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Histoire de voyage sous la mer 11 à 12 ans Lecture 16 min.

Le journal du bord et la faille aux miroirs

Lors d’une mission d’exploration sous-marine, Léo, jeune scribe à bord, et l’équipage affrontent courants imprévus, filets abandonnés et paysages bioluminescents tout en apprenant à rester calmes et solidaires.

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Garçon de 12 ans aux lunettes et cheveux châtains en bataille, concentré et courageux, serre l’accoudoir d’un petit submersible jaune et regarde par le hublot; derrière lui Inès, mécanicienne d’environ 30 ans en tenue sombre et combinaison partielle, tient les commandes, tandis que Maëlys, capitaine d’environ 38 ans, apparaît vigilante dans un module de secours à l’arrière et Tarek, matelot d’environ 25 ans, est visible en surface sur le pont préparant des cordages; le submersible glisse à travers un récif corallien rouge et orange, entre des arches rocheuses brillantes, étoiles bioluminescentes bleues et bancs de poissons argentés, poussé par un courant vert qui déroule des rubans tandis qu’un filet de pêche abandonné menace sur la gauche; ambiance tendue et émerveillée, couleurs saturées et contrastées, éclairage dramatique des bioluminescences et des hublots, composition centrée sur le garçon. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le journal du bord

Léo avait douze ans et une écriture plus soigneuse que bien des adultes. Sur la table du carré, le cahier à couverture bleue attendait, ouvert à la page du jour. Dehors, la mer respirait doucement contre la coque.

— C'est toi qui signes la réussite au journal du bord, aujourd'hui, annonça Capitaine Maëlys.

Léo redressa ses lunettes. Il adorait ce cahier. Chaque phrase était une promesse d'aventure bien rangée.

— Je note quoi, exactement ? demanda-t-il.

— Tout, répondit Maëlys en souriant. Le cap, la météo… et surtout nos décisions. Une expédition réussie se raconte. Et se prouve.

Sur le pont, Inès, la mécanicienne, vérifiait les batteries du petit submersible d'exploration. Il ressemblait à une goutte d'eau jaune avec deux hublots. À côté, Tarek, matelot et blagueur officiel, attachait des cordages en chantonnant faux.

— Si je coule, c'est que j'ai voulu faire une note trop longue ! lança-t-il.

Léo rit, puis écrivit : « Mer calme. Ciel clair. Mission : observer le récif des Lanternes et relever des mesures. Objectif : retour au mouillage avant la nuit. »

Il releva la tête. Au loin, l'eau brillait comme une plaque de verre. Mais sous cette surface tranquille, il y avait un monde entier, secret et lumineux.

— Prêt, écrivain ? demanda Inès.

Léo inspira. Il sentait déjà l'odeur salée, la promesse du grand bleu. Et une petite boule de trac, bien serrée, qui disait : il va falloir être courageux.

Chapitre 2 — La porte du silence

Le submersible glissa dans l'eau avec un plouf discret. Léo s'installa à l'avant, face au hublot. Inès prit les commandes. Maëlys les suivait dans un deuxième module, relié par radio. Tarek restait à bord du bateau-mère, « pour garder la bouilloire en vie », disait-il.

— Descente lente, annonça Inès. On écoute, on observe. Pas de gestes brusques.

Léo colla son front au hublot. La lumière du soleil se cassait en lames dorées. Puis, mètre après mètre, tout devint plus doux. Les bruits du monde d'en haut s'éteignirent. Comme si la mer avait refermé une porte.

Des poissons minuscules passaient en éclairs. Une tortue verte, tranquille, battait l'eau comme on bat l'air avec des ailes. Léo la suivit des yeux, émerveillé.

— Elle a l'air de savoir où elle va, murmura-t-il.

— Elle suit les courants, répondit Inès. Nous aussi. Enfin… en théorie.

Le récif des Lanternes apparut. Des coraux en formes de doigts, des arches, des plateaux, et des anémones qui bougeaient comme des fleurs sous un vent invisible. Entre les rochers, des petits poissons argentés formaient des nuages vivants.

— On dirait une ville, souffla Léo.

— Une ville fragile, dit Inès. On reste à distance.

Un poisson-perroquet mâchonnait le corail en faisant une grimace très sérieuse. Plus loin, une murène sortit la tête d'une fissure et bâilla, comme si elle venait de se réveiller d'une sieste de cent ans.

Léo pensa à son cahier bleu. Il aurait voulu tout noter, tout de suite. Mais ici, on ne pouvait pas écrire. Il fallait graver les images dans sa mémoire.

Soudain, un courant plus fort poussa le submersible sur le côté. Léo se cramponna à l'accoudoir.

— Inès ? demanda-t-il.

— Rien d'inquiétant, dit-elle, mais… ce courant n'était pas prévu.

Sur l'écran, une flèche trembla. Une autre s'alluma. Le submersible dérivait vers une zone sombre, derrière une grande arche.

— Maëlys, on a une variation de courant, annonça Inès à la radio.

La voix de la capitaine resta calme.

— Restez groupés. Si ça vous attire vers les cavités, ne forcez pas. Cherchez une zone de repos.

Léo sentit sa petite boule de trac grossir. L'eau, si belle, pouvait aussi être têtue.

Chapitre 3 — La faille aux miroirs

Le courant les glissa derrière l'arche, comme si quelqu'un tirait doucement une corde invisible. Là, la lumière changea. Elle devint verte, puis bleue foncée. Sur les parois, des roches lisses reflétaient des éclats, comme des miroirs cassés.

— On appelle ça la faille aux miroirs, expliqua Inès. On n'y entre pas souvent. Trop de remous.

— Et si on ne veut pas y entrer ? demanda Léo, essayant de plaisanter.

— Alors on va être très polis avec le courant, répondit Inès. Et très malins.

Elle réduisit la vitesse. Le submersible vibra. Devant eux, une ouverture étroite menait à une poche plus claire, comme une petite salle sous-marine.

— Là, dit Inès. Zone de repos. On s'y met à l'abri.

Ils se glissèrent dans la poche. Le courant, moins fort, continuait de passer devant l'entrée comme une rivière pressée. Léo souffla.

Au plafond, des petits organismes brillants s'accrochaient aux roches. Ils faisaient des points bleus, comme un ciel d'hiver.

— Ce sont des « étoiles de mer » ? demanda Léo, les yeux grands.

Inès rit.

— Pas des étoiles. Des minuscules animaux qui font de la lumière. Bioluminescence. C'est un peu leur lampe de poche.

La radio grésilla.

— Ici Maëlys. Je vous vois sur le sonar. Vous êtes dans la poche. Tout va bien ?

— Oui, répondit Inès. Mais le courant bloque la sortie.

— Évaluez l'énergie restante, dit Maëlys. Et gardez votre calme.

Léo regarda l'indicateur. Les batteries étaient bonnes, mais pas éternelles.

— On va attendre ? demanda-t-il.

— Attendre, c'est aussi agir, dit Inès. On observe. Le courant a des cycles. Et on peut l'utiliser.

Elle pointa l'entrée. Une algue longue, attachée à un rocher, se penchait puis se redressait au rythme du courant.

— Tu vois ? Il y a des moments où ça faiblit. On sortira au bon instant.

Léo avala sa salive. Il pensa à son journal du bord. « Décision : attendre le bon moment. » Ça sonnait simple… mais il fallait tenir.

Un bruit sourd résonna, comme un tambour lointain. Léo sursauta.

— C'est quoi ? demanda-t-il.

Inès écouta.

— Des bulles qui remontent dans une cheminée. Rien de dangereux. Mais ça fait toujours son effet.

Léo sourit, un peu. Puis, il posa une question qui lui brûlait les lèvres.

— Et si… on rate l'instant ?

Inès tourna la tête vers lui. Son regard était sérieux, mais doux.

— Alors on en cherche un autre. La résilience, Léo, c'est ça : on recommence sans se casser.

Le courant sembla répondre en soufflant plus fort, juste pour les tester.

Chapitre 4 — Le piège du courant

Quelques minutes passèrent. Peut-être dix. Dans la mer, le temps s'étire comme une gomme. Léo comptait les respirations. Il observait l'algue, comme on observe une horloge.

— Maintenant, dit Inès.

Elle mit une petite poussée. Le submersible glissa vers l'entrée. Le courant les attrapa aussitôt, mais moins brutal. Léo sentit la force les tirer, comme une main froide.

— Je maintiens l'angle, dit Inès. Toi, surveille la paroi à droite. Si on dérive, tu me le dis.

— D'accord, répondit Léo, la voix plus ferme qu'il ne se sentait.

Ils passèrent l'ouverture. La faille aux miroirs les engloutit. Les reflets sur les roches donnèrent l'impression qu'il y avait dix submersibles, dix Léo, dix Inès.

— On dirait un tour de magie raté, marmonna Léo.

— Concentre-toi, magicien, dit Inès.

Une turbulence secoua l'appareil. Une alarme courte bip-bip-bip.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Léo.

— Rien de cassé, dit Inès. Juste un capteur qui n'aime pas les remous.

Puis, devant eux, un filet de pêche abandonné apparut, accroché à un rocher. Il flottait comme un fantôme. Et le courant les poussait vers lui.

— Oh non, souffla Inès.

Léo sentit son cœur taper. Le filet ondulait, prêt à les attraper.

— Maëlys ! Filet devant nous ! cria Inès.

La voix de la capitaine arriva, nette.

— Ne foncez pas. Inès, recule de deux mètres. Léo, regarde si une ouverture existe à gauche. Les filets suivent souvent des reliefs.

Léo plissa les yeux. À gauche, une fente plus large semblait passer derrière un bloc de roche. Mais le courant allait vite.

— Il y a un passage ! À gauche ! dit-il.

Inès tenta de pivoter. Le submersible répondit, mais lentement. Le filet se rapprochait. Léo imagina le plastique s'accrocher au propulseur. Il imagina la batterie se vider pendant qu'ils luttaient.

Il inspira fort.

— Inès, si on coupe les moteurs une seconde, le courant nous emporte, mais on tourne plus facilement, non ?

Inès le regarda, surprise.

— Oui… on perd le contrôle, mais on gagne en rotation.

— Alors… maintenant ! dit Léo.

Inès hésita une fraction. Puis elle coupa. Le silence des moteurs tomba, brutal. Le courant les emporta comme une feuille. Léo sentit la peur lui mordre le ventre. Mais l'appareil pivota, plus libre, et leur nez se tourna vers la fente.

— Moteurs ! cria Inès.

Elle ralluma. Une poussée. Le submersible glissa dans le passage, frôla la roche, et échappa au filet d'un cheveu.

Léo laissa sortir un rire nerveux.

— On vient de faire un slalom sous la mer, dit-il.

— Et tu viens de sauver nos hélices, répondit Inès. Belle idée.

La radio grésilla.

— Bien joué, tous les deux, dit Maëlys. Notez ça… dans vos têtes, pour l'instant.

Léo se sentit plus grand. Pas invincible. Mais capable.

Chapitre 5 — La forêt de corail et le message

La faille s'élargit. La lumière revint, d'abord timide, puis claire. Devant eux, une forêt de gorgones se balançait. Des éventails rouges et orangés, immenses, dessinaient des ombres sur le sable.

Un banc de poissons bleus passa, comme une flèche. Un hippocampe, minuscule, s'accrocha à une branche de corail et les regarda avec une gravité comique.

— Lui, on dirait qu'il juge notre conduite, chuchota Léo.

— Il a raison, dit Inès. On reste modestes.

Maëlys les rejoignit dans l'eau, son module apparaissant sur la droite. La voix de la capitaine sortit dans leurs écouteurs.

— Vous avez bien réagi. Ici, la mer récompense ceux qui pensent vite et restent calmes.

Léo sentit une chaleur au fond de la poitrine. Il aimait ces mots. Ils étaient simples et solides.

Mais soudain, un autre problème s'afficha sur l'écran d'Inès. Une ligne clignota : « Position incertaine ».

— Le courant nous a décalés, dit Inès. Le GPS ne passe pas ici. On doit revenir au bateau-mère au sonar et à la carte.

Maëlys répondit :

— Je vous donne un repère. Cherchez la pierre en forme d'ancre. Elle est au bord du plateau. De là, cap au nord, trente secondes à vitesse douce. Ensuite vous verrez un champ de sable clair. C'est la route.

Léo mémorisa chaque détail, comme une phrase à apprendre. Il se répétait : pierre-ancre, nord, sable clair. Son cerveau studieux aimait les repères.

Ils avancèrent entre les gorgones. La vie marine semblait les accompagner. Une raie pastenague glissa sous eux, élégante comme une cape. Plus loin, des poissons-clowns jouaient à cache-cache dans une anémone, sans se soucier du courant, du filet, ni des humains.

Léo admira ce calme. Il se dit que le courage, ce n'était pas faire le héros. C'était continuer, doucement, même quand on a peur.

— Je vois la pierre-ancre ! dit-il, soudain.

Une grosse roche, creusée par le temps, dessinait vraiment une ancre. Léo sourit. La mer parlait par signes.

— Parfait, dit Maëlys. On suit le plan.

Inès ajusta la trajectoire. Léo surveillait, attentif, comme un copilote.

Et dans sa tête, le journal du bord s'écrivait déjà : « Obstacle : filet dérivant. Décision : utiliser le courant au lieu de lutter. Résultat : passage réussi. »

Chapitre 6 — La signature de la réussite et le mouillage sûr

Ils retrouvèrent le champ de sable clair. Au-dessus, la lumière dansait en rubans. Le sonar indiqua une forme familière : le bateau-mère.

— On l'a, dit Inès. Remontée progressive.

À mesure qu'ils montaient, l'eau s'éclaircissait. Les sons du monde revenaient, étouffés puis plus nets. Un dernier regard vers le bleu profond, et Léo murmura :

— Merci, mer.

Le submersible émergea. Tarek les accueillit en agitant les bras.

— Alors ? Vous avez rencontré le Kraken ? Une pieuvre géante ? Une sardine agressive ?

— Pire, répondit Léo en grimpant. Un filet qui voulait nous tricoter.

Tarek fit semblant de frissonner.

— La mode sous-marine, quelle horreur.

Maëlys posa une main sur l'épaule de Léo.

— À toi, le journal.

Dans le carré, Léo ouvrit le cahier bleu. Sa main ne tremblait presque pas. Il écrivit avec soin, ligne après ligne. Il nota le courant imprévu, la poche de repos, l'observation des cycles, le filet, l'idée de couper les moteurs pour pivoter, le repère de la pierre-ancre, le retour en sécurité.

Puis, tout en bas, il ajouta : « Équipage : calme et solidaire. Vie marine observée : tortue, raie, hippocampe, coraux lumineux. Le courage a été de réfléchir avant d'agir. »

Maëlys lui tendit le stylo.

— Et maintenant ?

Léo prit une grande inspiration. Il signa, lentement, comme si sa signature avait du poids. Parce qu'elle en avait.

Dehors, le soleil descendait. Inès et Tarek préparèrent le mouillage. La chaîne grinça doucement. L'ancre plongea et accrocha. Le bateau se stabilisa, tranquille, bercé par une houle gentille.

Maëlys vérifia la tenue, puis déclara :

— Mouillage sûr.

Léo monta sur le pont. L'air du soir sentait le sel et la promesse de demain. Il regarda la surface de l'eau, si paisible, et imagina, dessous, les étoiles bleues de la faille aux miroirs.

Il se sentit fatigué, mais heureux. Son courage n'avait pas fait de bruit. Il avait simplement tenu bon, appris, et signé la réussite, pour que l'aventure ne se perde pas.

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Submersible
Petit véhicule qui peut plonger et voyager sous l'eau pour explorer.
Hublot
Fenêtre ronde sur un bateau ou un submersible pour regarder dehors.
Bioluminescence
Capacité de certains animaux à produire de la lumière dans le noir.
Sonar
Technique qui utilise des sons pour détecter des objets sous l'eau.
Mouillage
Endroit où on ancre un bateau pour qu'il reste immobile.
La faille aux miroirs
Zone sous-marine où les roches réfléchissent la lumière comme des miroirs.
Résilience
Capacité à continuer et à se relever après une difficulté.
Propulseur
Appareil qui pousse un submersible ou un bateau pour avancer.
Gorgones
Coraux en forme d'éventail qui se balancent comme des plantes.
Anémone
Animal marin qui ressemble à une fleur avec des tentacules.
Murène
Poisson allongé qui vit dans des crevasses et sort parfois la tête.
Raie pastenague
Grand poisson plat qui nage près du fond comme une cape.
Algue
Plante ou organisme qui vit dans l'eau, souvent accroché aux roches.
Courant
Mouvement d'eau qui peut pousser ou tirer un bateau ou un submersible.
Capteur
Petit appareil qui mesure ou détecte quelque chose, comme un signal.
GPS
Système qui indique la position d'un bateau grâce à des satellites.

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