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Histoire rigolote sur les copains 11 à 12 ans Lecture 34 min. (2)

Les explorateurs de pages et le merci perdu

Mila et ses amis décident de créer une pièce de théâtre dans leur bibliothèque, où ils explorent les mots et les "merci" perdus, tout en apprenant l'importance de l'écoute et de la solidarité. À travers leurs aventures, ils découvrent que chaque geste compte et que les mots doux peuvent tisser des liens précieux.

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Mila, une fille de 12 ans aux cheveux châtains bouclés et lunettes rondes, sourit avec des yeux pétillants. Elle porte un t-shirt jaune et un short en jean, tenant un carnet rempli de dessins. À ses côtés, Sami, 11 ans, avec des cheveux noirs en bataille et un grand sourire, fait une grimace, vêtu d'un t-shirt bleu et d'un pantalon cargo. Louna, 12 ans, avec des cheveux longs et lisses, porte une robe à fleurs et écrit sur un carnet. La scène se déroule dans une bibliothèque lumineuse avec des fenêtres laissant entrer la lumière, des étagères de livres colorés et des coussins au sol. Au centre, un tapis en forme de nuage invite les enfants à s'asseoir. Mila et ses amis préparent une pièce de théâtre, entourés de livres et de décorations faites main, riant et échangeant des idées dans une ambiance joyeuse. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Les idées qui chuchotent

Mila n'a que onze ans, mais dans sa tête les idées courent plus vite que des trottinettes en descente. Elle a une logique bien à elle. Elle dit par exemple que les nuages portent des pulls en laine, sinon ils auraient froid là-haut. Et quand on lui demande pourquoi elle met ses chaussettes dans sa trousse, elle répond très sérieusement que c'est pour garder au chaud ses crayons qui ont des mines fragiles. C'est comme ça, avec Mila, on rit sans se moquer, et on réfléchit un peu en souriant.

Ce mercredi, elle arrive en courant devant la bibliothèque du quartier, un bâtiment aux grandes fenêtres qui préfèrent les chuchotis à tout autre bruit. On le sait parce que, à l'entrée, un petit panneau a été écrit à la main: “Ici, les mots adorent qu'on leur parle doucement.” Mila adore cette phrase. Elle a décidé que les rayonnages sont des oreilles géantes qui frissonnent quand on chuchote près d'eux.

Elle retrouve ses amis: Louna, la plus organisée, avec son carnet et ses stylos qui cliquettent; Sami, grand, mince, toujours prêt à faire rire avec une grimace; Tessa, qui dessine des costumes partout, même sur les marges des devoirs; et Yanis, musicien à ses heures, qui tape des rythmes en claquant la langue. Il manque juste un personnage surprise du quartier: Choco, le chien tacheté qui comprend tout (ou presque) et se roule par terre si on prononce le mot “biscuit”.

— Alors, c'est aujourd'hui qu'on décide de notre pièce de théâtre, dit Louna en tapotant son carnet.

— Oui, confirme Mila. On la prépare ici, parce que la bibliothèque aime les chuchotis. Et une bonne pièce, ça commence toujours par un secret.

— Et par une liste, corrige Louna. Personnages, décor, intrigue.

Sami lève la main comme à l'école.

— Je propose une histoire de pirates… dans la bibliothèque. Des pirates qui chuchotent. Des chouchou-pirates.

— Des choupirates, ajoute Tessa, en écrivant déjà des petits bonnets rayés que les pirates pourraient porter.

Mila réfléchit, ses yeux plissés comme si elle cherchait des grains de lumière.

— On pourrait faire des explorateurs de pages, dit-elle doucement, des enfants qui voyagent d'un livre à l'autre en minuscule, en chuchotant pour ne pas réveiller les mots.

— J'adore, murmure Yanis. Et moi, je ferai les bruits du vent entre les pages. Fffft, fffft.

La porte automatique s'ouvre en soufflant, comme pour saluer l'idée. Dedans, l'air sent le papier et la poussière rassurante. Madame Plume, la bibliothécaire, lève le nez de derrière son comptoir. Elle a des lunettes fines et un chignon qui ne tient jamais tout à fait en place. Elle sourit en les voyant entrer, avec ce sourire qui dit “je vous fais confiance à condition que vous chuchotiez”.

— Mes petits chuchoteurs préférés, bonjour, souffle-t-elle. Quelles nouvelles aventures préparez-vous?

— Une pièce, répond Mila. Avec des explorateurs de pages. Et un chien. Peut-être.

— Chut? fait Madame Plume, mais c'est un “chut” doux comme une polka au ralenti. Elle leur tend une boîte transparente. Dedans, des stickers ronds, où “bravo” brille en lettres dorées. — Pour la motivation. Vous en collez un quand quelqu'un aide quelqu'un. Et on se chuchote “merci”.

Mila prend la boîte avec un sérieux d'archéologue.

— C'est exactement ce qu'il nous faut.

Ils s'installent à une table près des bandes dessinées. Les chaises grincent un peu, mais très vite la bibliothèque se détend. Le soleil dessine des rectangles jaunes sur le tapis. Chacun prend un rôle: Louna écrit, Tessa croque des idées de costumes, Yanis cherche dans les rayonnages des livres qui pourraient “jouer des décors”, Sami tente des voix.

— Et moi? demande Mila.

— Toi, dit Louna, tu es la logique. Tu trouveras des solutions quand on sera coincés.

Mila bombe un peu le torse. Elle aime être “la logique”, même si sa logique prend des chemins bizarres.

— Par exemple, dit-elle, si on n'a pas de rideau, on utilise des manteaux. Et s'il fait trop de bruit, on se met des chaussettes sur les mains.

— Ça, c'est pour tout à l'heure, rit Tessa.

À ce moment-là, un museau tacheté apparaît à la porte: Choco, queue en hélice. On dirait qu'il renifle les idées. Il s'avance à petits pas de velours (pour un chien, c'est rare), s'assoit, et les regarde.

— Choco! chuchote Sami. Viens, grand acteur!

Choco laisse échapper un petit “ouaf” qui ressemble à un “oui”. Madame Plume lève un sourcil amusé et fait signe que ça va, à condition que le chien respecte la règle des chuchotis. Choco hoche la tête. Ou il a juste démêlé une oreille. Difficile à dire.

Ils rient, tous sauf la bibliothèque, qui reste sérieuse mais heureuse.

Chapitre 2 — La bibliothèque qui préfère qu'on lui parle bas

Le plan est simple: l'équipe va répéter dans la salle Jeunesse, entre les albums et les romans d'aventures. On a déjà vu plus compliqué, mais pour Mila, ce qui compte, c'est l'élan. Elle étale des feuilles. Elle dessine un “plan des merci” en zigzag.

— Le “plan des merci”? demande Yanis.

— Oui. Chaque fois que quelqu'un aide, on passe un “merci”. Comme une balle. Et à la fin, on aura un collier de “merci” tout autour de la pièce. Comme un filet de pêche.

— Un filet de pêche à merci, répète Sami, et son sourire s'étire. C'est joli.

— Et nous avons les stickers “bravo” comme des étoiles qui s'allument, ajoute Tessa. On les colle quand un “merci” touche au cœur.

Madame Plume, qui fait semblant de ranger des dictionnaires, leur glisse à voix basse:

— Si vous avez besoin d'un décor, j'ai des cartons de vieux calendriers. Les chats qui prennent des poses héroïques, ça fait toujours son effet.

Mila la remercie. Louna note le mot “chats héroïques” sur son carnet. Choco jappe, discret, comme un applaudissement en velours.

La répétition commence. Tessa explique:

— Les explorateurs de pages veulent retrouver une phrase perdue. Une phrase qui s'est échappée d'un livre mystérieux. Sans elle, l'histoire reste en suspens. Comme un escalier sans marche du milieu.

— Oho, dit Sami. Et on la cherche?

— Oui. Dans les rayonnages. On écoute. On touche les dos des livres. On chuchote:

Il se penche à l'oreille de Mila et souffle:

“Est-ce que quelqu'un a vu la phrase?”

Mila frissonne. Elle a l'impression que les livres bougent un peu, amusés.

— Et Choco? demande Yanis.

— Choco est le chien des chuchotis. Il entend les mots qui se perdent. Il les garde au chaud dans sa queue. Enfin, pas vraiment, précise Tessa. Mais il les retrouve.

— Parfait! s'exclame Sami. Je fais le gardien de la bibliothèque qui parle trop fort. — Il se racle la gorge. — EHEM! EHEM!

— Chut, fait la bibliothèque, qui n'aime pas qu'on l'agresse. Enfin, c'est Madame Plume qui chuchote “chut”, mais l'effet revient au même.

La pièce prend forme. Louna organise. Elle distribue des répliques, petits papiers écrits à l'encre bleue. Mila lit la sienne: “La phrase perdue est un merci. Elle s'est échappée parce qu'on l'oublie trop souvent”. Mila sourit. C'est beau, ça.

— C'est une bonne idée, dit-elle. Le “merci” qui s'échappe et qu'on doit retrouver. Ça veut dire qu'on va devoir se dire merci vraiment.

— Voilà, conclut Louna. Et on garde les stickers “bravo” pour ceux qui rattrapent un “merci” au vol.

Ils se mettent à répéter. Ils chuchotent si fort qu'on dirait qu'ils crient tout bas. Sami fait un gardien qui parle trop fort, mais en chuchotant, ce qui est très étrange. Tessa fait glisser les calendriers de chats comme des rideaux secrets. Yanis invente une musique de bouche qui ressemble à des pages qui se tournent. Choco, lui, agit comme s'il comprenait: il pose une patte au bon moment, regarde la bonne étagère, secoue sa queue au moment où l'émotion monte. Mila a des étincelles dans les yeux. Elle dirige un peu, propose des solutions quand il reste un silence gêné.

— Pourquoi ne pas accrocher un sticker “bravo” sur la couverture du livre “mystère”? propose-t-elle. Comme ça, quand on le trouvera, on aura une petite lumière dorée dans les mains.

— Oui, approuve Tessa. Le sticker sera comme une tache de soleil.

Madame Plume glisse un sticker dans les mains de Mila avec un clin d'œil.

— Pour vous, parce que vous chuchotez merveilleusement.

— Merci, dit Mila. Elle donne le sticker à Louna, parce que c'est elle qui a tout noté. Louna le colle sur son carnet. — Non, attends, on le garde pour le livre, se reprend-elle. Elle le décolle doucement et le range. Ils rient. Le “merci” sort de sa bouche et file vers Madame Plume, qui l'attrape, surpris, comme une libellule.

— Merci, répond Madame Plume. Le “merci” repart vers Tessa, qui l'offre à Yanis, qui le lance à Choco, qui le renvoie d'un coup de queue à Mila.

— Merci, souffle Mila. La chaîne commence, légère.

Mais évidemment, il y a des quiproquos. Mila propose une idée très logique à sa manière:

— Pour se souvenir de chuchoter, on mettra des gants. Avec des doigts qui disent “chut”.

— Quoi? Des gants qui disent “chut”?

— Oui, des gants en laine. Quand on touche les livres, ça fait pas de bruit. Et si on a envie d'applaudir, on se tape sur les genoux. Silence garanti.

— On est en mai, dit Louna, mais… pourquoi pas?

Sami essaie dix façons de chuchoter “EHEM”. Il se fait prendre par un fou rire silencieux qui lui secoue les épaules. La bibliothèque, qui aime les chuchotis, se met à vibrer doucement. On dirait qu'elle rit aussi. Cette idée leur plaît. Ils finiront bien par tout coordonner.

— Je vais chercher des gants avec des doigts, annonce Mila. Elle sort en courant, avec Choco à ses trousses, car un chien d'aventure ne rate pas une quête.

Chapitre 3 — Choco, spécialiste des quiproquos

Dans la rue, l'air sent le pain chaud de la boulangerie. Les pavés forment des damiers où les ombres dessinent des pattes de géant. Choco, joueur, zigzague, mais il reste près de Mila. Il a compris que sa mission est importante: glaner des accessoires pour une pièce qui chuchote.

— On prend des gants et un foulard, dit Mila. Un foulard pour faire rideau. Peut-être des bonbons aussi, mais ça, c'est pour la fin.

Choco répond “wouf, wouf”, ce qui, dans sa langue, signifie “bonne idée, et si on avait aussi une ball… non, d'accord, on reste sérieux”. Ils croisent Monsieur Abdel, qui répare un vélo devant sa boutique.

— Ça roule, les artistes? demande-t-il.

— Ça chuchote, répond Mila. On prépare une pièce dans la bibliothèque.

— Une pièce? J'ai un vieux chapeau dans l'arrière-boutique, genre chapeau de détective. Ça irait pour votre histoire?

— Oui! Merci! Mila sent l'enthousiasme monter en flèche. Elle attrape le chapeau. Il a une plume coincée dans le ruban. — Je vous ramène ça après.

— Prends ton temps, dit Monsieur Abdel. Et caresse à Choco. Il lui gratte le cou. Choco ferme les yeux, heureux, et fait “wouf” doucement.

— Je transmets le “merci”, dit Mila très sérieusement. Elle prend le “merci” qu'elle a reçu de Madame Plume, le souffle dans ses mains, et le tend à Monsieur Abdel. Il rit et fait semblant de le mettre dans sa poche.

— Merci, jeune troupe!

Ils continuent. À la mercerie, Madame Véra, petite dame vive comme un oiseau, propose des gants fins en coton, “pour éviter les traces sur les livres” et un ruban bordeaux “pour nouer le foulard”.

— Merci! s'exclame Mila. On le dit doucement, pardon. Merci.

— Merci à vous d'animer la semaine, glousse Madame Véra. Elle offre un petit sticker en forme d'étoile. Pas “bravo”, mais presque. — Pour votre chapeau de détective. Ça lui ira si bien.

Choco jappe et reçoit une caresse. Il spotte au sol une petite balle verte. Ses yeux brillent. Il la pousse du museau vers Mila.

— Non, Choco, chuchote-t-elle. La bibliothèque aime les chuchotis. Pas les “boum”.

Choco la dépose avec un gros soupir. Puis il remarque un petit garçon qui tente de rattacher son lacet. Il dépose délicatement la balle à ses pieds, histoire de faire un heureux. Le petit lève la tête, étincelle de joie.

— Merci! lance-t-il.

Le “merci” rebondit. Mila le saisit au vol et le renvoie vers Madame Véra qui le renvoie vers Monsieur Abdel qui le renvoie vers Choco qui le renvoie à Mila. Ça va vite, les “merci”, ça fait du bien.

Sur le chemin du retour, ils croisent une affiche: “Soirée lecture-théâtre à la bibliothèque. Spectacle murmurant attendu vendredi. Venez écouter de près.” Mila lit très doucement, comme si l'affiche était timide. Elle a un frisson de trac, mais un bon trac qui chatouille.

— On va y arriver, Choco, dit-elle. Tu seras le meilleur chien des chuchotis.

Choco, enthousiasmé, se met à aboyer… trop fort. Mila soulève un doigt:

— Chut. Bibliothèque.

Alors Choco essaie un “ouaf” en chuchotant. Ça ressemble à un souffle. Ils éclatent de rire, en chuchotant.

De retour à la bibliothèque, l'équipe est installée autour d'une carte de la salle: les rayonnages comme des couloirs, les fauteuils comme des îles, le tapis comme une mer. Louna lève la tête en voyant le chapeau.

— Parfait pour l'explorateur en chef!

— Je veux bien, dit Sami, en essayant le chapeau. Il lui tombe un peu sur les yeux. — Je vais jouer à la fois le gardien et l'explorateur, mais en chuchotis. Ça va être sportif.

Tessa noue le ruban bordeaux sur le foulard. Elle pose les gants sur la table. Ils ressemblent à des oiseaux blancs posés au repos. Yanis organise des piles de livres par tailles pour créer un faux escalier, “l'escalier sans sa marche du milieu”, comme dans l'histoire.

— Attention aux spines, rappelle Madame Plume en passant. Euh… aux dos des livres. Elle se corrige, sourit.

— On fait attention, promet Mila. Elle colle le sticker “bravo” sur un livre très épais, relié de cuir, qui a l'air d'un coffre au trésor. — Ce sera notre livre mystère. Le sticker brillera un peu. Comme un phare.

— On a droit? demande Louna.

— Je vous le prête pour répéter, dit Madame Plume. Pour vendredi, on prendra une fausse couverture. Je vous fais confiance. Elle sait qu'ils ont un respect sacré pour les livres. Ce n'est pas le genre de troupe à déchirer une page.

La répétition reprend. Et les quiproquos avec. Yanis tape un rythme, mais oublie qu'il faut chuchoter. Il se met à faire “TAC TAC TAC” contre la table. Choco, croyant que c'est un jeu, claque ses pattes sur le tapis. Sami, pensant que c'est son signal d'entrée, surgit avec le chapeau à l'envers.

— Là-bas! chuchote-t-il en pointant le mauvais rayonnage.

— Non, là! chuchote Tessa. Elle montre le tapis.

— On cherche quoi, déjà? demande Yanis, en chuchotis: — La phrase perdue? Ou le ruban?

— La phrase perdue qui est un “merci”, murmure Mila.

— Ah oui, fait Yanis, qui note “merci = phrase, phrase = merci” sur sa main avec un crayon.

Ça cafouille, ça chuchote, ça rigole. La bibliothèque, indulgente, les regarde faire. On entend parfois un lecteur tourner une page, un soupir de satisfaction quand un chapitre se termine. Le monde dehors continue, mais ici, on tisse un filet de “merci”, un ruban bordeaux de rires.

Et quand quelqu'un aide, le sticker “bravo” change de place: il passe de la couverture au chapeau, du chapeau au carnet, du carnet à la patte de Choco, juste pour rire. On évite de trop coller, pour ne pas arracher des poils. Choco porte le “bravo” avec un sérieux d'ambassadeur.

— Il a l'air très fier, remarque Madame Plume.

— Normal, dit Mila. Il a attrapé au vol un “merci” qui allait tomber par terre. Il l'a rattrapé avec sa queue.

— Ah bon? demande Louna, sceptique.

— En quelque sorte, oui, répond Mila. Sa logique est une danse. On la suit parce que c'est joli.

Chapitre 4 — Le “merci” qui fait des tours

Vendredi approche. Il reste des réglages. Louna a mis au point un planning précis. On dirait une carte au trésor. “13h: décors en place. 14h: test chuchotis. 15h: répétition filée. 16h: eau pour tous. 17h: scène. 17h30: goûter partagé.”

— Le goûter, souffle Sami, c'est la vraie motivation. Il pense au cake au citron de sa grand-mère. Mila, elle, pense aux fraises. Tessa pense à des biscuits en forme d'étoiles. Choco pense à tout ce qui peut se manger. Et même à ce qui ne se mange pas, mais qui sent bon.

Pendant la répétition générale, des choses drôles se produisent. D'abord, le “merci” se met à circuler si vite qu'ils en perdent la trace. Tout commence quand Yanis trébuche sur l'escalier de livres. Il ne se fait pas mal, mais il enjolive la chute, en mode cinéma. Il se relève, un peu rouge.

— Merci, Tessa, dit-il, parce qu'elle l'aide.

— Merci, Louna, dit Tessa, parce qu'elle lui a tendu le ruban pour refaire la marche.

— Merci, Sami, dit Louna, parce qu'il lui fait une grimace pour détendre l'atmosphère.

— Merci, Mila, dit Sami, parce qu'elle le remet dans le bon sens de chapeau.

— Merci, Choco, dit Mila, parce qu'il a ramené avec le bout de sa patte le sticker “bravo” qu'on allait perdre.

— Wouf, fait Choco. Ce qui signifie “de rien, mais si quelqu'un a une friandise, je dis merci d'avance”.

Madame Plume, qui a surpris la chaîne, lance son propre “merci”:

— Merci à vous de prendre soin de la bibliothèque. J'en ai vu d'autres, mais des troupes qui chuchotent avec autant d'enthousiasme, rarement.

Le “merci” rebondit contre les étagères, on dirait. Il revient vers Mila. Elle l'attrape, le glisse dans sa poche imaginaire. Elle sent que cette phrase-là est celle qu'ils doivent retrouver. Dans la pièce, à la fin, quelqu'un dira “merci”, et ce sera la phrase perdue. Elle cligne des yeux, émue. Parfois, la logique surprenante de Mila se transforme en intuition.

Mais il y a encore des quiproquos. Louna a écrit sur son carnet “chut supérieur”. Elle voulait dire “chut super”, comme un petit rappel motivant. Mais Sami lit à voix haute:

“Chut supérieur”? Ça veut dire qu'il y a des chuts de différentes classes? Chut premier, chut deuxième, chut supérieur?

— Oui, explique Mila, très sérieusement. Le “chut supérieur” est le chut si doux qu'il te caresse l'oreille. Tu ne l'entends pas, mais tu le sens. C'est ma catégorie préférée.

— Évidemment, répond Louna, amusée. On en rira vendredi.

Tessa a cousu en vitesse une petite étoile en feutrine pour la coller sur le chapeau. Elle confond un instant le sticker “bravo” avec la feutrine et se retrouve avec de la colle sur le bout du nez. Choco la regarde avec une tendresse infinie et lui donne un coup de langue. Ils éclatent de rire en chuchotant.

— Bravo, murmure Yanis. Et merci à ton nez, Tessa. Il a fait un gag malgré lui.

— Mon nez te remercie, riposte Tessa, qui fait une révérence.

Quand enfin tout est prêt, ils se groupent autour de la table. Mila prend la parole:

— On a besoin d'un pacte. Dans notre pièce, pas de moqueries. On rit, oui, mais on rit ensemble. Si quelqu'un fait une erreur, on la transforme en aventure. Si quelqu'un oublie un mot, on lui en prête un. Si un “merci” s'échappe, on court après lui.

— D'accord, dit Louna. Elle tend la main au milieu. Les autres la posent par-dessus. Choco hésite, puis pose sa patte par-dessus les mains. Avec beaucoup de sérieux. La table craque un peu, mais le pacte est scellé.

— On y va, dit Sami. Il a le trac, mais un trac qui fait sautiller les orteils.

— On y va, répète la bibliothèque en silence.

L'heure arrive. Des voisins s'installent dans les fauteuils. Des enfants grimpent sur le tapis en se serrant, visiblement intrigués. Madame Plume ajuste ses lunettes. Le soleil descend et fait des triangles doux sur la moquette. Le monde entier semble retenu par un fil léger. Les chuchotis s'installent, comme une couette.

Chapitre 5 — Le murmure qui nourrit

La pièce commence. Une petite cloche invisible sonne, en réalité, c'est le carillon de la porte qui s'ouvre tardivement, mais on fait comme si c'était volontaire. Louna, en narratrice discrète, chuchote:

— Il était… — Elle s'arrête, sourit — Pardon. Aujourd'hui, quelque part où les livres aiment les chuchotis, des explorateurs cherchent une phrase perdue.

Elle a failli dire la formule interdite, mais elle s'est rattrapée. Ce petit accroc fait rire les voisins, en silence, comme une confiture qui bout doucement.

Sami, chapeau sur la tête, fait glisser le foulard-rideau avec une élégance surprenante. Tessa et Yanis créent des décors avec des livres, des calendriers de chats (les chats sont très héroïques, étonnamment) et des ombres. Mila conduit la troupe par des gestes discrets, ses yeux allumés comme des lucioles. Choco entre à son moment, ni trop tôt ni trop tard, avec le sticker “bravo” collé près de son collier. Le public sourit. Un chien acteur, ça ne court pas les rayonnages tous les jours.

La quête est simple: la phrase perdue s'est échappée du livre mystère. L'équipe cherche dans les poches des fauteuils (rien), sous le tapis (que de la poussière qui éternue en mode chuchotis), dans les titrettes des rayons (roman R, nouvelle N, poésie P). Des dialogues se tissent, rapides.

— Je l'ai vue filer, dit Tessa. Elle est passée par là, entre “Rires” et “Rivages”.

— Une phrase qui hésite entre rire et rive, murmure Yanis, c'est une phrase qui veut s'amarrer à un sourire.

— Chut supérieur, glisse Mila. Écoutez.

Ils ferment les yeux. On entend les pages respirer. C'est comme un souffle de forêt. Soudain, un petit bruit:

— Wouf.

— Choco, tu as trouvé quelque chose? demande Sami.

Choco s'immobilise, truffe en l'air. Il avance à pas de velours. Il s'arrête devant le livre mystère. Il a senti. Il pose sa patte. Le sticker “bravo” capte un rayon de lumière. Mila s'approche. Elle ouvre le livre. Rien ne tombe, évidemment. Ce n'est pas un lapin, c'est une phrase.

— Elle ne se voit pas, chuchote Louna. Elle se dit.

— Et elle s'échange, ajoute Mila.

Alors, très doucement, Mila se tourne vers ses amis, vers le public, vers Madame Plume, vers Choco, vers les étagères mêmes.

— Merci.

Le mot, chuchoté, résonne d'une façon étrange. Il voyage, léger, d'une bouche à l'autre. On le reprend, on le renvoie, comme une balle de papier qui volerait en silence. Un petit garçon dans le public chuchote “merci” à sa grand-mère pour l'avoir emmené. Sa grand-mère chuchote “merci” à Madame Plume pour l'accueil. Un voisin chuchote “merci” aux enfants pour le spectacle. Une petite fille chuchote “merci” à Choco pour sa révérence canine. Choco répond par un “wouf-bisou”, très maîtrisé. On se mord les lèvres pour ne pas rire trop fort.

Le “merci” fait des tours, c'est vrai. Il revient vers Mila, et là, elle comprend: la phrase perdue était là depuis le début. Elle s'était juste cachée derrière l'oubli. Il suffisait de la dire pour qu'elle existe vraiment. Et on ne la perdra plus, pas tout de suite, en tout cas, pas tant qu'on la partagera. Mila sent une chaleur dans le ventre, comme un chocolat chaud qui dit “tu es à ta place”.

Le spectacle se poursuit en petites scènes: l'escalier sans marche du milieu, où Sami manque de tomber de nouveau, mais se rattrape grâce à Tessa qui lui prête un “merci” en forme de main tendue. Les calendriers de chats qui se prennent soudain pour des tigres, mais des tigres timides, alors ça va. Yanis qui compose, en frottant doucement deux feuilles, un chant de papier. Louna qui guide, léger fil conducteur. Mila qui, à un moment, fait un aparté au public, un clin d'œil:

— Et si jamais vous perdez un merci, regardez près des choses simples. Les poignées de portes, les verres d'eau, les bonjours qui s'attardent. Les “merci” adorent se cacher là.

On rit avec elle. On sent, dans cette bibliothèque qui aime les chuchotis, quelque chose d'important et de doux. On se comprend mieux quand on parle bas. On se voit mieux quand on se passe la lumière.

Arrive la fin. D'habitude, c'est toujours un peu bruyant, la fin. On crie “bravo”. Là, on le chuchote. Et c'est encore plus fort, bizarrement, parce que chacun garde le mot près de son cœur. Madame Plume, les yeux brillants, leur fait signe d'approcher. Elle tend la boîte de stickers. Elle en colle un sur la manche de chaque enfant, et un sur le collier de Choco.

— Bravo, chuchote-t-elle. Bravo pour avoir fait de cette bibliothèque un théâtre de merci.

— Merci, répond Mila, au nom de tous. Et ce “merci” s'étire, s'étale, se partage. Il s'accroche aux sourires, aux oreilles attentives, aux mains qui se serrent.

— Et maintenant, annonce Louna, c'est l'heure du goûter.

La salle, doucement, se réorganise. Sur une table basse, des gobelets apparaissent. Des gâteaux, des fruits, des biscuits étoilés. Sami sort une boîte où le cake au citron repose, doré, parfumé. Tessa apporte des biscuits qu'elle a coupés en petites formes. Yanis a des tranches d'orange qui font des lunes. Louna a prévu des serviettes. Mila a des fraises dans un bol bleu. Et, surprise, Madame Plume sort un pot de confiture de figues “faite maison, à murmurer seulement” dit-elle.

— On partage? propose Mila.

— On partage, répond tout le monde.

Ils mangent en parlant doucement. Les mots ont un goût de sucre et de papier neuf. Choco reçoit un biscuit pour chien, spécial, et regarde les biscuits étoilés avec une dignité d'acteur. Il sait, au fond, que ce sont des étoiles pour les humains.

— Tu sais, dit Yanis en croquant dans une part de cake, j'ai compris un truc. Quand on chuchote, on écoute mieux.

— Et quand on écoute mieux, on rit mieux, ajoute Sami, la bouche pleine.

— Et on se comprend, conclut Louna.

— Et on se remercie, renchérit Tessa, qui tapote le bout de son nez. Elle a encore une trace de colle imaginaire. On ne sait jamais, ça peut resservir.

Mila regarde ses amis. Elle regarde Choco, qui s'est roulé en boule contre sa chaussure. Elle regarde la bibliothèque qui, peut-être, les regarde aussi. Sa logique surprenante lui souffle: quand des gens partagent un silence joyeux, c'est comme si on allumait une lampe qui n'éblouit personne. Un genre de soleil discret.

— Tu penses à quoi? demande Louna.

— À rien et à beaucoup, répond Mila. Je pense que nos idées ont couru très vite, mais ont fini par marcher doucement. C'est bien, parfois, de ralentir.

— C'est bien, réplique Louna. On pourrait faire une autre pièce, un jour, sur les secrets que les chaises se racontent la nuit.

— Ou sur les nuages en pulls, propose Sami.

— Ou sur un “pardon” qui s'est égaré, souffle Tessa.

— On verra, dit Yanis. Pour l'instant, on goûte.

Ils trinquent en touchant doucement les gobelets, pour éviter les “clink” trop bruyants. On entend des “mmh”, des “miam”, des “oh”. On entend surtout des soupirs heureux. La lumière a glissé sur la moquette. Elle ressemble à un plaid.

Avant de partir, chacun prend un sticker “bravo” supplémentaire. Pas pour les coller immédiatement. Pour les garder au cas où, comme des petites pièces de soleil de poche. Mila glisse le sien dans la couverture du livre mystère, là où la phrase perdue dormait. Elle murmure:

— Merci.

Madame Plume s'approche.

— Tu sais, dit-elle à Mila, ta logique à toi, elle a fait du bien à la logique des autres. Les chemins bizarres mènent souvent à de beaux endroits.

— Merci, répond Mila. Et c'est l'un de ces “merci” qu'on dit en regardant dans les yeux, pas trop longtemps, juste assez.

Ils rangent, ensemble. Les chaises retrouvent leur place. Les calendriers de chats héroïques retournent dans leur carton, fiers. Les livres, contents, se tiennent tranquilles, pleins de mots à prêter. Choco, en grand professionnel, va dire au revoir à la moitié du public. Il reçoit des grattouilles, des sourires, des promesses de future gloire.

Sur le trottoir, en sortant, l'air est doux. Les pavés respirent. On croise Monsieur Abdel qui lève le pouce, Madame Véra qui agite un ruban. Le quartier fait un clin d'œil.

— On se revoit demain? demande Sami.

— Demain, on commence à imaginer, dit Louna.

— Après-demain, on commence à rêver, ajoute Tessa.

— Et dimanche, on dort, propose Yanis.

— On chuchote, rectifie Mila. Même en dormant, on peut chuchoter un peu. On chuchote “merci”.

Ils rient, encore, mais plus doucement. Le soir commence. Il a une couleur de confiture de figues. Le chien, heureux, trottine. Les enfants, soudés, avancent. Le quartier, complice, leur prête la lumière des lampadaires. Et la bibliothèque, qui aime les chuchotis, garde le souvenir d'une troupe qui a fait voler un “merci” docile comme un papillon. Un “merci” qui a piqué partout, sans jamais blesser.

La bande se sépare au coin de la boulangerie. Une dernière poignée de main, des petites tapes sur l'épaule, des regards qui disent “à plus”. Mila rentre chez elle avec le cœur plein. Elle pose ses gants blancs, son chapeau à étoile, et le sticker “bravo” glissé dans un livre à elle, juste au bord de la page.

Avant de dormir, elle dit tout bas:

— Merci pour aujourd'hui.

Et dans le silence du soir, ce “merci” rebondit une dernière fois. Il se pose sur la table de la cuisine, glisse sur le tapis, s'assoit au pied du lit, remonte sur l'oreiller. Il s'endort avec elle. Demain, c'est promis, il se réveillera aussi. Parce que, dans ce quartier où les bibliothèques aiment les chuchotis, on sait que les mots doux sont des provisions pour longtemps. Et que le monde a toujours faim de cela. Alors on partage. Toujours. Et le goûter, et les rires, et ces petites phrases simples qui tiennent chaud.

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étoile
Corps céleste qui brille dans le ciel la nuit.
Chuchoter
Parler à voix très basse pour ne pas être entendu.
Murmurer
Dire quelque chose très doucement.
Quiproquo
Situation où on se méprend sur quelque chose, un malentendu.
Frissonner
Avoir des petits mouvements rapides à cause d'un sentiment comme la peur ou le froid.
Répétition générale
Dernière répétition d'une pièce de théâtre avant la représentation finale.

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