Madame Lise sourit. Elle a les cheveux blancs et des yeux doux. Elle est boulangère à la retraite. Elle dit: « Je n'ai plus de boutique. Maintenant, je partage. Je partage mon savoir, je partage mon cœur. »
Ce matin, dans le petit parc, un enfant arrive. Il s'appelle Noé. Il porte un chapeau bleu. Il regarde Madame Lise. Il renifle. Ça sent bon. Ça sent le pain chaud dans un panier en osier.
« Bonjour, Madame Lise, » dit Noé.
« Bonjour, petit ami, » dit-elle. « Tu veux apprendre le pain avec moi? »
Noé hoche la tête. « Oui, s'il te plaît. »
Madame Lise pose le panier. Elle sort un bol, une petite cuillère en bois, et un torchon doux.
« Avant tout, on se lave les mains, » dit-elle.
Ils vont à la fontaine. Ils frottent, frottent, frottent. « Mains propres, cœur content, » chante Madame Lise.
Noé rit et répète: « Mains propres, cœur content. »
Ils reviennent près du banc. Le soleil est doux. Les oiseaux chantent.
« Pour faire du pain, » dit Madame Lise, « il faut des choses simples. De la farine. De l'eau. Un peu de levure. Un peu de sel. Et du temps. Le temps est très important. On attend, et la pâte gonfle. »
Elle montre la farine blanche. « C'est tout doux. On dirait de la neige. »
« Neige de pain, » souffle Noé.
Madame Lise verse. « Plouf, l'eau. Pschitt, la levure. » Elle ajoute une pincée de sel. « Et maintenant, on mélange. Doucement, doucement. »
Noé mélange. « Doucement, doucement, » dit-il.
Madame Lise pétrit. « Je plie, je pousse, je tourne. »
Noé essaie. « Je plie, je pousse, je tourne. » Il rit. La pâte colle un peu. « C'est mou! »
« Oui, c'est vivant, » dit Madame Lise. « La pâte respire. Elle va gonfler. »
Elle couvre le bol avec le torchon. « Maintenant, on patiente. Le pain aime la patience. »
« Je patiente, » dit Noé. Ils regardent les oiseaux. Ils comptent. Un, deux, trois…
Madame Lise parle doucement. « Quand j'étais boulangère, je me levais très tôt, avant le soleil. Je pesais la farine. Je mélangeais l'eau. Je pétrissais, je pétrissais. Je faisais des baguettes, des pains ronds, des brioches dorées. Je surveillais le four. Le four est très chaud. On regarde avec les yeux, pas avec les mains. »
Noé écoute. « Tu faisais beaucoup de pains? »
« Oui. Je nourrissais le quartier. Je disais bonjour. Je souriais. Je gardais tout propre. C'était mon travail. »
Elle sourit encore. « Maintenant, je suis à la retraite. Mon travail change. Mon but, c'est de partager. Je montre aux enfants. Je raconte des histoires de farine et de soleil. J'écris aussi un petit carnet. Un carnet de recettes et de souvenirs. »
Noé ouvre de grands yeux. « Je peux voir? »
« Bien sûr, » dit-elle. Elle sort un petit carnet avec des dessins de pains. Noé touche du doigt les dessins. « Une baguette longue… un pain tout rond… une brioche comme un nuage. »
Ils soulèvent le torchon. La pâte a gonflé. « Oh! » fait Noé.
« Oui, elle a grandi. Maintenant, on forme un petit pain. »
Elle montre comment rouler. « Petit serpent… petit escargot… petite boule. »
Noé fait une petite boule. « Regarde! »
« C'est très bien, » dit Madame Lise. « Tu as des mains de petit boulanger. »
Elle sort du panier un pain déjà cuit, doré et tiède. « Celui-ci est prêt pour goûter. »
Ils cassent un morceau. « Croc, croc, » fait la croûte. L'intérieur est tout doux.
« Avec un peu de confiture? » propose Madame Lise.
« Oui! » dit Noé. Ils tartinent. Ils goûtent. Ils sourient. Le pain est bon. Le cœur est content.
Le soleil brille. Le vent est léger. Madame Lise parle doucement.
« Le pain, c'est du partage. On fait avec amour. On attend. On sourit. »
Noé répète: « On fait avec amour. On attend. On sourit. »
Madame Lise range le bol et le torchon.
« Tu reviens demain? » demande Noé.
« Oui, petit ami. Demain, on fera des petits bonshommes de pain. »
Noé tape dans ses mains. « J'ai hâte! »
Ils disent au revoir. « À demain, » dit Madame Lise.
Le parfum du pain reste dans l'air. Le monde est doux, tout doux. Et le cœur de Noé est tranquille.