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Fantasy historique 11 à 12 ans Lecture 21 min.

Le sceau de l'Ordre du Verre et la forteresse de la lumière

Ysabeau, une enlumineuse avide de savoir, découvre un sceau qui la conduit à la Forteresse de la Lumière où, avec deux compagnons, elle affronte peurs, mensonges et regrets pour retrouver l'Ordre du Verre et apprendre ce qu'est la sagesse.

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Ysabeau, visage déterminé et doux, yeux brillants, cheveux bruns en chignon négligé, manteau beige et sacoche en cuir, tend la main vers une cuvette de pierre, étonnement calme ; Basile, jeune archer maigre d'une vingtaine d'années au sourire malicieux, accroupi à gauche, observe ; Ammar, guide d'une quarantaine d'années au visage bronzé et barbe taillée, turban et manteau sombre, se tient à droite, mains croisées, expression prudente mais sereine ; dans la surface de l'eau apparaît Samira, femme spectrale mi-lumineuse aux cheveux tressés et robe flottante, qui regarde Ysabeau; lieu : grande salle ronde en pierre aux murs gravés et sol en dalles, table de pierre centrale avec cuvette ; trois éclats de miroir flottent et s'assemblent au-dessus de l'eau qui devient comme du verre, montrant une bibliothèque lointaine et la figure de Samira ; atmosphère magique et silencieuse, contrastes d'ombres froides et d'éclats chauds ; style : couleurs chaudes et pastels, contours souples, textures granuleuses et reflets brillants, expressions tendres et composition centrée sur la cuvette. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le sceau sous la poussière

Le vent du désert arrivait en vagues, comme une mer sans eau. Il soulevait la poussière, faisait claquer les toiles et portait, très loin, l'écho des marteaux et des prières. Autour des remparts de pierre claire, le camp des croisés frémissait : des chevaux piaffaient, des soldats aiguisant leurs lames parlaient trop fort pour se donner du courage, et les cuisines fumaient d'épices et de fatigue.

Ysabeau avançait entre les tentes, capuche rabattue, une sacoche en cuir serrée contre sa hanche. Elle n'était pas soldat. Elle n'était pas non plus une dame venue par goût de l'aventure, même si on la regardait comme si elle avait perdu l'esprit. Elle était enlumineuse, copiste, chercheuse de vieux textes… et, en secret, affamée de sagesse.

Sous ses doigts, le papier et l'encre obéissaient. Mais depuis des années, une question la poursuivait plus sûrement qu'un chien de chasse : que reste-t-il d'un savoir quand les royaumes brûlent et que les hommes se disputent la même terre au nom d'un ciel qu'ils croient posséder ?

Ce soir-là, un garçon de courses la rattrapa en courant, tout rouge, les sandales pleines de sable.

— Dame Ysabeau ! Le chapelain dit que… que c'est pour vous.

Il lui tendit un petit objet en métal terni, enveloppé dans un bout de tissu. Ysabeau défit le nœud. Dans sa paume, un sceau ancien apparut : un anneau plat, gravé d'une étoile à sept branches. Au centre, un œil finement ciselé semblait la regarder.

Le garçon chuchota :

— On l'a trouvé dans la fondation d'une chapelle… juste sous la pierre.

Ysabeau sentit une fraîcheur étrange courir le long de son bras, comme si elle avait plongé la main dans une source. Elle approcha le sceau de son oreille, par réflexe idiot.

Et elle entendit… un souffle. Non pas le vent, non : un murmure lointain, comme une voix qui parle derrière une porte.

— L'Ordre du Verre… pensa-t-elle sans savoir pourquoi.

Elle releva la tête. La nuit était bleue, piquetée d'étoiles. Entre deux tentes, une lanterne tremblait, et la flamme dessinait sur la toile l'ombre d'une femme qui semblait marcher à côté d'elle.

Ysabeau sourit malgré elle.

— Très bien, dit-elle à voix basse. Je t'écoute.

Chapitre 2 — La carte qui s'éveille

Dans sa tente, Ysabeau étala son matériel : un carnet relié, un flacon d'encre, des ciseaux, un petit miroir de métal poli. Elle posa le sceau au centre, comme un roi au milieu de sa table.

Puis elle fit ce qu'elle faisait toujours quand un mystère résistait : elle observa, patiente. Le dessin, les rayures du métal, les creux. L'étoile à sept branches. L'œil.

— Ce n'est pas un symbole de guerre, murmura-t-elle. C'est un symbole de veille.

Elle pressa le sceau sur une bougie chaude pour en ramollir un peu la cire, puis sur une page blanche. L'empreinte apparut, nette. Rien d'autre.

Déçue, elle soupira. Et, sans réfléchir, posa son petit miroir juste au-dessus du sceau, comme si elle voulait le forcer à se regarder lui-même.

La flamme de la lampe dansa. Le miroir attrapa une étincelle de lumière et la renvoya sur l'empreinte.

Alors la page vibra.

De fines lignes, presque invisibles, sortirent du dessin comme des veines qui se remplissent. Elles coururent, s'entrecroisèrent et formèrent… une carte. Une vraie. Avec des collines, des chemins, et une marque en forme de goutte.

Ysabeau recula si vite qu'elle renversa l'encrier.

— Par les saints…!

Sur la carte, un mot apparut, écrit comme à l'encre de lune : « Qal'at al-Nour ». La Forteresse de la Lumière.

Une deuxième phrase suivit, plus tremblante, comme si la main qui écrivait hésitait :

« La sagesse ne se prend pas. Elle se mérite. »

Un rire bref lui échappa.

— Charmant. Même les cartes me font la leçon.

Elle roula la page avec soin, l'attacha, et glissa le sceau dans sa sacoche. Elle savait déjà qu'elle partirait. Parce que son désir secret, celui qu'elle gardait comme un bijou caché sous sa chemise, venait de trouver une porte.

Dehors, des pas s'arrêtèrent. Une voix grave :

— Ysabeau ? On m'a dit que vous cherchiez des textes anciens.

C'était Basile, un archer au regard clair, plus curieux que la moyenne et moins bruyant que les autres. Il avait le don de poser les questions comme on lance une corde : sans savoir si quelqu'un va la saisir.

Elle hésita, puis dit :

— Je cherche un ordre oublié. Un ordre qui savait… écouter.

Basile haussa un sourcil.

— Et vous comptez l'écouter où ? Dans le désert ?

— Oui.

Il la fixa, puis éclata d'un rire discret.

— Alors j'espère que vous aimez le sable. Parce que moi, je le retrouve dans mes bottes même quand je rêve.

Ysabeau plia la carte.

— Venez, si vous voulez. Mais je ne promets ni gloire, ni richesse.

— Parfait, répondit-il. Je n'ai jamais su quoi faire de la gloire. Ça prend de la place.

Chapitre 3 — La route des voix anciennes

Ils partirent avant l'aube. Un guide local, Ammar, les mena avec la tranquillité de ceux qui connaissent le désert comme on connaît une vieille chanson. Il parlait peu, mais ses silences étaient pleins de repères : une pierre en forme de genou, une palmeraie cachée, une piste plus dure sous le pied.

Le soleil grimpa. Le monde devint or. Les mirages faisaient naître des lacs qui n'existaient pas, et Basile jurait à chaque fois.

— Je vous préviens, si je finis par plonger dans un faux lac, je vous en voudrai.

Ysabeau lui répondit en souriant, mais elle gardait l'œil sur la carte. Les lignes ne bougeaient pas, pourtant elle avait l'impression qu'elles respiraient.

À midi, ils trouvèrent un abri sous une roche. Ammar partagea des dattes.

— Qal'at al-Nour est un lieu de promesses, dit-il enfin. On dit que la lumière y parle. Et que la nuit y écoute.

Basile mâcha lentement.

— J'aime mieux quand c'est moi qui parle et que la nuit se contente de dormir.

Ysabeau sortit le sceau. Sous le soleil, le métal sembla plus clair, comme lavé. L'œil gravé paraissait moins menaçant, presque triste.

— Tu as connu des siècles, murmura-t-elle. Dis-moi ce que tu veux de moi.

Le vent répondit par un frisson. Et, un instant, Ysabeau sentit derrière elle la présence de cette ombre de femme déjà vue entre les tentes. Cette fois, l'ombre avait des cheveux tressés, un manteau de voyage, et elle portait un livre contre son cœur.

Ysabeau se retourna : il n'y avait que la roche et le sable.

La nuit suivante, le campement fut silencieux. Les étoiles semblaient plus proches, comme des clous d'argent plantés dans un ciel de velours. Ammar dormait. Basile, lui, gardait un œil ouvert.

— Vous pensez vraiment qu'un ordre de sages existe encore ? demanda-t-il, la voix basse.

Ysabeau fixa le feu.

— Je ne sais pas s'il existe encore. Mais il a existé. Et s'il a laissé une trace, alors je peux apprendre… comment vivre autrement que dans la colère.

Basile remua une braise avec un bâton.

— C'est drôle. Moi, je suis venu ici pour me prouver que je n'avais pas peur. Et vous, vous venez pour apprendre à ne pas haïr.

— Ce n'est pas drôle, dit Ysabeau. C'est courageux.

Il fit semblant de tousser pour cacher un sourire.

— Méfiez-vous, dame Ysabeau. Si vous continuez, je vais finir par rougir comme le garçon de courses.

Chapitre 4 — La forteresse de la Lumière

Au troisième jour, la pierre changea de couleur. Les collines devinrent plus sombres, comme brûlées par un ancien incendie. Et, au sommet d'un éperon, la forteresse apparut : des murs hauts, presque fondus par le temps, et une tour fendue qui pointait vers le ciel comme un doigt cassé.

Qal'at al-Nour.

Ils montèrent un escalier taillé dans la roche. Les marches étaient lisses, usées par des pas qui n'étaient plus là. Dans l'entrée, un arc effondré laissait passer un rayon de lumière.

Le lieu sentait la poussière froide et la pierre mouillée. Un silence épais les enveloppa, un silence qui n'était pas vide : il était plein d'attente.

— J'aime pas ça, souffla Basile. On dirait que la forteresse retient son souffle.

Ammar fit un geste de prudence.

— Ici, les mots peuvent rebondir. Parlez avec respect.

Ysabeau sortit le sceau. L'œil gravé sembla s'éveiller. Elle avança dans une salle ronde. Au centre, une table de pierre portait une cuvette, comme un bassin, vide et terne.

Sur le mur, des fresques effacées montraient des silhouettes : des femmes et des hommes, en habits simples, tenant des miroirs au lieu d'épées.

Ysabeau posa le sceau au bord de la cuvette.

Un cliquetis. Comme si un mécanisme ancien s'ouvrait, très loin sous leurs pieds.

La cuvette se remplit d'une eau claire, sortie de nulle part. La surface était si immobile qu'on aurait dit du verre.

Puis l'eau refléta… non pas la salle, mais une bibliothèque.

Des étagères infinies, des rouleaux, des livres, des lampes. Et au milieu, la femme aux tresses.

Elle regarda Ysabeau droit dans les yeux, à travers l'eau.

Sa voix arriva comme une brise dans une porte entrouverte :

— Je suis Samira, de l'Ordre du Verre. Pourquoi me cherches-tu, étrangère ?

Ysabeau sentit son cœur taper fort, mais sa voix resta stable.

— Pour apprendre la sagesse. Pas pour commander, pas pour gagner. Pour comprendre.

Samira sourit, mais son sourire était sérieux.

— Beaucoup disent cela. Peu le prouvent. La sagesse n'est pas une couronne. C'est une lampe qu'on porte quand personne ne regarde.

Basile se pencha, fasciné.

— Euh… bonsoir, madame la lampe.

Samira le fixa, surprise, puis un rire léger traversa l'eau.

— Celui-là a l'esprit vif. Il vous sera utile… s'il apprend à écouter.

Basile leva les mains.

— Je suis un excellent écouteur. Je… j'entends même les moustiques.

Ammar, lui, murmura une prière.

Samira reprit :

— Le désert vous a menés ici, mais votre épreuve commence. Une relique de notre ordre a été brisée : le Miroir des Heures. Sans lui, nos souvenirs se dispersent comme du sable. Rassemblez ses éclats, et je vous donnerai ce que vous cherchez.

Ysabeau hocha la tête.

— Où sont-ils ?

Dans l'eau, la bibliothèque s'assombrit. Trois points de lumière apparurent.

— Un éclat dans la gorge des ruines, gardé par la peur. Un éclat sous le marché, gardé par le mensonge. Un éclat dans le jardin clos, gardé par le regret.

Basile grimaça.

— J'aimais mieux quand c'était gardé par… je ne sais pas… un chat.

Chapitre 5 — Les éclats du Miroir des Heures

Ils commencèrent par les ruines, au nord de la forteresse. Une gorge étroite s'ouvrait comme une bouche dans la terre. Le vent y gémissait.

Au fond, une dalle portait un éclat de miroir, posé comme un morceau de lune. Mais dès qu'Ysabeau s'approcha, le couloir se remplit de chuchotements.

— Tu n'es pas assez forte.

— Tu vas échouer.

— Tu vas perdre ceux qui te suivent.

Basile pâlit.

— Ce sont… nos pensées ?

Ammar serra son talisman.

— La peur a trouvé une voix.

Ysabeau ferma les yeux. Elle se rappela les nuits passées à copier des textes, seule, pendant que d'autres se battaient. On l'avait souvent appelée inutile. Elle avait parfois cru ces mots.

Elle inspira, lentement.

— Peut-être que j'ai peur, dit-elle à haute voix. Mais je marche quand même.

Les chuchotements tremblèrent. Comme surpris qu'on les regarde en face. Ysabeau ouvrit les yeux, prit l'éclat, et le silence tomba d'un coup, lourd comme une couverture.

Le second éclat se trouvait sous un marché abandonné, près d'un puits. Des étals renversés, des cordes pourries, des jarres brisées. Là, une trappe menait à une cave.

Dans l'obscurité, une voix douce les accueillit :

— Par ici… le trésor est par ici…

Basile souffla :

— Oh non. Je connais ce ton-là. C'est le ton des gens qui vendent des “bonnes affaires”.

La cave était un labyrinthe de couloirs. À chaque intersection, la voix promettait une sortie, ou un raccourci, ou une certitude.

Ysabeau s'arrêta.

— Le mensonge veut qu'on coure, dit-elle. Alors faisons l'inverse.

Elle sortit sa carte et la posa au sol. Le sceau sur la page luisit faiblement. Les lignes apparurent et dessinèrent le vrai chemin.

— Voilà, dit Basile. Une carte qui ne se vante pas. J'aime beaucoup.

Ils trouvèrent l'éclat coincé dans une fissure. Quand Ysabeau le prit, la voix se brisa comme une bulle.

Le dernier éclat était dans un jardin clos derrière la forteresse : un carré de terre entouré de murs. Là poussaient, contre toute logique, un figuier et quelques fleurs pâles. Au centre, un banc de pierre.

Sur le banc reposait l'éclat final. Mais quand Ysabeau s'en approcha, une tristesse soudaine la saisit, si forte qu'elle dut s'asseoir. Des images lui traversèrent l'esprit : des amis perdus, des pages brûlées, des paroles qu'elle n'avait pas dites.

Basile s'assit à côté, sans plaisanter.

— Le regret, dit-il doucement. Ça serre comme une corde.

Ammar posa une main sur son épaule.

— La corde se desserre quand on pardonne. À soi-même aussi.

Ysabeau regarda le figuier. Ses feuilles bougeaient à peine. Elle pensa : rien ne revient pareil. Mais quelque chose peut continuer.

Elle se leva.

— Je n'effacerai pas mes erreurs, murmura-t-elle. Je les porterai autrement.

Elle prit l'éclat. La tristesse recula, sans disparaître complètement, mais elle devint supportable, comme une pluie fine.

Chapitre 6 — Le livre qui ne s'écrit pas

De retour dans la salle ronde, Ysabeau plaça les trois éclats dans l'eau de la cuvette. Ils flottèrent un instant, puis se rapprochèrent, attirés l'un vers l'autre.

Un craquement léger. Les morceaux s'assemblèrent, formant un miroir parfait. L'eau s'évapora en un souffle, et le miroir resta posé sur la table de pierre, brillant.

Dans sa surface, la bibliothèque de Samira réapparut, plus nette. Samira semblait plus proche, comme si la distance s'était raccourcie.

— Vous avez réussi, dit-elle. Vous avez traversé vos gardiens sans les fuir. C'est rare.

Basile bomba le torse.

— Je suis surtout content d'être entier.

Samira inclina la tête vers Ysabeau.

— Tu voulais la sagesse de l'Ordre du Verre. Je peux te donner un enseignement, pas un pouvoir.

Ysabeau répondit sans hésiter :

— Donnez-moi ce qui aide à choisir quand tout est confus.

Samira posa une main sur un livre invisible.

— Alors écoute : la sagesse est un miroir… mais pas pour admirer ton visage. Pour y voir tes intentions. Avant chaque geste important, demande-toi : “Est-ce que je veux comprendre, ou est-ce que je veux gagner ?” Si c'est gagner, tu deviendras aveugle, même en plein jour.

Le miroir sur la table vibra. Une image se forma : Ysabeau, plus jeune, tenant une plume. Puis Ysabeau aujourd'hui, tenant le sceau. Puis un chemin qui continuait, au-delà des guerres, au-delà des camps.

Samira ajouta, plus doucement :

— Le monde des hommes aime les épées. Mais une pensée juste peut trancher une haine plus sûrement qu'une lame.

Ysabeau sentit ses yeux piquer.

— Et l'Ordre ? demanda-t-elle. Existe-t-il encore ?

Samira sourit tristement.

— Nous existons tant que quelqu'un se souvient. Tant que quelqu'un choisit de regarder au lieu de frapper.

Le miroir commença à se ternir. La bibliothèque s'éloigna.

Basile se pencha, inquiet.

— Attendez ! Et… euh… si on a d'autres questions ?

Samira rit, légère comme une clochette.

— Alors cherchez dans le silence. Il répond souvent en retard, mais il répond vrai.

L'image s'évanouit. Le miroir redevint simple. La cuvette, sèche.

Ammar souffla :

— La lumière a parlé.

Ysabeau prit le sceau, puis, après une hésitation, posa sa paume sur la pierre froide.

— Merci, murmura-t-elle. Je ne promets pas d'être parfaite. Je promets d'être attentive.

Chapitre 7 — Le souvenir d'un rêve

Ils reprirent la route vers le camp. Le désert semblait moins hostile, ou peut-être était-ce Ysabeau qui marchait autrement. Même le vent avait une voix moins dure.

La nuit, ils dormirent près d'une petite source. Basile, en regardant les étoiles, dit :

— Vous croyez que Samira était… un esprit ? Un souvenir ? Une vraie personne coincée dans un miroir ?

Ysabeau haussa les épaules.

— Peut-être un peu de tout. Les époques se touchent parfois, comme deux pages collées par l'humidité.

Basile réfléchit.

— Alors… ce que vous avez trouvé, c'est une question à se poser. Comprendre ou gagner.

— Oui.

Il soupira.

— C'est terrible. Ça veut dire que je vais devoir réfléchir avant de parler.

— Ne fais pas trop d'efforts d'un coup, dit Ysabeau. Ça pourrait être dangereux.

Il rit, et le son se perdit dans la nuit.

Plus tard, Ysabeau s'endormit. Et elle rêva.

Elle se vit marcher dans une salle immense où les murs étaient faits de sable figé, comme si le temps avait décidé de sculpter le désert. Samira l'attendait, non plus derrière un miroir, mais assise sur le banc du jardin clos.

— Tu es revenue, dit Samira.

— Je ne sais pas si je suis revenue ou si je rêve, répondit Ysabeau.

Samira tendit un livre sans pages.

— C'est le Livre qui ne s'écrit pas. Il se remplit quand tu vis avec justesse.

Ysabeau le prit. Il était léger, presque chaud.

— Et si je me trompe ?

— Alors tu reliras ton intention, dit Samira. Et tu recommenceras. La sagesse n'est pas une marche qui mène au sommet. C'est une manière de poser le pied.

Le vent du rêve apporta des sons de bataille très lointains, comme une tempête au-delà des collines. Mais autour d'elles, une paix tenace résistait.

Ysabeau ouvrit le livre : sur la première page, une phrase apparut, simple, écrite de la même encre de lune que la carte :

« Écoute avant de juger. »

Elle voulut remercier Samira, mais déjà le jardin se dissolvait en poussière d'or.

Au matin, Ysabeau se réveilla près de la source. Le soleil naissait. Basile ronflait comme un petit tambour mal accordé. Ammar préparait le thé.

Ysabeau porta la main à sa sacoche. Le sceau était là, froid et lourd. Elle ne trouva pas de livre sans pages, évidemment. Pourtant, elle sentait encore sa chaleur, comme un souvenir collé à la peau.

Elle regarda l'horizon, là où les tours et les tentes, les prières et les cris, l'attendaient.

Et, au fond d'elle, restait le souvenir d'un rêve : une lampe qu'on porte quand personne ne regarde.

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Enlumineuse
Personne qui décore et illustre des livres avec des dessins et des lettres dorées.
Copiste
Personne qui copie à la main des textes ou des livres anciens.
Sceau
Petit objet en métal qui sert à marquer un papier ou à fermer un message.
Ciselé
Travail fin sur le métal ou la pierre pour faire des dessins ou des détails.
Chapelain
Prêtre qui aide dans une chapelle ou qui s'occupe des prières.
Lanterne
Objet qui protège une flamme pour donner de la lumière.
Fresques
Peintures faites directement sur un mur ou une grande surface.
Cuvette
Petit bassin creux qui peut contenir de l'eau.
Mirages
Images ou plans d'eau que l'on croit voir dans le désert, mais qui ne sont pas réels.
Palmeraie
Endroit où poussent beaucoup de palmiers ensemble.
Labyrinthe
Ensemble de chemins compliqués où il est facile de se perdre.
Relique
Objet ancien et souvent précieux, gardé pour sa valeur ou son histoire.
Talisman
Petit objet que l'on croit protéger ou porter chance.
Fissure
Fente ou petite ouverture qui se forme dans la pierre ou le mur.
Gorge
Partie étroite et profonde dans la terre entre deux falaises.

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