Chargement en cours...
Histoire de voyage dans le temps 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Pico et la porte du temps au laboratoire des minutes

Pico, un raton laveur curieux, découvre une porte temporelle vers le Laboratoire d’Histoire Expérimentale et, aidé par Lila et la Professeure Tempo, part récupérer des objets perdus entre passé et présent en apprenant à agir avec patience pour éviter les paradoxes.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Pico, un raton laveur malicieux au visage tacheté, accroupi sur un vieux pont en bois, retire délicatement un petit autocollant argenté en forme d’éclair; Lila, une loutre en blouse blanche, veille à un pas, prête à intervenir; un blaireau ouvrier répare la rambarde en arrière-plan à gauche, et une pie curieuse est perchée à droite; rivière bordée de saules et village flou au loin, crépuscule doré, étincelles autour de l’autocollant, atmosphère de suspense doux et de coopération. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La porte qui n'attend pas

Pico le raton laveur avait des pattes rapides, mais un cœur patient. Dans sa cabane au bord du Canal des Nénuphars, il collectionnait des objets étranges: un bouton de boussole, un ressort de réveil, une bille qui brillait dans le noir. Il les rangeait dans des boîtes, étiquetées avec une écriture soignée.

Ce matin-là, il essayait de recoller une petite horloge cassée. L'aiguille des minutes pendait comme une moustache triste.

— Doucement, Pico, se murmura-t-il. Si tu te presses, tu vas tout abîmer.

Au moment où il soufflait sur la colle, la bille phosphorescente se mit à vibrer. Elle roulait toute seule sur la table, comme si elle cherchait une place précise. Puis elle s'arrêta net… sur le dessin d'une porte, griffonné au crayon sur un vieux papier.

Le papier se froissa, se redressa, et… la porte dessinée devint une vraie porte, haute comme une armoire. Son contour scintillait en spirales, un peu comme la mousse quand la rivière se met à tourner.

Pico recula, la queue hérissée.

— Euh… je n'ai commandé aucune porte, moi.

Sur le bois, une plaque en métal apparut, gravée de lettres minuscules:

LABORATOIRE D'HISTOIRE EXPÉRIMENTALE — ENTRÉE TEMPORAIRE.

La poignée cliqueta, toute seule.

Pico avala sa salive. Il pensa à sa grand-mère, qui disait toujours: «Quand tu ne comprends pas, observe d'abord. Puis seulement, agis.»

Alors il observa. La porte sentait le papier neuf et l'orage. Elle faisait un petit bruit de montre, tic-tic, comme un cœur mécanique. Et surtout… elle attendait.

— Bon, dit Pico en prenant une grande inspiration. Je vais juste regarder. Juste.

Il posa une patte sur la poignée. La porte s'ouvrit sur un couloir lumineux, tout blanc, avec des flèches colorées au sol: BLEU, VERT, ORANGE. Au plafond, des lampes rondes flottaient comme des bulles.

Pico passa la tête. Le couloir avait un parfum de citron et de métal. Rien de dangereux, rien qui fasse peur. Juste… incroyablement étrange.

Il entra. La porte se referma doucement derrière lui, comme un livre qui se ferme tout seul.

— Eh oh? lança-t-il. Il y a quelqu'un?

Une voix joyeuse répondit, amplifiée par un haut-parleur invisible:

— Bienvenue, visiteur! Merci de ne pas courir dans les siècles.

Pico cligna des yeux.

— Les… siècles?

Une autre flèche apparut au sol, pile devant ses pattes, et s'alluma en orange, comme si le couloir lui faisait signe: «Par ici.»

Pico soupira.

— D'accord. Mais je marche. Tranquillement.

Chapitre 2 — Le laboratoire des minutes

Le couloir déboucha sur une immense salle circulaire. Les murs étaient couverts d'étagères remplies de bocaux… non pas de confiture, mais de souvenirs: un flocon de neige dans une fiole, un éclat de lave refroidie, une plume qui semblait dater d'un autre monde.

Au centre trônait une machine. Elle ressemblait à un kiosque de fête foraine, mais plus sérieux. Un grand anneau tournait lentement, gravé de dates et de petits dessins: une comète, un volcan, une cabane, une ville.

Autour, s'activaient des animaux en blouses. Une chouette prenait des notes avec une plume-tige. Un castor réglait une manivelle. Deux souris portaient une caisse marquée: NE PAS SECOUER: ÉPOQUE FRAGILE.

Une loutre aux yeux pétillants s'approcha de Pico en glissant comme sur un toboggan.

— Salut! Moi, c'est Lila. Assistante de chronologie et championne de ricochets. Et toi?

— Pico. Raton laveur. Je… je crois que je me suis trompé de porte.

Lila rit.

— On entend souvent ça. Tu es dans le Laboratoire d'Histoire Expérimentale. Ici, on étudie le temps comme on étudie une rivière: avec des règles, des balises… et un peu d'audace.

Pico pointa la machine.

— Ça sert à… voyager?

— Exactement! Mais attention, dit Lila en levant un doigt. Les voyages sont courts, encadrés, et surtout: on ne modifie pas les grands événements.

Une tortue arriva, lente et majestueuse, avec une blouse trop grande et des lunettes rondes posées sur le bout du museau. Elle tenait un tampon encreur.

— Je suis Professeure Tempo, annonça-t-elle. Directrice des expéditions temporelles. Qui a ouvert une porte domestique sans autorisation?

Pico leva timidement la patte.

— Moi… enfin… la porte est venue chez moi.

La tortue soupira, mais ses yeux restèrent doux.

— Le temps a parfois de l'humour. Très bien, visiteur Pico. Puisque tu es là, tu vas nous aider. Nous manquons d'un… témoin patient.

— Patient? répéta Pico, surpris.

— Oui. Les paradoxes adorent les gens pressés. Les patients, eux, les repèrent avant qu'ils ne mordent.

Lila se pencha vers Pico.

— En gros: si tu fonces, tu déclenches des bêtises. Si tu observes et tu réfléchis, tu évites les catastrophes. Facile, non?

Pico haussa les épaules.

— Ça me ressemble.

La Professeure Tempo tapa deux fois sur le sol avec un petit marteau en bois.

— Règles temporelles, claires comme de l'eau: un, tu ne touches pas ce qui est marqué «fragile». Deux, tu ne prends rien dans le passé. Trois, tu ne laisses rien dans le passé. Quatre, tu suis toujours la balise lumineuse de retour.

— Et si je me gratte le nez? demanda Pico.

Lila éclata de rire.

— Ça, c'est autorisé.

La tortue lui tendit un badge: VISITEUR — DURÉE LIMITÉE.

— Première mission, déclara-t-elle. Une anomalie. Un petit objet du présent se balade dans le passé. Nous devons le retrouver avant qu'il ne déclenche un paradoxe… malicieux.

— Quel objet? demanda Pico.

La tortue brandit une photo: un autocollant brillant, en forme d'éclair, avec des paillettes argentées.

— Ça, dit-elle. Un autocollant souvenir du laboratoire. Il a disparu hier, et nos capteurs le détectent… en l'an 1240, près du Pont des Saules.

Pico ouvrit de grands yeux.

— Un autocollant… dans le passé?

— Les paradoxes aiment les choses collantes, répondit Lila, très sérieuse. Tu es prêt?

Pico sentit une bouffée d'excitation… et une petite inquiétude, comme avant de plonger dans une eau froide.

— Je suis prêt à marcher lentement, dit-il. Très lentement.

La Professeure Tempo hocha la tête, satisfaite.

— Parfait. On n'a pas besoin de vitesse. On a besoin de justesse.

Chapitre 3 — Le Pont des Saules, année 1240

Pico entra dans l'anneau de la machine avec Lila. Autour d'eux, des lignes de lumière s'entortillèrent comme des rubans. L'air devint doux, puis piquant, comme si on changeait de saison en une seconde.

— Regarde la balise! rappela Lila.

Un petit point lumineux bleu flottait à hauteur de museau, comme une luciole disciplinée.

— Je la vois, dit Pico.

La machine fit un «plop» discret, pas plus fort qu'une bulle qui éclate. Et soudain, ils étaient dehors.

Le ciel avait une couleur lavée, comme un vieux drap au soleil. Devant eux coulait une rivière claire. Un pont en bois, épais et grinçant, passait au-dessus. De grands saules trempaient leurs branches dans l'eau, comme s'ils peignaient la surface.

Au loin, un village d'animaux: des toits de chaume, des chemins de terre, des paniers d'osier. Tout semblait plus simple, plus lent. Même le vent avait l'air de prendre son temps.

— 1240, chuchota Lila. Ici, pas d'électricité, pas de badges, pas de machines. On observe, on respire, et on reste discrets.

Pico huma l'air. Ça sentait le bois humide et la soupe de légumes.

— C'est… joli.

— Et dangereux pour nos règles, ajouta Lila. Un autocollant du futur ici, c'est comme un feu d'artifice dans une bibliothèque.

Ils avancèrent. Sur le pont, un jeune blaireau transportait des planches. Il marmonnait, le museau froncé.

— Le pont va céder, grogna-t-il. On n'a pas le temps d'attendre que le goudron sèche.

Pico s'arrêta.

— Le goudron?

Lila lui souffla:

— Ils utilisent de la résine. C'est long à sécher. Patience obligatoire.

Le blaireau posa une planche, mais elle glissa. Il jura tout bas. Puis Pico aperçut quelque chose de brillant, collé sur une poutre du pont: une petite étincelle argentée.

Son cœur fit un bond.

— L'autocollant!

Lila plissa les yeux.

— Oui… et il est collé exactement là où la résine doit tenir. Si on l'arrache, on risque d'abîmer la poutre. Si on le laisse, il va attirer l'attention. Et s'ils le prennent pour un signe magique… bonjour les histoires.

Pico sentit l'envie de foncer, d'attraper, de régler le problème tout de suite. Ses pattes le chatouillaient.

Mais il se rappela la tortue: «On n'a pas besoin de vitesse. On a besoin de justesse.»

Il inspira.

— On va attendre le bon moment, dit-il.

— Tu penses à quoi? demanda Lila.

Pico observa le travail du blaireau. Il posait la résine, puis appuyait une planche. Il comptait à voix haute.

— Un… deux… trois… quatre…

À cinq, il relâchait. Trop tôt. La planche glissait.

Pico s'approcha du blaireau avec prudence.

— Bonjour, dit-il d'une voix amicale. Je peux… aider?

Le blaireau le dévisagea.

— Tu as l'air propre pour quelqu'un du coin.

Pico toussota.

— Je… je suis en visite. J'ai l'habitude de réparer des trucs. Si tu veux, je peux tenir la planche plus longtemps. Juste le temps que ça accroche.

Le blaireau hésita, puis soupira.

— D'accord. Mais si tu la lâches, je te fais porter les planches toute la semaine.

— Marché conclu, dit Pico.

Ils recommencèrent. Cette fois, Pico appuya de toutes ses forces, sans bouger. Le temps s'étira. Ses pattes tremblaient un peu.

— Un… deux… trois… quatre… cinq… six… sept…

Le blaireau le regarda, surpris.

— Tu… tu tiens.

— Je tiens, répondit Pico entre ses dents. C'est… le principe.

À dix, la planche ne bougea plus. Le blaireau cligna des yeux.

— Eh bien… ça colle.

Lila, un peu en retrait, souriait. Le point bleu de la balise flottait sagement près d'eux.

Quand le blaireau se détourna pour chercher une autre planche, Pico fit signe à Lila.

— Maintenant, chuchota-t-il. La résine est prise. L'autocollant est sur la poutre, pas dans la colle fraîche.

Lila sortit un petit outil plat, comme une spatule.

— Retrait délicat en trois, deux…

Pico retint sa respiration. Lila glissa l'outil sous l'autocollant, tout doucement. La paillette argentée frissonna, mais ne se déchira pas. En quelques secondes, l'autocollant se décolla, sans bruit.

Pico se sentit soudain très fier… comme s'il avait réussi à écouter un secret.

— Mission presque accomplie, souffla Lila.

Mais au même moment, une pie se posa sur la rambarde du pont. Elle pencha la tête, l'œil brillant.

— Oh! Qu'est-ce que c'était? Ça brillait! J'aime ce qui brille!

Pico et Lila se figèrent.

La pie sauta sur la poutre, fouilla du regard.

— Où est passé mon miracle?

— Ton… quoi? demanda le blaireau en revenant, intrigué.

Lila glissa l'autocollant dans une petite boîte opaque.

— Rien! dit Pico trop vite. Euh… c'était… une goutte de rosée.

La pie plissa les yeux.

— La rosée ne fait pas «paillettes argentées».

Pico sentit le paradoxe leur tirer la manche, comme un enfant capricieux.

Il eut une idée.

— Madame la pie, dit-il avec une politesse exagérée, si vous aimez ce qui brille, regardez donc la rivière. Le soleil arrive derrière les nuages. Ça va faire mille éclats, et ceux-là, personne ne peut les voler.

La pie hésita, l'œil gourmand.

— Mille?

— Peut-être même deux mille, ajouta Pico.

La pie poussa un petit «krr-krr» ravi.

— Deux mille, c'est mieux.

Elle s'envola vers la rivière, et le blaireau retourna à ses planches, déjà absorbé.

Lila souffla, soulagée.

— Bien joué. Détourner l'attention sans mentir trop gros. C'est une compétence temporelle.

Pico sourit.

— Et c'est plus simple quand on prend une seconde pour réfléchir.

Ils reculèrent vers un buisson, le temps de s'éloigner du pont.

Mais la balise bleue clignota, puis passa au vert.

— Oh, dit Lila. Ce n'est pas prévu.

— Qu'est-ce que ça veut dire? demanda Pico.

— Vert… c'est «déviation détectée». Le temps a… encore de l'humour.

Chapitre 4 — La trace du futur

La balise verte se mit à avancer toute seule, comme si elle tirait une ficelle invisible. Pico et Lila la suivirent sur un sentier bordé de pierres. Chaque pas semblait faire craquer le passé, comme un vieux parquet.

Ils arrivèrent près d'une grange. À l'intérieur, des moutons triaient de la laine. Tout était calme… sauf un détail.

Sur une étagère, parmi des outils en bois, reposait un objet totalement impossible ici: une petite montre digitale, éteinte, avec un bracelet en plastique bleu.

Pico écarquilla les yeux.

— On a dit: rien ne doit rester dans le passé.

Lila se mordit la lèvre.

— Et personne n'a le droit d'amener ça ici. Donc… soit quelqu'un a triché, soit la montre a été aspirée comme toi… par une porte capricieuse.

La montre portait une rayure sur l'écran. Pico reconnut cette marque.

— C'est la mienne, souffla-t-il. Elle était dans ma boîte, chez moi.

— Le temps t'a donc pris deux objets, dit Lila. Et il en a semé un ici.

Une brebis âgée s'approcha, l'air méfiant.

— Vous cherchez quelque chose? demanda-t-elle.

Pico sourit, doux.

— Oui, madame. Je crois que… cet objet n'est pas à vous.

La brebis regarda la montre.

— Ah, la petite fenêtre noire? Je l'ai trouvée ce matin. Je voulais la donner au forgeron. Peut-être que ça chasse les mites.

Lila toussota, gênée.

— Ça… ne chasse pas grand-chose.

Pico sentit la panique vouloir s'installer. S'ils reprenaient la montre en douce, ce serait suspect. S'ils la laissaient, ce serait une graine de futur plantée dans le passé.

Il se rappela une autre phrase de sa grand-mère: «La patience, ce n'est pas attendre sans rien faire. C'est choisir le bon moment pour faire la bonne chose.»

Il posa la montre sur sa patte, la regarda comme un petit animal endormi.

— Madame, dit-il, j'ai un échange à proposer. Cette fenêtre noire est fragile. Mais j'ai… ça.

Il fouilla dans sa poche et sortit un objet parfaitement banal pour 1240: un petit peigne en bois, qu'il avait pris le matin même pour se recoiffer. Rien de futuriste. Rien de dangereux.

— Un peigne! s'étonna la brebis. Oh, ça, c'est utile.

— Et celui-ci ne chasse pas les mites, admit Pico, mais il met de l'ordre dans la laine.

La brebis sourit, flattée.

— Marché conclu.

Lila glissa la montre dans la boîte opaque, avec l'autocollant.

La balise verte redevint bleue.

— Ça s'est stabilisé, dit Lila. Pico… tu viens de réparer une petite fuite temporelle sans créer de drame.

Pico se sentit plus léger.

— J'ai juste… pris le temps.

Ils sortirent de la grange. Le ciel avait changé: des nuages épais arrivaient, et le vent faisait danser les branches des saules.

La balise bleue vibra une dernière fois, puis projeta un mince fil lumineux jusqu'à un endroit précis, derrière le pont.

Lila fronça les sourcils.

— Le portail de retour n'est pas au point d'arrivée. Quelqu'un ou quelque chose a déplacé la sortie.

— Le temps… fait la blague jusqu'au bout, dit Pico.

— Oui, mais ce n'est pas méchant. Juste… têtu.

Ils contournèrent le pont, longeant l'eau. Pico remarqua des empreintes fraîches dans la boue: petites, rapides, en zigzag.

— On dirait des pas de souris, observa-t-il.

Lila se pencha.

— Pas n'importe quelles souris. Regarde: elles ont traîné quelque chose.

Sur le sol, une trace fine, comme une ligne dessinée au bâton.

Au bout du chemin, ils trouvèrent une cage à oiseaux renversée, vide. Et, coincée entre deux pierres, une petite plaque métallique du laboratoire, tombée là comme une carte de visite:

SORTIE — SUIVRE LA BALISE.

— Ah, dit Lila. Voilà notre coupable: des souris curieuses ont ramassé la plaque. Elle a dû interférer avec la balise.

Pico regarda la plaque, puis la rivière, puis le pont où le blaireau travaillait avec application.

— Si les souris ont déplacé la sortie, elles ont peut-être aussi déplacé la porte.

— Exact. Et si la porte reste ici, d'autres objets pourraient passer… ou des animaux pourraient entrer et se perdre.

Pico serra les dents.

— Alors on récupère la plaque, on remet la sortie au bon endroit, et on rentre.

Lila hocha la tête.

— Mais doucement. Les souris vont vite, et elles adorent les courses-poursuites. Si on court, elles courront plus.

Pico sourit.

— Parfait. Je ne suis pas venu pour courir.

Chapitre 5 — Le paradoxe des souris pressées

Ils suivirent les traces jusqu'à un petit talus couvert de racines. Là, une troupe de souris s'affairait autour d'un objet brillant: la plaque du laboratoire, posée comme un trophée.

— C'est notre panneau magique! couina l'une.

— Ça dit «SORTIE», donc ça doit être une sortie de fromage! ajouta une autre.

Une troisième, plus petite, portait la plaque sur son dos comme une carapace.

— Je vais la mettre dans notre réserve!

Lila chuchota:

— Si elles l'emportent, la sortie va continuer à bouger. Et on va courir après elle jusqu'à… qui sait où.

Pico s'avança sans se cacher, les pattes ouvertes, l'air calme.

— Bonjour, les amies.

Les souris sursautèrent, puis le regardèrent avec méfiance.

— Tu veux notre panneau? demanda la petite souris-carapace.

— Je veux surtout éviter que vous vous fassiez gronder par… euh… le Grand Fromage du Ciel, répondit Pico avec un sérieux comique.

Les souris se regardèrent.

— Le Grand Fromage? souffla l'une, impressionnée.

Pico continua, posément:

— Ce panneau ne mène pas au fromage. Il mène… à un endroit où on peut se perdre, comme dans un labyrinthe de pierres. Ce serait dommage pour des souris aussi malignes.

— On est très malignes! protesta une.

— Justement. Les très malignes savent quand il faut attendre avant de toucher un truc.

La petite souris-carapace leva le museau.

— Attendre, c'est nul.

Pico s'accroupit pour être à leur hauteur.

— Attendre, c'est comme laisser reposer une pâte. Si tu la cuis trop tôt, tu manges un caillou. Si tu attends, tu manges un gâteau.

Un silence. On entendit l'eau couler, et un «crac» du pont au loin.

— Un gâteau… répéta une souris, rêveuse.

Lila sortit discrètement de sa poche un petit sachet de graines croustillantes du laboratoire, prévues pour les missions longues.

— On peut faire un échange, proposa-t-elle. Ce panneau contre… des graines sucrées.

Les moustaches frémirent.

— Sucrées? fit la troupe en chœur.

La petite souris-carapace hésita. On voyait dans ses yeux l'envie de garder le trophée… et la curiosité pour les graines.

Pico ne la pressa pas. Il attendit, en silence, comme une pierre chaude.

Après quelques secondes qui parurent longues, la petite souris soupira.

— D'accord. Mais je veux être la première à goûter.

— C'est toi la cheffe aujourd'hui, approuva Pico.

La souris posa la plaque. Lila la récupéra aussitôt, et donna les graines. Les souris croquèrent, ravies.

— C'est une sortie de… bonheur! couina l'une.

— Exactement, dit Pico.

La balise bleue clignota fort. Un cercle de lumière apparut au pied du talus, fin comme un halo de lune.

— Le portail! s'écria Lila. Vite— enfin, non. Pas vite. Maintenant, mais calmement.

Pico prit la boîte opaque: autocollant et montre en sécurité. Puis il regarda les souris.

— Merci, dit-il. Et souvenez-vous: si quelque chose brille trop, ce n'est pas forcément un trésor. Parfois, c'est juste… un problème déguisé.

La petite souris-carapace haussa les épaules.

— Moi, j'aime bien les problèmes. Mais j'aime encore plus les graines.

Pico et Lila entrèrent dans le cercle. La lumière les enveloppa comme une couverture tiède.

Et le monde fit encore «plop».

Chapitre 6 — Retour au présent, et l'autocollant souvenir

Ils réapparurent dans la grande salle circulaire du laboratoire. Les étagères de souvenirs étaient exactement à leur place. Les lampes-bulles flottaient tranquillement.

La Professeure Tempo les attendait, le marteau en bois à la patte.

— Rapport, dit-elle.

Lila salua.

— Autocollant récupéré. Une montre du présent retrouvée dans le passé et ramenée. Sortie déplacée par des souris curieuses, stabilisée par échange non agressif.

La tortue regarda Pico par-dessus ses lunettes.

— Et la règle la plus importante?

Pico répondit sans hésiter:

— On ne se précipite pas. On observe, on pense, puis on agit au bon moment.

La tortue hocha la tête, satisfaite.

— Le temps aime ceux qui respectent son rythme. Tiens, Pico. Ton souvenir.

Elle ouvrit la boîte opaque et en sortit l'autocollant en forme d'éclair. Il scintillait, propre, comme s'il venait d'être fabriqué.

— Je… je le colle où? demanda Pico.

Lila sourit.

— Tradition du labo: sur un objet du présent, pour se rappeler que tout voyage se termine ici.

Pico sortit sa vieille horloge cassée, qu'il avait, sans trop savoir comment, encore dans sa poche. L'aiguille des minutes pendait toujours.

— Parfait, dit-il. Je le collerai sur l'arrière. Comme ça, quand je la réparerai… je me souviendrai d'être patient.

Il colla l'autocollant. Il adhéra d'un coup, avec un petit «tchik» satisfaisant.

La Professeure Tempo s'approcha de la porte scintillante, qui était revenue près d'un mur.

— La porte domestique va te ramener chez toi, dit-elle. Elle ne s'ouvrira plus sans invitation officielle. Le temps a compris la leçon… pour l'instant.

Pico se gratta le nez.

— Et si le temps refait une blague?

Lila haussa les épaules.

— Alors on la prendra… avec patience.

Pico rit. Puis il franchit la porte.

Il se retrouva dans sa cabane, exactement devant sa table. Le soleil était au même endroit qu'au début, comme si rien n'avait bougé. Sauf lui.

L'horloge cassée était là, et l'autocollant brillant sur l'arrière semblait cligner de l'œil.

Pico s'assit, posa calmement la colle, reprit l'aiguille des minutes entre deux griffes.

— D'accord, murmura-t-il. Cette fois… je ne me presse pas.

Et dans le silence de la cabane, on aurait juré entendre, très loin, un petit «tic-tic» content, comme si le présent lui-même approuvait.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Phosphorescente
Qui brille doucement dans l'obscurité, comme une lumière qui reste après l'avoir allumée.
Expérimentale
Qui sert à essayer quelque chose de nouveau pour apprendre comment ça marche.
Chronologie
Ordre dans lequel les événements se passent, du plus ancien au plus récent.
Anomalie
Quelque chose d'inhabituel ou qui ne devrait pas être là.
Paradoxe
Situation qui semble contradictoire ou illogique, difficile à comprendre.
Balise
Petit signe ou lumière qui indique un chemin ou une direction à suivre.
Manivelle
Poignée que l'on tourne pour faire fonctionner une machine.
Résine
Substance collante, souvent sortie d'un arbre, qui durcit en séchant.
Stabilisé
Rendu plus stable, arrêté de bouger ou de changer brusquement.
Autocollant
Petit dessin ou étiquette avec de la colle au dos, qu'on colle sur un objet.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.