Ce soir, Lina a trois ans, et ses yeux piquent un tout petit peu. La maison est calme. Le tapis est doux sous ses pieds. Maman baisse la lumière du salon, puis elles vont vers la chambre.
Dans la chambre, tout est tranquille. Le doudou lapin attend sur l'oreiller. La couverture a une couleur de nuage. Lina grimpe sur le lit, doucement, comme un petit chat.
« Tu veux te mettre bien, comme un petit nid ? » demande maman.
Lina hoche la tête. Elle s'assoit, puis elle se couche. Elle tourne un peu, à droite, à gauche. Elle cherche sa place. Elle prend son doudou contre son cœur. Elle pose sa tête sur l'oreiller. Elle plie ses jambes un peu, comme une petite grenouille. Là , c'est mieux.
« On écoute le corps, » dit maman tout bas. « Quand le corps dit “oui”, on reste. »
Lina chuchote : « Mon corps dit oui. »
Maman sourit. « Alors on respire. La respiration, c'est comme une vague. Elle vient… et elle repart. »
Lina met une main sur son ventre. Maman pose sa main près de la sienne, sans appuyer, juste pour montrer.
« On gonfle le ventre comme un petit ballon, » dit maman. « On inspire… un… deux… Et on souffle doucement, comme pour faire bouger une plume. »
Lina essaie. Son ventre monte un peu. Puis il descend.
« Encore, » murmure maman. « Inspire… et souffle. »
Lina souffle plus lentement. Elle aime ce souffle qui fait “fouuu”. Elle imagine une plume blanche qui danse dans l'air, très doucement, et qui se pose sans bruit.
Dans la chambre, il y a des bruits gentils. Le petit tic-tac de l'horloge. Un léger “chhh” du chauffage. Au loin, un chat du voisin marche sur le sol, pas après pas. Rien ne presse.
« Regarde, » dit maman, « tes épaules peuvent se reposer. » Elle parle lentement. « Tes mains peuvent se reposer. Tes pieds aussi. »
Lina fait comme un jeu. Elle relâche ses mains. Elle laisse ses pieds lourds, lourds comme deux petits cailloux chauds au soleil. Elle sent la couverture sur ses jambes. Elle sent le doudou contre sa joue.
« Inspire… » dit maman. « Et souffle… »
Lina répète. Inspire… souffle… Inspire… souffle… Chaque souffle est une caresse. Chaque souffle est un “tout va bien”.
Lina chuchote : « J'ai peur du noir un peu. »
Maman répond tout de suite, avec une voix douce : « Je suis là . Et la veilleuse est là aussi. Le noir, c'est juste la nuit qui se repose. »
Maman allume la veilleuse. Une petite lumière dorée apparaît, comme une étoile dans un coin de la chambre. Elle ne pique pas les yeux. Elle fait un rond doux sur le mur.
« La veilleuse garde une petite lumière, » dit maman. « Juste ce qu'il faut. »
Lina regarde le rond de lumière. Il ressemble à une lune en miel. Ses paupières deviennent lourdes.
« Encore trois vagues, » propose maman. « Inspire… une vague… Souffle… elle repart. »
Lina fait la première vague. Puis la deuxième. Puis la troisième. Son souffle devient petit, calme, régulier. Son corps est un nid. Son lit est un bateau immobile. La nuit est une couverture douce.
Maman remet une mèche de cheveux derrière l'oreille de Lina. « Bonne nuit, mon cœur. Je suis juste à côté. »
Lina ne répond plus. Elle serre son doudou. La veilleuse brille doucement, apaisée, comme si elle aussi respirait. Dans la chambre, tout est bien. Et Lina s'endort, tranquillement.