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Histoire rigolote sur les copains 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le grand programme équipe de l'embarcadère du canard

Trois amis improvisent un « programme ÉQUIPE » à l’embarcadère pour aider le capitaine Marcel, déclenchant une joyeuse pagaille de coopération, d’idées farfelues et de malentendus qui rassemblent tout le monde.

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Trois garçons de 12 ans sur un vieux banc en bois au bord d’une rivière : Léo, casquette de travers et sourire timide, colle une grande feuille d’autocollants jaune «ÉQUIPE» sur le dossier ; Max, cheveux blonds en bataille, se penche à gauche en mimant un «coin coin» avec enthousiasme ; Yanis, cheveux courts noirs, à droite, observe en retenant un rire. Petit embarcadère usé avec kiosque «Frites», mouette perchée, panneau penché «Traversée en barque» et gilets rouges empilés ; ambiance joyeuse, couleurs chaudes, textures papier découpé, arrière-plan rivière calme et barque amarrée. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

À l'embarcadère de la Petite-Rive, ça sentait la rivière, le bois mouillé et les frites du snack d'à côté. Les planches craquaient comme si elles racontaient des secrets à chaque pas.

Léo, 12 ans pile, était posé au bord, les jambes pendantes au-dessus de l'eau. Il avait une casquette un peu de travers, un regard curieux, et surtout… une feuille d'autocollants toute neuve. Au milieu brillait un gros sticker jaune avec écrit en lettres noires : « ÉQUIPE ».

— Je le garde pour un moment important, annonça Léo d'un ton solennel, comme s'il parlait d'un trésor national.

Max arriva en courant, essoufflé, avec son sac à dos qui tapait son dos comme une casserole rebondissante. Max, c'était le roi des idées trop rapides.

— Important ? Ici ? À part les canards qui se disputent une frite, je vois pas…

Yanis suivait, plus calme, mais avec un sourire prêt à partir. Yanis aimait observer avant de parler, puis lâcher une phrase qui faisait mouche.

— Peut-être qu'il attend la visite du Président des Péniches, dit Yanis, sérieux comme un juge.

— Très drôle, souffla Léo. Non. Je veux qu'on fasse un truc ensemble. Un vrai truc.

Il tapota l'autocollant « ÉQUIPE » du bout du doigt.

— On le colle quand on aura réussi… une mission.

Max se redressa aussitôt.

— Une mission ! J'adore. On vole une péniche ? On adopte un poisson ? On construit un pont ?

— On fait rien d'illégal, répondit Yanis. Surtout pas un poisson, ça mord.

Léo pointa du menton le petit kiosque près de l'eau. Une affichette pendait, de travers : « Traversée en barque — Départs toutes les heures — Capitaine Marcel ».

— On aide le capitaine, dit Léo. On organise le prochain départ. Propre, rapide, impeccable.

Max plissa les yeux.

— Ça a l'air… trop simple.

— Justement, murmura Yanis. Les trucs simples, c'est souvent ceux qui tournent bizarre.

Ils se regardèrent. Puis, comme si un fil invisible les tirait tous en même temps, ils se levèrent.

— Mission embarcadère, déclara Max. Code : “Frites et bravoure”.

— Code nul, soupira Yanis.

— Code validé, conclut Léo, déjà en marche.

Chapitre 2

Le capitaine Marcel était un monsieur à moustache impressionnante, avec une casquette de marin et des bras qui sentaient la corde et le savon. Il astiquait une barque blanche, petite mais fière, comme un canard bien coiffé.

— Bonjour, capitaine ! lança Léo.

— Ah, les trois moussaillons ! Vous revenez me piquer des gilets de sauvetage pour faire des batailles de ballons ?

— C'était une expérience scientifique, protesta Max. On testait… la flottabilité des ballons.

Yanis toussa pour ne pas rire.

Léo prit sa voix la plus sérieuse.

— On veut aider pour le départ. Faire une équipe.

Il sortit la feuille d'autocollants, la brandit comme un drapeau.

Le capitaine plissa les yeux.

“ÉQUIPE”… C'est joli. Mais ici, une équipe, c'est surtout : pas de panique, pas de course, et pas de cris. Et surtout, on écoute.

Max hocha la tête trop fort.

— On écoute ! On écoute tellement qu'on va entendre les poissons respirer.

— Très bien, dit le capitaine. Alors, mission simple : à 15 heures, départ. Vous vous occupez de la file. Une personne à la fois, on vérifie que tout le monde a un gilet, et on rappelle les consignes : on ne se lève pas, on ne met pas les mains dans l'eau, et on ne nourrit pas les mouettes.

À ce moment-là, une mouette passa au-dessus, en poussant un cri qui ressemblait à : « Donne-moi la frite, humain ! »

Max la regarda avec suspicion.

— Je sens qu'elle nous écoute aussi.

— Tout le monde écoute, ici, dit Yanis. Même les planches.

Léo chuchota :

— Si on réussit, autocollant “ÉQUIPE”.

Ils se mirent à leur poste près de la petite barrière qui guidait la file. Léo avait la feuille, Max prenait la posture du chef de gare, et Yanis avait l'air du videur le plus poli du monde.

Les premiers passagers arrivèrent : une dame avec un chapeau gigantesque, un monsieur avec un appareil photo, deux enfants surexcités, et un ado qui mâchait un chewing-gum comme s'il affrontait le monde entier.

Max se racla la gorge.

— Mesdames et messieurs, bonjour. Bienvenue à bord de la… euh… barque du capitaine Marcel.

Yanis lui souffla :

— C'est pas une fusée, Max.

— Justement, dit Max. Ça manque d'ambition.

Léo sourit et se concentra.

— Un par un, s'il vous plaît. On met un gilet. On s'assoit. On ne donne pas à manger aux mouettes.

La dame au chapeau leva un doigt.

— Et si la mouette a faim ?

— Alors elle apprend la patience, répondit Yanis, avec un sérieux délicieux.

Les passagers gloussèrent. Tout se passait bien. Trop bien.

Max se pencha vers Léo.

— Ça marche. On est des pros. Je propose qu'on colle l'autocollant tout de suite.

— Pas encore, dit Léo. Attends la fin. C'est plus… officiel.

Max soupira comme un acteur tragique.

— D'accord. On attend l'applaudissement.

Et c'est là que le premier malentendu se posa doucement, comme une chips qui tombe dans une flaque : un garçon du groupe de touristes, voyant la feuille d'autocollants dans la main de Léo, demanda :

— C'est pour nous, les stickers “équipe” ?

Léo sursauta.

— Hein ? Non, c'est… c'est pour…

Max, lui, entendit surtout : “stickers pour nous”.

Ses yeux s'allumèrent.

— Oui ! Euh… enfin… peut-être. C'est… un programme spécial.

Yanis leva un sourcil.

— Max, ne commence pas.

Mais Max avait déjà commencé. Et quand Max commence, il faut un frein d'urgence.

Chapitre 3

En moins de deux minutes, grâce à une phrase de Max trop enthousiaste et à des oreilles de touristes très prêtes à s'amuser, l'embarcadère se transforma en mini-fête.

“Programme spécial ÉQUIPE” ! répétait Max. On distribue des autocollants pour… euh… pour les gens qui coopèrent !

— Coopérer comment ? demanda le monsieur à l'appareil photo.

Max réfléchit à la vitesse d'un grille-pain en panique.

— En… en faisant une belle file. En souriant. En… en ne nourrissant pas les mouettes. Très important.

Les gens rirent et se mirent à exagérer. Ils se poussaient gentiment pour laisser passer les autres, ils annonçaient : “Après vous !” comme dans un film de chevaliers polis, et certains souriaient si fort qu'on aurait dit qu'ils avaient avalé des bananes.

Léo, lui, tenait sa feuille d'autocollants comme on tient un bol de soupe au-dessus d'un trampoline.

— Max… on en a qu'un, chuchota-t-il. Un seul “ÉQUIPE”.

— On improvise, répondit Max, tranquille. On le coupe en trois.

— Tu ne coupes pas un autocollant, dit Yanis. Ça fait des miettes d'équipe.

Une petite fille tira la manche de Léo.

— Monsieur, j'ai coopéré très fort. J'ai laissé passer mon frère même s'il sent les chips. Je peux avoir mon sticker ?

— Je ne suis pas monsieur, dit Léo, un peu rouge. Et… euh…

Derrière, d'autres voix s'élevèrent.

— Moi aussi, j'ai pas nourri la mouette !

— J'ai dit “bonjour” au bois !

— J'ai respiré doucement !

Max, ravi, se tourna vers Yanis.

— Tu vois ? On a créé une dynamique citoyenne.

Yanis soupira.

— On a créé une émeute de gentillesse. C'est plus dangereux, à long terme.

Le capitaine Marcel sortit de la barque, intrigué par le brouhaha. Sa moustache frissonnait.

— Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? On dirait une assemblée de pingouins enthousiastes !

Léo prit une grande inspiration.

— Capitaine, c'est un… petit malentendu.

Max leva la main.

— Mais un malentendu positif ! Les gens veulent un autocollant “équipe”.

Le capitaine fixa la feuille. Puis fixa Max. Puis refixa la feuille.

— Vous me dites qu'il y a un seul autocollant pour… tout ce monde ?

— Oui, dit Léo, minuscule.

— Et que vous avez annoncé une distribution ?

Max eut un sourire innocent.

— J'ai dit “programme spécial”. Ça sonnait bien.

Le capitaine se frotta le front.

— Bon. On va faire simple. Vous allez… trouver une solution.

— Une vraie mission ! souffla Yanis à Léo.

Léo hocha la tête. C'était leur moment important. Leur autocollant n'était pas juste un sticker. C'était un test. Et l'embarcadère les regardait.

Max tapa dans ses mains.

— Ok. Plan : on transforme tout le monde en équipe. Comme ça, un seul autocollant suffit… parce qu'il représente tout le monde.

Yanis le regarda, étonné.

— C'est presque intelligent.

“Presque” ? s'indigna Max.

Léo, lui, eut une idée.

— On fait un jeu. Une consigne drôle. Si tout le monde la fait ensemble, on annonce qu'ils ont gagné… une “mémoire d'équipe”. Pas besoin de stickers.

Max ajouta :

— Et on garde le sticker pour nous, évidemment.

Yanis murmura :

— Évidemment.

Ils se retournèrent vers la file. Léo monta sur un petit plot en bois, pas très stable, mais suffisamment pour se faire entendre. Le plot grinça comme un vieux rire.

— Attention tout le monde ! annonça Léo. Le “programme ÉQUIPE” continue !

Des yeux brillants se tournèrent vers lui. Même la mouette sembla ralentir.

— Pour gagner… euh… le niveau “ÉQUIPE”, il faut réussir une action collective.

Max souffla :

— Dis un truc simple, sinon ils vont demander des diplômes.

— Simple, oui. Voilà : à mon signal, tout le monde fait… le salut du capitaine. Main sur le cœur, puis main sur la tête, puis on dit : “Pas de frites pour les mouettes !” en chuchotant.

Un silence. Puis un éclat de rire général.

— C'est bizarre, dit l'ado au chewing-gum.

— C'est le principe, répondit Yanis. Sinon, ce serait l'école.

Les gens applaudirent, contents d'être dans un moment absurde. Même le capitaine Marcel croisa les bras, amusé malgré lui.

— Très bien, fit la dame au chapeau. Nous sommes prêts.

Léo leva la main. Le plot grinça plus fort, comme s'il encourageait.

— Un… deux… trois !

Et tout l'embarcadère chuchota en chœur, mains qui bougent dans tous les sens :

— Pas de frites pour les mouettes !

La mouette, vexée, lança un cri outré. On aurait dit : « Trahison ! »

Max éclata de rire.

— Elle a compris !

Le capitaine Marcel secoua la tête, mais sa moustache souriait.

— Bon. Maintenant, on embarque. Calmement. Une équipe, ça sait embarquer.

Chapitre 4

L'embarquement commença. Et là, la coopération devint presque… trop parfaite.

— Après vous !

— Non, après vous !

— Je vous en prie !

— Mais je vous en prie !

Ça ne bougeait plus. On aurait dit une compétition mondiale de politesse. La barque attendait, vide, comme un sandwich oublié.

Max souffla à Léo :

— On a créé un embouteillage de gentils.

Yanis ajouta :

— C'est nouveau. Ça mérite un prix.

Léo s'avança, les bras en avant.

— OK, stop. Pour coopérer, il faut aussi… avancer.

Le monsieur à l'appareil photo proposa :

— On peut faire une entrée en “formation équipe” !

Avant que Léo dise non, trois personnes se mirent côte à côte, tentant de marcher au même rythme. Résultat : elles se heurtèrent doucement, comme des caddies au supermarché.

La dame au chapeau essaya de passer. Son chapeau accrocha un panneau “Départs”. Le panneau se mit à tourner, à grincer, à glisser… puis tomba lentement, très lentement, comme au ralenti dans un film.

— Attention ! cria Max.

Le panneau tomba sur… un tas de gilets de sauvetage, qui s'écrasa avec un “flop” ridicule. Rien de cassé. Mais le bruit fit sursauter tout le monde, y compris la mouette qui lâcha… une frite volée, pile au pied de Yanis.

Yanis baissa les yeux sur la frite.

— Je n'ai rien demandé, dit-il, comme si la frite l'avait agressé.

Max se pencha.

— C'est un message. La mouette veut négocier.

Léo se massa les tempes.

— On se reconcentre. Capitaine, on gère.

Le capitaine Marcel pointa un doigt.

— Vous avez exactement… trois minutes avant le départ. Sinon, les gens vont croire que c'est une attraction.

— Ça l'est déjà, murmura Yanis.

Léo inspira, puis prit une voix claire.

— Nouvelle règle du programme “ÉQUIPE” : on embarque en suivant… le bruit du canard.

— Le bruit du canard ? répéta Max.

— Oui. Parce que… parce que j'ai pas d'autre idée.

Yanis souffla :

— Je peux faire le canard.

— Fais, dit Léo.

Yanis, très sérieux, fit un “coin” discret.

Max compléta avec un “coin coin” plus fort, beaucoup trop fier.

Quelques passagers rirent. Et, étrangement, ça débloqua la situation. Les gens suivirent le “coin”, avançant enfin, un par un, en file, comme si un canard invisible les guidait.

— Coin, dit Yanis, en faisant signe au prochain.

— Coin coin ! ajouta Max, comme un animateur de spectacle.

Léo, lui, vérifiait les gilets, retendait la barrière, ramassait le panneau tombé. Il bougeait vite, mais sans paniquer. Les planches craquaient sous ses pas comme un rythme de batterie.

Une fois les passagers assis, le capitaine Marcel fit un signe d'approbation.

— Pas mal, moussaillons. Même si j'ai maintenant un embarcadère qui répond au canard.

Max se rengorgea.

— C'est du management moderne.

Le capitaine leva un sourcil.

— Alors, qui vient avec moi pour la traversée ?

Les passagers se mirent à chuchoter : “L'équipe ! L'équipe !” comme si c'était le nom d'un groupe de musique.

Léo hésita. Puis il regarda l'autocollant “ÉQUIPE”.

— On vient tous les trois, dit-il.

— Dans la barque ? demanda Max, ravi.

— Oui. Mais on s'assoit. On ne fait pas le canard en pleine rivière, dit Yanis.

Max posa une main sur son cœur.

— Promis. Je ferai le cygne.

Chapitre 5

La barque s'éloigna doucement de l'embarcadère. L'eau était grise et brillante, comme un miroir qui aurait décidé de rire. Les rames faisaient “plouf… plouf…” et le monde semblait ralentir.

Les passagers étaient contents, encore secoués par le “programme ÉQUIPE”. Certains chuchotaient “pas de frites pour les mouettes” comme un mot de passe secret.

Max, assis, regardait l'autocollant dans la main de Léo.

— Bon. Maintenant qu'on a réussi, colle-le. Sur quoi ? Sur la barque ?

— Sur le front du capitaine ? proposa Yanis.

— Non ! protesta Léo. C'est notre truc, à nous.

Le capitaine Marcel les entendit et lança, sans se retourner :

— Pas sur la peinture, hein. J'ai déjà un autocollant “Je pêche donc je suis” qui refuse de partir depuis 2017.

Ils rirent. Même l'ado au chewing-gum eut un sourire, ce qui était peut-être un miracle.

Tout allait bien… jusqu'à ce que la barque passe près d'un panneau flottant : “Zone calme — pas de vagues”.

Max le lut à voix haute.

— Zone calme.

— Donc, on se calme, dit Yanis.

Max hocha la tête, puis chuchota à Léo :

— On se calme… mais on peut quand même respirer en équipe ?

— Oui, dit Léo.

Max inspira très fort, comme un aspirateur heureux. L'ado au chewing-gum le regarda, impressionné malgré lui, et fit pareil. Puis la dame au chapeau. Puis tout le monde.

En deux secondes, la barque était remplie de gens qui inspiraient ensemble, fort, très fort.

Le capitaine Marcel se retourna, inquiet.

— Pourquoi on dirait un troupeau de baleines ?

Yanis, très sérieux :

— Respiration d'équipe.

Le capitaine soupira.

— Tant que personne ne souffle sur l'eau.

Et évidemment… quelqu'un souffla. Un petit garçon, trop motivé, fit “pfffff” très fort. L'eau frissonna. Une mini-vague naquit, ridicule, pas dangereuse du tout, mais assez pour éclabousser Max au menton.

Max cligna des yeux, choqué.

— L'eau m'a attaqué.

Le petit garçon paniqua.

— Pardon ! Je voulais aider !

Léo leva les mains.

— Personne n'est en faute. C'est juste… un excès d'enthousiasme.

L'ado au chewing-gum murmura :

— C'est la première fois que je vois des adultes souffler sur une rivière.

— Moi aussi, dit la dame au chapeau. Et pourtant, j'ai vécu un carnaval de 1998.

Tout le monde rit plus doucement, comme si la rivière leur demandait de parler bas.

Le capitaine Marcel reprit la traversée, paisible.

— Bon. On va garder la “zone calme” vraiment calme, d'accord ? Une équipe, ça peut aussi être silencieux.

Max fit un mime de fermeture éclair sur sa bouche. Yanis fit pareil. Léo aussi.

Ils se regardèrent, les joues gonflées de rires qu'ils retenaient. Sur l'eau, le soleil faisait des tâches brillantes. La barque glissait. Ça faisait du bien.

Quand ils arrivèrent de l'autre côté, les passagers descendirent en saluant.

— Merci pour le programme ÉQUIPE !

— Merci pour le canard !

— Pas de frites pour les mouettes !

La mouette, justement, était là, sur un poteau, les plumes gonflées, comme vexée d'avoir été exclue d'un club.

Max la fixa.

— Elle nous en veut encore.

Yanis lui répondit très calmement :

— Tant pis. Elle avait qu'à coopérer.

Chapitre 6

De retour à l'embarcadère, la tension était retombée. Les planches craquaient plus doucement, comme si elles aussi étaient fatiguées de rire.

Le capitaine Marcel s'approcha des trois garçons.

— Bon. Vous m'avez mis un bazar… mais un bazar utile. Les gens étaient contents, personne n'est tombé à l'eau, et j'ai même entendu un monsieur dire que c'était “rafraîchissant”.

Max se tourna vers Léo, triomphant.

— Voilà. Mission accomplie. Sticker.

Léo sortit l'autocollant “ÉQUIPE”. Il le regarda une seconde, comme s'il était plus lourd qu'il n'en avait l'air.

— On le colle où ?

Yanis réfléchit.

— Sur un truc qu'on voit souvent. Qui nous rassemble. Qui bouge pas trop.

Max proposa aussitôt :

— Sur la mouette.

— Impossible, dit Yanis. Elle signerait pas le contrat.

Léo observa l'embarcadère. Le petit kiosque. Le panneau “Départs” rattaché de travers. La barrière de la file. Et, près du bord, un vieux banc en bois, un peu usé, où ils s'asseyaient toujours.

— Le banc, dit Léo.

Ils s'approchèrent. Léo colla l'autocollant au centre du dossier. Ça fit un petit “tap” satisfaisant.

Pendant une seconde, ils restèrent là, silencieux, comme si le banc venait d'obtenir une médaille.

Max posa la main sur l'autocollant.

— On est une équipe officielle maintenant.

— Officielle du banc, précisa Yanis.

Léo s'assit, puis fit signe aux autres.

— Venez.

Ils s'installèrent tous les trois, les épaules presque collées. Devant eux, la rivière continuait, indifférente et brillante. Le snack envoyait une odeur de frites, et la mouette, au loin, surveillait.

Max chuchota :

— Tu crois que les gens vont revenir demander d'autres autocollants ?

Yanis répondit :

— Ils reviendront pour le canard.

Léo tenta de rester sérieux, mais un sourire lui échappa. Puis un autre. Puis Max fit un petit “coin” discret, juste pour tester.

Yanis le regarda.

— Ne. Commence. Pas.

Max fit un “coin coin” encore plus discret, comme une confidence de canard.

Léo éclata. Yanis tint trois secondes, puis craqua.

Et là, sans prévenir, ils partirent tous les trois dans un fou rire énorme, un rire qui secouait le banc, qui faisait trembler l'autocollant “ÉQUIPE”, un rire qui donnait envie aux planches de craquer plus fort, à la rivière de cligner des reflets, et même à la mouette de tourner la tête, étonnée.

— Arrête, dit Yanis entre deux rires, c'est contagieux !

— Coin coin ! répondit Max, incapable de s'arrêter.

Léo essuya une larme de rire.

— On a vraiment fait n'importe quoi.

— Oui, dit Yanis, mais ensemble.

Ils respirèrent enfin, plus lentement. Le monde redevint calme. Les rires restèrent en eux comme une chaleur simple.

Le capitaine Marcel passa derrière, jeta un œil au banc, vit l'autocollant, et lâcha, pour lui-même :

— Pas de frites pour les mouettes… Quelle époque.

Les trois copains se regardèrent encore, le sourire tranquille, l'amitié bien accrochée, comme un autocollant qui ne se décolle pas. Puis, une dernière fois, juste une toute petite fois, Max chuchota :

— Coin.

Et ils repartirent tous ensemble, dans un dernier éclat de rire collectif.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Embarcadère
Endroit près de l'eau où on prend ou laisse des bateaux.
Craquaient
Faisaient un bruit sec, comme du bois qui se casse un peu.
Astiquait
Nettoyait en frottant pour rendre propre et brillant.
Barque
Petit bateau souvent ouvert et maniable sur l'eau.
Flottabilité
Capacité d'un objet à rester à la surface de l'eau.
Mouettes
Oiseaux qui vivent près de la mer et de la rivière.
Panique
Peur soudaine qui pousse à agir très vite et sans réfléchir.
Consignes
Règles à suivre expliquées pour être en sécurité.
Essoufflé
Qui respire vite parce qu'il a couru ou forcé.
Moussaillons
Jeunes apprentis marins ou enfants sur un bateau.
Coopération
Fait de travailler ensemble pour réussir quelque chose.
Embouteillage
Situation où tout est bloqué et n'avance plus.

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