Chapitre 1 : La fille qui comptait les vagues
Sur le pont du Brindille-Rouge, l'air sentait le sel, le goudron chaud et la soupe aux pois du midi. La mer, elle, faisait son numéro habituel : un grand drap bleu froissé qui se dépliait et se repliait sans jamais se lasser.
Maëlys posa un pied sur le bastingage, comme si le bois était une marche vers le ciel. Sa longue-vue pendait à son cou, mais aujourd'hui, elle ne cherchait ni navire ennemi ni île au trésor. Elle comptait.
« Une… deux… trois… » murmurait-elle, les yeux fixés sur la ligne où l'eau se cassait contre la coque.
Le mousse Pio, petit comme un baril à moitié vide, s'approcha en traînant une corde trop longue pour lui.
— Cap'tain Maëlys, tu fais quoi encore ? Tu cherches un poisson qui te doit de l'argent ?
— Je compte les vagues.
Pio cligna des yeux, très fort, comme pour forcer une idée à entrer.
— Les vagues ? On part dans une heure. On compte plutôt les barils de biscuits, non ?
Maëlys sourit, mais son regard restait accroché à l'eau.
— Les biscuits mentent. Les vagues, jamais.
Le second, Joran, un grand type au sourire de travers, passa derrière eux avec une carte roulée sous le bras.
— Notre capitaine a encore ses manies ? fit-il, moqueur.
Maëlys se tourna, calme.
— Une manie, c'est quand ça ne sert à rien. Moi, je vérifie le rythme de la mer. Avant de partir, je veux connaître son humeur.
Ils se moquaient parfois. Pas méchamment. Mais Maëlys avait appris à tenir bon : quand on commande un équipage de pirates à dix-sept ans, on doit s'accrocher à ses décisions comme à une corde en pleine tempête.
Elle reprit :
« Quarante-sept… quarante-huit… »
Au loin, les mouettes criaient comme des commères. Et pourtant, sous ce vacarme, quelque chose sonnait faux : un battement irrégulier, comme si la mer hésitait.
Maëlys plissa les yeux.
— Stop. Écoutez.
Le Brindille-Rouge craqua doucement. Une vague plus lourde frappa, puis une autre, trop proche, trop pressée. Comme des pas.
Pio se mordit la lèvre.
— C'est… c'est pas des vagues normales, ça.
— Exact, dit Maëlys. La mer nous parle. Et elle n'a pas l'air de plaisanter.
Chapitre 2 : Le message dans l'écume
Maëlys descendit à la cabine avec Joran et la cartographe du bord, Sia, une femme aux doigts tachés d'encre et aux yeux plus vifs qu'une lame. La lampe à huile faisait danser des ombres sur les murs.
Sia déroula la carte.
— Départ au nord-est, comme prévu. Courant favorable. Rien d'étrange.
Maëlys posa son doigt sur le bord de la carte, là où la mer n'était qu'un grand blanc.
— Là. Les vagues frappent en double. Ça arrive près des récifs cachés ou… d'un banc qui se déplace.
Joran haussa un sourcil.
— Un banc de sable qui se déplace ? Tu veux dire qu'il marche, maintenant ?
— Non, répondit Maëlys. Mais l'eau change. Et quand l'eau change, les ennuis aiment venir avec.
Pio, qui s'était glissé derrière eux, ouvrit un petit sac en toile.
— J'ai trouvé ça dans l'écume, sur le côté tribord. Ça s'était coincé dans une algue.
Il posa sur la table une bouteille sale, bouchée à la cire. Maëlys la tourna. Un symbole gravé dans le verre : une étoile à six branches, entourée d'un cercle.
Sia pâlit.
— L'Étoile Creuse…
Joran ricana, mais moins fort qu'avant.
— Un conte pour faire peur aux mousses.
— Pas qu'un conte, répondit Sia. C'est le signe des Courants Noirs. Des pirates qui attaquent sans drapeau. On raconte qu'ils suivent une route invisible, une sorte de couloir dans la mer… et qu'ils n'échouent jamais.
Maëlys fit sauter la cire avec son couteau. Un parchemin roulé glissa, humide et gonflé d'eau salée. Elle l'ouvrit avec patience, sans déchirer.
Les mots étaient tremblés, écrits à la hâte :
« NE PARTEZ PAS À LA 50e VAGUE. LA MER COMPTE AUSSI. »
Le silence tomba comme un filet mouillé.
Pio chuchota :
— À la cinquantième… c'est bientôt.
Maëlys replia le message. Ses yeux brillaient d'une lueur obstinée.
— Alors on ne partira pas à la cinquantième.
Joran souffla.
— Et on part quand ? À la cinquante-et-une ? Ça change quoi ?
Maëlys se redressa.
— Ça change que quelqu'un essaie de nous faire peur. Et qu'il sait que je compte.
Elle remonta sur le pont. Le vent avait tourné, plus froid, comme un doigt sur la nuque. La mer continuait :
« Quarante-neuf… »
Maëlys serra les poings.
— Pas encore.
Chapitre 3 : La cinquantième vague
Le pont du Brindille-Rouge se remplit d'un mouvement nerveux. Certains matelots faisaient semblant de travailler, mais leurs yeux revenaient toujours à la mer, comme si elle allait soudain se lever et les gronder.
Maëlys marcha jusqu'à la proue. Elle posa la paume sur le bois, comme pour sentir les vibrations.
— Tout le monde reste calme, dit-elle. On ne se laisse pas mener par le bout du nez… ni par le bout de l'écume.
Pio se plaça près d'elle, bravement, même si ses genoux tremblaient.
— Cap'tain… si la mer compte… elle va faire quoi, à cinquante ?
— On va le découvrir ensemble. Et on tiendra bon.
Le maître d'équipage, Naska, une femme solide avec une voix qui coupait plus net qu'un sabre, cria :
— Prêts à larguer les amarres au signal !
Joran marmonna :
— Un signal… ou un sortilège ?
Maëlys reprit son souffle, et compta en silence, les lèvres serrées.
La mer frappa.
Cinquante.
Rien ne se passa… pendant une seconde.
Puis l'eau devant la proue se mit à tourner. Pas une petite vague qui s'amuse : un vrai cercle, sombre, comme si quelqu'un remuait la mer avec une cuillère géante. Un tourbillon se dessinait, aspirant l'écume et les algues, et la surface se creusait.
Un cri s'éleva :
— Un gouffre !
Maëlys planta ses bottes.
— Tous à vos postes ! Naska, doublez les amarres ! Personne ne panique !
Le tourbillon grossissait. On entendait un grondement, comme un ventre de baleine.
Pio s'accrocha à une rambarde.
— On va se faire avaler !
— Pas si on réfléchit, répondit Maëlys.
Elle observa : le tourbillon n'était pas juste un trou. Il pulsait, comme un cœur. Une vague le nourrissait, puis il ralentissait, puis repartait. Un rythme.
Maëlys leva la voix :
— Il suit un cycle ! À chaque troisième vague, il tire plus fort !
Joran la regarda, surpris.
— Tu peux voir ça ?
— Je le sens, dit-elle. Et je le compte.
Elle cria :
— À la prochaine traction forte, on lâche une amarre à l'eau, juste assez pour qu'elle se tende. On s'en sert comme d'un frein ! Naska, tu gères !
Naska hocha la tête, déjà en train d'aboyer des ordres.
La mer tira. Le Brindille-Rouge gémit, tiré vers l'avant.
— Maintenant ! hurla Maëlys.
L'amarre glissa, se tendit, et le navire ralentit d'un coup, comme retenu par une main invisible. Le bois grinça, mais tint.
Pio, bouche ouverte, souffla :
— Ça… ça a marché !
Maëlys n'eut pas le temps de savourer. Au loin, dans le brouillard qui se formait au-dessus de l'eau, une silhouette de navire apparut, noire comme une mauvaise pensée. Pas de pavillon. Juste une proue en forme d'étoile creuse.
Les Courants Noirs.
Chapitre 4 : Le couloir invisible
Le navire noir avançait sans bruit, comme s'il glissait sur une route secrète. Les vagues autour de lui semblaient s'écarter, dociles.
Joran gronda :
— Ils ont une sorcellerie, ces rats.
Sia, qui était montée en courant, souffla :
— Non. Ils ont une carte des courants. Une vraie. Ils savent où la mer ouvre le passage.
Maëlys serra sa longue-vue et observa. Le navire ennemi ne venait pas droit sur eux : il se plaçait comme un berger, pour pousser le Brindille-Rouge vers le tourbillon.
— Ils veulent qu'on se fasse avaler, dit-elle.
Naska cracha par-dessus bord.
— Qu'ils viennent essayer.
Une flèche siffla, se planta dans le mât avec un clac sec. Un papier y était attaché, roulé serré. Pio le décrocha, tremblant, et le donna à Maëlys.
Le message était court :
« CAPITAINE QUI COMPTE : COMPTE TES DERNIERS SOUFFLES. »
Joran éclata d'un rire bref.
— Ils sont poètes, au moins.
Maëlys plia le papier avec soin.
— Ils pensent que compter, c'est perdre du temps. Ils vont apprendre que compter, c'est choisir.
Elle regarda la mer. Le tourbillon continuait, mais il faiblissait entre les grandes tractions. Si elle pouvait tenir assez longtemps, il se calmerait.
Elle se tourna vers Sia.
— Ta carte. Où sont les hauts-fonds ?
Sia pointa une zone.
— Là, à une encablure. Mais c'est dangereux : les rochers sont juste sous la surface.
— Dangereux pour eux, corrigea Maëlys.
Elle appela l'équipage :
— Écoutez-moi ! On va se rapprocher des hauts-fonds. Les Courants Noirs n'oseront pas suivre, pas à cette vitesse.
Joran grimaça.
— Et nous, on ose ?
Maëlys fixa le tourbillon, puis le navire noir.
— On va y aller doucement, en lisant les vagues. Elles montent plus courtes quand il y a des rochers. Je les ai déjà vues.
Pio leva timidement la main.
— Si je me trompe pas… ça veut dire qu'on doit encore… compter ?
Maëlys lui lança un clin d'œil.
— Exactement. Tu comptes avec moi.
Ils avancèrent. Lentement. Le timonier suait comme s'il tenait la barre d'un dragon. Maëlys et Pio, à l'avant, comptaient à voix basse, guettant la moindre différence dans le rythme de l'eau.
— Une, deux… petite… trois… grande… murmura Pio.
— Bien. Là, la vague casse plus tôt. Rochers à bâbord. Barre à tribord de deux degrés ! cria Maëlys.
Le Brindille-Rouge obéit, frôlant la zone dangereuse. On entendit même, sous la coque, un frottement léger : un avertissement.
Derrière eux, le navire noir ralentit. Il hésitait, comme un prédateur devant un piège.
Mais il ne renonça pas. Il lança un grappin. La corde vola, s'accrocha au bastingage.
— À l'abordage ! hurla une voix rauque depuis le brouillard.
Maëlys dégaina son sabre.
— Alors qu'ils viennent compter nos coups.
Chapitre 5 : Le courage a parfois le goût du sel
Le premier pirate ennemi sauta sur le pont avec l'élégance d'un chat… et l'odeur d'un tonneau oublié. Naska l'accueillit avec une perche et le renvoya d'où il venait, sans même changer d'expression.
Joran et deux matelots tranchèrent une corde. Un autre grappin s'accrocha aussitôt, comme si la mer elle-même lançait des mains.
Maëlys se plaça près du grand mât. Elle vit la peur dans les yeux de Pio, mais aussi une détermination nouvelle, fragile comme une allumette.
— Reste près de moi, dit-elle. Et si tu as peur… respire et compte jusqu'à cinq. Ça marche.
— Et si ça marche pas ?
— Alors compte jusqu'à dix.
Un pirate des Courants Noirs fonça sur Maëlys. Il était grand, masqué d'un foulard, et son sabre cherchait déjà la faille. Maëlys para, recula, puis utilisa la barre du mât comme appui pour pivoter. Son talon frappa le poignet adverse : le sabre tomba avec un bruit sec sur le pont.
— Tu te bats bien pour quelqu'un qui croit aux vagues, cracha-t-il.
— Je ne crois pas, répondit Maëlys en le désarmant complètement. J'observe.
Plus loin, Sia protégeait ses cartes comme si c'étaient des bébés oiseaux. Elle lança un encrier au visage d'un assaillant, qui se retrouva noir jusqu'aux sourcils.
— Tiens ! Voilà ton pavillon !
L'humour fit rire deux matelots, et ce rire, bref et clair, donna du courage à tout le monde. Même la peur déteste qu'on se moque d'elle.
Mais les Courants Noirs étaient nombreux. Trop.
Maëlys entendit un craquement : l'amarre qui freinait le navire se tendait à nouveau. Le tourbillon recommençait à tirer.
Elle comprit vite : l'abordage n'était qu'une distraction. Pendant qu'ils se battaient, le navire noir essayait de les pousser, de les coincer entre les rochers et le gouffre.
Maëlys cria :
— Joran ! Coupe la corde de traction ! On va se dégager !
— Si on coupe, le tourbillon nous reprend !
— Pas si on le fatigue avant. Écoute le rythme !
Elle ferma les yeux une demi-seconde, au milieu des chocs et des jurons, et se concentra sur le bruit de l'eau. La traction forte arrivait toutes les trois vagues. Il lui fallait un instant précis : relâcher au moment où le tourbillon faiblissait, puis prendre le courant des hauts-fonds pour filer.
— Maintenant ! hurla-t-elle.
Joran n'hésita pas. Sa lame trancha. La corde tomba dans la mer.
Le Brindille-Rouge se mit à glisser… libre.
— Barre à tribord ! cria Maëlys. Laissez le gouffre derrière !
Le timonier tourna. Le navire frôla les rochers, si près que des éclaboussures glacées leur mordirent les chevilles. Un ennemi perdit l'équilibre et disparut dans l'eau avec un cri.
Naska, haletante, repoussa le dernier abordeur.
— Tout le monde à bord, ou à l'eau !
Les Courants Noirs reculèrent, surpris. Leur navire noir, lui, ne pouvait pas s'approcher davantage sans risquer les rochers. Il resta dans le brouillard, grondant comme un animal frustré.
Maëlys essuya une coupure sur sa joue. Le sel piqua. Elle serra les dents, puis sourit.
— On continue. On ne lâche rien.
Chapitre 6 : Jusqu'au bout de la nuit
La nuit tomba, épaisse, avec des nuages qui avalaient les étoiles. Le Brindille-Rouge avançait, blessé mais vivant : une voile déchirée, quelques planches fendues, et l'équipage épuisé.
Dans la cuisine, on distribua du thé brûlant. Pio tenait sa tasse à deux mains, comme un trésor.
— Cap'tain… pourquoi ils te visent toi ? Juste parce que tu comptes ?
Maëlys s'assit sur un tonneau, le sabre posé à côté d'elle.
— Parce que compter, c'est refuser d'être emporté. Ils veulent des gens qui suivent le courant sans poser de questions. Moi, je regarde où il va.
Sia arriva avec ses cartes.
— J'ai compris un truc. Le tourbillon… ce n'était pas juste un piège. C'est une porte. Une entrée vers leur couloir invisible. Ils voulaient nous y faire entrer pour nous capturer plus loin, loin des rochers.
Joran, qui bandait son bras, souffla :
— Charmants, ces gens.
Maëlys hocha la tête.
— Alors on a fait mieux que survivre. On a refusé leur route.
Un silence. Puis Pio demanda, timidement :
— On va quand même partir ? Enfin… je veux dire… continuer l'aventure ?
Maëlys se leva. Son regard était ferme, mais doux.
— Oui. Pas parce qu'on est têtus. Parce qu'on a un but. Et parce qu'on apprend à chaque obstacle.
Elle monta sur le pont. Le vent s'était adouci. L'eau respirait plus lentement, comme après une colère.
Maëlys se plaça à la proue. Une habitude, encore. Elle recommença à compter, pas pour défier la mer, mais pour marcher avec elle.
Pio la rejoignit, plus droit qu'avant.
— Je compte aussi, dit-il.
— Alors on est deux.
Ils comptèrent jusqu'à ce que le brouillard se déchire. Au loin, une lueur pâle naissait, comme une promesse timide.
Le navire noir ne se montra plus. Peut-être qu'il attendait. Peut-être qu'il avait renoncé. La mer, elle, continuait sa musique, régulière, insistante, comme un tambour qui dit : avance.
Maëlys posa une main sur la rambarde, sentant le bois, la fatigue, et le courage qui restait.
— Tu vois, Pio… la persévérance, c'est pas ne jamais avoir peur. C'est avancer avec la peur, en la tenant par la main.
Pio renifla.
— Elle a une main collante, ta peur.
— Oui, dit Maëlys. Mais on a du savon. Le sel.
Et tous les deux, ils rirent doucement, pendant que le ciel commençait à changer de couleur.
Chapitre 7 : Le soleil se lève, et la mer aussi
L'horizon s'ouvrit comme un rideau. Le ciel prit des teintes d'abricot et de rose, puis d'or, comme si quelqu'un versait du miel sur l'eau.
Les matelots sortirent, un à un. Même Naska, qui avait l'air de ne jamais dormir, s'arrêta pour regarder. Joran, lui, resta silencieux, ce qui était presque un événement.
Maëlys se tenait à l'avant, les cheveux fouettés par un vent désormais tiède. Elle ne comptait plus pour se méfier, mais pour célébrer.
— Quatre-vingt-dix… quatre-vingt-onze… quatre-vingt-douze…
Pio, à côté, suivait, concentré comme s'il apprenait une langue secrète.
— Quatre-vingt-treize… quatre-vingt-quatorze…
Une vague plus large arriva, soulevant le Brindille-Rouge avec douceur. Le navire monta, puis redescendit, comme s'il saluait.
Sia s'approcha.
— Tu sais, Maëlys… c'est peut-être ça, ton vrai trésor. Ce que tu fais avec ton équipage.
Maëlys observa les visages autour d'elle : fatigués, égratignés, mais vivants, soudés par la nuit qu'ils venaient de traverser.
— Le trésor, dit-elle, c'est de ne pas abandonner quand la mer essaie de décider à notre place.
Le soleil surgit enfin, rond et éclatant, posant un chemin de lumière sur l'eau. Les vagues scintillaient, chacune comme une pièce d'or qui ne se laisse pas voler.
Maëlys inspira profondément. Le goût du sel n'était plus une morsure, mais une force.
— On continue ? demanda Joran, sa voix moins moqueuse.
Maëlys sourit, malicieuse.
— On continue. Mais d'abord…
Elle regarda la mer, et reprit, d'une voix claire qui portait loin :
— Cent.
Le Brindille-Rouge glissa sur la lumière du matin, et le lever de soleil s'étira sur la mer, immense et libre, comme une promesse tenue.