Avant l'aube
La lune glisse. La ville dort encore.
Léa, la boulangère, allume la douce lumière.
Le four ronronne, comme un gros chat chaud.
Léa se lave les mains. Elle sourit.
Elle pèse la farine. Blanc comme un nuage.
Elle ajoute l'eau. Claire et fraîche.
Puis la levure. Petite et magique.
Un peu de sel. Pas trop. Juste ce qu'il faut.
Dans le grand bol, tout se rencontre.
Léa mélange. Doucement. Patience.
La pâte colle un peu. C'est normal.
Elle pétrit. Pousse. Plie. Tourne.
Ses mains dansent. Un, deux, plie.
La pâte devient souple. Tiède comme une écharpe.
"Bonjour, pâte, c'est l'heure de se réveiller", dit Léa.
La pâte se repose. Elle gonfle, toute fière.
Léa écoute. Elle sait écouter.
Elle écoute le four. Elle écoute la pâte.
Quand la pâte respire, elle sait.
Façonner ensemble
Son collègue, Tom, arrive. Il baille et rit.
Sur la table, un tapis de farine.
Il faut faire des baguettes, des petits pains, des croissants dorés.
"Je n'arrive pas à aller assez vite", dit Tom.
"On va le faire ensemble", dit Léa.
Léa pose la pâte. Petit coussin doux.
Elle coupe en parts égales. Un, deux, trois.
Elle montre à Tom.
On roule, on roule. Long et fin.
On pince les bouts. On laisse reposer.
"Comment je fais la petite oreille du croissant ?", demande Tom.
"Regarde mes mains", dit Léa. "Un, deux, plie."
Triangles, petite pointe, on roule vers soi.
On peint avec un œuf battu. Shhh, un pinceau qui chuchote.
"On peut chanter pour le rythme ?", demande Tom.
"Oui, chantons doucement", dit Léa.
Ils chantonnent.
Roule, roule, plie.
Roule, roule, plie.
Le temps devient léger.
Les gestes se suivent et s'écoutent.
Léa regarde Tom.
"Tu vas déjà plus vite", dit-elle.
"Merci, je me sens mieux", dit Tom.
C'est l'écoute qui aide. Les mains vont mieux quand les cœurs s'entendent.
Léa fait aussi des petits dessins sur le pain.
Un couteau fin, bien tenu.
Un trait, pas trop profond.
Le pain saura où s'ouvrir.
Elle glisse les pains sur la grande pelle en bois.
Elle ouvre le four avec soin.
Chaud comme un soleil. Mais tout va bien.
Elle met un peu de vapeur.
Le pain aime la vapeur. Cela fait une belle croûte.
Le matin qui sent bon
Les minutes passent doucement.
Un petit minuteur sonne.
Léa écoute encore.
Le pain chante cric-crac.
Les croissants gonflent, comme des lunes dorées.
La boulangerie sent le beurre et le blé.
C'est une odeur câline.
On se sent bien. On se sent calmé.
Tom sort les plaques.
Léa sourit. Tout est doré juste comme il faut.
Ils rangent les pains sur la grande étagère.
Baguettes alignées. Brioches rondes comme des joues.
Petits pains, comme des cailloux de plage.
La porte s'ouvre.
Une maman, un papa, un enfant qui chuchote.
Ils regardent, les yeux brillants.
"Bonjour", dit Léa. "Le pain est prêt."
Elle coupe une tranche tiède.
La mie est douce. Elle sent le jardin du blé.
Tom sert un croissant. Léa écoute l'enfant.
"Tu aimes mieux le moelleux ou le croustillant ?"
L'enfant dit tout bas: "Le moelleux."
Léa choisit bien. Elle écoute, encore.
Le soleil se lève.
La ville se réveille en douceur.
Léa et Tom soufflent un peu.
Ils ont façonné vite, et bien, ensemble.
Grâce aux gestes, et surtout grâce à l'écoute.
La journée peut commencer.
Le four se repose un moment.
La boulangerie respire chaud et bon.
Les pains dorment presque sur l'étagère.
Tout est tranquille.
Tout est à sa place.
Comme une couverture tiède autour du matin.
Et dans le calme, Léa pense: demain, on chantera encore.
Roule, roule, plie.
Roule, roule, plie.
Doucement, joyeusement, ensemble.