Chapitre 1
Le kiosque à musique du parc des Aulnes brillait sous le soleil de fin d'après-midi, comme une petite soucoupe posée sur l'herbe. Son toit rond en métal vert faisait des reflets, et les marches en pierre gardaient la fraîcheur de l'ombre.
Mina, elle, ne brillait pas. Elle se fondait. C'était un talent.
Elle avançait avec un sac-poubelle dans une main et une pince ramasse-déchets dans l'autre, inspectant le sol autour du kiosque comme une scientifique qui traque un microbe dangereux.
« Un papier de bonbon, un ticket de manège… et— beurk— un chewing-gum fossilisé », marmonna-t-elle.
Derrière elle, Zoé sautillait en faisant tourner une baguette de tambour imaginaire.
— Mina, tu sais que personne ne va mourir si une feuille traîne par terre.
— Ça commence toujours par une feuille, répondit Mina, très sérieuse. Après, c'est la catastrophe. Les gens voient que c'est sale, ils salissent encore plus. Et hop, le parc devient une poubelle géante.
Lila, qui portait son sac à dos comme si elle allait partir en expédition, s'accroupit près des marches.
— Je suis d'accord avec Mina. Et puis… c'est ici qu'on se retrouve. Notre base secrète.
Sana, elle, observait le kiosque en plissant les yeux, comme si elle essayait de lire un message caché dans les boulons.
— Vous entendez ça ?
Zoé s'arrêta net.
— Quoi, ça ?
Un bruit très léger vibrait dans l'air. Pas une musique. Plutôt… un bourdonnement. Comme quand un téléphone est en mode silencieux, mais en plus profond. Mina se figea, la pince suspendue au-dessus d'un gobelet vide.
Le bourdonnement venait du kiosque.
Et il semblait… répondre à leur présence.
Chapitre 2
Les quatre filles montèrent les marches sans parler, comme si le kiosque était devenu un animal endormi qu'il ne fallait pas réveiller brutalement.
Au centre, là où les musiciens s'installaient d'habitude, une plaque de métal était apparue. Mina aurait juré qu'elle n'y était pas hier. Elle avait tout vérifié, même les coins.
La plaque était ronde, lisse, sans vis. Au milieu, une fente fine dessinait une spirale.
Zoé posa un doigt dessus.
— C'est… froid. Genre “glace de l'espace”.
Sana tendit l'oreille.
— Le bourdonnement vient de là.
Mina déglutit. Son cerveau cherchait une explication raisonnable. Une trappe de maintenance ? Un projet de la mairie ? Une blague ?
Lila, elle, souriait déjà comme si elle venait de trouver un secret dans un roman.
— On fait quoi ?
Mina aurait dû dire : on appelle un adulte. On rentre. On ne touche pas.
Mais elle vit, près de la plaque, un minuscule morceau de papier. Un vieux ticket froissé, collé au sol. Elle s'accroupit automatiquement pour le ramasser. Propre d'abord, questions ensuite.
Au moment où la pince attrapa le papier, le bourdonnement changea. Il devint plus aigu, plus rapide, comme un cœur qui accélère.
La plaque s'ouvrit sans bruit. La spirale se sépara en pétales métalliques, révélant un trou noir. Pas un trou creusé dans la pierre. Un vrai noir, épais, comme si on avait découpé un morceau de nuit.
Zoé recula d'un pas.
— OK. Là, j'avoue, c'est pas un truc de la mairie.
Une petite lumière bleue jaillit du trou et balaya leurs visages. Mina sentit des picotements sur sa peau, comme quand on passe sous une porte antivol au magasin.
Puis une voix sortit de nulle part. Une voix douce, un peu cassée, comme si elle apprenait à parler.
« Propreté… détectée. Zone… sûre. Autorisation… accordée. »
Lila cligna des yeux.
— …Pardon ?
Sana souffla :
— Il vient de dire… propreté.
Mina serra plus fort son sac-poubelle. Son cœur battait fort, mais pas seulement de peur. Il y avait aussi une sensation étrange, comme quand on ouvre une porte qu'on n'avait jamais vue.
La voix reprit :
« Gardiennes du lieu. Besoin… d'aide. »
Zoé chuchota :
— On est des gardiennes maintenant ? Trop stylé.
Mina, elle, pensa : et si c'était un test ? Et si le kiosque à musique choisissait des gens… propres ?
Ce jour-là, elle aurait presque ri. Presque.
Chapitre 3
Quelque chose remonta lentement du trou. D'abord une sorte de sphère, grande comme un ballon de hand. Puis trois petites pattes fines se déplièrent, comme des tiges de verre. La sphère se posa sur le sol du kiosque, sans le moindre bruit.
Et ensuite… la sphère s'ouvrit comme une fleur.
À l'intérieur, il y avait une créature. Pas grande. Pas monstrueuse. Plutôt… fragile.
Elle avait la peau couleur perle, des yeux noirs très brillants, et deux petites mains à quatre doigts. Elle portait une combinaison grise, trop large, et un casque transparent qui avait une fissure.
Zoé eut un hoquet.
— Oh. Elle est… mignonne.
La créature les regarda, et Mina sentit qu'elle essayait de comprendre leurs expressions, comme elles faisaient parfois avec un bébé.
La voix ne venait pas de sa bouche, mais d'un petit boîtier fixé sur sa poitrine. Un traducteur, pensa Sana immédiatement.
« Bonjour. Je… m'appelle… Rii. »
Lila s'accroupit pour être à sa hauteur.
— Salut, Rii. Moi c'est Lila.
Zoé fit un petit salut militaire ridicule.
— Zoé, à votre service, madame l'extraterrestre.
Sana se contenta d'un signe de la main.
— Sana.
Mina hésita. Elle se sentit soudain trop grande, trop bruyante, trop… humaine. Mais Rii la regardait avec un intérêt particulier. Peut-être à cause du sac-poubelle.
— Mina, dit-elle enfin.
Rii pencha la tête.
« Mina… Gardienne. Merci. Lieu… propre. Lieu… calme. Nous… pouvons… atterrir. »
Zoé fronça les sourcils.
— Attends, “nous” ?
Comme si la question déclenchait quelque chose, le trou noir vibra. Un second objet monta, puis un troisième : des capsules, petites, cabossées, comme des boîtes de conserve de l'espace.
Rii eut un mouvement d'épaule, fatigué.
« Équipage… petit. Problème… grand. »
Sana s'approcha d'un pas, prudente mais curieuse.
— Quel problème ?
Rii montra son casque fissuré, puis le ciel.
« Tempête… de poussière solaire. Vaisseau… blessé. Besoin… de réparer. Besoin… de… silence et… propreté. Débris… dangereux. »
Mina sentit un frisson. Des débris. Dans le parc. Près du kiosque.
Elle imagina des bouts de métal invisible, des morceaux qui pourraient blesser quelqu'un. Et son cerveau, enfin, arrêta de chercher des explications raisonnables.
Elle passa en mode action.
— D'accord. On va t'aider. Mais… on fait comment ?
Zoé chuchota à Lila, assez fort pour que tout le monde entende :
— Mina vient de dire “on va t'aider”. C'est officiel. On est dans une aventure.
Lila sourit.
— Une aventure propre, précisa Mina, sans s'en rendre compte.
Rii cligna des yeux, et pour la première fois, son traducteur ajouta un mot qui sonnait presque comme un rire :
« Bien. »
Chapitre 4
Rii les conduisit au bord du kiosque et appuya sur un symbole invisible dans l'air. Un panneau translucide apparut, flottant, rempli de formes et de couleurs. Sana s'approcha aussitôt, fascinée.
— On dirait un écran… en vapeur, souffla-t-elle.
Rii pointa une forme rouge qui clignotait.
« Débris. Là. Et là. Et… là. »
Sur le plan du parc, trois points rouges bougeaient légèrement, comme des lucioles. Mina sentit son ventre se serrer.
— C'est près des jeux, dit Lila.
Zoé se frotta les mains.
— Mission : ramasser les trucs de l'espace avant que le petit frère de quelqu'un les mette dans sa bouche.
Mina leva la pince comme une épée.
— On ne touche rien à mains nues. On utilise ça. Et des sacs. Et on prévient les gens de rester loin, sans paniquer.
Sana hocha la tête.
— On peut faire comme si on jouait à… euh… “zone réservée pour spectacle”.
Zoé éclata de rire.
— Au kiosque à musique, ça passe.
Elles se séparèrent en binômes. Mina et Sana partirent vers l'aire de jeux. Zoé et Lila vers l'allée des marronniers.
Sur le chemin, Mina remarqua chaque détail : un paquet de chips écrasé, une canette. Ça l'énervait d'habitude. Là, ça la rassurait presque. C'était du désordre humain, pas du mystère cosmique.
Près du toboggan, Sana s'arrêta et désigna une zone d'herbe où l'air semblait… trembler.
— Regarde. On dirait un mirage.
Mina s'approcha doucement. Au milieu de l'herbe, un fragment de métal flottait à deux centimètres du sol, tournant lentement sur lui-même. Il était grand comme une pièce, mais il brillait trop, comme si la lumière glissait dessus sans réussir à s'accrocher.
— Ça, c'est pas un jouet, murmura Mina.
Sana prit un bâton et le posa près du fragment. Le bâton vibra et recula, comme repoussé.
— Champ… magnétique ? tenta Sana.
Mina inspira. Elle ouvrit son sac, sortit une petite bouteille d'eau et la versa doucement sur l'herbe autour. L'eau forma une mince flaque, et le fragment cessa de flotter. Il tomba dans l'herbe avec un petit “tic”.
Sana la regarda, stupéfaite.
— Comment tu as su ?
Mina haussa les épaules.
— Je… je sais pas. Je me suis dit que si ça repoussait… peut-être que ça avait besoin d'être “ancré”. Et l'eau… ça colle tout au sol.
Sana eut un sourire admiratif.
— Mina la logique.
Avec la pince, Mina attrapa le fragment et le glissa dans un sac plastique épais que Sana avait trouvé dans son sac de goûter. Le sac se mit à frémir.
— Beurk. C'est vivant ? demanda Mina, crispée.
— Non, répondit Sana. Enfin… j'espère. Mais on va pas le secouer pour vérifier.
Au loin, Zoé cria :
— Trouvé ! Et c'est… une espèce de boulon qui chante !
Lila répondit :
— Ne le mets pas près de ton oreille !
Mina et Sana se regardèrent. Malgré la tension, Mina laissa échapper un petit rire, rapide, comme une bulle d'air.
— Allez, dit-elle. Encore deux points rouges.
Chapitre 5
Quand elles revinrent au kiosque, les quatre sacs étaient posés en cercle, comme des offrandes bizarres. Zoé avait les cheveux en bataille, Lila avait une feuille collée sur le genou, et Sana avait des taches d'herbe partout.
Rii les attendait près de la trappe ouverte. À côté, deux autres extraterrestres sortirent d'une capsule, titubant. Ils étaient plus grands que Rii, mais semblaient épuisés. L'un avait une antenne tordue, l'autre boitait.
Zoé chuchota :
— Ils ont l'air… crevés. Comme après un contrôle de maths.
Mina s'agenouilla près des sacs.
— On a récupéré ce qu'on a trouvé. Personne n'a rien touché. Enfin… sauf l'herbe.
Rii posa ses mains sur sa poitrine, un geste qui semblait être un merci.
« Solidarité. Vous… vous êtes… un bon équipage. »
Lila rougit un peu.
— On fait ce qu'on peut.
Sana montra les sacs.
— C'est dangereux, ça ?
Rii prit le sac contenant le fragment qui avait flotté. Il le glissa dans un petit tube transparent. Le tube s'illumina et fit un son comme une note de flûte.
« Débris… de bouclier. Il… attire. Peut… blesser. Vous… avez… été… prudentes. »
Mina sentit une vague de fierté la traverser. Prudentes. Elle aimait ce mot.
Mais une inquiétude restait.
— Et… vous allez repartir ? Ou… rester ?
Les deux autres extraterrestres regardèrent Rii, puis le kiosque, puis le ciel. Leurs yeux brillaient d'une fatigue immense.
Rii répondit :
« Réparer… vite. Mais… besoin… d'énergie. Kiosque… musique… a… vibrations. Bon… pour… charger. »
Zoé ouvrit de grands yeux.
— Attends. Le kiosque à musique recharge des extraterrestres ? Donc… la fanfare municipale était une station-service ?
Lila pouffa.
— C'est pour ça que ça sonnait faux parfois.
Même Mina sourit, malgré elle.
Rii sortit un petit appareil, comme une toupie, et le posa au centre du kiosque. L'appareil se mit à tourner, très lentement, puis des lignes lumineuses se dessinèrent sur le sol, comme des portées de musique.
Le kiosque vibra. Pas de manière effrayante. Plutôt comme un ronronnement rassurant, comme si le bâtiment se souvenait de toutes les mélodies jouées ici et décidait de les offrir.
Sana s'assit sur une marche.
— C'est beau, murmura-t-elle.
Mina jeta un coup d'œil aux alentours. Personne ne venait. Le parc était calme. Elle ramassa, sans y penser, un petit papier qui traînait près d'une poubelle.
Zoé la vit et chuchota à Lila :
— Mina ne peut pas s'en empêcher. Même avec des extraterrestres.
Lila répondit, douce :
— C'est pour ça qu'ils l'ont trouvée.
Rii leva la tête vers Mina.
« Gardienne… essentielle. Propreté… sécurité. Merci… Mina. »
Mina sentit ses joues chauffer.
— De rien, dit-elle. Mais… dépêchez-vous, d'accord ?
Rii cligna des yeux.
« D'accord. »
Chapitre 6
Le chargement semblait fonctionner. Les lignes de lumière devenaient plus vives, comme si quelqu'un augmentait le volume d'une chanson silencieuse. Les capsules des extraterrestres se mirent à briller légèrement.
Puis, sans prévenir, un bruit sec éclata dans l'air : CRAC.
La trappe vacilla. Le trou noir se déforma, comme un drap qu'on tire trop fort. Le bourdonnement devint grinçant.
Sana se leva d'un bond.
— Ça… c'était pas prévu.
Rii recula, inquiet.
« Instabilité. Tempête… approche. Portail… tremble. »
Zoé avala sa salive.
— Portail. Il a dit portail. Donc le trou… c'est une porte.
Lila attrapa le bras de Mina.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
Mina regarda autour. Le parc. Les jeux. Le kiosque. Des enfants pourraient arriver d'une minute à l'autre. Elle imagina quelqu'un s'approcher, curieux, et…
Elle secoua la tête.
— On doit sécuriser. Personne ne doit monter ici.
Zoé pointa l'allée.
— Je peux faire diversion. Je suis très douée pour être pénible.
— Pour une fois, c'est un compliment, dit Sana.
Mina se tourna vers Rii.
— Dis-nous quoi faire. Simplement.
Rii montra la toupie lumineuse.
« Si… trop d'énergie… portail… s'ouvre… trop. Besoin… d'amortir. Vous… pouvez… casser… la musique. »
Zoé grimaça.
— Casser la musique ? Mais c'est beau !
Sana observa les lignes de lumière.
— Peut-être qu'on peut… la rendre moins forte. Comme baisser le son.
Lila pointa les sacs de débris.
— Et si on les éloignait ? Si ça attire, peut-être que ça perturbe.
Mina prit une décision rapide.
— Zoé, Lila, vous descendez avec les sacs, loin du kiosque. Sana, tu m'aides à trouver comment “baisser” la toupie.
Zoé leva deux doigts.
— Capitaine Mina, à vos ordres.
Elles agirent toutes en même temps. Zoé et Lila attrapèrent les sacs, les portèrent avec précaution, comme des animaux sauvages, et les posèrent plus loin, près du grand chêne, derrière un banc.
Mina et Sana s'agenouillèrent près de la toupie. Mina remarqua une petite fente, comme un bouton caché.
— Là, dit-elle.
Sana prit une feuille sèche et s'en servit pour appuyer, sans toucher directement. La toupie ralentit. Les lignes lumineuses pâlirent, comme une musique qui devient un murmure.
Le bourdonnement grinçant retomba. Le trou noir reprit sa forme ronde.
Rii expira, un son léger.
« Bien. Très… bien. »
Zoé revint en courant.
— J'ai failli expliquer à un monsieur que c'était une répétition de… euh… théâtre expérimental. Il a eu peur, donc il est parti. Ça compte ?
Lila gloussa.
— Ça compte.
Mina regarda ses amies. Elles étaient essoufflées, sales, un peu paniquées… mais ensemble. Solidaires. Et ça, c'était comme une lampe allumée dans l'inconnu.
Rii posa une main sur la rambarde du kiosque.
« Vous… protégez… votre monde. Nous… respectons. »
Mina hocha la tête.
— Et vous, vous repartez en sécurité.
Chapitre 7
La lumière du kiosque diminua encore, comme un coucher de soleil miniature. Les capsules extraterrestres s'alignèrent près de la trappe, prêtes à descendre.
Rii se tourna vers les filles et sortit de sa combinaison un petit objet rond, transparent, rempli de minuscules points lumineux. On aurait dit un flocon de neige enfermé dans une bille.
« Cadeau. Pour… se souvenir. Et… pour… nettoyer. »
Zoé prit l'objet avec précaution.
— Pour nettoyer ?
Rii appuya sur un côté de la bille. Un souffle d'air sortit, si doux qu'on le sentait à peine. Mais le sol du kiosque, lui, devint instantanément impeccable : plus de poussière, plus de traces, même les vieux chewing-gums disparurent comme s'ils n'avaient jamais existé.
Mina resta bouche bée.
— Ça… ça efface tout.
Sana observa.
— Un mini aspirateur… ou un champ qui désagrège les saletés. Trop bien.
Lila sourit à Mina.
— Tu viens de recevoir le trésor ultime.
Mina prit la bille à son tour. Elle ne savait pas quoi dire. Merci ne semblait pas assez. Elle finit par déclarer, très sérieusement :
— Je promets de m'en servir… avec responsabilité.
Zoé éclata de rire.
— On dirait une adulte.
Rii inclina la tête.
« Gardienne… responsable. »
Les deux autres extraterrestres descendirent dans la trappe. Rii resta une seconde de plus.
« Mina. Zoé. Lila. Sana. Solidarité… crée… pont. Si… un jour… vous entendez… la musique… sans musiciens… venez. Mais… seulement… si… lieu… propre. »
Zoé fit semblant de soupirer.
— Bon. On va devoir vivre dans un monde propre pour revoir des extraterrestres. Quelle tragédie.
Mina lui donna un petit coup d'épaule.
— Tu peux commencer par jeter tes papiers.
Rii descendit à son tour. La trappe se referma en spirale. Le kiosque cessa de vibrer. Le parc redevint normal.
Normal… sauf que Mina avait une bille de lumière dans la main.
Elles restèrent silencieuses un moment, comme si parler trop fort allait casser le souvenir.
Puis Lila souffla :
— On rentre ?
Sana hocha la tête.
— Oui. Et… on ne dit rien à mon petit frère. Il va vouloir creuser partout.
Zoé se pencha vers Mina.
— Alors, Gardienne, inspection finale ?
Mina regarda autour du kiosque. Un dernier papier traînait près d'un massif de fleurs. Elle le ramassa et le jeta dans la poubelle, avec un geste satisfait.
— Zone sûre, annonça-t-elle.
Elles quittèrent le parc ensemble, leurs pas faisant crisser le gravier. Derrière elles, le kiosque à musique brillait doucement dans la lumière du soir, parfaitement propre, comme s'il attendait la prochaine chanson.
Et Mina, pour la première fois depuis longtemps, se sentit moins invisible.
Parce qu'être discrète, finalement, pouvait servir à quelque chose : garder un endroit sûr, et accueillir l'inconnu comme un ami.