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Histoire rigolote sur les copains 11 à 12 ans Lecture 25 min.

La troupe du côté cœur

Dans un atelier théâtral, une troupe d'animaux, composée de Zoé la Loutre, Nino le Castor, Rina la Pie, Gus le Lapin et Achille le Chat, se prépare à présenter une comédie pleine de quiproquos et de rires pour la Fête des Lumières, tout en apprenant à créer ensemble et à surmonter les imprévus. Leur amitié et leur créativité les guideront à travers des situations cocasses et touchantes.

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Au centre, Zoé la Loutre, avec son pelage brun et doux, sourit joyeusement en tenant un drap blanc au-dessus de sa tête. À sa droite, Nino le Castor rit en essayant d'ajuster une jupe colorée trop grande pour lui. À gauche, Rina la Pie bat des ailes, lançant des plumes en l'air avec un cri de joie. En arrière-plan, un théâtre coloré avec des rideaux rouges et des guirlandes de lucioles crée une ambiance festive. La scène montre les amis en répétition de leur pièce de théâtre, riant ensemble au milieu d'un nuage de plumes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — L'atelier s'allume

Zoé la Loutre bondit sur le plateau comme si le sol était un trampoline en mousse. Sa queue d'otarie — enfin, de loutre, mais une loutre qui a le sens du spectacle — faisait des cercles dans l'air.

— Bonjour la troupe ! On ouvre grand les oreilles, on ouvre grand les sourires, et on ouvre… le costume de Nino, parce qu'il est coincé, lança-t-elle en riant.

Nino le Castor, la mâchoire solide et les yeux doux, tirait justement sur une salopette trop étroite.

— C'est le fil, grogna-t-il, mais sans grognement méchant. Le fil est têtu.

— Je peux l'attraper ! cria Rina la Pie, dévalant depuis la passerelle avec une épingle brillante entre le bec. Rina aimait tout ce qui brille, même les idées.

— Doucement, Rina, fit Madame Hiboulette, la chouette responsable de l'atelier, d'une voix moelleuse. On ne pique que le tissu, pas les copains.

Gus le Lapin, oreilles en antennes, sautillait partout.

— On commence par les échauffements ? On répète le texte ? On rigole ? On respire ? On panique ?

— On respire, répondit Zoé en exagérant une inspiration. On inspire, on expire, on n'explose pas. Je montre.

Extravertie, Zoé adorait montrer. Elle se plaça au centre, bras ouverts.

— Amis, aujourd'hui, on prépare notre comédie pour la Fête des Lumières. Titre provisoire : Les Brumes du Bazar. Ou Les Bravos du Brouhaha. Enfin, un truc qui sonne rigolo. On va faire des exercices, des improvisations, et on va partager… tout. Les idées, les gâteaux, les trous de mémoire.

Achille le Chat tigré, yeux mi-clos et moustaches de tragédien, leva une patte.

— Et les grandes tirades poétiques, on les partage aussi ?

— Oh oui, Achille. Et on les réduit si besoin, répondit Zoé, clin d'œil complice.

Madame Hiboulette tapota un petit tambourin.

— En place. Côté cour… euh, pour ceux qui oublient, côté cour c'est à droite quand on regarde la scène.

— Côté cœur ? fit Gus, la patte sur le torse.

— Cour. Mais cœur me plaît bien, sourit Zoé. On va dire que côté cœur, c'est là où on joue avec sincérité. Donc partout.

Le vieux rideau rouge frissonna. Les planches sentaient la sciure et les histoires à inventer. Le petit groupe prit appui. Ils étaient prêts à tout, surtout à rire de tout.

Chapitre 2 — Le texte qui colle

Rina battit des ailes en apportant un paquet.

— Tadaaa ! J'ai apporté le script de la pièce que j'ai trouvé dans la malle du grenier. Il a l'air ancien et un peu collant, mais c'est vintage, non ?

Entre nous, ce n'est jamais la meilleure idée de confier la colle à un hérisson ni un script collant à une pie. Mais ce jour-là, ça paraissait parfait.

Nino ouvrit prudemment. Les pages du script s'accrochaient entre elles comme des feuilles amoureuses.

— Je… je tire doucement, dit Nino, qui ne détruit rien sans le vouloir. Voilà. Oups, deux pages sont collées ensemble. Et là… le numéro est… 3 collée avec 7. Original.

— C'est un script puzzle ! s'enthousiasma Zoé. On improvise. Achille, lis.

Achille prit une respiration immense.

« Il entre par la salle, il renifle, il boit du brouillard. » Hum.

Gus leva le nez.

— On boit du brouillard ? C'est de l'eau gazeuse, ça ?

— C'est de la poésie, déclama Achille avec sérieux.

— Attends, fit Zoé en fronçant le museau. Ici, c'est écrit « Il entre par la salle » en italique. C'est une didascalie, ce n'est pas une réplique.

— Une dida-quoi ? fit Rina.

— Une indication de jeu. On ne la dit pas, on la fait. Regarde. Je… j'entre par la salle.

Zoé descendit de la scène, traversa l'allée entre les fauteuils, fit un grand tour et remonta en faisant semblant d'aspirer des nuages. Elle renifla bruyamment.

— Mmm, délicieux brouillard à la vanille !

Gus pouffa. Madame Hiboulette hocha la tête.

— C'est bien, Zoé. L'exemple, toujours. On garde la vanille, ça met de la douceur.

Nino tourna une autre page.

— Ici, c'est écrit « Bruit de tonnerre ». Et juste après, « Elle sort en dansant sur une patate ». Une patate ?

— Une patte, corrigea Achille en plissant les yeux. La patte. L'écriture est tachée de confiture. Fraise, je dirais.

— Le script colle à cause de la confiture ! s'étonna Gus, comme si c'était la révélation du siècle.

— On fait avec, dit Zoé. On garde les taches. On garde les quiproquos. On garde le tonnerre, mais en version bouche.

Rina gonfla le bec.

— BRRRRRRROUM ! fit-elle. Le son vibra, puis elle éternua. Plume dans le nez.

— Bless you, fit Nino instinctivement.

— Merci, répondit Rina en secouant des plumes comme des flocons.

Ils éclatèrent de rire. Zoé leva la patte.

— Allez, on tente une scène. Achille, tu entres en reniflant le brouillard. Je fais la patate… euh, la patte. Rina fait le tonnerre. Nino, tu poses ce rocher en carton à côté. Gus, tu fais les voix mystérieuses.

— Et si je bafouille ? demanda Gus.

— On bafouille ensemble, promit Zoé. On inspire, on expire, on n'explose pas.

Ils jouèrent. C'était bancal et délicieux. Achille renifla trop fort, avala une miette de poussière, toussa, et Rina lança un BRRRRROUM si convaincant que la porte des coulisses claqua toute seule. Madame Hiboulette, cachée dans l'ombre, applaudit doucement.

— Il y a de la matière. Il y a surtout des rires. Continuez.

Chapitre 3 — Costumes à l'envers et salade d'entracte

Le lendemain, l'atelier se transforma en dressing chaotique. Rina avait amené des guirlandes, Nino des casques en carton, Gus une nappe à carreaux, Achille des capes sombres et une écharpe qui sentait la lavande.

— La mode, c'est une intention, déclara Achille. L'intention de briller.

— Moi je veux une veste avec des poches pour mes outils, dit Nino. Et des planches pour… euh… au cas où.

— J'ai compris « entracte », alors j'ai apporté des tartes, dit fièrement Gus, déposant trois tartelettes à la carotte. Une entarte à l'entracte, c'est presque pareil.

— Tu es un génie gourmand, sourit Zoé. On partage après.

Elle attrapa une cape, une ceinture, une couronne en bouchons. Elle se tourna et se retrouva… dans le costume d'Achille.

— Oh. Je brille. Beaucoup. Je ressemble à une boule à facettes.

— Ça te va très bien, dit Achille, flatté et sincère.

Nino, lui, enfila par erreur une jupe à volants.

— Oups. Ce n'est pas ma taille.

— Si, si, c'est ta taille d'audace, répliqua Zoé. Et j'adore.

Gus, en cherchant son gilet, se prit les pieds dans une guirlande. Il tourbillonna, se retrouva coincé, oreilles enroulées, l'air d'un paquet cadeau.

— On ne bouge pas, dit Zoé avec douceur. Rina, à toi la libération.

— Tic tac, fit Rina en déliant la guirlande d'un geste aussi rapide qu'affectueux. Voilà.

Ils rirent encore. Les petites catastrophes devenaient des feux d'artifice de blagues. Et puis vint le moment de la scène de la « tempête de plumes ». Sur le script tacheté, il était écrit « vol de plumes ». Rina avait compris « volleys de plumes » et avait amené un sac entier.

— On les lance en rythme, proposa Zoé. Comptez.

— Un, deux, trois, plumes ! cria Gus. Sauf que sa patte accrocha le sac. Les plumes s'envolèrent toutes en même temps, comme un coussin qui éternue. Un nuage de blanc et d'argent, partout. On n'y voyait plus rien. Achille éternuait en alexandrins.

— A-ATCHOUM ! Je dis adieu, poussière, à tout ce qui me gêne — A-ATCHOUM !

Rina riait si fort qu'elle n'arrivait plus à brroumer. Nino secouait sa jupe à volants et des plumes se coinçaient dans les volants, ce qui était très chic. Madame Hiboulette cligna des yeux, patiente.

— Pause plume, fit Zoé en levant les bras. On inspire. On expire. On n'explose pas. On transforme l'accident en numéro.

— On fait la chorégraphie des éternuements ? proposa Gus, ravi de son idée.

— Oui ! approuva Zoé. On suit la musique de… euh… nos nez.

Ils répétèrent une séquence où chacun éternuait sur le deuxième « et » du quatrième temps. C'était précis et complètement fou. Et c'était joyeux. Entre deux « A-ATCHOUM », ils croquèrent dans les tartelettes. Partager, c'était aussi bon que de respirer.

Chapitre 4 — Le Quiproquodrome

— Aujourd'hui, annonça Madame Hiboulette, exercice du quiproquodrome.

— Le quipro… quoi ? demanda Nino, fasciné par le mot.

— Chemin des quiproquos. Vous prenez toutes vos incompréhensions et vous en faites des trésors. C'est l'art de jouer l'erreur avec coeur, expliqua-t-elle doucement.

— J'adore, s'exclama Zoé. Côté cœur, côté cour, c'est parti.

Elle décida de diriger l'échauffement, extravertie jusqu'au bout des moustaches.

— Premier quiproquo : « côté cour » et « côté cœur ». On va accoler des cœurs en papier d'un côté et des courges de l'autre, pour se souvenir. Rina, tu fais les cœurs. Nino, tu découpes des courges en carton. Achille, tu… oh, Achille, ne t'évanouis pas, ce sont des courges symboliques.

— Je ne m'évanouis pas, miaula Achille. J'interprète la mélancolie vitaminée.

— Deuxième quiproquo : « entracte » et « entarte ». Gus, tu es parfait pour une entrée spectaculaire avec une tarte imaginaire. On mime, on n'en met pas sur la figure.

— Et si je rate ? demanda le lapin, déjà prêt à réussir.

— On rate ensemble, confirma Zoé.

— Troisième : « rideau ! » et « Rideau ? ». Hier, quand j'ai crié « Rideau ! », Rina a cherché une personne appelée Rideau dans les coulisses, raconta Zoé.

— J'avais presque trouvé, se défendit Rina. Il y avait un sac à dos qui s'appelait « Ridao ». Enfin, je l'ai baptisé.

— Résultat : on fait un sketch « Où est Rideau ? ». On tourne en rond, on cherche, on appelle, et finalement… le rideau attendait, bien sage, à sa place, sourit Zoé.

Ils entamèrent les improvisations. Gus entra côté courges en faisant semblant de tenir un plateau invisible.

— Entarte ! cria-t-il avec enthousiasme, puis il mima la tentation de lancer la tarte. Achille traversa avec sa cape en exagérant l'évitement dramatique.

— Non ! Mon maquillage invisible ! cria le chat, avant de fondre en un salut profond en direction de la tarte fantôme.

Rina, perchée, faisait « BRRRRROUM » quand il n'y avait pas de tonnerre, puis se taisait pile quand Nino déclenchait un tonneau qui roulait pour imiter le vent. Quiproquos en cascade. Il y eut une scène où Zoé lisait la didascalie à voix haute, exprès.

« Elle baisse la voix », déclama-t-elle en baissant vraiment la voix. Puis elle ajouta, hilare : — Pardon. C'était trop tentant.

Madame Hiboulette battit doucement des ailes.

— Faites-en la matière de votre comédie. Vous êtes ensemble. Vous êtes synchronisés parce que vous vous écoutez.

Zoé posa sa patte sur un coffre.

— Alors, plan d'attaque. Scène 1 : Le Brouillard à la vanille. Scène 2 : La Tempête des éternuements. Scène 3 : Où est Rideau ? Scène 4 : Le Bal des Quiproquos. Scène 5 : On s'explique et on rit encore plus. Et à la fin, on chante. Doucement. Tous ensemble.

— Une chanson douce ? souffla Gus, déjà rasséréné par l'idée.

— Douce comme la rivière, répondit Zoé. Je la commencerai, vous me suivrez. Et on finira à voix basse, pour que les lumières se couchent.

— C'est très beau, approuva Achille, sincère. Et je peux faire un solo discret de soupir au milieu.

Ils éclatèrent de rire. Et ils se mirent au travail, chacun à sa juste place, chacun un peu partout aussi. Parce que, finalement, côté cœur, c'est partout.

Chapitre 5 — Soirée des Lumières

La Fête des Lumières avait envahi le théâtre. Des lucioles dressées en guirlande clignotaient doucement au-dessus des gradins. Le public, tout en pelages, plumes et écailles, chuchotait en frétillant.

Derrière le rideau, Zoé passait ses amis en revue.

— On inspire, on expire…

— On n'explose pas, répondirent-ils en chœur, avec un sourire.

Rina vérifia ses plumes, Nino ajusta une planche, Achille prit une pose digne, Gus fit un mini-saut sur place pour évacuer un peu d'angoisse, Madame Hiboulette leur envoya une onde de calme avec ses grands yeux d'ambre.

— Psst, fit Nino. Le décor de la rue brumeuse… il est où ?

Achille fit un signe mystérieux.

— On m'a dit « noir complet » en début de scène, alors j'ai… eh bien… j'ai roulé la toile de décor et je l'ai cachée pour que ce soit… plus noir.

— Tu as caché le décor ? répéta Zoé, partagée entre le fou rire et l'urgence.

— Oui. C'était un geste artistique.

— C'est un geste qu'on va rattraper artistiquement, répliqua Zoé, posée. Nino, on crée une brume avec ton drap blanc et la machine à bulles. Rina, tu fais le tonnerre chuchoté. Gus, tu souffle la vanille, tout doucement : « vanille… vanille… ». Achille, tu entres en reniflant la brume invisible. Ça marchera.

— D'accord, d'accord, d'accord, répéta Gus en rythme, comme un tambour de lapin.

Le tambour de Madame Hiboulette tinta. La musique commença. Le rideau s'ouvrit.

Scène 1. Zoé, drap en l'air, tournoyait. Les bulles naissaient et s'éteignaient en éclats timides. Rina murmura des « brrroum » tout doux, comme un ronron de nuage. Gus souffla des « vanille… vanille… », qui firent rire même les plus sérieux des blaireaux au premier rang. Achille entra, renifla, et prit un air immédiatement ému.

— Ce brouillard a le parfum des départs… et des desserts.

Le public applaudit. On entendit un « miam » quelque part. Scène réussie.

Scène 2. La Tempête des éternuements. Ils avaient répété. Mais la machine à vent empruntée à la troupe des canards se mit en marche toute seule. Une bourrasque légère souleva des plumes des coulisses, un peu trop tôt. Gus ouvrit grand les yeux.

— On s'adapte, murmura Zoé avec un sourire.

Leur chorégraphie devint une danse presque sérieuse. A-ATCHOUM, A-ATCHOUM, dans un rythme étonnamment musical. Rina fit un roulement de tonnerre comme on caresse un tambour. Achille éternua en haïku. Nino fit chuinter un ruban de soie pour imiter la pluie. Le public riait et applaudissait, pas pour se moquer, pour participer. Ils riaient ensemble.

Scène 3 : Où est Rideau ? Au moment précis où Zoé devait crier « Rideau ! », la corde accrocha son bracelet. La poulie resta bloquée. Le rideau refusa de bouger, capricieux.

— Rideau ? appela Zoé, hilare.

— Je crois que Rideau est timide, fit Achille avec gravité.

— Rina, peux-tu appeler ton ami Ridao ? plaisanta Nino.

— Ridao ! s'écria la pie. Rien ne vint. Alors elle attrapa une plume, la chatouilla doucement la corde. Le rideau, chatouillé, consentit à descendre d'un mètre. Le public poussa un « oooh » ému. Zoé utilisa ce mètre de rideau comme un accessoire. Elle se coiffa d'un pli, fit un nœud, salua. La blague devint poésie.

Scène 4 : Le Bal des Quiproquos. Ce fut un feu follet d'erreurs assumées. On confondit « salut » et « saluade » d'écrevisse, « texte » et « texteur » imaginaire, « coulisses » et « coulisses de rivière ». Nino construisit un mini-pont en trois gestes avec deux planches et un coussin. Gus tenta une entarte invisible que la patte d'Achille esquiva par un grand pas de danse. Zoé donnait le tempo, d'un regard, d'un geste, d'un mot : « Ensemble. Cœur. Oui. »

Le moment imprévu arriva pourtant. Un bruit de tonnerre, un vrai, gronda dehors. Les lucioles clignotèrent comme des étoiles nerveuses. Rina s'interrompit, surprise par la concurrence. Le public retint sa respiration.

Zoé fit un pas en avant, sans peur. Elle prit la patte de Gus, posa la sienne sur l'épaule de Nino, caressa l'air près des plumes de Rina, se plaça tout près d'Achille. Elle parla au public comme on parle à un ami.

— Parfois, la météo essaie d'entrer dans la pièce. Mais nous, on est déjà la météo du rire. On sème nos petites averses de gaffes, nos éclaircies de regards, nos arcs-en-ciel de partage. Vous restez avec nous ?

— Oui ! répondirent les spectateurs en chœur, des loutres aux pies, des tortues aux renards.

Madame Hiboulette essuya une larme minuscule. La scène s'illumina autrement, par les sourires. Et le tonnerre dehors s'éloigna, un peu jaloux.

Scène 5 : On s'explique et on rit encore plus. Ils intégrèrent leurs erreurs, les racontèrent, les miment. Achille avoua avoir caché le décor dans un élan de « noir complet ». Rires tendres. Rina expliqua qu'elle entend « cœur » partout, même dans « cour ». On entendit des « aww » attendris. Gus confia qu'il panique vite mais qu'avec eux, il panique en rythme, alors ça va. Nino montra sa jupe à volants, qu'il ne voulait plus quitter.

— Elle est pratique, dit-il. J'ai une poche pour mon mètre.

— Et moi, déclara Zoé, je déclare que notre troupe a un talent rare : on se rattrape en rigolant. Et on s'invente en écoutant. On se serre, on se sert, on se dessert… de la tarte à la carotte à l'entracte.

Le rideau, cette fois, descendit juste comme il faut, jusqu'à la hauteur de leurs genoux. Assez pour préparer la suite. La salle était prête, très prête, pour une fin toute en douceur.

Chapitre 6 — La chanson des lumières basses

La scène devint plus simple. Plus nue. On voyait les planches, quelques plumes oubliées, deux cœurs en papier, une courge dessinée maladroitement au fusain. Les lucioles, moins nerveuses, pulsaient comme une respiration. Zoé fit signe. Ils s'assirent tous au bord du plateau, pattes qui pendent, épaules qui se touchent à peine. Ils rapprochèrent leurs voix.

Zoé entonna, d'une voix claire et posée, un peu sourire au coin.

— Quand on s'emmêle, on rit un peu, un peu…

Rina prit la seconde voix, légère.

— Quand on s'embrouille, on rame à deux, à deux…

Nino ajouta une basse de rivière, CHCH, très douce, tandis que Gus posait une petite mélodie au milieu, hésitante puis sûre. Achille étira un filet de velours autour des mots.

Leur chanson, murmurée, était simple, comme une caresse sur un front qui a trop pensé. Et elle disait ceci, avec des mots faciles à retenir, alors que les lumières descendaient comme on tire une couette.

— On n'est pas parfaits, et c'est tant mieux,

— On se trompe exprès, un peu, un peu,

— On tient nos pattes, on tient nos vœux,

— On partage tout, le drôle, le mieux.

— On respire alors, on cherche l'air,

— On souffle fort, on rit la mer,

— On panique pas, on compte jusqu'à deux,

— On repart, tous, moi, toi, eux.

Le public s'était fait très silencieux. On n'entendait que la chanson, le souffle des amis, et, loin, une goutte de pluie sur le toit. Zoé ferma les yeux un instant, pour mieux sentir la troupe autour d'elle, leur chaleur, leur confiance. Elle enchaîna, un peu plus longuement, comme un fil qui s'étire sans casser.

— Même quand le rideau hésite

— Même quand la scène zigzague

— On s'invente une visite

— De blagues et de zigzags

— On s'appelle par nos prénoms

— On s'appuie sur nos saisons

— Et la lumière qui se pose

— Nous chuchote quelque chose…

Ils répétèrent, tout bas, tout bas, comme pour eux, mais tout le monde entendit :

— Ensemble, ensemble, ensemble…

Gus, qui parfois tremblait, ne tremblait plus. Il chanta :

— Si je trébuche, tu m'attrapes,

— Si je bafouille, tu t'adaptes,

— Si je m'emballe, tu t'alignes,

— On rit et… la peur s'éloigne.

Rina, petite pluie d'argent dans la voix, ajouta :

— Si je confonds cour et cœur,

— Je dépose des cœurs en chœur.

Achille, sans exagérer, posa ses mots comme on pose une main :

— Si j'en fais trop, vous me riez,

— Et je deviens juste assez.

Nino, solide, conclut sur un murmure grave et tendre :

— Je construis pont sur ton doute,

— Et on passe… coûte que coûte.

Zoé, la première à s'élancer, la première à ralentir, invita enfin le calme à tout envelopper. Elle chanta plus doucement encore, avec ce sourire qui allège les épaules :

— On garde une place, vaste et tranquille,

— Pour les silences et pour les fils

— Qui nous relient, qui nous relient,

— Et quand on rit… c'est réussi.

Ils tinrent la dernière note ensemble. Elle ne cria pas, elle ne se vanta pas. Elle se posa. Le rideau — enfin décidé — glissa lentement. Applaudissements. Pas des explosions. Des applaudissements qui ressemblaient à des étreintes polies. Le genre d'applaudissements qui disent : on a passé un excellent moment. Un moment qui va rester.

Derrière le rideau, ils se regardèrent, les yeux brillants mais calmes.

— On a bien joué, dit Rina en chuchotant comme si parler trop fort allait casser un sort.

— On a bien vécu, corrigea Nino en serrant son mètre.

— On a bien partagé, ajouta Gus avec un sourire qui n'osait pas s'arrêter.

— On a bien exagéré au bon endroit, soupira Achille, heureux.

Zoé leva sa patte, et tous posèrent la leur contre la sienne. Une étoile de doigts et de pattes. Elle souffla, malicieusement :

— On inspire, on expire…

— On n'explose pas, achevèrent-ils, rieurs et paisibles.

Madame Hiboulette entra sans bruit.

— Vous avez fait plus qu'une pièce, murmura-t-elle. Vous avez offert votre amitié. Et elle brille, sans faire mal aux yeux.

Ils rougirent un peu. Ils rirent encore. Et puis ils allèrent partager les dernières tartelettes de carotte en parlant à voix basse, comme on débriefe un trésor. Dans le silence doux du théâtre, qui respirait encore et qui gardait, dans ses fibres de bois, les pas, les plumes, les quiproquos et la chanson qui continuait de vibrer, très doucement, comme une promesse. Une promesse qu'ils se revoiraient demain. Pour rejouer, pour rire, pour s'entraider. Ensemble, ensemble, ensemble.

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