Chapitre 1 : Le carnet aux lucioles
Assia avait onze ans et un sourire qui s'accrochait souvent au coin de ses lèvres, même les matins de lundi. Ce soir-là, le soleil s'attardait derrière les immeubles couleur pêche, caressant la ville d'une lumière dorée. Assia attendait que la voix de son papa, douce comme le miel, annonce la fin du jeune du Ramadan. Dans la cuisine, Maman préparait les dattes et le lait, tandis que son petit frère Karim alignait des verres en plastique, l'air d'un chef d'orchestre en pleine répétition.
Assia ouvrit son petit carnet aux pages violettes, offert par sa grand-mère, et relut la consigne qu'elle s'était donnée : « Noter chaque soir trois choses positives. » Elle avait décidé que ce Ramadan serait différent. Cette année, elle voulait collectionner les petits bonheurs comme d'autres ramassent des coquillages. Mais ce soir, rien ne lui venait à l'esprit. L'école avait été banale, les devoirs ordinaires. Où étaient donc cachées les merveilles de sa journée ?
— Assia, tu viens ? appela Maman depuis le salon.
La voix de l'imam, transmise par la radio, s'éleva comme une brise légère : « Allahu Akbar… »
Assia ferma son carnet, le glissa dans sa poche, et rejoignit sa famille pour rompre le jeûne.
Chapitre 2 : La lumière dans le salon
Le repas du soir commença dans un parfum de soupe chaude et de galettes. Assia grignotait sa datte, le regard perdu dans les flammes tremblotantes des bougies. Son père raconta une blague sur les moutons — et Karim éclata de rire, renversant presque son verre de lait sur la nappe.
— Tu as noté tes trois choses positives ? demanda Papa, malicieux.
— Pas encore… répondit Assia, un peu gênée. Je cherche.
— Cherche bien ! Les choses positives sont parfois cachées dans les détails, expliqua Maman en déposant une main sur la sienne.
Assia sourit, rassurée. Elle observa la table : les mains jointes pour la prière, le bruit de la vaisselle, la chaleur du pain partagé. C'était tout simple, mais tellement doux. Elle griffonna sur son carnet, discrètement :
1. Le rire de Karim
2. La soupe de Maman
3. Les bougies qui dansent
Mais au moment d'écrire la troisième ligne, un tremblement étrange parcourut la pièce. Assia leva les yeux : une minuscule lueur voletait au-dessus de la table, légère et dorée, comme une luciole venue d'un rêve.
Chapitre 3 : La luciole du Ramadan
La lueur s'approcha d'Assia, cligna comme un clin d'œil, puis disparut en silence. Ni Maman, ni Papa, ni Karim ne semblaient l'avoir remarquée. Était-ce la fatigue ? Ou bien… une vraie petite magie du Ramadan ?
Ce soir-là, allongée dans son lit, Assia pensa à la luciole. Elle ouvrit son carnet sous la lampe de chevet :
3. Une luciole magique (peut-être)
Le Ramadan battait son plein, et chaque soir, Assia attendait avec impatience sa visite mystérieuse. Parfois, la luciole apparaissait dans la cuisine, parfois sur le balcon, posée sur la rambarde comme une perle vivante. Assia lui racontait, à voix basse, les belles choses de sa journée :
— Aujourd'hui, j'ai aidé Madame Bendhaou à porter ses courses… et j'ai trouvé un trèfle à quatre feuilles dans le jardin !
La luciole frémissait de joie, puis disparaissait en laissant derrière elle un parfum de menthe fraîche.
Chapitre 4 : Un voisin, un sourire
Un mardi, il plut toute la journée. Assia, blottie contre la fenêtre, observait les gouttes dessiner des rivières sur la vitre. Elle se sentait un peu triste : pas de promenade, pas de rires dehors. Au moment du goûter, on sonna à la porte.
C'était Monsieur Azouzi, leur voisin du dessus. Il tenait un grand panier de gâteaux, parfumés à la fleur d'oranger.
— Je vous en apporte pour le Ramadan, dit-il, un clin d'œil complice à Assia. Il y en a assez pour tout l'immeuble !
Assia aida à distribuer les gâteaux dans les étages. Elle croisa la vieille Madame Lemoine, qui lui offrit une poignée de bonbons en remerciement. Sur le palier, Karim fit la course avec le chat du voisin, tandis qu'Assia notait mentalement :
1. Les gâteaux partagés
2. Le sourire de Madame Lemoine
3. Le chat qui glisse sur le tapis
En rentrant, la luciole l'attendait, posée sur la page de son carnet. Elle scintillait plus fort que d'habitude, comme pour féliciter Assia.
Chapitre 5 : Le jardin sous la lune
Un soir, Papa proposa une promenade sous la lune. Toute la famille descendit au jardin de la résidence. Les lampadaires dessinaient des ombres géantes, et le parfum des roses flottait dans l'air.
Assia marcha pieds nus sur l'herbe fraîche, suivie par Karim. Soudain, elle aperçut une silhouette penchée sur les rosiers. C'était Anissa, une voisine timide.
— Tu veux venir voir ? lui chuchota Assia.
Anissa hésita puis s'approcha. Ensemble, elles découvrirent une colonie de coccinelles cachées sous une feuille. Karim les rejoignit, émerveillé.
— Tu crois qu'elles font aussi le Ramadan, les coccinelles ? demanda-t-il, l'air sérieux.
Assia éclata de rire, et Anissa aussi. Les trois enfants s'allongèrent dans l'herbe, regardant la lune grimper dans le ciel. Assia pensa à son carnet :
1. Marcher pieds nus dans l'herbe
2. Les coccinelles du jardin
3. Un rire partagé avec une amie
La luciole passa entre elles, faisant briller les brins d'herbe comme des bijoux.
Chapitre 6 : La fête du voisinage
À la fin du Ramadan, la résidence s'anima comme un marché en fête. Les voisins préparèrent un goûter partagé dans la cour. Chacun apporta un plat : bricks, crêpes, salade de fruits, jus de pastèque… Assia et Anissa décorèrent la table de petits lampions en papier.
Karim, lui, avait décidé de faire le clown et mit une casserole sur la tête pour faire rire les petits. Les adultes discutaient, riaient, échangeaient des recettes.
— Il faudrait inventer la tarte aux bonbons, glissa Madame Lemoine. On ferait fortune !
Assia, au milieu du tumulte joyeux, sentit la luciole se poser sur son épaule. Elle ferma les yeux, inspirant le parfum du sucre et des épices, et savoura ce moment rare où tout le monde semblait relié par un fil invisible.
1. Voir tout le monde réuni
2. Les lampions colorés
3. Le rire de Karim, encore
Chapitre 7 : La dernière page
Le dernier soir du Ramadan arriva, calme et lumineux. Assia relut son carnet du début à la fin. Les pages étaient remplies de souvenirs, de sourires, de petites victoires et de gestes partagés. Chaque note était une perle, un trésor tissé de lumière.
La luciole, plus brillante que jamais, fit un dernier tour de la chambre, dessinant des arabesques dorées sur les murs. Assia sut alors que la magie ne venait pas seulement de la luciole, mais de tous ces moments d'amour, d'entraide et de partage qu'elle avait vécus.
Sur la dernière page, elle écrivit :
1. Avoir le cœur plein de gratitude
2. Partager avec les autres
3. La magie du quotidien
Assia ferma son carnet, le cœur léger. Au salon, la famille l'attendait pour célébrer la fin du Ramadan. Karim entra en sautant, Maman alluma la dernière bougie, et Papa ouvrit grand la fenêtre pour laisser entrer la brise du soir.
Puis, d'un geste tout simple, Karim lança :
— On applaudit Assia pour son carnet magique !
Toute la famille applaudit, doucement d'abord, puis plus fort, et même la luciole sembla applaudir en dansant dans la lumière.
Et dans ce petit salon, illuminé par l'amour et les rires, Assia comprit que le plus beau des ramadans, c'était celui qu'on partageait ensemble.