referma la boîte à biscuits.

— On a appris quelque chose, dit-il. Le passé, c'est fragile. Et le présent, c'est précieux. Si on veut améliorer demain, on commence par comprendre aujourd'hui.

Noé ajouta, en regardant le carnet :

— Et par poser de bonnes questions.

Léo fit un salut avec sa cape.

— Et par respecter la règle numéro quatre : la cape améliore le courage.

Ils éclatèrent de rire, tous les quatre, dans le garage qui sentait toujours un peu la confiture oubliée.

Carnet de bord — dernière note du jour

Voyage terminé. Retour au présent confirmé.

Objectif atteint : oui.

À retenir : vérifier, observer, douter intelligemment, agir avec soin.

Le point vert coché sur la Liste resta là, bien visible, comme une petite étoile calme dans leur époque.

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Quadrillé
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Faire fonctionner des choses ensemble, pour qu'elles aillent bien ensemble.
Distorsion
Déformation ou pli dans l'air ou dans l'image, qui change l'apparence.
Inauguration
Cérémonie officielle pour ouvrir ou commencer un lieu ou un événement.
Paradoxe
Idée qui semble se contredire et qui surprend en réfléchissant.
Point d’ancrage
Petit repère stable qui sert à fixer ou retrouver quelque chose.
Boucle
Suite d'événements qui revient encore et encore sur elle-même.
Esprit critique
Habitude de poser des questions et de vérifier avant de croire.
Archives
Ensemble de documents anciens gardés pour se souvenir du passé.
Carnet de bord
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