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Fantasy historique 11 à 12 ans Lecture 26 min.

La clé d’or et le lotus à huit pétales

Sorya, gardienne des secrets, part à la recherche de l’héritier marqué par un médaillon en forme de lotus et protège Makara, un garçon de pêcheurs, tandis qu’ils affrontent temples, soldats et ambitions pour révéler la vérité sur le royaume.

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Sorya, gardienne au visage déterminé et doux, robe de lin grise sale, cheveux en chignon, tient une clé d’or brillante qui éclaire un autel ancien; Makara, garçon d’environ 12 ans, peau hâlée, médaillon en lotus à huit pétales contre la poitrine, émerveillé devant l’autel; Dara, garçon d’environ 10 ans, espiègle et inquiet, accroupi près de Makara, regardant la lueur du médaillon; Vanna, femme d’environ 30–40 ans, mère au regard fier et soulagé, debout sur une passerelle en bois; Sen, silhouette sombre et armurée, éloigné sur une colline, hostile mais hésitant. Lieu : sanctuaire des huit lotus sur une colline, huit tours de pierre noire couvertes de mousse, autel central avec cavité pour la clé, brume matinale et rayons miel. Situation : cérémonie de reconnaissance où la clé de Sorya active le médaillon de Makara, une aura dorée et poussière de pierre s’élèvent, villageois en silhouettes en arrière-plan, atmosphère solennelle et pleine d’espoir. Style : encre colorée à traits fins et lavis doux, palette chaude (or, brun, jade, bleu-gris), textures marquées, contrastes lumineux dramatiques mais doux, ton enfantin. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La gardienne des pierres chantantes

La pluie venait de s'arrêter, laissant sur les feuilles des palmiers des perles qui brillaient comme de petites lunes. Entre les racines des fromagers géants, les temples khmers se dressaient, patientes montagnes de pierre couvertes de lichen, de visages sculptés et de serpents de naga figés dans le temps.

Sorya avançait sans bruit sur les dalles glissantes. À sa ceinture, un krama rouge et blanc battait contre sa hanche, et dans son sac de cuir dormait un objet enveloppé de soie : une clé d'or ternie, fine comme une plume, mais lourde de promesses.

Elle n'était pas prêtresse, ni princesse. Elle était protectrice. Gardienne des passages, des secrets et des serments oubliés. On disait qu'elle parlait aux pierres. Sorya, elle, disait seulement qu'elle écoutait.

Au pied d'une galerie, un garçon maigre et vif l'attendait, les pieds nus, les cheveux en bataille, un sourire trop grand pour son visage.

— Tu es en retard, Sorya ! fit-il en chuchotant comme si le temple pouvait se vexer.

— Le temps n'est jamais en retard, Dara. C'est nous qui courons trop vite.

Dara roula des yeux, mais il était trop content de la revoir pour bouder. Il désigna la tour centrale, dont le sommet disparaissait dans une brume douce.

— J'ai entendu des soldats au village. Ils cherchent quelqu'un. Un “héritier”. Ils ont dit ce mot comme s'il leur brûlait la langue.

Sorya sentit une froideur lui traverser la nuque. Elle posa la paume sur un bas-relief représentant une femme tenant une fleur de lotus. La pierre était tiède, comme une peau au soleil.

— Ils cherchent l'héritier parce que le trône est vide, murmura-t-elle. Et parce que le faux roi a peur.

Dara s'approcha.

— Et toi… tu le cherches aussi ?

Sorya sortit la clé d'or. Sous la lumière grise, elle sembla s'éveiller, et de minuscules signes gravés sur sa tige se mirent à luire, comme si quelqu'un, très loin, soufflait sur une braise.

— Je ne le cherche pas pour un trône, dit Sorya. Je le cherche pour une vérité. Et pour l'amour qu'on a essayé d'enterrer avec les anciens rois.

Le vent passa dans les galeries. On aurait juré entendre un murmure, comme une chanson ancienne qui retrouvait son premier mot.

Chapitre 2 : Le bassin des étoiles noyées

Ils entrèrent dans l'enceinte intérieure. L'air sentait la terre humide, le jasmin écrasé et la pierre froide. Au centre de la cour, un bassin carré reflétait le ciel. Des feuilles mortes flottaient à la surface, et des libellules y traçaient des éclairs bleus.

— C'est ici que les rois venaient se laver avant les cérémonies, chuchota Dara.

Sorya s'agenouilla. Dans le reflet, son visage paraissait plus jeune, presque celui qu'elle avait avant de devenir gardienne. Elle trempa la clé dans l'eau. Aussitôt, l'eau s'assombrit, comme si elle buvait la lumière.

Dara recula.

— Euh… c'est normal ?

— Normal, non. Fidèle, oui.

Des cercles se formèrent. Puis une image se dessina à la surface, comme un rêve qui prend forme : une salle du palais, des colonnes peintes, et un enfant emmailloté, serré contre une femme au regard fier. Sur l'enfant, un médaillon brillait : un lotus à huit pétales.

La vision trembla. Une ombre surgit, une main gantée qui tentait d'arracher le médaillon. La femme se redressa, comme une tigresse. Elle souffla un mot que l'eau ne rendit pas entièrement, mais Sorya le comprit avec le ventre, comme on comprend une promesse.

“Protège”, traduisit-elle.

La vision s'éteignit. L'eau redevint claire, comme si elle n'avait jamais été touchée.

Dara resta bouche ouverte.

— Donc… l'héritier existe. Et il a un médaillon.

— Oui. Un lotus à huit pétales. Et quelqu'un l'a caché il y a longtemps, quand le palais brûlait de trahison.

Dara fronça le nez.

“Il y a longtemps”, c'est combien ? Trois jours ? Trois mois ?

Sorya eut un sourire, malgré la tension.

— Pour toi, longtemps, c'est quand ton bol de riz met trop de temps à arriver. Pour l'histoire… c'est une génération.

Elle se releva et referma la soie sur la clé.

— Le médaillon est la preuve. Sans lui, n'importe quel imposteur peut s'asseoir sur le trône et appeler ça une “destinée”.

Au loin, un cor retentit. Un son lourd, militaire, qui n'avait rien à faire dans un endroit de prières.

Sorya attrapa le poignet de Dara.

— On nous suit.

Ils coururent, leurs pas éclaboussant les flaques, tandis que les pierres, impassibles, semblaient retenir leur souffle.

Chapitre 3 : La procession des ombres

Ils se glissèrent par une porte étroite envahie de racines. Derrière eux, des voix d'hommes montaient, sèches, pressées.

— Par ici ! Fouillez les galeries ! Le commandant veut la clé !

Dara pâlit.

— Ils savent pour la clé ?

Sorya hocha la tête, les yeux fixés sur l'obscurité devant eux.

— Les secrets sont comme des poissons. Plus tu les tiens serrés, plus ils glissent. Mais il y a pire : quelqu'un a parlé.

— Ce n'est pas moi ! protesta Dara, blessé.

— Je le sais. Ton visage ment mal : il raconte tout avant même que tu ouvres la bouche.

Dara, vexé, chuchota :

— Merci… je crois.

Ils arrivèrent dans une salle longue, soutenue par des piliers. Des apsaras sculptées souriaient depuis les murs, leurs hanches gravées dans une danse éternelle. Sorya posa une main sur l'une d'elles.

— Aidez-nous, filles du vent, murmura-t-elle.

La pierre vibra, à peine. Puis l'air changea. Les torches des soldats, qui entraient à l'autre bout, vacillèrent. Une brume fine descendit du plafond, comme une toile d'araignée de nuages. Les silhouettes devinrent floues, étirées.

— Je ne vois rien ! cria un soldat.

— Avance, idiot ! répondit un autre.

La voix du commandant claqua :

— Restez groupés !

Sorya entraîna Dara derrière un pilier. Le garçon tremblait d'excitation et de peur.

— Tu as… tu as fait ça ? souffla-t-il.

— Pas “fait”. Demandé. Les temples protègent ceux qui protègent.

Ils progressèrent, pliés, silencieux, jusqu'à une sortie donnant sur la jungle. Là, les lianes pendaient comme des cordes de harpe. Chaque goutte d'eau faisait une note.

Mais au moment où ils s'apprêtaient à disparaître, une voix derrière eux, douce comme un couteau poli, s'éleva.

— Sorya. Toujours à courir.

Elle se retourna. Un homme se tenait dans l'ombre de la porte : grand, drapé de tissu sombre, un anneau d'argent à l'oreille. Ses yeux luisaient d'une intelligence froide.

— Sen, dit Sorya, la mâchoire serrée.

Dara souffla :

— Tu le connais ?

— Trop.

Sen sourit.

— Tu joues encore à la gardienne des légendes. Donne la clé. Le royaume a besoin d'un roi solide, pas d'un fantôme d'héritier.

Sorya fit un pas en avant.

— Un roi solide ? Ou un roi docile ?

Sen pencha la tête.

— Tu sais comment ça fonctionne. Les hommes veulent du calme, des récoltes, des routes sûres. Ils se moquent du “vrai” sang.

Sorya sentit la colère monter, brûlante, mais elle la calma, comme on apaise un feu pour qu'il éclaire au lieu de dévorer.

— Moi, je ne m'en moque pas. Parce que la vérité est une forme d'amour. On ne bâtit pas un royaume sur un mensonge sans que les murs finissent par tomber.

Sen soupira, presque triste.

— Alors tu vas me forcer.

Il leva la main. Un sifflement traversa l'air : une lame courte, lancée avec précision, fila vers Dara.

Sorya se jeta. La lame entailla sa manche, mais elle attrapa Dara et le poussa dehors, dans la jungle.

— Cours ! cria-t-elle.

Elle tourna sur elle-même, brandit la clé. Le métal illumina sa paume d'un éclat ancien.

— Temple, ouvre !

La porte de pierre derrière elle glissa avec un grondement, comme si le bâtiment avait décidé de cligner des yeux. Sen recula d'un pas, surpris.

Sorya disparut à son tour dans la végétation, le cœur battant, la manche tachée de sang, mais l'esprit plus clair que jamais.

Ils n'avaient plus le droit de se tromper.

Chapitre 4 : Le moine qui parlait aux oiseaux

La jungle avala leurs traces. Après une heure à courir, ils s'arrêtèrent près d'un petit sanctuaire couvert de mousse. Un vieil homme y était assis, immobile, comme une statue vivante. Son crâne rasé brillait sous les gouttes. Sur son épaule, un martin-pêcheur se reposait, sans crainte.

Dara s'approcha, essoufflé.

— Vous… vous êtes réel ?

Le vieil homme ouvrit un œil.

— Parfois.

Sorya s'inclina.

— Vénérable Kiri. J'ai besoin de votre aide.

Le moine leva l'autre paupière. Son regard était calme, mais il semblait lire les gens comme on lit une fresque.

— La gardienne est blessée, constata-t-il. Et elle porte le parfum de la course… et celui du choix.

— On nous poursuit, dit Dara. Des soldats. Et un homme nommé Sen.

Le moine fit claquer sa langue, comme s'il goûtait un souvenir amer.

— Sen, l'ambitieux. Il a la patience d'un crocodile.

Sorya sortit la clé.

— Je cherche l'héritier. Celui du lotus à huit pétales. Je dois le révéler, sinon—

— Sinon le trône restera un piège, compléta Kiri. Je sais.

Dara écarquilla les yeux.

— Vous saviez ?

— Les oiseaux parlent. Les humains aussi, mais ils mentent plus souvent.

Le martin-pêcheur s'envola et revint avec une plume bleue qu'il laissa tomber aux pieds du moine, comme une offrande.

Kiri la prit, la posa sur la blessure de Sorya. Une chaleur douce se répandit, et la douleur s'apaisa.

— Merci, murmura Sorya.

Kiri sourit.

— Remercie la patience. La guérison aime qu'on ne la bouscule pas.

Il se leva, étonnamment souple.

— L'héritier ne vit pas dans un palais. Il vit là où la honte ne le trouvera pas.

— Où ? demanda Dara.

Le moine pointa l'est.

— Au village des pêcheurs, sur le grand lac. Une femme y tient une échoppe de filets. Elle a un rire fort et un cœur plus fort encore. Elle a élevé un garçon qui ne sait pas qu'il porte une couronne invisible.

Sorya sentit quelque chose se serrer en elle. De l'espoir, oui, mais aussi une tendresse étrange, comme si le destin, au fond, n'était pas qu'une bataille.

— Et le médaillon ? demanda-t-elle.

Kiri tapota sa poitrine.

— Caché près du cœur. Mais il ne se donne pas à qui le réclame. Il se donne à qui aime.

Dara murmura :

— Ça, c'est compliqué.

— C'est plus simple que la guerre, répondit Kiri. Mais les gens préfèrent souvent ce qui fait du bruit.

Un grondement lointain monta : des pas, des cris. La chasse se rapprochait.

Kiri ramassa une poignée de graines et les lança en l'air. Des oiseaux surgirent des arbres, des dizaines, et leurs ailes formèrent un nuage vivant.

— Allez, dit le moine. Suivez le lac. Et souvenez-vous : la vérité n'a pas besoin de crier pour être entendue.

Sorya serra l'épaule de Dara.

— On y va.

Ils s'élancèrent vers l'est, guidés par les oiseaux et par une promesse ancienne.

Chapitre 5 : Le garçon au rire de tonnerre

Le grand lac s'étendait comme une mer intérieure. Les maisons sur pilotis y flottaient presque, reliées par des passerelles grinçantes. Des enfants sautaient dans l'eau en riant, et des paniers de poissons séchaient au soleil.

Sorya et Dara se fondirent parmi les habitants. Sorya rabattit sa capuche. Dara, lui, fixait tout avec l'attention d'un chat affamé.

— Ça sent le poisson, annonça-t-il comme si c'était une nouvelle grave.

— C'est le lac, Dara. Il ne va pas sentir la cannelle pour te faire plaisir.

Ils trouvèrent l'échoppe de filets : une femme aux bras solides y nouait des cordes avec une rapidité impressionnante. Ses yeux étaient sombres, mais son sourire illuminait son visage.

— Je peux vous aider ? demanda-t-elle.

Sorya choisit ses mots, comme on marche sur une dalle fragile.

— Je cherche quelqu'un… né sous le signe du lotus.

La femme se figea. Son rire s'éteignit comme une lampe soufflée.

— Ici, on vend des filets, pas des signes, répondit-elle, méfiante.

Dara, incapable de rester silencieux, lâcha :

— On ne veut pas voler votre poisson. On veut juste empêcher des soldats d'attraper… euh… un héritier !

Sorya lui lança un regard assassin.

— Bravo, chuchota-t-elle. Dis aussi notre nom et notre pointure.

Mais la femme, au lieu de les chasser, regarda autour d'elle, inquiète.

— Entrez, dit-elle d'une voix basse.

Dans la maison, un garçon d'environ douze ans était assis, en train de réparer une rame. Il avait les épaules déjà larges, des mains abîmées par le travail, et un regard clair. Quand il vit sa mère, il sourit, et son rire résonna comme un petit tonnerre dans la pièce.

— Maman, j'ai presque fini !

Sorya sentit son cœur hésiter. Il n'avait rien d'un prince, et c'était précisément ce qui le rendait précieux.

La femme s'approcha de lui, posa une main sur sa nuque, geste d'une tendresse farouche.

— Makara… voici des voyageurs.

Makara observa Sorya et Dara, méfiant mais poli.

— Vous avez l'air fatigués. Et toi, dit-il en pointant Dara, tu as l'air de parler trop.

— C'est mon talent, admit Dara.

Sorya s'agenouilla devant Makara.

— Je ne viens pas te voler ta vie. Je viens te rendre ton nom.

Makara fronça les sourcils.

— Mon nom, c'est Makara. C'est simple.

Sorya sortit la clé d'or. La lumière qu'elle dégageait fit frissonner l'air. Makara recula d'un demi-pas.

La mère serra les lèvres.

— Je savais que ce jour viendrait, murmura-t-elle. Je l'ai caché, comme on cache une braise sous la cendre. Pour qu'il vive.

Elle tira un cordon de sous sa tunique. Un médaillon apparut : un lotus à huit pétales, usé, mais intact. Il semblait battre, doucement, comme un second cœur.

Makara le regarda, stupéfait.

— C'est… à moi ?

— C'est à celui qui portera le royaume sans l'écraser, dit Sorya. Tu es l'héritier du trône khmer.

Un silence énorme tomba. Puis Makara éclata de rire, mais ce rire-là avait un goût de peur.

— Moi ? Je sais à peine compter les filets !

Dara souffla :

— Moi, je sais compter les mangues. On peut gouverner ensemble ?

Sorya sourit malgré elle.

La mère prit la main de Makara.

— Je t'ai aimé assez pour te protéger des palais, dit-elle. Et je t'aime assez pour te laisser choisir.

Makara déglutit. Son regard alla vers la fenêtre, vers le lac, vers la vie simple qu'il connaissait.

— Si je suis… ça, dit-il en touchant le médaillon, alors ils vont venir.

Sorya hocha la tête.

— Ils viennent déjà.

Au loin, sur l'eau, une barque portait des hommes en armes. Le soleil se reflétait sur leurs lames, comme une menace.

Makara inspira profondément.

— Alors je ne fuirai pas tout seul, dit-il. Vous restez.

Sorya posa sa main sur son épaule.

— Je reste. C'est mon serment.

Et dans cette pièce qui sentait le bois et le lac, l'amour prit la forme d'une décision.

Chapitre 6 : Le lotus et le mensonge

La nuit tomba vite, chaude et lourde. Les grillons chantaient comme des milliers de petites clochettes. Sorya, Dara et Makara se cachèrent sous la maison sur pilotis, près des pirogues. La mère, Vanna, restait au-dessus, droite comme une lance, prête à mentir pour gagner du temps.

Dara chuchota :

— Tu crois qu'on peut se battre contre des soldats avec… une clé ?

Sorya répondit sans détour :

— Non. Mais on peut se battre avec un temple. Et avec le cœur des gens.

Makara tenait le médaillon entre ses doigts.

— Je ne veux pas d'un trône, avoua-t-il. Je veux que ma mère soit en sécurité. Je veux que le lac continue de rire.

Sorya sentit une émotion la saisir, vive et claire. C'était ça, la différence entre un imposteur et un vrai héritier : le désir de protéger plutôt que de posséder.

Des pas retentirent sur les passerelles. Une voix que Sorya reconnut aussitôt coupa la nuit.

— Vanna ! Je sais que tu es là.

Sen entra dans la maison, accompagné de soldats. Sa silhouette se découpait dans la lumière des torches.

— Nous ne sommes pas des brigands, dit-il fort. Nous venons chercher un enfant volé au royaume.

Vanna répondit, glaciale :

— Le royaume l'a déjà volé une fois. Je ne vous aiderai pas à recommencer.

Un soldat renversa un panier. Le poisson séché s'éparpilla comme des feuilles mortes.

Sous la maison, Dara serra les poings.

— Je vais éternuer, souffla-t-il. La poussière de poisson me chatouille le nez.

— Ne… éternue… pas, siffla Sorya.

Trop tard. Un “ATCHOUM !” retentit, héroïque et catastrophique.

Silence. Puis Sen, doucement :

— Comme c'est touchant. La famille s'agrandit.

Des soldats se penchèrent. Sorya jaillit, la clé brandie. Elle frappa le sol de bois.

— Par le serment des pierres, ouvrez le chemin !

L'eau du lac se mit à bouillonner. Une vieille passerelle, abandonnée, se souleva comme un serpent de bois et se posa entre la maison et la rive, formant un pont inattendu. Les planches craquèrent, mais tinrent.

— Courez ! cria Sorya.

Makara attrapa la main de Dara. Vanna, en haut, lança un regard à son fils, un regard qui contenait tout : la peur, la fierté, l'amour.

— Va, Makara ! hurla-t-elle. Et n'oublie pas qui tu es !

Ils traversèrent le pont vivant. Derrière eux, Sen cria :

— Attrapez-les !

Sorya se retourna une seconde. Sen s'avançait, mais l'eau monta, comme si le lac lui-même s'interposait. Les soldats hésitèrent, les pieds glissant sur le bois trempé.

Sorya murmura à la clé :

— Pas pour blesser. Pour protéger.

Le pont se défit lentement, planche après planche, retournant au lac. Sen resta de l'autre côté, furieux, ses yeux brillants de promesses dangereuses.

Ils s'enfoncèrent dans les roseaux, haletants. Makara tremblait.

— Ma mère… elle—

— Elle est forte, dit Sorya. Et elle t'aime assez pour tenir tête à un monde entier.

Dara renifla.

— Et moi, je… je suis désolé pour l'éternuement.

Makara eut un petit rire.

— Ça pourrait devenir l'arme officielle du royaume.

Même Sorya rit, brièvement. Parce que l'humour, parfois, est une lampe qu'on allume quand la nuit veut gagner.

Au loin, un temple se dessinait sur une colline, ses tours noires contre le ciel. Sorya sut où aller.

— Le sanctuaire des huit lotus, dit-elle. Là, le médaillon parlera. Et le royaume devra écouter.

Chapitre 7 : L'aube d'un autre voyage

Ils atteignirent le sanctuaire avant l'aube. Les pierres étaient couvertes de rosée, et les bas-reliefs semblaient sortir d'un rêve. Huit tours encerclaient une cour centrale, comme huit gardiens silencieux.

Makara s'avança, le médaillon serré dans sa main. Sorya plaça la clé dans une fente invisible au cœur d'un autel. Le métal s'enfonça parfaitement, comme si la pierre l'attendait depuis des siècles.

Un grondement sourd monta du sol. Puis une lumière douce, couleur de miel, remplit la cour. Sur les murs, les lotus gravés s'illuminèrent, un à un, jusqu'à former un cercle complet.

Dans l'air, une voix ancienne résonna, ni homme ni femme, mais quelque chose de plus vaste, comme le souffle de tout un peuple.

“Que le vrai héritier soit reconnu non par sa force, mais par l'amour qu'il porte.”

Makara sentit le médaillon chauffer. Il le leva. La lumière se concentra sur lui, révélant sur sa peau, au creux de la clavicule, une marque discrète : un lotus à huit pétales, exactement comme celui du métal.

Dara souffla, ému malgré lui :

— C'est… vraiment toi.

Makara déglutit.

— Je n'ai rien fait pour mériter ça.

Sorya s'approcha.

— Tu as vécu. Tu as aidé ta mère. Tu as réparé des rames, partagé du riz, tenu ta parole. Les temples ne demandent pas des héros parfaits. Ils demandent des cœurs entiers.

Au loin, des cris retentirent : Sen et ses hommes approchaient, mais ils s'arrêtèrent net à la vue de la lumière. Même de loin, on sentait que quelque chose de sacré avait parlé. Certains soldats baissèrent leurs lances, troublés.

Sen, lui, resta raide.

— De la magie, cracha-t-il. Des tours de vieille pierre !

Sorya se plaça devant Makara, protectrice jusqu'au bout.

— Ce n'est pas un tour. C'est un témoignage.

Alors, une chose inattendue se produisit : des villageois apparurent sur les chemins, puis d'autres, attirés par la clarté, par la rumeur. Des pêcheurs, des artisans, des enfants. Parmi eux, Vanna, essoufflée, mais debout. Son regard accrocha celui de Makara, et il sut qu'elle allait bien.

Le cercle de gens grandit, calme et dense, comme une marée. Sen comprit qu'il ne pouvait pas frapper sans se condamner.

Makara fit un pas en avant, la voix tremblante mais sincère.

— Je ne veux pas de guerre. Je ne veux pas punir. Je veux réparer. Si je suis l'héritier, alors je commence par ça : je promets de protéger ceux qu'on oublie. Comme on m'a protégé.

Un murmure d'approbation parcourut la foule, fragile mais réel, comme la première feuille après la saison sèche.

Sen recula, les mâchoires serrées. Ses yeux croisèrent ceux de Sorya. Il n'y avait pas d'adieu, seulement une menace repoussée… pour l'instant.

Quand le soleil se leva enfin, il peignit les tours d'or. La lumière s'éteignit doucement, mission accomplie : la vérité avait trouvé un visage.

Sorya récupéra la clé. Elle sentit, dans sa paume, un frémissement : le début d'un autre appel.

Dara s'assit sur une marche, épuisé.

— Alors… on a gagné ?

Sorya regarda l'horizon. Au-delà du lac et des champs, d'autres temples dormaient, d'autres secrets attendaient, et Sen n'était pas un homme qui oublie.

— On a ouvert une porte, dit-elle. Ce n'est pas la même chose que gagner.

Makara s'approcha, le médaillon autour du cou.

— Tu vas partir ?

Vanna posa une main sur l'épaule de son fils, mais ne dit rien. Elle savait que certains êtres sont faits pour la route.

Sorya hocha la tête.

— Il y a d'autres preuves à rassembler. D'autres alliés à trouver. Un héritier a besoin d'un royaume, pas seulement d'un nom.

Dara se leva d'un bond.

— Je viens !

— Tu viens, répéta Sorya, amusée. Parce que tu es courageux ?

— Non, répondit Dara. Parce que quelqu'un doit rappeler à tout le monde de respirer… et de manger.

Makara sourit, puis prit la main de Sorya, brièvement, avec un respect neuf.

— Merci… de m'avoir vu.

Sorya sentit ses yeux piquer. Elle serra sa main.

— Aime ton peuple, Makara. C'est la seule couronne qui ne pèse pas.

Elle se détourna. Avec Dara, elle prit le chemin qui s'enfonçait dans la brume du matin. Derrière eux, les tours du sanctuaire veillaient, et devant eux, la route s'étirait, comme une phrase dont on n'a pas encore écrit la fin.

Et ainsi commença, sous l'aube fraîche, un autre voyage.

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Lichen
Petit être formé d'un champignon et d'une algue, qui pousse sur la pierre.
Krama
Écharpe ou foulard traditionnel cambodgien, utile pour porter ou se protéger.
Serments
Promesses très fortes que l'on fait et qu'on doit tenir.
Bas-relief
Sculpture où les formes sont légèrement en relief sur une surface plane.
Naga
Serpent mythique souvent sculpté dans l'art et les temples d'Asie du Sud-Est.
Apsaras
Figures sculptées de danseuses célestes que l'on trouve sur les murs des temples.
Piliers
Colonnes verticales qui soutiennent le toit d'un bâtiment.
Médaillon
Petit objet rond et décoré, souvent porté au cou comme preuve ou souvenir.
Prêtresse
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Imposteur
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