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Science-fantasy 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le secret des étincelles-scribes et le Cœur d’Arc

Néris, un garçon curieux, et ses amis suivent des étincelles-scribes qui tracent un mystérieux glyphe annonçant une faille dans les routes lumineuses entre les lunes, et se lancent à la recherche du légendaire Cœur d’Arc pour comprendre ce qui menace l’archipel.

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Un garçon de 12 ans anxieux mais concentré, cheveux châtain en bataille, vêtement simple avec une poche pleine de feuilles et de bandes conductrices, pose délicatement une bande lumineuse gravée de glyphes sur l'anneau extérieur d'une colonne cristalline; à sa droite, en retrait, Sola, 15 ans, vive et malicieuse, cheveux liés par une ficelle de cuivre, veste à poches, accrochée à une passerelle au-dessus, regard enthousiaste, prête à aider; à côté de la colonne, Orvann, pilote d'une cinquantaine d'années, barbe grise en triangle, regard sévère mais bienveillant, la main sur une clé de champ, surveille la connexion. Lieu: crypte ronde et silencieuse aux murs de pierre noire, poussière argentée flottante qui étouffe les sons; grande colonne cristalline centrale aux arcs électriques bleutés et anneaux gravés, une fissure sombre dans le Cœur d’Arc laissant paraître une tache d'encre spatiale. Situation: moment tendu et lumineux — le garçon complète la séquence de glyphes, la colonne vibre, les arcs se réordonnent, lumières dorées et bleues contrastant avec l'ombre violette de la fissure. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La pluie d'étincelles

La nuit avait la couleur de l'encre, mais l'archipel de lunes brillait comme un collier brisé dans le vide. Autour de Néris, de petites lunes dérivaient à différentes hauteurs, chacune avec ses falaises d'argent, ses forêts de verre et ses ports suspendus. Entre elles, des ponts de lumière se tissaient parfois… et parfois, ils lâchaient, comme des cordes qui claquent.

Néris, 12 ans, était agenouillé sur la terrasse d'observation du phare-orbite de Lune-Éclat. Les adultes disaient que ce phare guidait les vaisseaux. Néris, lui, pensait surtout qu'il guidait les idées.

Une averse étrange tombait du ciel : pas de pluie d'eau, mais une pluie d'étincelles. Des grains ardents, minuscules, filaient en silence avant de s'éteindre sur le sol, laissant une odeur de métal froid.

Néris sortit son carnet, un vrai, avec des pages épaisses et une couverture en cuir bleu. Il y colla une bande de papier conducteur, puis plaça dessus une petite capsule aimantée.

« Si je capte leur charge… » murmura-t-il.

— Néris ! Tu vas encore te faire gronder, lança une voix derrière lui.

C'était Sola, l'apprentie cartographe. Elle avait quinze ans et des cheveux attachés avec une ficelle de cuivre.

— Je ne fais rien de dangereux, répondit Néris sans lever les yeux. J'observe. J'analyse.

Une étincelle tomba pile sur la capsule. Elle ne s'éteignit pas tout de suite : elle vibra, comme si quelque chose à l'intérieur cherchait une sortie. La bande de papier conducteur se mit à luire, dessinant une petite ligne courbe. Puis une seconde étincelle compléta le tracé, et la courbe devint… un symbole.

Un glyphe.

Néris sentit son cœur faire un bond. Les vaisseaux de l'archipel se pilotaient par des glyphes, des signes gravés sur des plaques de commande. On les traçait avec une encre de météore et une concentration parfaite. Pourtant, là, les étincelles les écrivaient toutes seules, comme si le ciel faisait ses propres instructions.

Sola se pencha, intriguée.

— Tu viens de… tu viens de recevoir un ordre du ciel ?

— Ou un avertissement, répondit Néris. Et ça, c'est notre responsabilité : comprendre avant de foncer.

Il prit une loupe, observa les micro-spirales dans la trace lumineuse. Ce n'était pas un simple dessin. Le glyphe semblait respirer.

Au loin, un grondement silencieux fit vibrer la terrasse. Dans l'espace, juste au-dessus des lunes, une zone sombre palpitait comme une tache d'encre vivante.

Sola déglutit.

— Dis-moi que ce n'est pas…

— Un pli de vide, souffla Néris. Un vrai.

Et les étincelles tombaient plus fort, comme si le ciel s'affolait.

Chapitre 2 — Le vaisseau aux plaques gravées

Le lendemain, la Capitainerie réunit tout le monde au port suspendu. Des amarres de lumière retenaient les vaisseaux, et les coques polies reflétaient les lunes comme des miroirs.

Maître Orvann, le pilote en chef, était connu pour deux choses : sa barbe triangulaire et son talent à ne jamais paniquer… sauf quand il paniquait, et alors il le faisait très élégamment.

— Un pli de vide s'ouvre au-dessus de la chaîne des Petites-Lunes, annonça-t-il. Si cela continue, les routes de navigation seront coupées. Nous devons identifier la cause.

Néris leva la main, son carnet serré contre lui.

— J'ai capté un glyphe dans la pluie d'étincelles.

Des murmures coururent.

— Un enfant et ses gribouillages, grogna quelqu'un.

Orvann, lui, s'approcha.

— Montre.

Néris tendit la page. Le glyphe, figé désormais, ressemblait à une comète enroulée autour d'un œil.

Orvann plissa les paupières.

— Ce signe… On l'appelle l'Iris de Faille. Il apparaît dans les vieux journaux de bord, quand les anciens pilotes traversaient les zones instables.

Sola n'en revenait pas.

— Donc Néris a raison : ce n'est pas juste joli.

— Rien n'est “juste joli” quand l'espace clignote, dit Orvann. Tu viens avec nous, Néris. Mais à une condition : tu obéis. Ingéniosité, oui. Témérité, non.

Néris hocha la tête, sérieux. Il avait envie de dire « promis » comme un petit, mais il se contenta d'un « d'accord » solide.

Ils montèrent à bord du Brûle-Aube, un vaisseau à flancs clairs, dont la cabine de pilotage était tapissée de plaques gravées. Les glyphes y reposaient comme des constellations sur métal.

Orvann posa les mains au-dessus de la table de commande, sans la toucher. Les glyphes s'éveillèrent, flottant en filaments lumineux.

— Chaque glyphe est une phrase, expliqua-t-il. Une phrase qui parle au vaisseau. Si tu bafouilles, il te comprend de travers.

Néris regarda la plaque centrale : on y traçait les glyphes avec un stylet de cristal. Il pensa aux étincelles qui écrivaient seules.

— Et si… le ciel essayait de piloter quelque chose ? demanda-t-il.

Orvann eut un silence.

— Alors il faut savoir quoi.

Le Brûle-Aube se détacha du port, glissa dans le noir, et l'archipel de lunes se mit à tourner lentement autour d'eux, comme une couronne.

Chapitre 3 — Les îles-lunes et la bibliothèque des murmures

Ils firent halte sur Lune-Miroir, une petite île-lune recouverte de dalles réfléchissantes. Le sol y renvoyait les visages avec une légère différence, comme si chaque personne possédait une version plus courageuse d'elle-même.

Au centre se dressait la Bibliothèque des Murmures, un dôme de verre noir. À l'intérieur, des rouleaux et des tablettes flottaient dans l'air, retenus par des champs magnétiques. Les pages bruissaient tout bas, car ici, les livres se lisaient aussi avec l'oreille.

La Gardienne, une femme au manteau cousu de poussière d'étoiles, les accueillit sans sourire mais sans dureté.

— Vous cherchez l'Iris de Faille, dit-elle. Il n'apparaît jamais par hasard.

Néris posa son carnet sur une table.

— Les étincelles l'ont dessiné. Comme une pluie.

La Gardienne effleura la page du bout de l'ongle. Le glyphe frissonna.

— Ce sont des étincelles-scribes. Très rares. Elles tombent quand un ancien réseau de glyphes se réveille.

Sola fronça les sourcils.

— Un réseau de glyphes… dans le vide ?

— Dans les courants entre les lunes. Les anciens avaient tissé des routes enchantées, et pour les maintenir, ils avaient scellé une clef : le Cœur d'Arc. Une pierre-machine. Technologie et magie nouées comme deux fils d'une même corde.

Orvann se raidit.

— Le Cœur d'Arc est une légende.

— Les légendes sont souvent des vérités qu'on a cessé d'entretenir, répondit la Gardienne.

Néris se pencha, captivé.

— Et si le Cœur d'Arc s'abîme, le réseau… se déchire ?

— Oui. Alors les failles s'ouvrent, attirées par les zones non stabilisées. Les étincelles-scribes tentent de prévenir, en envoyant les glyphes d'alerte.

Orvann soupira.

— Où est ce Cœur d'Arc ?

La Gardienne leva la main. Des tablettes tournoyèrent et se posèrent devant eux. Sur l'une, une carte se dessina : l'archipel, puis une zone grisée, comme une cicatrice.

— Dans la Crypte des Lunes Sourdines, dit-elle. Une lune minuscule, invisible à l'œil nu, qui se cache derrière les ombres.

Sola se pencha vers Néris.

— Invisible… pratique pour une cachette.

Néris répondit à mi-voix :

— Ou dangereux, si on oublie qu'elle existe.

La Gardienne fixa Néris.

— L'ingéniosité peut ouvrir les portes. La responsabilité dit lesquelles il faut refermer derrière soi.

Néris acquiesça, et ce n'était plus seulement de l'excitation : c'était un poids, mais un poids qu'il acceptait.

Chapitre 4 — Le passage des glyphes vivants

Le Brûle-Aube s'enfonça vers la zone grisée. Autour d'eux, l'espace devenait moins lisse. Des filaments lumineux flottaient comme des algues dans une mer invisible. Les instruments vibraient, et une note très basse résonnait dans la coque, comme si le vaisseau avait une voix.

Orvann prit le stylet.

— Pour traverser, je vais tracer le glyphe de Voile. Vous, ne touchez à rien.

— Promis, dit Sola.

Néris se retint de dire « promis » aussi. Il se contenta de serrer son carnet.

Le glyphe de Voile s'alluma sur la plaque, et le Brûle-Aube sembla glisser sous une nappe d'eau. Des symboles apparurent tout autour de la cabine, pas sur les plaques… dans l'air même. Des glyphes sauvages, libres, qui ondulaient.

— Ils sont vivants, souffla Sola.

Un glyphe se posa contre la vitre comme une méduse lumineuse, laissant une trace de lettres minuscules. Néris reconnut une partie : c'était l'Iris de Faille, mais incomplet, comme un mot coupé.

Orvann gronda :

— Ne les regardez pas trop. Certains glyphes ne veulent pas être compris.

Néris, lui, ne pouvait pas s'empêcher d'analyser. Il remarqua que les glyphes se regroupaient en lignes, comme des phrases cherchant une grammaire.

« Le réseau… cherche un pilote », pensa-t-il.

Soudain, le Brûle-Aube fut secoué. Devant eux, la tache sombre du pli de vide battit comme une paupière. Une déchirure, et derrière, une profondeur qui donnait le vertige, même à travers une vitre.

— Orvann ! cria Sola. On dérive !

Orvann traça un second glyphe, celui d'Ancre. Mais la plaque clignota, puis s'éteignit.

— Plus de réponse, marmonna-t-il. Comme si… quelqu'un d'autre parlait plus fort.

Néris regarda son carnet. Le glyphe de l'Iris semblait pulser. Une idée folle le traversa : si les plaques étaient muettes, peut-être que le papier conducteur, chargé par les étincelles, pouvait servir de relais.

Il hésita. Orvann avait dit de ne toucher à rien.

Puis il pensa aux lunes derrière eux, aux ports suspendus, aux gens qui dormaient en croyant le ciel solide. Responsabilité.

— Je peux aider, dit-il d'une voix tremblante mais ferme.

— Non, répondit Orvann, instinctif.

Le Brûle-Aube pencha, aspiré vers la déchirure.

Orvann serra les dents.

— …Dis ce que tu fais, et fais-le vite.

Néris posa sa page conductrice contre le bord de la plaque centrale, comme un pansement sur une blessure. Le glyphe s'alluma, non pas en bleu comme d'habitude, mais en or pâle.

— Je ne trace pas un nouvel ordre, expliqua Néris. Je… je traduis celui du ciel.

Il suivit du doigt les micro-spirales, complétant l'Iris de Faille avec un trait minuscule qu'il avait vu dans les glyphes vivants : une petite barre, presque une virgule.

La plaque vibra. Le vaisseau répondit d'un coup, comme si on lui avait enfin parlé dans sa langue.

Orvann cria :

— Accrochez-vous !

Le Brûle-Aube se redressa, frôla la déchirure, et passa de l'autre côté du voile de filaments, dans un calme soudain.

Sola souffla, les yeux ronds.

— Néris… tu viens de discuter avec l'espace.

— Non, répondit-il en essuyant ses mains moites. J'ai juste écouté avant de répondre.

Chapitre 5 — La Crypte des Lunes Sourdines

La lune invisible apparut quand Orvann coupa toutes les lumières. Alors, comme une bête qui se dévoile seulement dans l'ombre, un petit disque sombre se dessina, bordé d'un halo violet.

Ils atterrirent dans une vallée étroite. Le sol était recouvert d'une poussière fine qui absorbait les sons. Chaque pas semblait avalé. Même la respiration paraissait trop bruyante, et pourtant personne ne l'entendait.

Au fond de la vallée, une porte énorme était encastrée dans la roche. Elle n'avait ni poignée ni serrure, seulement une mosaïque de glyphes gravés, ternis par le temps.

Orvann posa la main sur la pierre.

— Les anciens voulaient que seul un pilote digne puisse entrer.

Sola, d'habitude bavarde, chuchota :

— Comment on prouve ça à une porte ?

Néris s'avança. La mosaïque, vue de près, était un puzzle. Certains glyphes étaient ébréchés, comme si on avait arraché des morceaux.

— La pluie d'étincelles… elle écrivait des glyphes de réparation, dit-il. Pas seulement des avertissements.

Il sortit son carnet. Les pages étaient remplies de traces captées. Il les avait classées, comparées, reliées par des flèches. Ce n'était pas de la magie au hasard : c'était de l'ingénierie de symboles.

Orvann le regarda, surpris.

— Tu as fait tout ça quand ?

— Entre deux repas, répondit Néris. Et pendant que Sola se moquait de moi.

— Je ne me moquais pas, protesta Sola. Je… je faisais de l'humour pédagogique.

Néris sourit malgré la tension. Puis il plaça ses pages conductrices contre la porte, l'une après l'autre, comme des pièces manquantes. Les glyphes se mirent à briller faiblement, se connectant en lignes.

La porte vibra. Un souffle froid s'en échappa, chargé d'odeurs d'ozone et de vieux métal.

La roche se fendit sans bruit, et l'ouverture révéla un couloir où flottaient des poussières lumineuses.

Ils avancèrent. Au bout, une salle ronde abritait une colonne cristalline, traversée d'arcs électriques. Au centre battait un noyau : une pierre sombre, cerclée d'anneaux gravés.

Le Cœur d'Arc.

Mais il était fissuré. Par moments, un éclat de vide s'y accrochait comme une tache d'encre qui refuse de partir.

Sola recula d'un pas.

— C'est ça qui déchire le ciel ?

Orvann hocha la tête, grave.

— Et si ça casse… les routes entre les lunes s'effondrent.

Néris s'approcha, fasciné et inquiet. Il voyait des glyphes courir sur les anneaux, mais certains trébuchaient, se répétaient, bégayaient.

— Il manque un cycle, dit-il. Un protocole… une séquence de glyphes pour stabiliser.

Orvann croisa les bras.

— Et tu comptes l'inventer ?

— Non, répondit Néris. Je compte le retrouver. Les étincelles-scribes essaient de nous le donner. Il faut leur offrir un support… et du temps.

Il regarda autour : la colonne était alimentée par des conduits de lumière, mais l'un d'eux était presque éteint, comme une veine bouchée.

— Si on relance l'alimentation, le Cœur d'Arc pourra tenir pendant que je recompose la séquence.

Orvann inspira lentement.

— D'accord. Sola, avec moi sur les conduits. Néris, tu travailles. Mais écoute bien : tu ne touches pas au noyau sans me le dire.

— D'accord, dit Néris, et ce mot-là sonnait comme un serment.

Chapitre 6 — Réparer sans se brûler

Orvann et Sola grimpèrent sur une passerelle autour de la colonne. Ils déployèrent des outils : clés de champ, rubans de cuivre, petites fioles de poussière d'astre pour renforcer les joints.

— Passe-moi le ruban ! lança Sola.

— Lequel ? grogna Orvann. Tu en as quinze !

— Celui qui ne ressemble pas à une anguille morte !

— Très précis, merci !

En bas, Néris étala ses pages. Il n'avait pas d'ordinateur, pas de grand écran. Juste un carnet, des bandes conductrices, et sa tête têtue.

Il repensa à la pluie d'étincelles : elles tombaient en rythme, pas au hasard. Il ferma les yeux, cherchant la cadence. Trois rapides, une longue, deux moyennes… Comme un code.

Il griffonna : 3-1-2.

Puis il observa les glyphes bégayants du Cœur d'Arc. Ils répétaient une boucle incomplète. Si le réseau était une phrase, elle finissait au milieu.

« Il faut la ponctuation », pensa Néris.

Il choisit trois glyphes de stabilisation, un glyphe de pause, puis deux glyphes d'ancrage. Il les plaça en cercle sur une bande conductrice, comme une couronne.

La bande se mit à luire, doucement, à mesure que les signes s'accordaient.

Orvann cria depuis la passerelle :

— On a relancé le conduit ! Ça tient, mais pas longtemps !

Néris sentit la pression le serrer. Il aurait pu se précipiter, coller sa bande au noyau et espérer. Mais espérer n'était pas une méthode. Il vérifia une dernière fois : cohérence, ordre, symétrie. Il corrigea un angle minuscule.

Sola, suspendue à moitié dans le vide, lança :

— Néris ! Si tu veux un autographe avant qu'on explose, c'est le moment !

— Je préfère ta signature après, répondit-il, sans lever la tête.

Orvann éclata d'un rire bref, surpris de lui-même.

Néris s'approcha du Cœur d'Arc, tenant la bande comme un fragile insecte lumineux.

— Orvann, je vais connecter la séquence. Pas au noyau directement : à l'anneau extérieur. Comme ça, si ça réagit mal, ça ne cassera pas tout.

Orvann descendit, le regard dur mais respectueux.

— Fais-le. Et à la moindre étincelle noire, tu recules.

Néris posa la bande sur l'anneau. Les glyphes s'imbriquèrent aussitôt, aspirés comme de l'encre dans une plume. Une onde parcourut la colonne. Les arcs électriques se mirent à danser avec plus d'ordre, comme une chorégraphie retrouvée.

La fissure du Cœur d'Arc cessa de s'élargir. La tache d'encre vacilla, furieuse, puis se rétracta, comme une ombre qu'on surprend.

Sola descendit en glissant presque.

— Ça marche ? Dis-moi que ça marche !

Le sol vibra, mais cette fois ce n'était pas une menace. C'était un battement régulier, puissant, comme un tambour au loin.

Orvann posa une main sur l'anneau.

— Le réseau se stabilise, dit-il. Les routes vont se retendre.

Néris inspira enfin. Ses jambes tremblaient.

— On a… réparé un morceau de ciel, murmura-t-il.

Orvann le fixa.

— Tu as surtout choisi de comprendre avant d'agir. C'est ça, être responsable.

Néris baissa les yeux, un peu gêné.

— J'ai eu peur.

— Parfait, répondit Orvann. La peur empêche de faire n'importe quoi. L'important, c'est ce que tu fais malgré elle.

Au-dessus d'eux, à travers une ouverture de la crypte, un scintillement traversa l'espace : les étincelles-scribes, mais plus douces, comme une pluie qui applaudit sans bruit.

Chapitre 7 — Retour sur les routes de lumière

Le voyage de retour fut différent. Les filaments lumineux autour du Brûle-Aube ne semblaient plus des algues affolées, mais des chemins. Les glyphes vivants apparaissaient encore, mais ils passaient à distance, tranquilles, comme des oiseaux qui ont compris que le danger est parti.

Sola se pencha vers Néris, un sourire fatigué au coin des lèvres.

— Tu sais que tu viens d'offrir un argument à tous les adultes ? Maintenant ils vont dire : “Regardez ce que l'étude peut faire !”

— C'est bien, non ? répondit Néris.

— Oui… mais ils vont aussi dire : “Et maintenant, range ta chambre comme un ingénieur responsable.”

Néris éclata d'un rire qui le surprit. Même Orvann eut un petit grognement amusé, ce qui, chez lui, valait une ovation.

Quand ils revinrent à Lune-Éclat, le phare-orbite brillait plus clair, comme soulagé. Les ponts de lumière entre les lunes, que l'on voyait parfois se détendre et se contracter, tenaient à nouveau comme des cordes solides.

La Capitainerie les accueillit. Certains adultes voulurent féliciter Orvann, d'autres poser mille questions à Sola. Néris, lui, resta un peu en retrait, son carnet contre la poitrine.

La Gardienne de la Bibliothèque était là, comme si elle avait toujours su.

— Alors ? demanda-t-elle simplement.

Néris ouvrit son carnet et montra la dernière page. Il y avait recopié la séquence complète, proprement, avec des notes sur la cadence et les variations.

— Je l'ai écrite pour qu'on s'en souvienne, dit-il. Pour que personne ne laisse le Cœur d'Arc s'abîmer à nouveau.

Orvann posa une main sur son épaule.

— Et pour qu'on ne dépende pas d'un enfant téméraire la prochaine fois, ajouta-t-il, faussement sévère.

— Je suis tenace, pas téméraire, corrigea Néris.

Sola leva les mains.

— Je confirme. Il réfléchit tellement qu'il pourrait réfléchir à respirer.

Néris répondit du tac au tac :

— Toi, tu parles tellement que tu pourrais parler à une porte fermée jusqu'à ce qu'elle s'ouvre par pitié.

Sola éclata de rire, et même quelques capitaines sourirent.

Cette nuit-là, Néris retourna sur la terrasse du phare. Il leva les yeux : plus de tache sombre. Juste l'archipel de lunes, immense et fragile, suspendu dans le noir.

Une dernière étincelle tomba, lente, et s'éteignit sur sa page sans laisser de glyphe. Comme un simple point final.

Néris referma son carnet.

Il avait compris quelque chose de plus grand que lui : dans cet univers où la magie se grave comme un circuit et où la technologie obéit à des signes anciens, on ne devient pas un héros en fonçant. On le devient en écoutant, en reliant les indices, en réparant avec patience… et en acceptant que ce qu'on touche, même du bout d'un stylet, peut changer le ciel pour tout le monde.

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Archipel
Groupe d'îles proches les unes des autres dans la mer ou l'espace.
Phare-orbite
Phare qui tourne ou reste en hauteur pour guider les vaisseaux dans l'espace.
étincelles-scribes
Petites étincelles qui écrivent des signes, comme des messagères du ciel.
Glyphe
Signe gravé ou dessiné qui sert à donner un ordre ou une information.
Pli de vide
Zone d'espace instable qui ressemble à une déchirure ou une poche sombre.
Cœur d’Arc
Pierre-machine ancienne qui maintient et régule des routes entre les lunes.
Crypte
Salle ou galerie souterraine souvent ancienne et secrète.
Mosaïque
Ensemble de petits morceaux assemblés pour former un dessin sur une surface.
Conduit
Tube ou passage qui transporte de l'énergie, du liquide ou de la lumière.
Fissure
Fente ou petite cassure dans une pierre, une paroi ou un objet dur.
Stabiliser
Rendre quelque chose plus solide et moins dangereux ou instable.
Séquence
Suite ordonnée d'éléments qui doivent être placés dans le bon ordre.
Cadence
Rythme régulier d'actions ou de signes, comme une suite de battements.
Filaments lumineux
Fins rubans ou fils de lumière qui flottent dans l'espace sombre.

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