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Histoire sur les vacances d'été 11 à 12 ans Lecture 16 min.

Le ponton des petits gardiens de l’eau

Lino, un petit loup citadin, décide avec son amie Inès de nettoyer et d’améliorer le ponton du canal; leur initiative pousse voisins et passants à réfléchir et à agir pour leur espace commun.

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Lino, petit loup gris aux yeux noisette, tient une pince de nettoyage orange et un sac en papier sur un ponton en bois doré au bord d’un canal vert-bleu ; à ses côtés Inès, petite chatte rousse en casquette jaune, tient une bouteille et un sac de déchets, tandis que Mehdi, un lapin adolescent en t-shirt bleu, ferme une boîte à mégots ; derrière eux, une renarde et deux enfants ramassent des papiers et déposent des emballages dans une poubelle métallique verte marquée “Tri”, un petit panneau bois près de l’entrée indique “Ce ponton est partagé. Merci.” L’équipe, fière et sereine après le nettoyage, montre des sacs triés, gestes coopératifs et légers éclats d’eau et poussière aquarellés pour suggérer le mouvement. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Le petit loup s'appelait Lino. Il vivait en ville, au quatrième étage d'un immeuble gris qui chauffait vite quand le soleil tapait. Les vacances d'été venaient de commencer. Dans la cour, les enfants parlaient de mer, de campings et de montagnes. Lino, lui, restait là.

Il n'en faisait pas une histoire. Il était pragmatique, comme disait sa maman.

— On a la ville, on a du temps, on a de la glace au congélateur. On fera avec, avait-il conclu en haussant les épaules.

Mais, le premier matin des vacances, il se réveilla quand même avec un petit creux au ventre. Pas un creux de faim. Un creux de “et maintenant, je fais quoi ?”.

La lumière entrait en bandes sur le parquet. On entendait un bus souffler au coin de la rue. Dehors, l'air sentait déjà le bitume chaud et le tilleul.

Lino s'habilla, avala un bol de céréales, puis descendit sortir les poubelles. Dans le hall, il croisa Madame Roussel, la gardienne, qui arrosait une plante assoiffée.

— Bonjour, Lino. Tu restes ici, toi ?

— Oui.

— Alors tu vas pouvoir m'aider, si tu veux. Le banc de la cour a encore été sali. Et les gens laissent des papiers partout… Ça me rend triste, tu sais. C'est à tout le monde, mais on dirait que certains oublient.

Lino regarda la cour. Le banc en bois avait des traces collantes. Un emballage de bonbon traînait au pied du toboggan. Une petite bouteille en plastique roulait près du portail.

Il hocha la tête.

— Je peux aider. Mais… on fait comment pour que ça dure ? Si on nettoie et que ça recommence…

Madame Roussel sourit, fatiguée mais gentille.

— On commence déjà par faire notre part. Après, on trouve des idées.

Lino remonta chez lui avec une sensation nouvelle: un mélange de mission et de vacances. Une mission de vacances, en somme.

Chapitre 2

Dans l'après-midi, l'air vibrait de chaleur. Lino rejoignit son amie Inès, une petite chatte de son âge, au pied de l'immeuble. Elle avait une casquette jaune et une bouteille d'eau pleine de glaçons.

— Je m'ennuie déjà, avoua-t-elle. Même mon téléphone chauffe.

— Ça tombe bien, j'ai un plan. On va au canal.

Le canal traversait la ville comme un ruban calme. Il y avait une piste cyclable, des platanes, et, un peu plus loin, un ponton en bois où les gens s'asseyaient pour regarder l'eau. On entendait le clapotis, les mouettes qui passaient parfois, et les vélos qui chantaient sur les graviers.

Quand Lino et Inès arrivèrent, le ponton brillait, doré, avec des lames de bois qui sentaient la résine. L'eau, en dessous, était verte et lente.

Ils s'assirent au bord, les jambes pendantes.

— Ça, c'est des vacances, souffla Inès. On dirait que la ville respire.

Lino observa autour de lui. Il vit une canette coincée entre deux planches. Plus loin, un sac plastique flottait comme une méduse triste.

Il plissa le museau.

— Respire, oui… mais elle tousse aussi.

Inès suivit son regard.

— Beurk. Les gens font n'importe quoi.

Lino tapota le bois du ponton, comme s'il prenait la température d'une idée.

— Si on laissait ça propre, ce serait mieux pour tout le monde. Pour les poissons, pour les promeneurs… et pour nous.

— On n'a pas de gants, fit remarquer Inès.

— On peut rentrer en chercher. Et demander à Madame Roussel si elle a des sacs.

Inès sourit.

— Tu es vraiment pragmatique. Bon, capitaine Lino, on fait une expédition nettoyage ?

— Une expédition… sans danger, corrigea Lino. Mais avec efficacité.

Ils rentrèrent en trottinant à l'ombre des platanes. Sur le chemin, ils croisèrent un monsieur qui jetait un mégot par terre, sans même ralentir. Lino le regarda, puis regarda le mégot.

Il eut envie de dire quelque chose. Les mots montèrent, puis se coincèrent.

Inès murmura:

— Tu vas lui faire la morale ?

— Non… pas maintenant. Mais… ça m'énerve.

Le soleil leur chauffait les épaules. Et Lino sentit que son petit creux du matin se remplissait. Il y avait une chose à faire, tout simplement.

Chapitre 3

Le lendemain, ils étaient prêts. Madame Roussel leur avait prêté des gants, des sacs poubelle, et même une pince qui attrapait les déchets sans se pencher.

— Tu vois, dit-elle, quand on s'y met à plusieurs, c'est plus léger.

Lino et Inès retrouvèrent le ponton. Il faisait encore frais. L'eau avait une odeur de plantes et de pierre mouillée. Des joggeurs passaient, des chiens reniflaient l'air.

Ils commencèrent doucement. Lino ramassa les canettes, les tickets de caisse, les bouts de papier. Inès s'occupait des petits plastiques qui se coinçaient dans les herbes du bord.

Au début, c'était un peu dégoûtant.

— Pourquoi quelqu'un laisserait une peau de banane sur un ponton ? râla Inès.

— Peut-être qu'il pensait qu'elle disparaîtrait, répondit Lino. Comme par magie.

Il souleva la peau avec la pince.

— Spoiler: non.

Ils travaillèrent en silence, par moments. Puis ils se mirent à compter, pour rendre ça moins pénible.

— J'ai déjà trouvé cinq bouteilles, annonça Inès.

— Moi, trois canettes. Et… une chaussette. Une chaussette solitaire, dit Lino, en la tenant du bout de la pince.

Inès éclata de rire.

— Elle a fui sa famille !

Ils déposèrent les sacs près d'une poubelle. Sauf que la poubelle débordait déjà. Le couvercle ne fermait plus. Une odeur chaude et sucrée montait, pas très agréable.

Lino se figea.

— Si on laisse les sacs là, ça va s'éparpiller. Le vent, les oiseaux…

— On les emmène où, alors ? demanda Inès.

Lino réfléchit, très vite, comme quand il fait un problème de maths.

— Il y a des bacs de tri derrière le gymnase, près de la piste cyclable. On peut faire deux allers-retours. C'est un peu loin, mais faisable.

Ils tirèrent les sacs, pas trop pleins, et marchèrent jusqu'aux bacs. Ça frottait un peu sur les doigts malgré les gants. Le soleil montait. Le bitume devenait plus clair.

Arrivés aux bacs, Lino s'arrêta.

— Attends… là, c'est pour le verre, là pour les emballages, là pour le reste. On ne peut pas tout jeter n'importe où, sinon ça sert à rien.

Inès leva les yeux au ciel, mais gentiment.

— D'accord, monsieur le chef du tri.

Ils trièrent, lentement, avec application. Lino ressentit une satisfaction étrange: ce n'était pas un exploit. Juste un geste propre, utile, solide. Comme remettre un livre à sa place dans une bibliothèque.

Quand ils retournèrent au ponton, il était déjà plus vivant. Une famille s'assit, un enfant trempa ses doigts dans l'eau, un vieux monsieur regarda les reflets.

Le ponton avait l'air plus clair. Plus accueillant.

— On a fait du bien à un endroit qui n'est même pas à nous, murmura Inès.

Lino corrigea:

— Justement. C'est à tout le monde.

Chapitre 4

Deux jours plus tard, le ponton était de nouveau un peu sale. Moins qu'avant, mais assez pour que Lino le remarque tout de suite.

Il n'eut pas envie de soupirer. Il eut envie de comprendre.

Il s'assit sur le bois chaud, son carnet sur les genoux. Un carnet à spirale, avec une couverture bleue. Il nota, comme un petit enquêteur:

“Beaucoup de déchets: goûters, canettes, mégots.”

“Poubelle trop petite et trop loin.”

“Les gens restent longtemps ici.”

Inès arriva en vélo, les joues rouges.

— Tu écris un roman ?

— Non. Un plan.

Lino lui montra ses notes.

— Si on veut que ce soit propre, il faut que ce soit facile de garder propre. Les gens ne font pas tous attention. Certains sont pressés, d'autres oublient. Mais si la poubelle est pleine… ils posent à côté.

— Donc il faut une poubelle plus grande, dit Inès.

— Ou une deuxième, et un panneau qui rappelle. Pas un panneau qui crie. Un panneau qui parle calmement.

Ils observèrent les passants. Une adolescente finit sa boisson, chercha une poubelle du regard, ne vit rien de proche, puis garda la bouteille dans son sac. Un monsieur, lui, écrasa son mégot sur le bois et le laissa tomber entre les lames. Lino sentit ses oreilles chauffer.

Il se leva et s'approcha.

— Monsieur ? Excusez-moi.

Le monsieur se retourna, surpris. Il avait une casquette et des lunettes.

— Oui ?

Lino parla sans agressivité, mais avec une voix ferme.

— Votre mégot est tombé. Il peut aller dans l'eau, et c'est dangereux pour les animaux… et ça salit le ponton.

Le monsieur cligna des yeux, comme s'il revenait de loin.

— Ah. Pardon. Je… je n'ai pas fait attention.

Il se pencha, récupéra le mégot, et le mit dans un petit étui qu'il sortit de sa poche.

— Vous avez raison, dit-il. Merci de me l'avoir dit.

Quand il partit, Inès regarda Lino, bouche ouverte.

— Tu as osé !

Lino souffla.

— J'avais le cœur qui tapait très fort. Mais… il a compris.

Ils rentrèrent en discutant. Lino proposa:

— On peut écrire une lettre à la mairie, ou au service des espaces publics. Avec nos observations.

— Et on demande à Madame Roussel de relire, ajouta Inès. Elle aime bien quand les choses sont bien faites.

Le soir même, Lino écrivit. Il choisit des phrases simples, polies, précises. Il expliqua que le ponton était très utilisé l'été, que la poubelle débordait, et qu'une deuxième poubelle, plus un petit rappel sur le respect du lieu, aideraient.

En bas de la lettre, il signa: “Lino, habitant du quartier (et utilisateur du ponton)”. Inès ajouta sa signature, avec un petit dessin de feuille.

En glissant la lettre dans l'enveloppe, Lino ressentit un autre genre de fierté. Une fierté calme. Comme quand on répare quelque chose au lieu de le jeter.

Chapitre 5

La réponse ne vint pas tout de suite. Pendant ce temps, la ville continuait à briller. Les après-midis semblaient longs comme des chewing-gums, sauf que ceux-là ne collaient pas aux chaussures.

Lino et Inès décidèrent de faire un petit “rendez-vous ponton” une fois par semaine. Pas un grand événement. Juste une habitude.

Ils en parlèrent aux voisins. À Mehdi, un lapin du troisième étage qui adorait bricoler. À Zoé, une petite renarde qui promenait souvent son chien. À la boulangerie, même, où la boulangère leur donna des sacs en papier solides.

Le premier rendez-vous, ils étaient cinq. Le deuxième, huit. Certains ramassaient, d'autres triaient, Mehdi avait fabriqué une petite boîte en bois pour y déposer des mégots, avec un couvercle. Il avait écrit dessus au feutre: “Ici, on protège l'eau”.

— Ce n'est pas trop sérieux ? demanda Zoé.

Mehdi haussa les épaules.

— C'est sérieux, mais c'est joli. Et puis… ça évite que ça traîne.

Ils passèrent un bon moment. Ils parlaient de tout et de rien. Des films, des devoirs de vacances qu'on repoussait, des glaces au citron. Et, sans s'en rendre compte, ils rendaient le lieu plus agréable.

Un jour, un petit groupe de plus jeunes arriva avec des chips. Lino se raidit un peu, prêt à surveiller les miettes. Mais l'un des enfants demanda:

— Vous faites quoi ?

Inès répondit:

— On prend soin du ponton. Parce qu'il est à tout le monde.

Le plus jeune hocha la tête, sérieux comme un adulte miniature.

— On peut aider cinq minutes ?

Ils aidèrent. Cinq minutes devinrent dix. Puis ils repartirent, en emportant leurs emballages.

Lino se dit que les gestes se transmettaient comme une chanson: si quelqu'un la commence, d'autres finissent par la fredonner.

Quelques jours plus tard, en allant chercher une bouteille d'eau à l'épicerie, Lino vit une affichette sur le panneau de la résidence. Un mot de Madame Roussel:

“Merci à ceux qui prennent soin de la cour et des espaces communs. Ça change l'air qu'on respire.”

Lino relut la phrase deux fois. Il avait l'impression que l'été n'était plus seulement une saison. C'était un terrain d'apprentissage, doux et lumineux.

Chapitre 6

Un matin, en approchant du canal, Lino remarqua quelque chose de nouveau: une deuxième poubelle, fixée près de l'entrée du ponton. Elle était propre, solide, avec un autocollant “Tri”. À côté, un petit panneau en bois disait:

“Ce ponton est un endroit partagé. Merci de garder vos déchets avec vous ou de les jeter ici. Ensemble, on protège l'eau.”

Lino s'arrêta, bouche entrouverte.

Inès arriva derrière lui.

— Dis-moi que je rêve.

— Tu ne rêves pas, dit Lino. Ils ont répondu… sans lettre de réponse. Avec des actes.

Ils s'assirent sur le ponton. Le bois était tiède, agréable. L'eau sentait l'été. Un vent léger passait, comme une main fraîche sur la nuque.

Un monsieur s'approcha de la nouvelle poubelle et y jeta une canette. Une dame y déposa une peau de pêche dans le bon bac. Un enfant courut, puis revint pour ramasser un papier qui s'était envolé.

Lino se surprit à sourire longtemps. Pas un sourire énorme. Un sourire qui reste.

Il pensa à son petit creux du premier matin. À sa gêne devant le mégot. À la pince, aux sacs, aux marches sous le soleil, aux signatures sur la lettre. Ce n'était pas une aventure spectaculaire. Pas de trésor caché. Pas de dragon. Et pourtant, il avait l'impression d'avoir grandi, un peu, comme une plante qu'on arrose.

Inès lui donna un coup d'épaule.

— Alors, pragmatique, ça valait le coup ?

— Oui, répondit Lino. Parce que c'est concret. Et parce que ça donne envie de continuer.

Ils restèrent là, à écouter l'eau. Le ponton accueillait les gens comme un banc de confiance. Lino se dit qu'il y aurait d'autres petits combats tranquilles: la cour, l'escalier, le parc, peut-être même la bibliothèque.

Il se leva.

— On se revoit la semaine prochaine ?

— Évidemment, dit Inès. Et cette fois, j'apporte une pastèque.

Ils repartirent en riant. Le soleil montait, la ville brillait, et l'été semblait s'ouvrir devant eux comme une rue calme, avec de l'ombre au bout.

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Pragmatique
Qui préfère les solutions simples et utiles plutôt que les idées compliquées.
Creux
Sensation de manque à l'intérieur, souvent dans le ventre, pas forcément de faim.
Bitume
Surface noire et dure des rues et des routes, faite pour marcher ou rouler.
Tilleul
Arbre à feuilles en forme de cœur, souvent planté le long des rues.
Ponton
Plateforme en bois au bord de l'eau où l'on peut s'asseoir ou pêcher.
Clapotis
Petit bruit de l'eau qui frappe doucement, comme des petites vagues.
Méduse triste
Image pour dire qu'un sac plastique flotte dans l'eau, comme une méduse.
Débordait
Quand un récipient est tellement plein que son contenu tombe ou sort.
Couvercle
Pièce qui ferme le dessus d'un récipient pour protéger ce qu'il y a dedans.
Tri
Action de séparer les déchets selon leur matière pour les recycler.
Espaces publics
Lieux ouverts à tous, comme les parcs, rues et bancs de la ville.

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