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Science-fantasy 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Les gardiennes de la halle qui chante

Quatre amies découvrent une halle qui chante et un portail instable, et doivent unir leurs talents pour décrypter des rythmes et réparer une résonance dangereuse sans en connaître toutes les conséquences.

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Quatre filles — Mina (13 ans, cheveux bruns, veste jaune, bottes boueuses) tient une barre métallique bricolée au centre, Yara (12 ans, queue de cheval, pull vert) à genou sur une passerelle fissurée, Zoé (13 ans, rousse, salopette grise, lunettes) accroupie avec une pince et une plaque, et Nour (14 ans, carré châtain, manteau bleu nuit) aux mains sur une console — s’efforcent ensemble de retirer une écharde noire d’un anneau métallique central pour stabiliser un cœur de cristal fissuré qui émet une lueur bleue froide; la scène se déroule dans une grande salle cathédrale industrielle en métal poli et cuivre, avec arcs et piliers gravés, anneaux tournants, sol en dalles et plaques manquantes, étincelles et poussière d’étoiles en suspension; action tendue mais pleine d’espoir — Mina maintient le cadre amortisseur, Yara et Zoé tirent en cadence tandis que Nour synchronise les anneaux depuis la console, runes lumineuses et vibrations augmentent dans un contraste de néons bleus et ors chauds, textures de cuir, métal et microfissures du cristal visibles. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La halle qui chante

La halle de résonance dormait au fond de l'ancienne cité, vaste comme un gymnase et pourtant plus silencieuse qu'une bibliothèque un jour de neige. Des arches de cuivre se rejoignaient au plafond, et chaque pas faisait naître un petit son — pas un écho banal, non : une note nette, comme si le sol était une corde tendue.

Mina avançait en premier, la lampe frontale vissée sur les cheveux, l'air ravi comme si elle entrait dans une fête.

« Écoutez ça ! » chuchota-t-elle, puis elle tapa doucement du bout de sa chaussure.

Le métal répondit par un “ting” cristallin.

Yara, la plus prudente, fronça les sourcils.

« Mina, promets-moi que tu ne touches à rien qui brille. Dans ce genre d'endroits, tout brille. »

Zoé éclata d'un rire contenu.

« Alors on est perdues, parce que Mina brille aussi, quand elle a une idée. »

Nour, elle, ne riait pas. Elle observait. Ses yeux suivaient les nervures argentées gravées sur les piliers, des motifs qui ressemblaient à des circuits… ou à des runes, selon l'angle.

« Ce n'est pas juste un vieux bâtiment, » murmura-t-elle. « C'est… un instrument. »

Plus elles avançaient, plus la halle semblait respirer. Par moments, un courant d'air faisait vibrer les plaques de métal et le lieu fredonnait tout seul, comme un chœur invisible qui s'accordait.

Au centre, un disque scellé affleurait le sol : un cercle de fer noir, traversé d'un verrou en forme d'étoile. Autour, des pierres polies portaient des symboles et des lignes droites, mélange étrange d'écriture magique et de plans techniques.

Mina se pencha, fascinée.

« C'est forcément un portail. Un vrai. »

Yara ouvrit la bouche pour protester… et la referma. La curiosité lui tirait déjà les pieds en avant.

Zoé posa son sac.

« On est venues pour comprendre pourquoi la ville entend des “chants” la nuit. Voilà notre chanteur. »

Nour toucha un symbole du bout des doigts. La pierre était froide, mais elle vibra légèrement, comme un téléphone qu'on aurait mis en mode silencieux.

« Il est scellé, » dit-elle. « Et il attend quelque chose. »

Mina, joviale jusqu'au bout des ongles, lança :

« Eh bien, on va lui dire bonjour. »

Chapitre 2 — Le verrou d'étoile

Sur le verrou en forme d'étoile, cinq encoches brillaient faiblement. Nour prit un petit carnet et griffonna.

« Cinq points… ça me fait penser à une clé de fréquence. Comme sur les vieux émetteurs. »

Zoé s'accroupit.

« Ou un jeu. La halle adore les jeux. Tu marches, elle te répond. Tu frappes, elle chante. »

Yara leva les mains.

« Stop. Avant que Mina transforme ça en concours de percussion, on réfléchit. On n'a pas le droit d'ouvrir un truc qui a été scellé. Les gens scellent les choses pour des raisons. »

Mina fit une moue exagérée.

« Oui, pour que des filles courageuses les rouvrent au bon moment. »

Nour désigna les piliers.

« Regardez. Les motifs sur les piliers se répètent : une spirale, une ligne, un triangle… Ça ressemble à une partition. »

Zoé se redressa, les yeux brillants.

« Une partition pour la halle. Si on joue la bonne “musique”, le verrou s'ouvre. »

Yara soupira, mais elle avait déjà rejoint le cercle.

« D'accord. Mais doucement. Et si ça devient dangereux, on recule. Promis ? »

Mina posa sa paume sur le métal du disque.

« Promis… enfin, je promets d'essayer. »

Elles se répartirent autour du portail. Nour prit le pilier marqué d'une spirale, Zoé celui au triangle, Yara celui à la ligne droite. Mina, au centre, avait l'air d'une cheffe d'orchestre.

« On fait quoi ? » demanda Zoé.

Nour ferma les yeux, écouta. La halle avait une note de fond, un bourdonnement presque imperceptible.

« On frappe… mais pas n'importe comment. Comme si on répondait à ce bourdonnement. »

Mina donna le départ.

— Un, deux, trois.

Yara tapa une fois : un “tang” grave.

Zoé frappa deux fois : “ting-ting” plus aigu.

Nour glissa ses doigts sur la spirale, et la pierre émit un son qui n'était ni un coup ni un tintement, plutôt un froissement lumineux.

Le verrou d'étoile pulsa.

Mina eut un sourire immense.

« Il nous entend ! »

Elles recommencèrent. Le rythme hésita, se perdit, revint. Mina, quand elle se trompait, éclatait de rire au lieu de se vexer.

« Oups, fausse note ! La halle ne va pas me jeter des tomates, j'espère. »

« Des boulons, plutôt, » marmonna Zoé.

Au troisième essai, les cinq encoches s'illuminèrent d'un blanc bleuté. Le disque vibra si fort que leurs chaussures en frémirent. L'air prit une odeur d'orage.

Yara recula d'un pas.

« Mina… tu sens ça ? »

Mina hocha la tête, mais sa main restait posée sur le centre, comme aimantée.

« Oui. C'est… comme si le portail retenait son souffle. »

Le verrou cliqueta. Un son net, mécanique, irréfutable.

Puis le disque s'ouvrit d'un trait, comme une paupière qui se soulève.

Chapitre 3 — Le seuil de lumière froide

La fente s'élargit jusqu'à devenir un cercle de lumière froide. Ce n'était pas une lumière qui éclaire : c'était une lumière qui aspire le regard. À l'intérieur, des fragments de paysages tournaient comme des cartes mélangées : dunes violettes, tours d'acier couvertes de lierre, constellations trop proches.

Zoé souffla :

« On dirait une fenêtre sur… toutes les choses. »

Nour sentit ses cheveux se lever sous l'électricité.

« C'est un portail de résonance. Il s'ouvre sur ce qui correspond à notre “accord”. »

Yara secoua la tête, mi-fascinée, mi-affolée.

« Donc si on est mal accordées… on peut tomber sur un endroit horrible. Super. »

Mina, malgré l'adrénaline, réussit à plaisanter :

« Je vote pour un endroit avec des goûters infinis. »

Un son monta du portail, une voix qui n'était pas vraiment une voix : un message fait de notes.

Dans leur tête, les mots se dessinèrent comme une phrase qu'on comprend sans l'avoir apprise.

— Gardiennes de l'Axe. Le Sceau a cédé. Stabilisez la Halle, ou l'Écho dévorera les mondes.

Zoé blêmit.

« Je… je crois que le portail vient de nous appeler “gardiennes”. »

Nour s'accroupit, observa le bord du cercle. Des symboles s'allumaient et s'éteignaient, comme des données qui défilent.

« Il y a une instabilité. Regardez : la lumière tremble par à-coups. »

À chaque tremblement, la halle répondait : les piliers vibraient, les plaques du sol chantaient trop fort, comme si tout l'endroit essayait de suivre un tempo impossible.

Yara s'approcha, courageuse malgré elle.

« Si ça explose, c'est la ville entière qui va entendre… et pas juste entendre. »

Mina posa son autre main sur le bord du portail. La lumière lui colora la peau d'un bleu d'encre.

« On l'a ouvert. On ne peut pas juste partir. »

Elle se tourna vers ses amies, son sourire un peu moins sûr mais toujours là.

« On fait équipe ? Vraiment. Sans se lâcher. »

Zoé fit claquer sa langue.

« Comme si on te lâchait un jour. »

Nour hocha la tête.

« Ensemble. Et méthodiquement. »

Yara inspira.

« D'accord. Mais on garde une règle : on dit quand on a peur. Pas de bravoure idiote. »

Mina leva la main, comme en classe.

« Moi, j'ai peur… mais j'ai aussi très envie. »

Le portail projeta une image stable : une salle immense, au-delà du seuil, où flottaient des anneaux métalliques gravés de runes. Au centre, un cœur de cristal battait lentement, relié à des câbles tressés comme des racines.

Nour murmura :

« C'est la source de la résonance. Si on stabilise ça, la halle se calme. »

Zoé serra la sangle de son sac.

« Et si on ne le fait pas, l'Écho… dévore les mondes. Sympa comme programme du mercredi. »

Yara tendit la main.

« On se tient. »

Elles se prirent par les poignets, solide. Mina fit un pas, et le portail les avala comme une vague sans eau.

Chapitre 4 — Les anneaux et les runes

De l'autre côté, l'air était plus sec, chargé de poussière d'étoiles. La salle ressemblait à une cathédrale construite par des ingénieurs magiciens : des poutres d'acier couraient en arcs élégants, des runes flottaient dans l'air comme des hologrammes, et des gouttes de lumière tombaient lentement du plafond, sans jamais toucher le sol.

Les anneaux métalliques tournaient autour du cœur de cristal. À chaque rotation, ils émettaient un accord : grave, puis aigu, puis un troisième son qui faisait vibrer les dents.

Mina cligna des yeux.

« Bon. J'ai demandé des goûters, pas un… truc cosmique. »

Zoé pointa du doigt une passerelle.

« On dirait qu'on peut atteindre le centre par là. Mais regardez… »

La passerelle était cassée à mi-chemin. Il manquait trois plaques, comme si quelqu'un les avait retirées exprès.

Nour s'approcha d'un pupitre couvert de symboles. Lorsqu'elle posa la main dessus, des lignes lumineuses s'alignèrent, comme une interface qui reconnaît une utilisatrice.

« C'est une console. Mélange de sortilège et de code. »

Elle lut à haute voix, lentement :

Synchronisation : 12%. Risque d'Écho : élevé.

Yara sentit son ventre se serrer.

« Et on fait comment monter la synchronisation ? »

Le cœur de cristal émit un battement plus fort. Autour, les anneaux accélérèrent. Un souffle traversa la salle, et des morceaux de métal au sol frémirent, attirés vers les anneaux comme des insectes vers une lampe.

« Oh non… » Zoé recula. « Ça aspire tout ce qui résonne. Donc… tout ce qui est métallique. »

Mina regarda les plaques manquantes de la passerelle.

« Il nous faut des plaques pour traverser. Et tout le métal veut se faire avaler. Génial. »

Nour observa les runes.

« Les anneaux sont désaccordés. Comme un instrument mal réglé. La halle de l'autre côté souffre parce que ça hurle ici. »

Elle montra cinq symboles qui clignotaient, identiques à ceux du verrou d'étoile.

« On peut les régler par fréquence. Mais il faut… une séquence parfaite. »

Yara s'accrocha à une idée simple.

« On recommence ce qu'on a fait pour ouvrir ? »

Nour secoua la tête.

« Non. Ouvrir, c'était dire “bonjour”. Stabiliser, c'est… chanter juste longtemps, même quand c'est fatigant. »

Zoé souffla, puis eut un sourire en coin.

« Donc : persévérance. Le truc qu'on nous répète à l'école, mais version “sauver les mondes”. »

Mina ramassa une petite barre de métal au sol. Elle vibra, prête à partir vers les anneaux.

« Il nous faut aussi des plaques. »

Elle la fixa avec une bande de tissu de son sac, comme une laisse.

« Toi, tu ne t'envoles pas. »

Yara la regarda, impressionnée malgré elle.

« Tu viens d'attacher un morceau de fer comme un chien. »

Mina haussa les épaules.

« Si ça marche, je l'appelle Biscotte. »

Elles se mirent au travail, sérieuses. Nour à la console, Zoé à chercher des plaques assez grandes, Yara à sécuriser les bords, Mina à attraper les morceaux qui tentaient de s'enfuir.

Et le cœur de cristal battait, battait, battait, comme une horloge pressée.

Chapitre 5 — La partition impossible

Nour entra une première séquence sur la console : spirale, ligne, triangle, spirale, étoile. Les anneaux ralentirent… puis repartirent brutalement, projetant une onde de son qui fit trembler la passerelle restante.

Zoé se rattrapa à une poutre.

« D'accord, la salle n'aime pas l'impro. »

Yara grimaça.

« Ça va s'effondrer si on continue à se tromper. »

Mina, qui tenait “Biscotte” d'une main et une plaque de l'autre, lança :

« Nour, tu peux faire une version “moins dangereuse” ? »

Nour avait les joues rouges, mais sa voix restait calme.

« Je peux, mais il faut du temps. Et le temps, ici, c'est… du bruit. »

Elle montra l'indicateur lumineux :

— Synchronisation : 14%. Risque d'Écho : très élevé.

Zoé posa une plaque sur le vide de la passerelle, en la coinçant avec des morceaux de pierre.

« On gagne du terrain. Un pas après l'autre. »

Yara aida, genoux à terre, concentrée.

« Un pas après l'autre. Et on respire. »

Mina les imita, puis fit une grimace :

« Je respire, mais le portail a l'air de respirer aussi. Et lui, il hyperventile. »

Nour ferma les yeux, écouta les anneaux. Elle tapota doucement sur la console, comme sur un instrument.

« Les sons… ils se répondent. Ce n'est pas une suite de symboles au hasard. C'est une conversation. »

Elle rouvrit les yeux.

« Mina, ton pas fait une note, tu te souviens ? La halle répond aux pas. Ici, c'est pareil. »

Zoé comprit.

« Tu veux qu'on marche pour régler ? »

« Oui. » Nour désigna les plaques qu'elles venaient de poser.

« La passerelle est une portée musicale. Chaque plaque a une résonance. Si on traverse au bon rythme, on aligne les anneaux. »

Yara avala sa salive.

« Donc on doit… traverser une passerelle bricolée au-dessus du vide… en dansant juste ? »

Mina sourit, un peu pâle mais déterminée.

« J'ai toujours rêvé d'être une ballerine de fin du monde. »

Elles se placèrent au début. Nour donnait le tempo en tapant sur la console : un “tic” lumineux. Zoé comptait à voix basse. Yara vérifiait chaque plaque. Mina, au centre, donnait du courage en faisant des blagues à mi-voix.

« Si je tombe, dites à ma mère que c'était pour la science. Et aussi pour la magie. Et aussi parce que j'ai glissé. »

Zoé grogna :

« Tais-toi et avance au tempo. »

Elles firent un premier essai. Trop vite. Les anneaux grinçèrent.

Deuxième essai. Trop lent. Le cœur de cristal battit en contretemps, comme un tambour fâché.

À la troisième tentative, leurs pas s'accordèrent. Un, deux, trois — pause — un, deux. La passerelle vibra, mais d'une vibration douce, presque satisfaite. Les runes dans l'air se mirent à flotter en lignes plus nettes.

Sur la console, l'indicateur monta :

— Synchronisation : 37%… 52%…

Nour haleta.

« Continuez ! Ne cassez pas le rythme ! »

Yara, les bras tendus pour l'équilibre, murmura :

« Je n'aime pas ça… mais je tiens. Je tiens. »

Zoé regarda Mina.

« Tu vois, on peut être courageuses sans être inconscientes. »

Mina répondit, essoufflée :

« Je note. Je note très fort. »

Elles atteignirent enfin la plateforme centrale, devant le cœur de cristal. Il était immense, traversé de fissures lumineuses, comme une glace qui se fracture de l'intérieur.

Au-dessus, un anneau principal tournait de travers, bloqué par un morceau de métal noir, planté dedans comme une écharde.

Nour blêmit.

« Quelqu'un l'a saboté. »

Chapitre 6 — L'écharde de nuit

L'écharde noire semblait absorber la lumière. Même les runes autour hésitaient, clignotaient, comme si elles avaient peur.

Yara posa une main sur le rebord de la plateforme.

« Si on l'enlève… ça peut arranger ou empirer. »

Zoé approcha, prudente.

« C'est peut-être ça, “l'Écho”. Une sorte de parasite. »

Mina regarda ses amies, puis le cœur de cristal qui battait plus vite.

« On ne va pas le laisser là. Pas après tout ça. »

Nour examina l'écharde. Des lignes minuscules couraient dessus, pareilles à des circuits gravés, mais elles se tordaient comme des serpents.

« C'est une technologie sombre… ou une magie cassée. Peut-être les deux. »

Elle prit une inspiration.

« Si on la retire d'un coup, l'anneau peut se libérer trop brutalement. Il faut… amortir. »

Yara se redressa.

« On fait comme avec la passerelle : ensemble et au rythme. »

Zoé fouilla son sac et sortit un petit rouleau de ruban résistant, des gants, une mini-pince.

« Je savais qu'un jour ça servirait autrement qu'à réparer des lunettes. »

Mina attrapa “Biscotte” et deux autres barres métalliques, les attacha ensemble pour former une sorte de cadre.

« Un amortisseur maison. Version Mina. »

Nour posa ses mains sur la console centrale, juste à côté du cœur. Les runes se regroupèrent autour de ses doigts, dociles.

« Je vais ralentir l'anneau au maximum. Quand je dis “maintenant”, vous tirez doucement, en trois temps. »

Yara s'équipa des gants.

« Je suis prête. Enfin… je suis là. »

Zoé, pince en main, se plaça de l'autre côté.

« Mina, arrête de donner des noms à tout ce qui traîne et tiens le cadre droit. »

Mina fit une révérence.

« Biscotte et moi sommes offensés, mais coopératifs. »

Nour murmura une suite de sons — pas des mots, plutôt des notes. La salle entière se tut, comme si elle écoutait. L'anneau ralentit, grinçant. Le cœur de cristal pulsa une lumière plus stable.

« Maintenant. »

Yara et Zoé saisirent l'écharde. Mina plaqua son cadre contre l'anneau pour absorber le choc. Elles tirèrent : un, deux, trois.

L'écharde résista, puis céda d'un millimètre.

Mina serra les dents.

« Elle ne veut pas partir. »

Yara répondit, la voix tremblante mais ferme :

« Alors on recommence. »

Elles tirèrent encore, toujours en trois temps, encore et encore. Leurs bras brûlaient. Zoé soufflait entre ses dents. Yara avait les yeux humides. Mina, pourtant, gardait un rire minuscule au bord des lèvres, comme une allumette qu'on protège du vent.

« Hé… on est vraiment une équipe de super-héroïnes, là. Sans cape. Avec des ampoules. »

Nour, concentrée, ne lâchait pas la console.

« Encore un effort. Je sens la synchronisation monter… 68%… 74%… »

À la dernière traction, l'écharde noire sortit d'un coup, mais le cadre de Mina amortit le mouvement. L'anneau se remit à tourner, parfaitement aligné. Une onde douce se propagea, comme une caresse sonore.

L'écharde tomba au sol… et se fissura, libérant un petit nuage d'ombre qui s'évapora aussitôt, vaincu par la lumière du cœur.

La console afficha :

— Synchronisation : 100%. Écho : neutralisé.

Le cœur de cristal battit une fois, immense, puis se stabilisa en une lueur paisible. Les anneaux tournèrent comme des planètes tranquilles.

Zoé s'assit par terre, épuisée.

« Je déclare la victoire officielle. Et je réclame un goûter réel. »

Yara éclata d'un rire nerveux.

« Je crois que je n'ai jamais autant tremblé. Mais… on l'a fait. »

Mina posa “Biscotte” au sol, avec respect.

« Merci, Biscotte. T'as été un bon chien de fer. »

Nour regarda le cœur.

« La halle de notre monde va se calmer. Et le portail… »

Chapitre 7 — Le retour et le serment

Le portail réapparut au bord de la plateforme comme une porte qui se dessine dans l'air. Cette fois, sa lumière était tiède, presque rassurante.

Avant de partir, Nour s'approcha du cœur de cristal. Une rune s'alluma et projeta un dernier message, clair comme une phrase écrite au tableau :

— Gardiennes : la résonance répond à celles qui persévèrent ensemble. Revenez si la Halle chante faux.

Yara déglutit.

« Donc… ce n'est pas fini pour toujours. »

Zoé se releva, épousseta son pantalon.

« Rien n'est jamais fini. Mais au moins, on sait faire. Et on sait qu'on peut compter l'une sur l'autre. »

Mina posa une main sur l'épaule de Yara.

« Tu as eu peur, et tu es restée. C'est ça, le courage. »

Puis elle se tourna vers Nour et Zoé.

« Et vous, vous êtes des génies. Un peu flippants, mais des génies. »

Nour sourit, fatiguée mais heureuse.

« On est surtout quatre. Et ça change tout. »

Elles se prirent de nouveau par les poignets, le même geste qu'au départ, mais plus solide encore, comme un nœud.

Elles franchirent le seuil.

La halle de résonance les accueillit avec un silence sain. Les piliers ne tremblaient plus. Le sol, sous leurs pas, donna une note claire, ni triste ni paniquée : une note d'accord.

Dehors, à travers une fissure dans le mur, elles aperçurent la ville et ses lumières. Rien ne semblait avoir changé… et pourtant, tout était différent pour elles.

Zoé souffla :

« Personne ne va nous croire. »

Mina répondit, rayonnante :

« Tant mieux. C'est notre secret. Et notre mission. »

Yara regarda le disque scellé, redevenu fermé, mais maintenant marqué d'un fin halo.

« On ne l'ouvrira plus n'importe comment. »

Nour hocha la tête.

« On l'ouvrira quand il faudra. Et on se préparera. On apprendra les rythmes. On écoutera la halle. »

Un dernier tintement parcourut le métal, comme une approbation.

Mina fit un petit salut théâtral à la halle vide.

« D'accord, grande salle qui chante. À la prochaine répétition. Mais la prochaine fois… apporte les goûters. »

Le sol répondit par un “ting” presque moqueur.

Et, en sortant ensemble dans la nuit fraîche, elles savaient deux choses avec une certitude nouvelle : l'amitié n'était pas seulement un mot, c'était une force. Et la persévérance, ce n'était pas avancer vite — c'était avancer encore, même quand les bras tremblent, tant que quelqu'un marche à ton rythme.

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Halle
Grande salle ou bâtiment couvert où des personnes peuvent se rassembler.
Résonance
Effet où un son ou une vibration se propage et renforce d'autres sons proches.
Verrou d’étoile
Mécanisme de fermeture en forme d’étoile qui garde quelque chose scellé.
Partition
Suite de signes ou de notes qui indique comment jouer une musique.
Runes
Signes anciens gravés qui servent parfois à écrire ou à faire de la magie.
Synchronisation
Action d’amener plusieurs choses à agir au même rythme ou en même temps.
Anneaux
Objets circulaires qui tournent ou entourent quelque chose.
Cristal
Matière claire et brillante, souvent fragile, qui peut ressembler à du verre pur.
Instabilité
État où quelque chose n’est pas stable et peut changer ou tomber.
écharde
Petit fragment pointu coincé dans quelque chose, difficile à retirer.
Amortir
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Interface
Surface ou outil qui permet de contrôler une machine ou un système.

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