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Histoire d'extraterrestre 11 à 12 ans Lecture 27 min.

La serre des étoiles et la feuille de gratitude

Quatre amis découvrent une petite créature qui les conduit dans une serre mystérieuse où des visiteurs venus d'ailleurs cherchent à comprendre et apprendre à remercier la nature, déclenchant une aventure de partage et de curiosité.

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Cinq personnages devant un vieux chêne en fin d'après-midi : quatre garçons — Léo (11 ans, cheveux bruns courts, agenouillé à gauche tenant une petite sphère sortie de la terre), Milo (11 ans, cheveux en bataille, debout à droite, recule en riant, main devant la bouche), Samir (11 ans, peau mate, en arrière-centre, penché vers la sphère, prêt à toucher) et Noé (12 ans, cheveux blonds, debout derrière Léo, bras croisés, l’air posé) — et une petite créature extraterrestre, Piko (taille d’un hamster, peau bleu-gris, quatre petites mains, grands yeux ronds), qui sort de la sphère, tient une feuille verte luminescente et éternue une bulle lumineuse qui éclate en paillettes ; atmosphère d’émerveillement au pied d’un tronc aux racines noueuses, herbe froissée et feuilles mortes, lumière dorée filtrant entre les branches, composition centrée sur le chêne, contrastes d’encre noire, lavis gris et touches de bleu, vert et or pâle. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La lumière qui clignote dans le vieux parc

Quand la cloche du collège sonne la fin des cours, on file tous vers le parc des Tilleuls. C'est notre habitude. Là-bas, il y a un terrain un peu cabossé, des bancs qui grincent, et un énorme chêne qui semble avoir tout vu.

On est quatre : Léo, Milo, Samir et Noé. On a presque tous onze ans. « Presque tous », parce que Noé vient d'avoir douze ans et il le rappelle comme si ça lui donnait un diplôme secret.

— Faites place au doyen, annonce-t-il en bombant le torse.

— Très bien, Docteur Noé, dis-je. Vous recommandez quoi contre la faim ?

— Une baguette entière, répond-il.

Léo, lui, est le genre à ramasser les papiers par terre sans qu'on lui demande. Il aide les petits à traverser, il porte les sacs trop lourds. Ça l'énerve, parfois, qu'on se moque, mais il ne s'arrête jamais.

Samir a toujours une idée qui ressemble à une mission. Milo, lui, ne peut pas s'empêcher de faire des blagues, même quand personne ne rit. Il dit que ça “aère l'atmosphère”.

Ce jour-là, c'est le chêne qui aère tout le parc.

Une lumière, au pied du tronc, clignote entre les racines. Pas une lumière de téléphone. Pas une luciole. Quelque chose de plus… propre, comme si quelqu'un avait lavé la lumière avant de l'allumer.

Samir se baisse.

— Vous voyez ça ? On dirait… une étoile tombée.

Milo renifle.

— Une étoile, ça brûle. Là, ça fait juste… “bip bip”. Une étoile qui a des piles.

Léo s'approche avec prudence, comme s'il ne voulait pas faire peur à la lumière.

— Peut-être que quelqu'un a perdu un truc, dit-il. On devrait regarder, mais sans casser.

Noé croise les bras.

— Je rappelle que je suis le plus âgé. Donc je supervise.

— Supervise en silence, répond Milo.

Léo glisse ses doigts entre les racines. Il tire doucement. Une petite sphère sort de la terre, lisse comme un galet, mais tiède. Elle a une fente fine, et un symbole gravé : trois feuilles qui se touchent.

Quand Léo la pose sur l'herbe, la sphère s'ouvre toute seule avec un souffle d'air frais. Pas de fumée, pas de bruit d'explosion. Juste un petit “pouf” discret.

Et à l'intérieur… il y a une petite créature.

Elle n'est pas effrayante. Elle est de la taille d'un hamster, avec une peau bleu-gris et deux grands yeux ronds qui brillent comme des gouttes de pluie. Elle a quatre mains minuscules, et un sac accroché au dos.

Elle cligne des yeux, nous regarde, et… éternue.

Un éternuement silencieux, mais qui fait sortir une bulle lumineuse de son nez. La bulle flotte un instant, puis éclate en une pluie de paillettes.

Milo recule.

— OK. Je retire ce que j'ai dit sur les piles. C'est… très classe.

La créature bouge ses mains dans tous les sens, comme si elle essayait de parler avec des gestes. Puis elle sort du sac une sorte de petit disque transparent, le pose au sol, et le disque projette une image en l'air.

Une carte. Une carte du parc… puis un point rouge qui clignote sur un bâtiment un peu plus loin, une serre municipale abandonnée depuis des années.

Noé siffle.

— Elle veut qu'on l'emmène là-bas.

Samir sourit, les yeux brillants.

— On dirait le début d'une aventure.

Léo regarde la créature. Elle tremble un peu, pas de peur, plutôt de fatigue.

— D'accord, dit-il doucement. On va t'aider.

La créature baisse la tête, comme un merci très sérieux. Et elle sort une deuxième chose de son sac : une petite feuille verte, parfaitement intacte, avec des nervures qui brillent comme si de la lumière coulait dedans.

Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment-là, je me dis : ce n'est pas nous qui avons trouvé quelque chose. C'est quelque chose qui nous a trouvés.

Chapitre 2 : La serre qui n'avait pas l'air d'une serre

La serre municipale est censée être fermée depuis longtemps. Officiellement, “risque de chute de verre”. Officieusement, “trop chère à réparer”. Les vitres sont poussiéreuses, la porte grince, et une pancarte tordue dit : ACCÈS INTERDIT.

Milo la lit à voix haute, en prenant une voix dramatique.

— Accès interdi-i-it… Donc c'est là qu'on va.

— On ne casse rien, dit Léo, déjà prêt à chercher un passage propre.

La créature, elle, tapote sa sphère avec ses quatre mains. La sphère clignote, puis un mince rayon lumineux glisse sur la serrure.

Clic.

La porte s'ouvre comme si elle nous attendait.

Noé ouvre grand les yeux.

— J'aimerais signaler que c'est illégal, mais aussi… magnifique.

On entre.

L'air dedans sent la terre humide, la menthe, et quelque chose de sucré, comme une pomme chaude. Il fait plus doux que dehors. La lumière est étrange : pas jaune comme le soleil, pas blanche comme les néons, plutôt argentée, comme un matin de givre.

Et au centre de la serre, il y a une structure qui n'a rien à faire ici.

Un dôme transparent, posé sur le sol comme une bulle géante. À l'intérieur, ça scintille. Des points lumineux flottent, tournent lentement, comme un ciel miniature.

Samir colle son nez contre la paroi.

— On dirait… des étoiles.

— Une boule à neige, mais version cosmos, murmure Milo.

La créature s'approche du dôme. Elle appuie sur une zone invisible. Une ouverture apparaît, silencieuse, comme si l'air se découpait.

Léo se tourne vers nous.

— On reste ensemble. Et si on a un doute, on recule. Compris ?

Noé lève la main.

— Question : si on recule, on recule jusqu'où ? Jusqu'à la Terre ? Parce que je suis attaché à la Terre.

Milo lui tapote l'épaule.

— T'inquiète, le doyen. On te ramènera.

On franchit l'ouverture.

Et là, tout change.

Le bruit du dehors disparaît. Plus de voitures. Plus de vent. On entend seulement un léger bourdonnement, comme un chant lointain.

La “serre” est bien une serre… mais pas pour des tomates.

C'est une serre d'étoiles miniatures.

Des milliers de petites lumières flottent, chacune enfermée dans une membrane transparente, comme des gouttes. Certaines sont bleues, d'autres rouges, d'autres dorées. Elles tournent autour de petits anneaux, parfois autour de minuscules rochers. On dirait un univers rangé sur des étagères invisibles.

Et entre ces étoiles, il y a des plantes. Des plantes aux feuilles translucides, des tiges qui pulsent doucement, comme si elles respiraient la lumière.

Samir chuchote :

— C'est impossible.

Léo répond, très calme :

— Peut-être. Mais c'est là.

La créature nous fait signe d'avancer. Elle marche sur un chemin qui n'existait pas une seconde avant : une bande de lumière sous ses pieds, qui se déroule comme un tapis.

Au bout, on voit d'autres silhouettes.

Trois visiteurs, plus grands. Ils ont des corps fins, des vêtements qui ressemblent à des capes tissées de brume, et des visages doux, avec de grandes pupilles qui reflètent les étoiles. Ils ne sont pas “monstrueux”. Ils ont surtout l'air… curieux.

L'un d'eux s'incline légèrement.

Le disque traducteur du petit extraterrestre se réveille, et une voix claire sort de nulle part, comme si la serre elle-même parlait.

— Bonjour. Merci de ne pas avoir piétiné notre éclaireur.

Milo cligne des yeux.

— Pardon, mais… c'est quoi, “piétiner” chez vous ? Parce que moi, j'ai déjà marché sur un Lego, et—

Noé lui met une main sur la bouche.

— Chut. Laisse le diplomate parler.

Samir se désigne du pouce.

— Le diplomate, c'est qui ?

Noé se désigne avec sérieux.

— C'est moi.

Léo, lui, s'avance un pas. Il parle doucement, comme quand il rassure un petit qui pleure.

— On l'a trouvé dans le parc. Il avait l'air perdu. On l'a suivi.

Les visiteurs échangent un regard qui ressemble à un sourire.

— Serviable, dit la voix. C'est une qualité rare. Nous venons de loin. Nous cherchons… des choses simples. Des choses que notre monde a oubliées.

Samir fronce les sourcils.

— Comme quoi ?

Le visiteur lève une main, et dans l'air apparaît une image : une forêt. Des arbres. Des feuilles qui bougent.

— Ceci, dit la voix. Nous voulons comprendre. Nous voulons apprendre.

Léo se retourne vers nous, surpris.

— Ils veulent… qu'on leur montre des arbres ?

Milo murmure :

— Enfin un alien qui n'a pas besoin d'armes lasers. Juste d'un guide touristique.

Léo regarde les extraterrestres. Leur curiosité est si intense qu'elle éclaire presque leurs visages.

— D'accord, dit-il. Je peux vous montrer.

Et je sens que ce “d'accord” ouvre une porte plus grande que celle de la serre.

Chapitre 3 : Le musée des feuilles vivantes

Les extraterrestres se présentent avec des sons impossibles à répéter. Le disque traduit en noms simples : Aïlo, Venn et Rima. L'éclaireur, notre petit hamster cosmique, s'appelle Piko.

Piko grimpe sur l'épaule de Léo comme si c'était sa place depuis toujours.

— Il t'a adopté, remarque Milo.

— Je crois qu'il me fait confiance, répond Léo, un peu gêné.

Aïlo fait apparaître une sorte de bracelet lumineux. Il le tend à Léo.

— Pour enregistrer. Pour se souvenir, dit la voix.

Léo hésite.

— Je ne veux pas vous voler.

— Ce n'est pas un vol, dit Rima. C'est un échange. Tu nous offres ta connaissance. Nous t'offrons un outil.

Samir murmure :

— C'est la première fois que quelqu'un me dit merci avant même que j'aie fait un truc.

Noé redresse la tête, important.

— C'est parce qu'ils sentent que je suis le chef.

— Ils sentent surtout que tu prends toute la place, dit Milo.

On ressort un moment de la serre, comme si elle nous rendait à l'air normal. Puis on traverse le parc. Les extraterrestres portent des capes qui les rendent flous, comme des reflets. À distance, on dirait juste un groupe avec des imperméables bizarres. Personne ne crie, personne ne panique. La magie, parfois, sait se cacher.

Léo nous emmène d'abord vers le chêne.

Il pose sa main sur l'écorce.

— Ça, c'est un arbre. Celui-ci a probablement plus de cent ans. Il a des racines profondes. Il tient même quand il y a des tempêtes.

Aïlo approche ses doigts de l'écorce sans la toucher. Un petit faisceau de lumière scanne la surface, mais doucement, comme une caresse.

— Il porte des marques, dit Venn. Des souvenirs.

— Oui, dit Léo. Les arbres gardent des traces. Les branches cassées, les cicatrices… ça raconte leur histoire.

Piko émet un petit son, et le bracelet de Léo enregistre. On entend une série de “clics” minuscules, comme de la pluie sur une fenêtre.

On passe ensuite aux feuilles.

Léo ramasse une feuille tombée, la pose sur sa paume. Une feuille de platane, large, un peu sèche sur les bords.

— Une feuille, c'est comme une mini-usine, explique-t-il. Elle capte la lumière, elle transforme l'air. Elle nourrit l'arbre. Et quand elle tombe, elle nourrit la terre.

Rima se penche, fascinée.

— Elle tombe… et elle continue d'aider ?

— Oui, dit Léo. Même quand elle semble “finie”.

Noé glousse.

— Comme Milo en cours de sport.

— Je continue d'aider l'ambiance, réplique Milo. C'est un rôle vital.

Les extraterrestres écoutent. Vraiment. Sans faire semblant. Comme si chaque détail était un trésor.

Samir, qui d'habitude s'agite, prend un ton sérieux.

— Chez vous, il n'y a pas d'arbres ?

Un silence. Les capes frémissent.

— Il y en avait, dit Aïlo. Nous avons voyagé. Nous avons construit. Nous avons oublié de remercier ce qui nous portait. Et puis… c'est devenu rare. Très rare.

Je sens quelque chose se serrer dans ma poitrine. Léo, lui, ne juge pas. Il hoche simplement la tête, comme s'il comprenait sans avoir besoin d'en savoir plus.

— Alors on va vous montrer, dit-il. Pas juste le chêne. Tout.

On fait le tour du parc. Les érables, les tilleuls, les bouleaux. Léo raconte comment reconnaître les feuilles, comment elles changent de couleur, comment elles tombent en tourbillons quand le vent s'amuse.

Et les extraterrestres… rient. Enfin, leur version du rire : un son léger, comme des verres qui s'entrechoquent.

Milo tente une imitation.

— Tling tling !

Rima le regarde, puis fait le même son. Milo s'arrête, surpris.

— Elle se moque de moi ?

— Non, dit Léo. Elle joue.

Samir pointe le ciel.

— Et ça, vous connaissez ? Les nuages ?

Venn lève la main, et une petite sphère d'air humide se forme, un nuage miniature. Il flotte au-dessus de nos têtes, et une micro-pluie tombe sur la main de Noé.

Noé pousse un cri.

— Il pleut sur moi !

Milo éclate de rire.

— Le doyen vient d'être baptisé par l'espace.

Noé essuie sa main, mais il sourit. Même lui.

Quand on retourne vers la serre, le bracelet de Léo brille un peu plus fort. Comme s'il était chargé non pas d'électricité, mais de moments.

Et je comprends : on ne leur montre pas juste des arbres. On leur montre une manière de regarder.

Chapitre 4 : La serre d'étoiles et le problème du cœur froid

De retour dans la serre d'étoiles miniatures, Aïlo nous guide vers une zone centrale, où une grande étoile dorée flotte dans une cuve transparente. Elle tourne lentement, comme un poisson dans un bocal, sauf que c'est une lumière chaude, vivante.

Autour, des plantes étranges penchent leurs tiges vers elle, comme des tournesols vers le soleil.

Rima pose une main sur la cuve.

— Notre jardin voyage. Il nourrit nos vaisseaux. Il garde notre lumière. Mais depuis peu… une étoile s'éteint.

À ces mots, la grande étoile dorée vacille. Une ombre grignote son bord, comme si quelqu'un mordait la lumière.

Samir se rapproche.

— Elle est malade ?

— Elle est triste, dit Venn simplement.

Milo plisse les yeux.

— Une étoile triste. D'accord. Moi je suis triste quand il n'y a plus de dessert. Mais une étoile…

Piko grimpe sur le bord de la cuve et tape du pied, outré. Il fait une série de petits “pip-pip” rapides.

Le disque traduit :

— Il dit : “Ce n'est pas une blague. Elle s'éteint vraiment.”

Léo se penche. Il regarde l'étoile, puis les plantes, puis les visiteurs.

— Qu'est-ce qu'elle a besoin ?

Un silence, puis Aïlo répond :

— Elle a besoin d'être remerciée.

Noé éclate, malgré lui.

— Pardon ? Genre… “merci, étoile” ?

Rima ne se moque pas. Elle paraît même soulagée qu'on demande.

— Nous avons pris sa chaleur. Sa lumière. Nous avons calculé. Mesuré. Utilisé. Mais nous n'avons pas… reconnu.

Samir baisse les yeux. Moi aussi. C'est étrange, mais ça me fait penser à plein de choses : quand on oublie de dire merci à la cantinière, quand on ne remarque pas que nos parents font mille trucs sans bruit, quand on file sans regarder le ciel.

Léo pose une main sur la cuve.

— Chez nous, on dit merci. Pas toujours assez, mais… on sait le faire.

Milo lève la main, sérieux pour une fois.

— Est-ce qu'il y a une manière spéciale de dire merci à une étoile ? Parce que je peux improviser une chanson, mais ça peut être dangereux.

Piko pousse un petit “pip” approbateur.

Noé soupire.

— S'il chante, l'étoile va s'éteindre plus vite.

Léo ferme les yeux un instant. Quand il les rouvre, il a ce regard-là : celui qu'il a quand il décide d'aider, même si c'est compliqué.

— On va lui offrir quelque chose de nous, dit-il. Quelque chose qu'on comprend vraiment.

Il ouvre sa main. Il y a encore la feuille lumineuse que Piko a donnée au début. Elle brille doucement.

— Une feuille ? demande Samir.

— Une feuille, c'est gratitude en action, répond Léo. Elle prend la lumière et elle la rend utile. Elle tombe et elle nourrit. Elle n'arrête pas de donner.

Rima s'approche.

— Nous pouvons créer un lien. Entre votre feuille et notre étoile. Mais il faut un geste… sincère.

On se regarde. C'est le moment où personne ne sait quoi dire, parce qu'on se sent tout petit devant une étoile.

Alors Milo fait un pas.

— Merci, dit-il, sans blague. Merci de briller. Merci de chauffer. Merci de… nous laisser être là.

Noé hésite, puis murmure, plus bas :

— Merci… de ne pas nous griller, surtout.

Samir inspire.

— Merci de nous montrer qu'on a encore des choses à apprendre.

Je sens Léo bouger à côté de moi.

— Merci, dit-il simplement. Et… désolé si on oublie parfois.

Aïlo pose ses doigts dans l'air. La feuille lumineuse se met à flotter. Elle glisse jusqu'à la cuve, touche la paroi… et passe à travers comme si l'eau acceptait une goutte.

La feuille se déplie, devient un réseau de veines vertes et dorées, qui s'étend autour de l'étoile comme une délicate cage protectrice.

La grande étoile dorée frémit.

Puis elle pulse.

Une chaleur douce se répand dans la serre. Les petites étoiles autour se mettent à briller plus fort, comme si elles applaudissaient en silence.

Piko fait une roulade sur le bord de la cuve, très fier. Milo l'imite à moitié et manque de tomber.

— Je voulais juste… participer, bafouille-t-il.

Rima émet ce son de rire cristallin.

— Vous avez offert plus que des mots, dit-elle. Vous avez offert une attention.

Et je comprends que la gratitude n'est pas un “merci” lancé comme un caillou. C'est un “merci” qu'on tient dans sa main, un instant, pour sentir sa chaleur.

Chapitre 5 : Le cadeau qui ne doit pas rester ouvert

Après l'étoile, l'atmosphère change. Les extraterrestres semblent à la fois heureux et pressés, comme si leur vaisseau avait attendu ce moment pour reprendre son souffle.

Aïlo nous conduit vers une alcôve au fond de la serre. Là, posé sur un socle, il y a un objet étrange : une boîte à musique.

Elle est carrée, en bois sombre, avec des coins renforcés par un métal lisse. Sur le couvercle, une gravure représente un arbre entouré de petites étoiles. Elle est fermée.

— On a des boîtes à musique sur Terre, dit Noé. Ma grand-mère en a une. Ça joue toujours la même chanson et ça coince au milieu.

Venn effleure la boîte sans l'ouvrir.

— Celle-ci ne doit pas être ouverte. Pas ici. Pas maintenant.

Milo, évidemment, se penche.

— Pourquoi ?

Le disque traduit la réponse de Rima, et sa voix semble plus grave.

— Parce qu'elle contient une route. Un chemin de retour. Si elle s'ouvre au mauvais endroit, la route se déplie… et elle emmène tout ce qu'elle touche.

Samir recule d'un pas.

— Vous voulez dire… aspirer ?

— Disons… inviter de force, dit Aïlo avec douceur.

Léo déglutit.

— Alors pourquoi nous la montrer ?

Rima se tourne vers lui.

— Parce que tu as donné sans prendre. Parce que tu as montré sans te moquer. Nous voulons laisser un signe. Pour que vous vous souveniez. Pour que, quand vous regarderez un arbre, vous pensiez aussi à ceux qui n'en ont plus.

Aïlo pose le bracelet lumineux dans les mains de Léo. Puis Venn dépose, juste à côté, une petite capsule transparente contenant une graine brune, ridiculement petite.

— Une graine de notre monde, dit la voix. Elle ne poussera que si elle est remerciée.

Milo murmure :

— Une plante susceptible. J'adore.

Noé observe la boîte à musique, fasciné.

— Et ça… c'est pour vous ?

Rima acquiesce.

— Elle nous ramènera. Nous avons réparé notre étoile. Nous avons appris votre leçon. Il est temps.

Piko grimpe sur l'épaule de Léo, frotte sa tête contre sa joue, puis saute au sol et trottine vers les visiteurs.

Léo s'accroupit.

— Attends… on va te revoir ?

Le disque traduit un dernier “pip” de Piko :

“Regarde les feuilles. Je serai dans leur danse.”

Ça me donne un frisson, mais un frisson agréable.

Les extraterrestres se placent autour de la boîte à musique fermée, comme autour d'un feu qu'on respecte. Leurs mains dessinent des gestes lents. Les étoiles miniatures au-dessus d'eux se mettent à tourner plus vite, en silence.

Une lueur apparaît sous la boîte. Pas une lumière agressive. Une lumière de chemin.

Rima nous regarde.

— Merci, dit-elle. Vous nous avez accueillis sans peur. Vous avez offert du temps, de l'attention, de la gentillesse. Ce sont des forces.

Samir lève la main, maladroit.

— Merci à vous aussi… d'être venus. Et de ne pas… enfin… de ne pas avoir envahi.

Milo ajoute :

— Oui, merci de ne pas avoir de tentacules. Ça aide.

Aïlo répond avec un rire de verre.

— Nous en avons. Mais nous les gardons pour la danse.

Noé ouvre la bouche, vexé et impressionné à la fois.

— Ah.

Les visiteurs se rapprochent de la boîte à musique. Ils ne l'ouvrent pas. Ils la laissent fermée, comme promis. La lueur s'intensifie, puis se replie sur elle-même, comme un ruban qu'on enroule.

Pendant une seconde, leurs silhouettes deviennent des traits de lumière. Puis plus rien.

La serre retrouve son calme. Les étoiles miniatures flottent lentement, comme si elles reprenaient leur respiration.

Au centre, sur le socle, la boîte à musique est toujours là.

Fermée.

Chapitre 6 : Le retour, les arbres, et la boîte fermée

On sort de la serre sans parler. Dehors, le parc des Tilleuls est exactement comme avant : un ballon coincé dans un buisson, un chien qui tire sur sa laisse, une dame qui lit sur un banc.

Sauf que nous, on n'est plus exactement comme avant.

Noé finit par souffler :

— Bon. Si je raconte ça, personne ne va me croire.

Milo hausse les épaules.

— Tant mieux. Ça nous évite d'expliquer pourquoi tu as été baptisé par un nuage alien.

Samir regarde ses mains.

— Vous vous rendez compte… ils étaient venus pour des feuilles.

Léo, lui, serre la capsule et la graine dans sa poche, et le bracelet au poignet. Il regarde le chêne, les branches hautes, les feuilles qui frémissent.

— Ils sont venus pour apprendre à remercier, dit-il.

On retourne vers le chêne. Léo ramasse une feuille et la glisse dans son carnet, très soigneusement. Puis il se tourne vers nous.

— On devrait faire quelque chose.

— Genre quoi ? demande Noé.

Léo désigne le parc.

— Ramasser les déchets. Arroser le petit arbre derrière les bancs, celui qui a toujours l'air triste. Et dire merci. Pas comme une formule. Comme… comme tout à l'heure.

Milo fait mine de gémir.

— Léo, tu transforms une aventure spatiale en corvée.

— Tu préfères qu'une étoile s'éteigne ? demande Samir.

Milo se fige.

— Non. D'accord. Je ramasse. Mais je râle avec gratitude.

On se met au travail. Pas longtemps. Dix minutes. Quinze. Mais ça change le parc. Et ça change surtout quelque chose en nous : une impression de faire partie d'un truc plus grand, sans avoir besoin d'être “héroïques”.

Avant de partir, Léo retourne seul vers la serre, juste pour vérifier. On le suit, évidemment.

La porte est fermée. La pancarte “ACCÈS INTERDIT” pend encore. On pousse un peu… rien. Comme si la serrure n'avait jamais cédé.

Noé secoue la tête.

— Donc on ne peut plus y entrer.

— Peut-être que c'est mieux, dit Samir. C'était… fragile.

Léo regarde à travers la vitre poussiéreuse. On ne voit qu'un reflet de ciel.

Puis il baisse les yeux vers son bracelet. Une petite lumière y pulse, doucement, comme un cœur.

— On se souviendra, dit-il.

Milo renifle.

— Et la boîte à musique ?

Léo réfléchit.

— Elle est restée là-bas. Fermée.

Noé soupire, presque déçu.

— C'est frustrant.

Léo sourit.

— Pas tant que ça. Certaines choses doivent rester fermées pour rester en sécurité.

On reprend le chemin de nos maisons. Le soleil descend, les feuilles s'agitent au-dessus de nous, et pendant une seconde, j'ai l'impression d'entendre un tout petit “pip” dans le vent, comme un rire caché.

Le soir, dans sa chambre, Léo pose son carnet sur son bureau. Il ajoute la feuille pressée, bien à plat. Il sort la capsule avec la graine. Il chuchote un “merci” timide, juste pour essayer.

La graine ne bouge pas. Bien sûr.

Mais le bracelet, lui, brille un peu plus chaud.

Et quelque part, dans une serre d'étoiles miniatures qu'on ne trouve plus, une boîte à musique reste parfaitement fermée, comme une promesse qui dort.

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Gravé
Qui a des signes ou dessins creusés dans une surface, comme une marque.
éternuement
Action de renvoyer d’un coup d’air par le nez et la bouche, brève et involontaire.
Serre municipale
Grand bâtiment en verre utilisé pour faire pousser des plantes, géré par la ville.
Translucides
Qui laissent passer la lumière sans permettre de voir clairement au travers.
Nervures
Petites lignes solides sur une feuille qui transportent eau et nutriments.
Cicatrices
Marques laissées sur une peau ou une écorce après une blessure ou une cassure.
Alcôve
Petit espace ou renfoncement dans une pièce, souvent intime ou caché.
Cuve
Grand récipient solide pour contenir un liquide ou un objet, comme un bassin fermé.
Capsule
Petit contenant fermé, souvent rond ou cylindrique, pour protéger quelque chose.
Lueur
Lumière faible et douce, comme une lueur dans le soir ou le brouillard.

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