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Histoire d'extraterrestre 11 à 12 ans Lecture 23 min.

L'alphabet des étoiles

Trois garçons rencontrent de petites créatures venues des étoiles qui leur enseignent un alphabet lumineux et leur demandent de l’aide; ensemble ils vont tenter de créer un repère sur Terre pour guider ces visiteurs.

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Sur le sommet d’un vieux château d’eau en béton couvert de tags, sous un ciel nocturne étoilé, trois garçons — Malo (12 ans, cheveux châtains courts, veste kaki, jean) au premier plan à gauche déposant délicatement une petite bille lumineuse sur une plaque métallique, Nino (12 ans, cheveux noirs en bataille, sweat rouge) juste derrière, bouche bée et lampe de poche pointée vers la bille, et Amir (12 ans, lunettes rondes, t‑shirt bleu) au centre arrière prenant des notes — sont observés par trois extraterrestres amicaux : une petite créature bleu pâle accroupie à gauche, paume ouverte vers la bille, une créature moyenne à droite pointant la ville en contrebas, et une plus grande en retrait, tous évoquant douceur et curiosité ; la scène, intime et secrète, montre une lumière chaude et concentrée sur la balise qui illumine les textures du béton craquelé, du métal rouillé, des vêtements et des peaux extraterrestres, tandis qu’en bas la ville aux lampadaires orangés se devine dans une légère brume. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Malo, Nino et Amir avaient douze ans et un talent très spécial : se retrouver là où il ne fallait pas, pile au bon moment.

Ce soir-là, ils s'étaient faufilés derrière le gymnase municipal, parce que la grande colline servait de point d'observation. On voyait les lampadaires en bas comme une guirlande fatiguée, et, au-dessus, le ciel découpé net, plein d'étoiles.

— On dirait un écran géant, murmura Amir, les mains dans les poches.

— Si c'est un écran, quelqu'un a oublié de mettre le son, répondit Nino, qui aimait plaisanter même quand il avait un peu peur.

Malo, lui, ne quittait pas la voûte des yeux. Il avait toujours eu l'impression que les étoiles étaient des lettres. Des signes qu'on ne savait pas lire, comme un livre fermé à double tour.

Soudain, une étoile bougea.

Pas une comète, pas un avion. Un point de lumière qui glissa, puis s'arrêta, comme si quelqu'un hésitait. Un frisson leur courut le long du dos.

— Vous avez vu ? souffla Malo.

Le point de lumière descendit lentement, grossit, et devint une forme ovale, douce, presque translucide. On aurait dit une goutte d'eau suspendue dans l'air. L'herbe autour vibra légèrement, comme si elle chantait sans bruit.

La chose se posa derrière le gymnase, dans le terrain vague où personne n'allait jamais. Un souffle tiède leur caressa le visage, parfumé comme après un orage.

— On… on y va ? demanda Nino, déjà à moitié en train d'y aller.

— On y va ensemble, dit Malo.

Ils avancèrent. Leurs baskets frottaient contre les cailloux, trop fort, trop bruyant. Plus ils approchaient, plus l'objet semblait… vivant. Sa surface pulsa doucement, comme une respiration.

Une ouverture se dessina, sans charnière, sans porte. Juste un pli de lumière qui s'écarta.

Et, dans l'ouverture, trois silhouettes apparurent.

Elles étaient petites, un peu plus grandes qu'un chien, avec des têtes rondes et des yeux immenses, mais pas effrayants. Leurs peaux étaient d'un bleu très pâle, comme le ciel juste avant le lever du soleil. Elles portaient des sortes de capes fines qui captaient la lumière.

Les trois garçons s'arrêtèrent net.

Les créatures levèrent leurs mains, paumes ouvertes. Un geste qui ressemblait à un salut… ou à une demande de calme.

— Euh… bonsoir, tenta Malo, la voix plus aiguë que d'habitude.

L'une des créatures répondit par une suite de sons clairs, comme des petites gouttes tombant sur un xylophone. Puis elle traça dans l'air, avec un doigt lumineux, une série de points et de traits. Les signes restèrent suspendus, étincelants.

— C'est… un message, souffla Amir.

Malo sentit son cœur faire un bond. Des points et des traits. Un alphabet.

— On dirait des étoiles, dit-il.

La créature inclina la tête, comme si elle avait compris.

Et les signes dans l'air scintillèrent un peu plus fort, comme pour dire : Oui. Enfin.

Chapitre 2

Ils auraient dû courir. Crier. Appeler les adultes. Faire tout ce qu'on fait dans les films.

Mais il y avait quelque chose de paisible dans l'air, comme si l'objet avait apporté avec lui une bulle de silence qui rendait les choses simples.

La créature recommença : points, traits, puis une boucle, puis trois points serrés. Les signes dansaient, s'alignaient, se réorganisaient.

— Attends… dit Malo. Ça ressemble au morse, mais… pas exactement.

— Le morse des étoiles ! lança Nino, incapable de se retenir.

La créature le fixa, et ses grands yeux se plissèrent légèrement. Était-ce un sourire ? Difficile à dire. Mais Nino eut l'impression qu'on venait de lui répondre par de la gentillesse.

Amir, lui, avait déjà sorti son carnet à spirales, celui où il notait des idées de BD. Il dessina les signes le plus vite possible.

— Si ça disparaît, on aura au moins ça, dit-il.

L'autre créature, un peu plus grande, émit un son plus grave. Puis elle pointa le ciel, et ensuite les trois garçons. Enfin, elle posa sa main sur sa poitrine.

— Elle se présente ? murmura Malo.

Malo, sans trop réfléchir, fit pareil.

— Malo.

Nino s'avança, imita le geste.

— Nino.

Amir, un peu tremblant mais décidé :

— Amir.

Les créatures répétèrent, avec leur musique de voix. « Ma-lo », « Ni-no », « A-mir », comme si elles goûtaient les syllabes. Puis l'une d'elles traça trois signes dans l'air, plus gros, plus lumineux. Et, juste après, une image apparut au centre : une sorte de carte du ciel.

On y voyait une constellation inconnue, en forme de cerf-volant.

— Ils viennent de là ? chuchota Amir.

La créature hocha la tête, et ajouta un signe à côté de la constellation. Le signe vibra, puis se transforma en une petite forme ronde, comme un visage.

— C'est leur… nom ? demanda Nino.

La créature fit un bruit de gouttes rapides, puis pointa le signe, et ensuite elle-même.

— Leur nom est… ça, conclut Malo. Un symbole.

Malo sentit sa tête bourdonner. Il avait envie de mille questions : Pourquoi ici ? Pourquoi nous ? Est-ce que la Terre était en danger ? Est-ce qu'ils venaient en paix ?

Comme si elle avait deviné, la créature posa ses deux mains devant elle, et fit apparaître un nouveau signe : une ligne courbe, puis un point au-dessus. Le signe se déploya en image : deux mains qui se touchent.

Amir expira.

— Coopération, dit-il. Ils veulent… coopérer.

— Ou faire un high-five cosmique, ajouta Nino, ce qui fit sursauter Malo… puis rire malgré lui.

La créature les observa. Puis elle recula doucement vers l'ouverture de la navette. Elle fit un geste clair : venez.

Les garçons se regardèrent. L'aventure était là, ouverte comme une porte de lumière.

— On fait quoi ? demanda Amir.

Malo déglutit.

— On apprend à lire les étoiles, répondit-il. Et on y va.

Chapitre 3

L'intérieur de la navette était plus grand qu'il n'aurait dû l'être. Comme si l'espace s'était plié, gentiment, pour faire de la place.

Les parois semblaient faites d'une matière nacrée. On y voyait des reflets mouvants, comme des poissons dans une eau claire. Il n'y avait pas de boutons, pas d'écrans comme dans les films. Tout était lignes, courbes, lumière.

Un sol souple amortissait leurs pas. Nino sauta dessus.

— C'est un trampoline de luxe, commenta-t-il.

Amir lui donna un petit coup d'épaule.

— Arrête, tu vas déclencher l'alarme intergalactique.

Les créatures, elles, se déplaçaient sans bruit. L'une d'elles s'approcha d'un mur et posa sa paume dessus. Des signes apparurent aussitôt, en cascade, puis se figèrent comme une phrase.

Malo sentit son cerveau faire de la gym. Les signes ressemblaient à des constellations miniatures : des points reliés par de fines lignes. Certains clignotaient comme des étoiles variables.

— C'est leur écriture, souffla-t-il.

Une autre créature approcha et fit glisser sa main dans l'air. Un petit globe lumineux apparut, flottant. Dedans, on voyait une salle de classe… étrange. Des enfants bleus pâles, assis en cercle, et au centre, des signes qui tournoyaient.

— Ils montrent comment ils apprennent, dit Amir.

La créature pointa Malo, puis le globe, puis le mur.

— Ils veulent qu'on apprenne, confirma Malo.

Malo sentit un mélange de fierté et de trouille. Apprendre un alphabet extraterrestre. Là, maintenant. Dans une navette.

Une surface s'ouvrit dans le mur, comme une fleur qui se déplie. Elle révéla trois bracelets fins, faits d'un métal sombre, mais doux au toucher. La créature les présenta.

— Des menottes ? s'inquiéta Nino, instantanément.

La créature émit un son bref, presque amusé, et fit apparaître l'image des mains qui se touchent, à nouveau.

— Des… traducteurs ? tenta Amir.

Malo prit le premier bracelet. Il était tiède. Quand il le passa à son poignet, une petite constellation apparut dessus, comme tatouée de lumière.

Nino et Amir firent pareil. Les bracelets s'ajustèrent tout seuls, sans serrer.

Aussitôt, des signes apparurent dans l'air, mais cette fois, ils se transformèrent en images très simples : une goutte d'eau, une pierre, un arbre, une maison.

— Oh ! s'exclama Amir. Ça… ça donne du sens.

Malo leva sa main, hésita, puis traça dans l'air un signe au hasard, une petite ligne et trois points. Le bracelet vibra, comme pour dire : pas tout à fait.

La créature guida doucement sa main et dessina un autre signe : trois points en triangle, puis une ligne qui les reliait.

L'image apparut : une oreille.

— Écouter, dit Malo. Ce signe veut dire écouter.

Nino tenta à son tour, et dessina un signe un peu tordu. Le bracelet vibra… puis afficha une image : un pied qui glisse sur une peau de banane.

— Ça veut dire… « attention » ? devina Nino.

La créature émit un clapotis de rire. Malo et Amir éclatèrent à leur tour.

Dans la navette, le rire résonnait comme une petite victoire : on pouvait se comprendre, même sans parler pareil.

Au bout de quelques minutes, Malo savait déjà tracer « moi », « toi », « venir », « ami ». Les bracelets aidaient, mais il fallait aussi observer, répéter, sentir le rythme des signes.

Puis, sur le mur, un nouveau message apparut. Plus long. Plus sérieux. Les signes pulsaient lentement, comme un cœur.

Le bracelet de Malo traduisit en images : une route d'étoiles… une navette… un point qui clignote… puis un grand vide noir.

Amir fronça les sourcils.

— Ils sont… perdus ?

La créature hocha la tête. Elle posa sa main sur sa poitrine, puis montra la carte du ciel. Un signe nouveau apparut : un cercle brisé.

— Ils ont perdu un repère, murmura Malo. Un… point pour se guider.

Nino se gratta la tête.

— Donc ils viennent chez nous pour demander le GPS ?

Malo sourit. Oui. D'une certaine façon, c'était ça.

Chapitre 4

La navette vibra doucement, comme un chat qui ronronne. Une ouverture s'élargit au fond, révélant une sorte de cockpit rond. Au centre flottait une sphère translucide remplie de points lumineux.

La créature la plus grande posa ses mains autour de la sphère. Les points se mirent à tourner et formèrent une spirale. On aurait dit une galaxie miniature.

Malo s'approcha, fasciné. Le bracelet lui envoya des images rapides : « route », « besoin », « repère ».

— Ils ont un trajet à retrouver, dit Malo. Et ils cherchent… un signe fixe.

Amir plissa les yeux.

— Un phare, mais dans l'espace.

Nino, lui, regardait les points lumineux comme s'il cherchait une faille.

— Et pourquoi nous ? Pourquoi pas… je sais pas… les scientifiques ?

La créature répondit en traçant un signe qui ressemblait à trois étoiles alignées. Puis elle pointa leurs bracelets, et enfin, le ciel dehors.

Le bracelet de Malo traduisit en images : des enfants qui observent, des mains qui dessinent, des yeux qui brillent.

— Parce qu'on regarde, murmura Malo. Parce qu'on essaye.

Amir souffla, un peu fier.

— Les adultes regardent aussi, mais… pas pareil.

Malo pensa à sa prof de maths, qui disait toujours : « La curiosité, c'est une lampe de poche. Sans elle, on avance dans le noir. »

Dans le cockpit, les créatures montrèrent un point sur la sphère. Il clignotait, puis s'éteignait, puis revenait.

— Leur repère disparaît, dit Amir. Comme s'il… bougeait.

La créature fit apparaître un symbole de danger : un point entouré d'une courbe irrégulière. Le bracelet traduisit par une image de cailloux qui roulent dans une pente.

— Instable, conclut Malo. Un repère instable, c'est la catastrophe.

Nino leva la main.

— On peut vous aider, mais on n'a pas de fusée, nous.

La créature le regarda, puis pointa un panneau de lumière sur le côté. Les signes se transformèrent en image : la colline, le gymnase… et, plus loin, le vieux château d'eau de la ville.

Le château d'eau ! Un gros cylindre en béton, tout tagué, planté près des champs. Tout le monde le voyait, même de loin.

La créature traça alors un signe nouveau : un cercle avec un point au milieu, comme un œil.

Le bracelet traduisit : « repère ».

— Ils veulent un repère… sur Terre, dit Amir. Un endroit fixe, visible.

Malo comprit d'un coup.

— Ils veulent créer une « étoile » ici. Un signe pour… recaler leur route.

Nino ouvrit de grands yeux.

— Ils vont transformer le château d'eau en étoile ?

La créature fit un geste doux, comme pour dire : pas transformer, juste marquer. Une balise.

Malo respira plus lentement. Ça semblait… possible. Pas dangereux. Enfin, il l'espérait.

— D'accord, dit-il en traçant « ami » puis « aider » avec l'alphabet d'étoiles. On vous aide.

Le bracelet vibra agréablement, comme une petite tape encourageante.

La navette s'illumina. La sphère de points forma une flèche. Puis une image apparut : les trois garçons, avançant dans la nuit avec une lumière au bout des mains.

Amir avala sa salive.

— On sort… avec eux ?

Nino haussa les épaules, bravache.

— Tant qu'ils ne me demandent pas de faire mes devoirs d'astronomie.

Malo sourit.

— On va au château d'eau. Ensemble.

Chapitre 5

Ils quittèrent la navette, et l'air frais de la nuit leur sauta au visage. Les bruits du monde revinrent doucement : un chien au loin, le froissement d'un arbre, le passage rare d'une voiture.

Les créatures se déplaçaient comme des ombres claires. Elles ne flottaient pas, elles marchaient, mais avec une légèreté qui donnait envie de marcher mieux.

Pour éviter les rues, ils traversèrent des jardins, longèrent des haies, passèrent derrière des garages. Les garçons avaient l'impression de participer à une mission secrète, sauf que la mission avait des yeux énormes et une cape lumineuse.

À chaque carrefour, Malo traçait un signe simple dans l'air : « par ici », « stop », « silence ». Les créatures répondaient avec leur musique de gouttes. Leurs bracelets traduisaient par des images très nettes.

Près d'un lampadaire, Nino trébucha sur une racine.

— Attention ! dit Amir en le rattrapant.

Nino se redressa, vexé, et traça le signe « attention »… mais il le fit à l'envers. L'image apparut : un mouton qui se cogne contre un panneau.

— Je… je crois que j'ai inventé « bêêê », souffla Nino.

Amir éclata de rire, et même Malo dut se mordre les lèvres.

La créature la plus petite fit un son de clochettes. Sur son bracelet, une image apparut : un mouton, puis un cœur.

— Elle aime ton signe, dit Malo. Super. Tu viens de signer l'amitié en mouton.

Ils arrivèrent enfin au château d'eau. Il se découpait contre le ciel, immense et un peu triste, comme un géant qui s'ennuie. Les tags formaient des éclairs, des noms, des monstres.

Les créatures s'arrêtèrent au pied du béton. L'une posa sa main sur le mur. Des signes coururent sur la surface, comme des lucioles.

Puis la créature traça dans l'air un cercle et un point. Le signe « repère ». Et elle le relia à un autre signe : trois étoiles alignées.

Le bracelet de Malo montra une image : le château d'eau vu de très loin, puis un point lumineux au sommet.

— Une balise, murmura Malo. Au-dessus.

— Ça va briller toute la nuit ? demanda Amir.

Les créatures répondirent avec un signe : une lune, puis un interrupteur.

— Seulement quand ils en auront besoin, traduisit Malo.

Elles sortirent de leurs capes un petit objet, gros comme une bille, sombre et mat. Elles le posèrent sur la paume de Malo.

Il sentit une vibration, comme si l'objet écoutait son pouls. Le bracelet lui montra une image : Malo qui place la bille en hauteur.

— Moi ? dit Malo, surpris.

La créature hocha la tête. Elle posa sa main sur son cœur, puis sur l'épaule de Malo. Un geste simple. Confiance.

— Ça, c'est de la pression, souffla Nino. Moi, à ta place, je demanderais une médaille.

Amir regarda le château d'eau.

— Il faut monter. Par l'échelle derrière.

Ils trouvèrent l'échelle rouillée, cachée derrière des buissons. Elle grinçait, mais tenait bon. Malo passa devant, la bille dans sa poche, le cœur battant plus vite que les barreaux sous ses mains.

Amir le suivit, puis Nino, qui commentait pour se donner du courage.

— Si je tombe, je veux qu'on dise à tout le monde que j'ai été enlevé par des aliens, pas que j'ai glissé comme une chips.

— Monte, Nino, dit Amir entre deux rires.

Arrivés en haut, le vent était plus froid. La ville, en dessous, semblait petite, presque fragile. Les étoiles étaient plus proches, comme si elles avaient avancé pour voir.

Malo s'approcha du bord du château d'eau. Une plaque métallique dépassait, juste assez pour y fixer quelque chose. Il sortit la bille.

— Je la pose où ? demanda-t-il, en traçant « où » avec l'alphabet d'étoiles.

Une créature, restée en bas mais visible grâce à sa cape claire, leva la main. Un symbole apparut dans l'air, très net : un point au sommet d'un triangle.

Le bracelet traduisit : « ici ».

Malo plaça la bille sur la plaque. Elle s'aimanta doucement, comme si elle s'était toujours attendue à être là.

Pendant une seconde, rien ne se passa.

Puis la bille s'alluma.

Pas une lumière agressive. Un point lumineux, doux et stable, qui pulsait lentement, comme une étoile apprivoisée. La lueur se refléta sur les tags, et tout le béton sembla respirer.

Amir murmura :

— On a mis une étoile sur un château d'eau.

Nino, bouche ouverte, souffla :

— C'est officiellement le château d'eau le plus cool du monde.

En bas, les créatures levèrent les mains. Une suite de signes apparut dans l'air, montant comme des bulles jusqu'aux garçons. Les bracelets traduisirent une image : trois enfants, trois créatures, et une route lumineuse qui se trace.

— Ça marche, dit Malo. Ça marche vraiment.

Chapitre 6

Sur le chemin du retour, la nuit avait changé. Ou peut-être étaient-ce eux. Les arbres semblaient moins menaçants, les ombres moins lourdes. Et, au loin, le château d'eau portait son point de lumière comme un secret bien gardé.

La navette attendait derrière le gymnase, immobile, la surface frémissante. Les créatures s'arrêtèrent devant l'ouverture.

L'une d'elles traça lentement un signe dans l'air. Malo le reconnut : « ami ». Puis un autre : « merci ». Puis un dernier, qu'il n'avait pas encore appris. Un cercle ouvert, avec trois points qui en sortaient, comme des étincelles.

Son bracelet traduisit par une image : un endroit précis dans le ciel, une étoile particulière qui brillait plus fort que les autres, et une flèche qui y revenait.

— Un nouveau repère… pour nous aussi, murmura Amir.

Malo leva les yeux. Au-dessus de la colline, une étoile semblait clignoter trois fois, puis rester stable. Ce n'était pas la balise du château d'eau. C'était plus haut, plus loin. Comme un clin d'œil.

Les créatures pointèrent cette étoile, puis les garçons. Puis elles posèrent leurs mains sur leurs bracelets, comme si elles y déposaient quelque chose.

Malo sentit une chaleur brève au poignet. Les constellations gravées sur le bracelet se réorganisèrent et formèrent un petit symbole qui ressemblait à une porte.

— Elles nous laissent… l'alphabet, dit Malo, la gorge serrée.

Nino tenta de faire le malin, mais sa voix trembla un peu.

— Cool. Comme ça, si elles reviennent, on pourra leur demander des nouvelles… et peut-être un trampoline pareil.

Amir sourit.

— On pourra surtout leur répondre.

Malo traça « revenir » puis « ami » dans l'air. Les signes scintillèrent. Les créatures inclinèrent la tête, et leurs grands yeux brillèrent comme des morceaux de nuit.

La navette se referma sans bruit. Elle s'éleva doucement, emportant avec elle une odeur d'orage et de métal chaud. Puis elle fila vers l'étoile qui clignotait trois fois. Un trait de lumière, et elle disparut.

Les trois garçons restèrent là, un moment, sans parler.

Finalement, Nino souffla :

— Vous vous rendez compte… On va devoir garder ça secret. Je suis nul en secret. Je ris trop.

Amir le regarda.

— On n'est pas obligés de tout dire. Mais on peut… se promettre de ne pas oublier.

Malo hocha la tête. Il regarda son bracelet, puis le ciel, puis, au loin, le château d'eau avec sa petite étoile.

— On a un repère, dit-il. Deux, même. Le château d'eau… et cette étoile-là.

— Celle qui clignote trois fois ? demanda Nino.

— Oui. Si un jour on se sent perdus, dit Malo, on saura où regarder.

Ils redescendirent la colline. La ville dormait, tranquille. Et, dans leurs poches, dans leurs poignets, dans leurs têtes, un alphabet d'étoiles commençait à prendre forme.

Un langage pour dire « bonjour » à l'inconnu.

Et surtout, pour dire « viens, on est amis ».

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S’étaient faufilés
Se sont glissés discrètement et en silence pour passer quelque part.
Gymnase municipal
Grand bâtiment public où l’on fait du sport, géré par la ville.
Translucide
Qui laisse passer la lumière mais ne permet pas de voir clairement.
Nacrée
Qui a des reflets brillants et irisés, comme l'intérieur d'une coquille.
Xylophone
Instrument de musique fait de lames qui font du bruit quand on les frappe.
Morse
Système de signaux faits de points et de traits pour communiquer à distance.
Constellation
Groupe d'étoiles qui forme un dessin reconnu dans le ciel.
Navette
Petit véhicule qui transporte des passagers d'un endroit à un autre.
Balise
Objet lumineux ou signal placé pour indiquer un point précis à distance.
S’aimanta
S'est attaché en se collant, comme si un objet s'est fixé aimanté.

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