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Fantasy historique 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le serment d’Astrid et la pierre qui respire

Astrid, une jeune villageoise, doit conduire la mystérieuse Pierre‑Serment jusqu’à un tertre ancien pour protéger son fjord; accompagnée d’Einar, elle affronte brumes, spectres et hommes du jarl et découvre ce que signifie vraiment tenir un serment.

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Astrid, adolescente au visage rond, cheveux bruns en tresse, regard déterminé et doux, pose avec soin une petite pierre noire à fil lumineux sur la base d’un grand menhir; Einar, garçon d’environ 12 ans aux cheveux châtains, accroupi sur la neige derrière elle, arc aux genoux, la regarde étonné; sur un tertre des rois enneigé aux menhirs gris disposés en cercle, la pierre émet une lueur chaude qui active des runes bleu pâle, libérant volutes de lumière et poussière d’étoiles; ciel d’aurore boréale rose-vert, lumière froide se reflétant sur la neige; ambiance calme, magique et courageuse, palette douce contrastée et style chibi kawaii aux formes arrondies. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La pierre qui respire

La mer du Nord était grise comme une lame, et le vent peignait des rides sur l'eau. Au bord du fjord, les maisons de bois se serraient contre la colline, leurs toits couverts d'herbe comme des bonnets verts. On entendait des marteaux, des rires, le claquement des voiles qu'on repliait. Et, derrière tout cela, le grand silence des montagnes.

Astrid avançait vite, sa cape battant contre ses mollets. Elle n'avait pas peur du froid : elle avait peur d'être en retard. À sa ceinture pendait une petite clef d'os, et dans sa main, elle serrait un sachet de cuir qu'elle ne quittait jamais.

Elle entra dans la maison longue du village. La fumée du foyer dessinait des serpents au-dessus des poutres. Tout au fond, près de la place d'honneur, la vieille Sigrun l'attendait. Ses cheveux étaient blancs comme de la laine, mais ses yeux brillaient avec la netteté d'une étoile d'hiver.

— Tu as entendu, Astrid ? demanda Sigrun, sans préambule.

— Les hommes du jarl repartent demain. Et il y a des rumeurs… répondit Astrid, la gorge serrée.

Sigrun posa la main sur le sachet.

— Alors il est temps.

Elle dénoua le cuir. À l'intérieur reposait une pierre lisse, sombre, traversée d'un fil lumineux, comme un éclair endormi. Quand Astrid la touchait, la pierre semblait tiède. Parfois, la nuit, elle jurait sentir un battement, comme si un cœur minuscule respirait dedans.

— La Pierre-Serment, murmura Sigrun. Tant qu'elle reste ici, notre fjord tient bon. Les tempêtes se détournent. Les guerres passent plus loin. Mais certains la veulent… pour forcer le destin.

Astrid avala sa salive.

— Et si on la cache dans la montagne ?

Sigrun secoua la tête.

— La pierre n'aime pas l'oubli. Elle veut être portée, entendue, protégée par quelqu'un qui choisit de la garder sans la posséder.

Le feu crépita. Dehors, un cor sonna au loin, comme un rappel.

— C'est toi, Astrid, dit Sigrun doucement. Tu as l'œil qui voit les détails et le courage qui ne crie pas. Tu vas la conduire là où les anciens l'ont juré : au tertre des rois, au-delà du col. Là-bas, les runes la reconnaîtront.

Astrid sentit ses mains devenir moites. Elle pensa à sa mère, aux filets à réparer, aux histoires qu'on raconte au coin du feu. Elle pensa aussi à cette pierre, à son fil de lumière, et à l'impression qu'elle n'était pas seulement une chose… mais une promesse.

— D'accord, dit-elle. Mais je ne suis pas une héroïne.

Sigrun eut un sourire mince.

— Les héroïnes non plus ne le savent pas au départ.

Chapitre 2 — Les traces sur la neige

Le lendemain, le ciel était d'un bleu fragile, presque transparent. Astrid quitta le village avant que les coqs ne se vexent d'être réveillés trop tôt. Elle portait un sac léger : du pain dur, du fromage, un couteau, et un petit flacon d'huile pour la lampe. La Pierre-Serment, elle, reposait contre sa poitrine, dans une poche cousue à l'intérieur de sa tunique.

Le chemin suivait d'abord la rive. La glace mordait les pierres, et les algues gelées brillaient comme des cheveux verts. Un troupeau de moutons la regarda passer avec l'air de juges silencieux.

Au bout d'un moment, elle aperçut une silhouette accroupie près d'un rocher.

— Ne fais pas semblant d'être une pierre, Einar, lança Astrid.

Le garçon se releva, vexé.

— Je ne faisais pas semblant. J'observais. C'est différent.

Einar avait son arc sur l'épaule et une écharpe trop grande qui lui mangeait le menton. Il était plus jeune qu'Astrid, mais il avait déjà l'assurance d'un corbeau qui sait où trouver les meilleures miettes.

— Sigrun m'a dit de t'accompagner, avoua-t-il. Elle a dit que tu étais… comment déjà ? « Courageuse, mais pas assez têtue. »

— Je suis très têtue, protesta Astrid.

— Parfait. Moi aussi. On s'équilibre.

Astrid soupira, mais au fond, sa présence lui fit du bien. Deux paires d'yeux valent mieux qu'une, surtout quand le monde devient grand.

Ils quittèrent la côte pour monter vers le col. La neige, plus haut, était épaisse et poudreuse. Les sapins étaient chargés de blanc, comme des vieux guerriers portant des manteaux lourds.

Einar s'arrêta net.

— Regarde.

Dans la neige, des traces : des pas d'hommes, larges, réguliers. Et, à côté, des empreintes plus fines, comme celles d'un animal… mais trop profondes, trop lourdes.

Astrid s'accroupit. Un frisson lui grimpa le long du dos.

— Ils nous précèdent.

— Ou ils nous suivent, dit Einar, qui avait l'art de dire les choses de la manière la plus inquiétante possible.

Ils repartirent, plus silencieux. La forêt se refermait autour d'eux. Par moments, Astrid croyait entendre un chuchotement, comme si le vent essayait de former des mots.

Elle posa la main sur la pierre, à travers le tissu. La chaleur était là. Et le fil lumineux, invisible, semblait pourtant vibrer.

— Tu sens quelque chose ? demanda Einar.

— Oui, répondit Astrid. Comme… un rappel. Comme si quelqu'un, très ancien, nous regardait.

— Super, fit Einar. J'adore être regardé par des gens morts.

Astrid eut un petit rire malgré elle, mais ses yeux restèrent attentifs. Dans ce monde, même l'humour devait marcher sur la pointe des pieds.

Chapitre 3 — Le pont des brumes

À midi, ils arrivèrent à une gorge où un torrent courait sous la glace. Un vieux pont de bois la traversait. Il grinçait, maigre et courageux, accroché au vide.

Au-dessus, la brume s'élevait, épaisse, blanche, comme de la laine sale. On ne voyait pas l'autre côté.

— Je n'aime pas ça, murmura Astrid.

— Moi non plus, dit Einar. Donc on traverse vite.

Ils posèrent le pied sur les premières planches. Le bois était humide, glissant. Le pont bougeait à chaque pas, et le torrent grondait dessous, comme un géant qu'on a réveillé trop tôt.

Au milieu, la brume se fit plus dense. Astrid ne voyait plus ses propres bottes. Elle sentit soudain une présence, proche, et une voix, pas tout à fait une voix, plutôt un souvenir qui parle.

« Rends-la. »

Elle s'immobilisa.

— Einar ? chuchota-t-elle.

— Je suis là, répondit-il, mais sa voix venait de trop loin, comme si elle descendait un couloir.

Astrid serra la pierre contre elle. La chaleur devint presque brûlante.

La brume se déchira un instant, et une forme apparut : un guerrier immense, couvert de peaux, le visage caché par un casque. Ses yeux, eux, étaient deux trous d'ombre.

— Astrid… souffla la forme, et entendre son nom ainsi lui donna l'impression qu'on touchait sa nuque.

— Qui es-tu ? demanda-t-elle, la voix tremblante mais claire.

Le guerrier leva une main. Ses doigts étaient longs, trop longs, comme des branches nues.

— Celui qui n'a pas pu protéger, répondit-il. Donne-moi la pierre. Que je recommence.

Astrid comprit. Ce n'était pas un homme vivant. C'était un regret. Un serment brisé qui marchait encore.

Elle pensa à Sigrun : « La garder sans la posséder. » Elle pensa à la tentation dans les yeux de ce spectre : vouloir reprendre, corriger, dominer le passé.

— Non, dit Astrid, plus fort. Tu ne la veux pas pour la protéger. Tu la veux pour changer ce qui te fait mal.

Le spectre vacilla, comme une flamme qu'on souffle.

— Tu es jeune. Tu ne sais pas.

Astrid ferma les yeux. Elle respira. Le torrent en dessous, le vent, le craquement du pont : tout devint un rythme. Elle posa sa paume sur la pierre, et murmura les mots que Sigrun lui avait appris, des mots simples, mais anciens comme les pierres :

— Je porte le serment. Je ne le commande pas.

La lumière dans la pierre pulsa. La brume recula, comme si elle avait peur. Le spectre poussa un cri sans gorge, puis se dissipa en filaments.

— Astrid ! cria Einar, tout près d'elle soudain. Tu as disparu ! Je te jure, tu étais là et puis… pouf !

— Je n'ai pas fait pouf, répondit Astrid, les jambes encore molles. J'ai… discuté avec une erreur du passé.

Einar cligna des yeux.

— Tu sais, pour quelqu'un qui dit ne pas être une héroïne, tu as des conversations vraiment bizarres.

Ils atteignirent l'autre rive. Astrid se retourna : le pont était redevenu un simple pont, grinçant, ridicule même. Mais elle savait que la brume avait testé son cœur.

Et elle était toujours là.

Chapitre 4 — Les hommes du jarl

La pente devint plus raide. Le col se dessinait entre deux parois rocheuses, noires, avec des lignes de neige dans les creux comme des cicatrices claires.

Au détour d'un éboulis, Astrid aperçut des silhouettes : trois hommes, capes sombres, haches au côté. Leurs chevaux soufflaient de la vapeur.

Einar tira Astrid derrière un rocher.

— Les hommes du jarl, souffla-t-il. Je reconnais leurs broches.

Astrid observa. L'un d'eux tenait un morceau de tissu bleu : la couleur du village. Un frisson glacé lui traversa le ventre.

— Ils sont passés par chez nous, murmura-t-elle. Ils ont interrogé… peut-être menacé.

Un des hommes s'agenouilla, ramassa de la neige, la renifla comme un chien. Astrid eut un petit haut-le-cœur : ce n'était pas normal. Ses yeux, à l'homme, semblaient trop brillants.

— Ils cherchent la pierre, dit Einar. Ils ont un pisteur… ou pire.

Astrid réfléchit vite. Le col était devant, mais ils ne pouvaient pas le traverser sans se faire voir. À droite, une corniche étroite menait vers des rochers plus hauts.

— Par là, dit-elle.

— C'est dangereux, protesta Einar.

— Oui, répondit Astrid. Et eux aussi.

Ils grimpèrent. La corniche était fine, le vide à gauche, la roche froide sous les doigts. Astrid sentait la pierre contre sa poitrine, comme un petit foyer.

Un caillou roula. Le bruit fut minuscule, mais dans le silence, il sonna comme un tambour. En bas, un homme leva la tête.

— Là ! cria-t-il.

Ils se mirent à courir, du mieux qu'on peut courir sur une corniche. Einar jurait entre ses dents.

— Si je survis, je promets d'être plus prudent. Ou au moins d'y penser très fort !

Une flèche siffla, se planta dans un sapin avec un bruit sec. Astrid ne se retourna pas. Elle ne devait pas tomber.

La corniche débouchait sur un passage entre deux rochers, si étroit qu'il fallait se glisser de côté. Astrid y entra la première. La pierre se réchauffa brusquement, comme si elle reconnaissait l'endroit.

Le passage s'ouvrit sur une petite cuvette abritée. Au centre, une pierre dressée, couverte de runes. Un ancien autel, oublié sous la neige.

— On dirait… un morceau de temps, souffla Einar.

Les hommes du jarl arrivèrent sur la corniche, haletants, rouges de froid et de colère.

— Donne-la, cria le plus grand, en pointant sa hache. Le jarl a payé pour.

Astrid se plaça devant l'autel. Elle n'avait qu'un couteau, et encore, ce n'était pas un couteau de guerre. Pourtant, elle se sentit droite comme un tronc.

— Vous ne l'aurez pas, dit-elle. Elle ne vous appartient pas.

L'homme rit.

— Tout appartient à celui qui le prend.

Astrid sentit une colère, mais aussi une clarté. Le courage, pensa-t-elle, ce n'est pas l'absence de peur. C'est la décision de ne pas se laisser conduire par elle.

Elle posa la main sur la pierre dressée. Les runes étaient froides, mais sous sa paume, elles frémirent, comme des braises sous la cendre.

— Je ne suis pas seule, murmura-t-elle.

Chapitre 5 — Le chant des runes

Le plus grand des hommes s'avança. Il fit un pas, puis un autre. Son regard glissa vers la poitrine d'Astrid, comme s'il voyait la pierre à travers le tissu.

Einar se plaça à côté d'elle, l'arc levé, la main tremblante.

— Reculez, dit-il, en essayant d'avoir l'air plus grand. C'est… c'est un endroit sacré. Et moi, j'ai très mauvais caractère quand j'ai froid.

— Petit oiseau, grogna un homme. On te plumerait sans effort.

Astrid inspira, puis sortit la Pierre-Serment de sa poche intérieure. Le fil lumineux au cœur de la pierre pulsa, plus vif. La neige autour sembla se calmer, comme si le monde retenait son souffle.

— Elle ne sert pas à gagner, dit Astrid. Elle sert à garder. À se souvenir de ce qui compte.

Les hommes rirent encore, mais leurs rires sonnèrent faux.

Astrid plaça la pierre sur l'autel. Les runes s'illuminèrent d'une lueur pâle, comme la lune sur la glace. Un son monta, doux et profond, un chant sans bouche, sans instrument. Il vibrait dans la poitrine, comme quand on écoute la mer de très près.

Le pisteur aux yeux trop brillants recula brusquement, les mains sur les oreilles.

— Ça brûle ! hurla-t-il.

Et Astrid comprit : la magie ancienne ne frappait pas au hasard. Elle repoussait ceux qui venaient avec l'avidité, comme le sel repousse une plaie.

Le plus grand essaya quand même de saisir la pierre. Dès qu'il tendit la main, la neige se souleva en spirale autour de lui, fouettant son visage. Il vacilla, aveuglé.

— Sorcellerie ! cracha-t-il.

— Non, répondit Astrid, la voix calme malgré tout. Serment.

Le vent se leva, précis, puissant. Il ne détruisait rien : il guidait. Il poussait les hommes du jarl vers la corniche, les forçant à reculer pas à pas, comme s'ils étaient des feuilles honteuses.

Einar tira une flèche… pas sur eux, mais juste devant leurs pieds. Elle se planta dans la neige avec un petit « tchouk » ridicule.

— Celle-là, elle était d'avertissement ! cria-t-il. La prochaine, je vise quelque chose d'important. Par exemple… votre fierté !

Les hommes jurèrent, trébuchèrent, et finirent par battre en retraite, emportant leur colère comme un sac trop lourd. Le pisteur, lui, regarda une dernière fois l'autel avec une peur véritable, puis s'enfuit.

Quand le silence revint, Astrid sentit ses jambes trembler. Le chant des runes s'apaisa, comme une berceuse qui s'éteint.

— On a réussi ? demanda Einar, essoufflé.

— On a été acceptés, répondit Astrid.

Elle prit la pierre. Elle était plus légère, comme si elle avait relâché une partie de son poids invisible. L'autel, lui, resta lumineux un instant, puis redevint une simple pierre dans la neige, humble et patiente.

— Il faut encore aller au tertre des rois, dit Astrid. L'autel nous a aidés, mais la promesse doit être complète.

Einar hocha la tête.

— Tant qu'on ne doit pas parler à d'autres regrets, ça me va.

Astrid eut un sourire. La peur n'était pas partie, mais elle avait changé de place. Elle n'était plus devant. Elle marchait derrière eux, comme une ombre qu'on connaît.

Chapitre 6 — Le tertre des rois

Le jour déclinait quand ils atteignirent le plateau. Là, la neige était lisse, presque intacte, comme une page blanche. Au centre se dressait un grand tertre, une colline ronde faite de terre et de pierres, entourée de menhirs. Les anciens disaient que des rois dormaient dessous, avec leurs épées et leurs chants.

Le ciel se teinta de rose et de violet. Une aurore boréale commença à naître, lente, comme un voile qu'on déplie.

Astrid s'avança. Son cœur battait fort, mais pas de panique : plutôt une émotion, comme quand on arrive au bout d'une histoire qu'on aime.

Sur le plus grand menhir, des runes couraient en cercle. Astrid ne les lisait pas vraiment, pourtant elles semblaient parler à une part d'elle plus ancienne que ses mots.

Elle posa la Pierre-Serment au pied du menhir.

— Je te rends à ta place, murmura-t-elle. Pas pour te cacher. Pour te garder juste.

La pierre vibra. Une lumière douce se répandit, non pas éblouissante, mais rassurante, comme une lanterne dans une nuit de tempête. L'aurore au-dessus sembla répondre, dessinant des rubans verts et bleus qui ondulaient lentement.

Einar, d'ordinaire incapable de se taire plus de dix secondes, chuchota :

— On dirait que le ciel applaudit sans faire de bruit.

Astrid sentit une présence, mais cette fois, elle n'était pas menaçante. Comme si les anciens rois, sous la terre, ne s'éveillaient pas… mais souriaient dans leur sommeil.

Une image traversa son esprit : un enfant courant dans l'herbe d'un été futur, près du fjord, sans peur des tempêtes. Une maison longue pleine de rires. Des bateaux qui partent et reviennent.

— Tu as vu quelque chose ? demanda Einar en la regardant.

— Oui, répondit Astrid. Un futur tranquille.

Elle comprit alors que protéger un artefact sacré, ce n'était pas seulement empêcher qu'on le vole. C'était accepter d'être un maillon dans une chaîne immense, et de tenir bon, même quand personne ne chante votre nom.

Le chant des runes reprit, très faible, comme un souffle. Puis la lumière se résorba dans la pierre, qui sembla se fondre dans la base du menhir, comme une goutte d'encre absorbée par du bois. Elle ne disparut pas vraiment : elle devint partie du lieu.

Astrid posa sa paume sur la pierre froide du menhir.

— Je m'en souviendrai, promit-elle.

Le vent du plateau passa, léger, presque tendre.

Chapitre 7 — Le retour et le souvenir apaisé

Ils redescendirent le lendemain. La montagne, dans la lumière neuve, paraissait moins sévère. Les traces des hommes du jarl avaient été effacées par une fine neige, comme si le monde refusait de garder la marque de leur avidité.

Au village, les gens coururent à leur rencontre. Sigrun arriva la dernière, appuyée sur son bâton, mais ses yeux allaient vite, inspectant Astrid comme on vérifie un navire après une tempête.

— Tu es revenue, dit-elle simplement.

— Oui, répondit Astrid. La pierre est là où elle doit être.

Sigrun hocha la tête, satisfaite, sans grandes effusions. Puis, après un silence :

— Et toi, tu es là où tu dois être ?

Astrid réfléchit. Elle se sentait plus vaste à l'intérieur, comme si le fjord avait creusé une place en elle.

— Je crois, dit-elle. Je ne suis pas devenue une autre personne… mais je me suis rencontrée.

Einar toussa, gêné par la poésie.

— Et moi, je me suis rencontré aussi : j'ai rencontré ma peur du vide. On ne s'entendra jamais, mais on se connaît maintenant.

Quelques jours plus tard, la vie reprit son rythme : les filets, le bois à couper, les histoires au coin du feu. Pourtant, Astrid remarquait des détails qu'elle n'avait jamais vus : la façon dont la lumière glissait sur la glace, le bruit exact du vent dans les cordages, le courage discret des gens qui se lèvent chaque matin sans être sûrs du lendemain.

Un soir, elle monta seule sur la colline au-dessus du village. Le fjord était sombre, mais des étoiles y tremblaient, prises dans l'eau comme dans un miroir.

Astrid ferma les yeux. Elle revit le pont des brumes, le chant des runes, l'aurore au-dessus du tertre. Et surtout, elle sentit, au fond de son souvenir, une chaleur tranquille : celle d'un serment tenu.

Le passé, pensa-t-elle, n'était pas une chaîne qui vous retient. C'était une main posée sur votre épaule, pour vous rappeler de rester debout.

Elle rouvrit les yeux. Le vent était froid, mais il ne mordait plus. Il semblait raconter une vieille chanson, et cette fois, Astrid en connaissait le refrain.

Elle rentra au village avec un pas léger, portant en elle un souvenir apaisé, comme une petite flamme à l'abri des tempêtes.

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Fjord
Une longue baie étroite et profonde où la mer rentre entre des montagnes.
Cape
Vêtement sans manches qui se pose sur les épaules pour tenir chaud.
Sachet
Petit sac de tissu ou de cuir pour garder des objets ou des graines.
Poutres
Gros morceaux de bois qui soutiennent le toit d'une maison.
Place d’honneur
Emplacement réservé pour une personne importante ou respectée dans la maison.
Tunique
Vêtement long et simple que l’on porte sur le corps.
Brume
Nuage bas et léger qui réduit la visibilité près du sol ou de l'eau.
Corniche
Petit rebord rocheux étroit le long d'une falaise ou d'un mur.
éboulis
Accumulation de pierres ou de rochers tombés d'une pente ou d'une falaise.
Autel
Pierre ou table sacrée où l’on pose des objets pour des rituels.
Runes
Signes anciens gravés sur la pierre pour écrire ou protéger.
Menhir
Grande pierre dressée verticalement, souvent plantée depuis très longtemps.
Tertre
Petite colline ou monticule, parfois construit pour marquer une tombe.
Aurore boréale
Lumières colorées dans le ciel près des pôles la nuit.
Serment
Promesse solennelle que l'on fait et qu'on doit tenir.

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