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Histoire loufoque et absurde 11 à 12 ans Lecture 17 min.

Zigoto et la rue en zigzag

Zigoto, un petit désordonné, découvre son placard retourné et part dans la mystérieuse Rue en Zigzag pour retrouver le Nœud du Zigzag et réparer le désordre, rencontrant en chemin des objets bavards et des leçons inattendues.

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Zigoto, petit être mi-gnome mi-monstre gentil à la silhouette souple, queue en spirale, deux petites cornes et pelage miel tacheté de bleu, pose une patte sur un placard renversé en chuchotant un minuscule «merci» tandis que le meuble se redresse lentement; à gauche, l’escargot gardien humanisé en gilet rayé, sérieux mais malicieux, est assis sur le bord d’une fontaine à bulles, et derrière, une pie à lunettes au plumage noir tient un petit «merci» en papier depuis un stand de marché; la scène se déroule dans une rue en zigzag colorée aux pavés tordus et lampadaires penchés, stands de chapeaux et objets animés, lumière douce de fin d’après-midi, bulles montant vers le ciel, atmosphère absurde et tendre centrée sur le contact entre la patte de Zigoto et le bois du placard. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le petit-déjeuner à l'envers

Dans sa tanière, au fond d'un vieux marronnier creux, Zigoto se préparait un petit-déjeuner très sérieux. Enfin… « sérieux » comme Zigoto, c'est-à-dire avec des chaussettes au plafond, des miettes dans les poches, et une collection de cuillères rangées par couleur de bruit.

Zigoto avait une silhouette souple, une queue qui se tortillait quand il réfléchissait (donc tout le temps), et deux petites cornes polies comme des galets. Il était connu dans le quartier des arbres pour une chose: être désordonné à un point presque artistique.

Ce matin-là, il ouvrit son placard… et recula d'un pas.

Le placard était à l'envers.

Pas « en bazar », non. À l'envers, vraiment. Les étagères étaient au plafond, et les pots de confiture tenaient en équilibre au-dessus de sa tête comme s'ils avaient décidé de faire du trapèze.

Zigoto cligna des yeux.

— Heu… c'est nouveau, ça.

Un pot étiqueté « Confiture de prunes qui chatouillent » lui répondit en éternuant.

— Atchoum! Pardon, je suis sensible aux surprises.

Zigoto se gratta l'oreille avec une fourchette.

— Qui a retourné mon placard? Et surtout… pourquoi mes bols ne sont pas tombés?

Le bol du haut fit une petite révérence.

— La gravité a pris sa matinée. Elle m'a laissé un mot.

Un petit papier pendait, accroché à une pince à linge. Zigoto le lut à voix haute:

« Bonjour. Aujourd'hui, tout ce qui est droit sera un peu zigzag. Merci de ne pas paniquer. Signé: La Rue. »

— La Rue? répéta Zigoto. Quelle rue signe des lettres?

Le pot de confiture toussa encore.

— Une rue très polie, sûrement.

Zigoto, lui, n'était pas poli au réveil. Mais il était curieux comme une moustache au vent.

Il attrapa son sac (qui était vide mais très fier de l'être), enfila son chapeau (qui n'allait avec rien, donc avec tout), et sortit.

Dehors, un chemin qu'il n'avait jamais vu serpentait entre les arbres, dessinant des angles bizarres. Un chemin en zigzag, comme si quelqu'un avait essayé de tracer une ligne droite… en éternuant.

Zigoto avala sa salive.

— D'accord. On dirait que mon placard a invité une rue à la maison.

Et il posa une patte dessus.

Chapitre 2 — Bienvenue dans la Rue en Zigzag

Dès que Zigoto entra sur le chemin, son ventre fit un petit « oup! » discret, comme quand on descend un escalier trop vite. Les pierres sous ses pattes n'étaient pas plates: elles étaient inclinées, puis inclinées autrement, puis carrément vexées d'être marchées.

La rue ressemblait à une rue normale… mais elle avait manifestement de l'humour.

Les lampadaires penchaient pour chuchoter entre eux. Les boîtes aux lettres avaient des sourires dessinés. Et les pavés, eux, avaient l'air de jouer à « qui sera le plus tordu ».

— Hé! lança Zigoto, un peu fort.

Une flèche sur un panneau se retourna toute seule, comme une girouette vexée, et indiqua une direction impossible: « Par là, mais aussi par là. »

— Merci, c'est clair, marmonna Zigoto.

Au bout de trois zigzags, il arriva devant une fontaine. L'eau ne coulait pas vers le bas: elle montait en bulles, comme si elle cherchait le ciel pour lui raconter une blague.

Assis sur le rebord, un escargot portait un gilet rayé et un petit sifflet.

— Halte! annonça l'escargot avec l'air important d'un gardien de château. Tu entres dans la Rue en Zigzag. Ici, on avance… de travers.

— Je me demandais, répondit Zigoto. Euh… pourquoi mon placard est à l'envers?

L'escargot consulta un carnet minuscule.

— Ah! Dossier « Placard retourné ». Oui, oui. Classé entre « Chaussures qui miaulent » et « Parapluie qui rougit ». Normal.

— Normal?

— Normalement anormal, précisa l'escargot. Ici, les choses se déplacent quand elles s'ennuient. Ton placard s'ennuyait.

Zigoto se frotta le menton.

— Je comprends. Enfin, je comprends que je ne comprends pas.

L'escargot pointa son sifflet vers la rue.

— Pour remettre le placard à l'endroit, il faut trouver le Nœud du Zigzag. C'est le coin où la Rue se plie trop et fait une boucle sur elle-même.

— Et c'est loin?

— Ça dépend de ton sens de l'équilibre… et de ta capacité à ne pas marcher droit.

Zigoto regarda ses pattes. Il marchait déjà rarement droit: il s'arrêtait pour ramasser des trucs, faire demi-tour, puis repartir en oubliant pourquoi.

— Alors ça devrait aller.

Il avança. La Rue fit un petit bruit de contentement, comme une feuille qu'on froisse doucement.

Chapitre 3 — Le marché des objets mal rangés

Un peu plus loin, la Rue s'élargit et se transforma en marché. Pas un marché de carottes et de choux — non, un marché d'objets perdus, trouvés, re-perdus, et retrouvés dans une autre poche.

Des stands grinçaient gentiment. Des paniers débordaient de boutons qui racontaient leur vie. Une pile de chapeaux discutait météo.

Zigoto était au paradis du désordre.

— Oh! s'écria-t-il. Des choses sans place… comme chez moi!

Un tas de chaussons sautillait.

— On cherche notre pied! On cherche notre pied!

Un réveil, posé sur une caisse, sonnait à l'envers: au lieu de « dring », il faisait « gnirD ».

— Ça, c'est vraiment mauvais signe, commenta Zigoto.

Une pancarte indiquait: « BUREAU DES MERCIS PERDUS ». Sous la pancarte, une petite cabane avec une fenêtre. Derrière la vitre, une pie à lunettes triait des mots comme des perles.

Zigoto approcha.

— Bonjour… euh… vous vendez des mercis?

La pie leva le bec, très professionnelle.

— On ne vend pas. On récupère. Les mercis tombent souvent des bouches trop pressées. On les ramasse avant qu'ils ne deviennent des grognements.

Zigoto se sentit un peu visé, comme si la pancarte venait de le regarder.

— Je… je crois que j'en ai perdu quelques-uns, avoua-t-il.

La pie sortit un tiroir. À l'intérieur, des petits « merci » en papier, pliés comme des avions.

— Donne-moi un souvenir de gentillesse et je te rends un merci tout neuf.

Zigoto fouilla dans son sac vide. Il en sortit… une plume, une bille, et un biscuit dur comme un caillou.

— Je n'ai que ça.

La pie plissa les yeux.

— Le biscuit est triste. La bille est jalouse. La plume… ah! La plume a déjà chatouillé quelqu'un pour le faire rire, non?

Zigoto hocha la tête.

— Oui. Une fois, j'ai fait rire un hérisson. Il avait un fou rire, il roulait comme une boule.

La pie sourit.

— Parfait.

Elle lui tendit un « merci » minuscule, brillant, presque musical.

— Celui-là, ne le crie pas. La Rue préfère les mercis chuchotés.

Zigoto prit le « merci » et le glissa dans sa poche, où il se mit à vibrer doucement, comme un secret impatient.

— D'accord… je chuchoterai.

Au moment où il se retourna, une pile de casseroles se mit à applaudir.

— Bravo! Bravo! Il a un merci!

Zigoto sursauta.

— Chut! Je n'ai rien fait!

— Justement, répondit une casserole. Ici, quand on fait un petit effort, ça compte grand.

Zigoto reprit sa route, un peu plus léger, même si son désordre le suivait comme une ombre qui aurait oublié sa forme.

Chapitre 4 — Le coin qui se plie trop

La Rue en Zigzag devint plus… zigzag encore. Les angles se multipliaient, comme si la Rue essayait de dessiner un éclair, puis un autre, puis une lettre qu'elle seule connaissait.

Zigoto commença à se sentir comme une crêpe qu'on replie.

— Si ça continue, je vais finir en nœud papillon, souffla-t-il.

Une brise passa, parfumée au caramel. Elle portait une voix douce:

— Tu y es presque.

Zigoto regarda autour de lui.

— Qui parle?

Un banc, tout tordu, remua ses lattes.

— Moi. Je suis le Banc qui n'est jamais à sa place. J'écoute la Rue, c'est mon hobby.

Zigoto s'assit… et glissa aussitôt sur le côté, parce que le banc penchait comme un sourire trop large.

— Aïe. Bon. Le Nœud du Zigzag, c'est où?

Le banc indiqua un tournant si serré qu'on aurait dit une boucle de lacet.

— Là. Mais attention: quand tu passes, la Rue te teste.

— Elle me teste comment?

— Elle te propose de ranger ce que tu es, répondit le banc, très sérieux. Et ça, c'est toujours compliqué.

Zigoto avala une bouffée d'air. Il était désordonné, oui. Pas méchant, pas dangereux. Juste… en vrac. Son vrac à lui.

— Je peux essayer, dit-il. Mais je préviens: mes idées se baladent sans laisse.

Il s'approcha de la boucle. Les pavés se resserrèrent, puis s'écartèrent, comme une bouche qui s'apprête à parler.

Une voix — pas celle du vent, pas celle du banc — sortit directement de la Rue:

— Zigoto.

Zigoto sursauta.

— Oui?

— Tu as laissé ton placard se retourner parce que tu laisses tout se retourner en toi. Tes objets ne savent plus où dormir.

Zigoto rougit sous ses poils.

— Je… j'ai essayé de ranger. Une fois. J'ai perdu le rangement.

— Ici, continua la Rue, on ne demande pas la perfection. On demande un geste.

Zigoto sentit le petit « merci » vibrer dans sa poche, comme un rappel discret.

— Un geste… d'accord.

La Rue fit apparaître, juste devant lui, trois objets: une chaussette orpheline, une cuillère mélancolique, et une clé qui n'ouvrait rien mais avait l'air d'y croire.

— Choisis, dit la Rue. Donne une place à l'un d'eux.

Zigoto regarda autour: pas de tiroirs, pas d'étagères, juste ce banc tordu et la boucle de pavés.

Il prit la chaussette.

— Toi, tu as l'air de vouloir voyager.

Il la posa sur le banc, bien au centre, comme un trésor.

— Ta place, c'est ici. Tu garderas ce banc au chaud.

La chaussette soupira de bonheur.

— Enfin quelqu'un qui ne me jette pas dans une autre chaussette par erreur!

La Rue se détendit, comme une corde qu'on relâche.

— Bien. Un geste suffit.

Zigoto sentit quelque chose bouger dans l'air, comme si un coin du monde se remettait d'aplomb.

Chapitre 5 — Le merci chuchoté

La boucle du Zigzag s'ouvrit, et Zigoto passa. De l'autre côté, la Rue devenait étonnamment calme. Les pavés étaient encore de travers, mais moins moqueurs. Les lampadaires cessaient de bavarder. Même les boîtes aux lettres souriaient plus doucement, comme si elles avaient fini leur farce.

Au milieu d'une petite place, il vit… son placard.

Son vrai placard. Debout, posé là comme s'il attendait son bus. Sauf que la porte était en bas, et le bas en haut. Totalement à l'envers, avec un air très satisfait.

Zigoto s'approcha lentement.

— Toi… tu te promènes?

Le placard grinca, fier comme un coq.

— J'ai pris l'air. Chez toi, j'étouffais dans les « plus tard ». J'ai voulu voir ailleurs.

Zigoto posa une patte sur le bois.

— Je suis désolé. Je t'ai… oublié.

Le placard ne répondit pas tout de suite. Il faisait semblant d'être très solide, mais un petit tremblement le trahissait.

Zigoto sentit son cœur faire un pas de côté. Il sortit le minuscule « merci » de sa poche. Il brillait à peine, comme une étoile qui n'ose pas déranger la nuit.

Il se pencha vers la Rue, comme on parle à un animal timide.

Et il osa.

— Merci, chuchota Zigoto.

Le mot ne claqua pas. Il glissa. Il roula doucement sur les pavés, il se glissa dans les angles, il caressa les lampadaires, il chatouilla même une boîte aux lettres qui éternua en silence.

La Rue frissonna, mais d'un frisson content.

— De rien, répondit-elle, tout bas.

Et le placard… se retourna.

Pas d'un coup, pas brutalement. Lentement, comme un bateau qu'on remet droit. Les étagères reprirent leur place, les pots cessèrent de faire du trapèze, et la porte se retrouva là où une porte aime être: devant.

Zigoto souffla.

— Ah. Mes bols vont arrêter de me regarder de haut.

Le placard toussota.

— Tu peux me promettre quelque chose?

— Oui.

— Une petite place, même imparfaite. Et parfois, un merci. Pas forcément à moi. À ce qui t'aide.

Zigoto hocha la tête.

— Promis. Je ne serai pas rangé… mais je serai un peu plus attentif.

La Rue fit un petit bruit de pavés heureux, comme un applaudissement qui ne veut pas faire de bruit.

Chapitre 6 — Retour en douceur

Le chemin du retour n'était plus une suite de zigzags agressifs. Il y avait encore des tournants, bien sûr, mais ils ressemblaient à des virages de promenade, pas à des grimaces.

L'escargot au gilet rayé était là, près de la fontaine à bulles montantes.

— Alors? demanda-t-il.

Zigoto tapa doucement sur son sac, comme pour vérifier que le monde était toujours dedans.

— J'ai rendu une place à une chaussette. Et j'ai chuchoté un merci à une rue. Je crois que ma journée est officiellement bizarre.

— Excellente journée, corrigea l'escargot. Une bizarrerie bien utilisée vaut mieux qu'une normalité qui s'ennuie.

Zigoto sourit.

— C'est vrai. Et… merci.

Cette fois, il ne chuchota pas, mais il ne cria pas non plus. Il le dit comme on pose une couverture sur quelqu'un: avec douceur.

L'escargot siffla un tout petit air, presque un soupir.

— Bonne route, Zigoto. Et attention aux lignes droites. Elles te donnent l'impression que tu contrôles tout, alors que personne ne contrôle une chaussette.

Zigoto rit, un rire qui fit gigoter sa queue.

Il reprit le chemin vers sa tanière. Derrière lui, la Rue en Zigzag se replia tranquillement, comme un ruban qu'on range dans une boîte — pas parfaitement, mais sans se fâcher.

Quand Zigoto rentra chez lui, le placard était à l'endroit. Ses cuillères tinrent une réunion discrète, puis décidèrent de ne pas faire d'histoire. La confiture de prunes qui chatouillent éternua une dernière fois, comme pour dire bonne nuit à l'aventure.

Zigoto regarda son intérieur: toujours un peu en vrac, mais moins en bataille.

Il choisit un objet au hasard — une petite pierre brillante — et lui donna une place sur une étagère.

— Voilà, dit-il. Tu habites ici.

La pierre ne répondit pas, parce que les pierres sont modestes. Mais elle brilla, très légèrement, comme si elle comprenait.

Zigoto s'étira, bâilla, et se glissa dans son hamac.

Dehors, le vent passait entre les feuilles en faisant des « chhh » apaisants, comme des mercis chuchotés à la nuit.

Et dans un coin du monde, quelque part entre deux pavés, la Rue en Zigzag souriait en silence.

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Tanière
Abri ou maison d’un animal, souvent caché dans la terre ou les plantes.
Marronnier
Un grand arbre aux feuilles larges et aux fruits appelés marrons.
Trapèze
Appareil pour faire des acrobaties, suspendu et qui balance dans le ciel.
Gravité
Force qui attire les objets vers le sol, les empêchant de flotter.
Girouette
Petit instrument qui tourne et montre la direction du vent.
Mélancolique
Qui a un sentiment de tristesse douce et calme.
Orpheline
Qui est sans parents, ou ici sans sa paire (comme une chaussette).
Pavés
Grosses pierres plates posées pour faire une rue ou un chemin.
Sifflet
Petit objet que l’on souffle pour faire un son fort et aigu.
Boucle
Forme arrondie que fait quelque chose en se repliant sur lui-même.

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