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Fantasy humoristique 11 à 12 ans Lecture 21 min. (1)

Le bouquet de plumes de Grésillon le dragonnet

Lina décide de rassembler des plumes de dragonnet pour offrir un merci à Grésillon ; avec l'aide de son frère Malo et de madame Roux, ils accomplissent de petites quêtes du quotidien pour gagner sa confiance.

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Lina, 12 ans, visage rond, taches de rousseur, cheveux châtain clair en tresse lâche, tend un petit bouquet de plumes colorées attaché d’une ficelle; son grand frère Malo, ~14 ans, cheveux en bataille, bras croisés, mi-amusé mi-soupçonneux, se tient en retrait à gauche; le dragonnet Grésillon, taille d’un gros chat, peau vert mousse, plumes rouge-orpiment et regard malicieux, reçoit le bouquet posé devant sa boîte-trésor sur un balcon étroit au-dessus d’une boulangerie (plancher en lattes usées, coussins, boîte métallique cabossée avec une chaussette-renne, vitrine à pain éclairée en contrebas); madame Roux, boulangère d’environ 50 ans, ronde et chaleureuse, tablier poudré de farine, sourit depuis la porte-fenêtre ouverte en tenant une chouquette; ciel nocturne lumineux avec une étoile filante en haut à droite, lampadaires et façades délicatement dessinés en arrière-plan; ambiance tendre et drôle, palette pastel avec touches dorées et rehauts blancs pour l’éclat des plumes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La boîte à trésors qui sent le carton

Lina avait onze ans et un talent rare : elle savait rendre service même aux objets. Si une chaise grinçait, elle lui parlait gentiment. Si une boîte refusait de s'ouvrir, elle négociait. Ce qui agaçait son grand frère, Malo, spécialiste mondial du soupir.

Ce mercredi-là, Lina triait son « coffre d'aventures », une vieille boîte à chaussures décorée d'autocollants de licornes qui avaient connu des jours meilleurs.

— On dirait une licorne malade, commenta Malo en passant.

— Elle est en convalescence, répondit Lina sans lever les yeux.

Dans la boîte, il y avait des trésors de tous les jours : un bouton doré, une bille qui ressemblait à un œil de chat, un caillou en forme de cœur et… une plume minuscule, rouge-orangé, qui chatouillait la lumière.

Lina la prit délicatement. Elle était chaude, comme si elle venait de sortir d'un four… ou d'un dragonnet.

— Plume de dragonnet, murmura-t-elle.

— Plume de pigeon flambé, ricana Malo.

Mais Lina avait lu assez de livres pour savoir une chose : les plumes de dragonnet sont des affaires sérieuses. Elles ne servent pas à impressionner, ni à faire des déco de cahier. Elles servent surtout à… on ne sait jamais. Et justement, Lina adorait les « on ne sait jamais ».

Elle se rappelait aussi une rumeur : dans leur ville, au-dessus de la boulangerie de madame Roux, vivait un dragonnet « domestiqué ». Un dragonnet, c'est comme un chat, si le chat crachait parfois de petites étincelles et volait sur trois mètres en éternuant.

Lina rangea la plume dans une enveloppe, écrivit dessus « À ne pas mâchouiller », puis se leva d'un bond.

— Malo, mission importante.

— Je suis occupé à ne rien faire, c'est très prenant.

— Je veux rassembler des plumes de dragonnet. Plusieurs. Une collection.

Malo la regarda comme si elle venait d'annoncer qu'elle élevait des nuages.

— Pourquoi ?

Lina haussa les épaules.

— Parce que c'est simple. Une plume, ça tient dans la main. Ça ne demande pas de chargeur.

Et, dans sa tête, il y avait une idée douce : offrir un petit bouquet de plumes au dragonnet lui-même, pour le remercier d'exister. Parce que quelqu'un devait bien le faire.

Elle enfila son sac, glissa un paquet de biscuits dedans (les dragons aiment les biscuits, c'est logique : ça croustille), et partit.

Derrière elle, Malo soupira encore plus fort.

— Je viens, dit-il. Au cas où tu tenterais de monter sur un pigeon géant.

— Merci, répondit Lina. Tu es serviable quand tu veux.

— Non, je suis curieux. C'est différent.

Ils sortirent dans la rue, où le quotidien avait l'air tout à fait normal. C'était là, le meilleur endroit pour la magie : au milieu des vélos, des pots de fleurs et des gens qui pensent qu'il ne se passe rien… alors qu'un dragonnet a peut-être un nid au-dessus des croissants.

Chapitre 2 — La boulangerie qui pétille

La boulangerie de madame Roux sentait le pain chaud et la confiture. Sur la porte, une clochette tintait comme une petite fée enrhumée.

— Bonjour, mes petits pains au chocolat ambulants ! lança madame Roux. Qu'est-ce que je vous sers ?

Lina s'approcha du comptoir. Il y avait des éclairs, des chaussons aux pommes, et une brioche qui ressemblait à un oreiller.

— Euh… je voulais vous demander quelque chose, dit Lina. Une question… un peu… soufflante.

Malo pouffa.

— On cherche des plumes de dragonnet, annonça Lina avec le sérieux d'une reine en pyjama.

Madame Roux ne cligna même pas des yeux. Elle posa une baguette comme on pose un secret.

— Ah, le voisin du dessus.

— Donc c'est vrai ? s'étrangla Malo.

— Bien sûr que c'est vrai. Vous croyez que ces croissants se dorent tout seuls ? répondit-elle, parfaitement calme. Enfin… presque tout seuls.

Lina sentit son cœur faire un petit salto.

— Il… il perd des plumes ?

— Parfois. Quand il se gratte. Ou quand il se vexe. Ou quand il essaie un nouveau chapeau et que ça coince.

— Un chapeau ? répéta Malo.

— Ne jugez pas, dit madame Roux. Vous, vous avez bien porté une fois un bonnet de bain à l'école.

Malo devint rouge comme une framboise prise en flagrant délit.

Madame Roux baissa la voix.

— Si vous voulez le voir, montez, mais soyez polis. Il s'appelle Grésillon. Il est petit. Il se croit grand.

Lina hocha la tête.

— On ne veut pas l'embêter. Je veux juste… rassembler ses plumes. Pour en faire quelque chose de simple. Un petit bouquet. Un merci.

Madame Roux eut un sourire qui faisait craquer les coins de ses yeux.

— La simplicité, c'est rare. C'est précieux. Tenez.

Elle leur donna un petit sac en papier.

— Des miettes de sucre. Ça calme les dragons. Et ça rend les enfants collants, mais c'est moins dangereux.

Ils montèrent l'escalier étroit qui menait au logement au-dessus. À chaque marche, l'air changeait. Ça sentait moins la baguette et plus… le feu de cheminée. Avec une pointe de savon, comme si quelqu'un avait essayé de laver une flamme.

Devant une porte, Lina toqua.

Un bruit de raclement répondit, puis un éternuement minuscule : « Atchiioum ! »

La serrure cliqueta toute seule. La porte s'ouvrit.

— Entrez ! cria une voix. Et essuyez vos pieds, je déteste les grains de sable. Ça fait tousser les trésors !

Ils entrèrent.

La pièce était un joyeux bazar : des coussins, des chaussettes roulées comme des serpents endormis, et au milieu… un dragonnet.

Il était grand comme un chat un peu fier. Sa peau tirait sur le vert mousse. Sur son dos, des plumes fines brillaient, comme des feuilles d'automne qui auraient appris à voler.

Grésillon les dévisagea avec un air grave.

— Qui êtes-vous ? Et pourquoi sentez-vous le biscuit ?

Chapitre 3 — Grésillon, dragonnet susceptible

Lina s'inclina, ce qui fit tomber son sac de biscuits. Un biscuit roula jusqu'aux pattes du dragonnet.

Grésillon le regarda comme on regarde une proposition de mariage.

— Hmm. Un hommage.

— Bonjour, dit Lina. Je m'appelle Lina. Lui, c'est Malo, il soupire beaucoup mais il ne mord pas.

— Je ne mords pas, confirma Malo, vexé de devoir confirmer.

Grésillon renifla le biscuit, puis le croqua avec délicatesse. Une petite fumée sucrée sortit de ses narines.

— Bon. Vous avez gagné dix points de politesse. Pourquoi êtes-vous là ?

Lina inspira. Elle avait répété dans sa tête, mais les mots se bousculèrent.

— Je… je voudrais rassembler des plumes de dragonnet. Les tiennes. Enfin, celles que tu perds. Pas les arracher ! Jamais ! Je suis serviable, pas une tondeuse.

Grésillon gonfla le torse, ce qui fit frissonner ses plumes.

— Mes plumes sont très demandées.

— Par qui ? demanda Malo.

— Par moi, répondit Grésillon, très sérieux. Et c'est déjà beaucoup.

Lina sourit.

— Je veux en faire un bouquet. Un merci. C'est tout.

Grésillon cligna des yeux, surpris, comme si on venait de lui offrir une chaussette assortie.

— Un bouquet… de plumes… pour moi ?

— Oui. Parce que tu existes, dit Lina simplement.

Le dragonnet remua la queue. Une étincelle tomba sur un coussin. Le coussin eut un petit trou et l'air de dire « Aïe ».

— Attention ! couina Malo.

— Je contrôle parfaitement mes étincelles, mentit Grésillon.

Il prit une pose noble.

— D'accord. Mais c'est compliqué. Les plumes, ça ne se donne pas comme des bonbons. Ça suit des règles.

— Quelles règles ? demanda Lina.

Grésillon leva une griffe.

— Règle numéro un : on ne ramasse une plume que si elle accepte d'être ramassée.

— Comment on sait ? demanda Malo.

— Ça chatouille, répondit Grésillon. Si ça chatouille, c'est oui. Si ça pique, c'est non.

Malo le regarda, perdu.

— C'est… très scientifique.

— Règle numéro deux : une plume doit être trouvée dans un endroit digne.

Lina observa le bazar.

— Digne comme… sous un canapé ?

— Sous un canapé royal, précisa Grésillon sans rire.

Lina hocha la tête comme si c'était évident.

— Et règle numéro trois : il faut accomplir de petites quêtes. Rien de dangereux. Du quotidien héroïque.

— Comme sortir les poubelles ? proposa Malo.

Grésillon réfléchit.

— Oui. Mais avec panache.

Lina se redressa, les yeux brillants.

— D'accord. Je fais les quêtes.

Grésillon sauta sur une pile de coussins, comme un roi sur son trône.

— Première quête : madame Roux a perdu sa cuillère à confiture. Sans elle, elle met la confiture avec une fourchette. C'est tragique. Retrouvez-la.

— Facile, dit Lina. On va la chercher.

— Et rapportez-moi… une chaussette propre, ajouta Grésillon.

— Là, c'est plus dangereux, murmura Malo.

Grésillon les escorta jusqu'à la porte, très important.

— Allez, héros du sucre ! Et souvenez-vous : la simplicité, c'est aussi ne pas mettre le feu aux rideaux.

— On va essayer, promit Lina.

En sortant, Lina aperçut, près du tapis, une petite plume tombée, légère, qui vibrait comme une note de musique.

Elle la ramassa. Ça chatouilla.

— Une ! souffla-t-elle.

Malo la regarda.

— Bon. D'accord. C'est un peu cool.

Chapitre 4 — La cuillère disparue et le sortilège des poches

En bas, madame Roux était en train de battre une crème avec une énergie qui faisait peur aux nuages.

— Alors ? demanda-t-elle. Il vous a mangés ?

— Non, dit Malo. Il a mangé un biscuit. On est encore entiers.

— Tant mieux. La cuillère, vous la trouverez peut-être près du four. Ou dans un endroit ridicule. Les objets adorent les endroits ridicules.

Lina et Malo fouillèrent derrière les sacs de farine, sous les plateaux, entre les pains qui refroidissaient.

— C'est bizarre, marmonna Lina. Une cuillère, ça se voit.

— Peut-être qu'elle est magique et invisible, dit Malo.

— Ou qu'elle est dans ta poche, répondit Lina.

— Je n'ai pas de poche.

— Tu as un sweat. Les sweats ont des poches secrètes.

Malo palpa son sweat, l'air offensé.

— Rien. Je suis innocent.

Ils cherchèrent encore. Lina commençait à se sentir bête. Une quête du quotidien, c'était censé être simple. Et pourtant, la cuillère avait l'air d'être partie vivre sa meilleure vie.

Soudain, Lina entendit un petit « clong »… très discret… du côté de la caisse.

Elle s'approcha. Une cuillère dépassait du pot à crayons.

— Voilà ! triompha-t-elle.

Madame Roux arriva, les mains sur les hanches.

— Ah ! Ma cuillère ! Mais… pourquoi est-elle là ?

Le pot à crayons trembla légèrement, comme s'il avait honte.

Lina plissa les yeux.

— Je crois que… les poches de la boulangerie sont bizarres.

Madame Roux sourit, comme si c'était une vieille histoire.

— Oh, ici, les objets se déplacent quand on pense trop fort. On appelle ça le Sortilège des Poches. Très pratique pour perdre ses clés.

Malo grimaça.

— Donc la boulangerie… vole des cuillères ?

— Elle emprunte, corrigea madame Roux. Et elle oublie de rendre. Comme Malo avec ma monnaie l'autre fois.

— C'était un accident ! protesta Malo.

Madame Roux prit la cuillère, soulagée.

— Grésillon sera content. Tenez, pour votre bravoure… une chouquette chacun.

Lina croqua. La chouquette croustillait, légère, parfaite. Simple.

— On remonte ? demanda-t-elle.

— Attends, dit Malo en désignant le sol.

Près du sac de farine, une plume était coincée, comme si elle avait voulu se faire discrète. Lina la prit. Ça chatouilla.

— Deux, chuchota-t-elle.

Malo la regarda comme si les plumes étaient des points dans un jeu.

— On va finir par lui faire un oreiller.

Chapitre 5 — La chasse à la chaussette propre

Remonter avec une cuillère, c'était facile. Trouver une chaussette propre, c'était une autre histoire. Un vrai donjon.

Dans l'appartement de Grésillon, le dragonnet les attendait en roulant des yeux.

— Vous avez la cuillère ?

Lina la lui tendit. Grésillon la prit comme un sceptre.

— Très bien. Madame Roux ne sombrera pas dans l'âge sombre de la fourchette.

— Et la chaussette ? demanda Malo, déjà fatigué.

Grésillon se frotta le menton.

— Une chaussette propre, c'est rare. Une chaussette propre, c'est noble. J'en ai besoin pour… euh… protéger mon trésor.

— Ton trésor ? répéta Lina.

Grésillon désigna une boîte en métal cabossée.

— Là-dedans, j'ai une chose très précieuse.

Malo se pencha.

— Quoi ?

— Un caillou qui ressemble à une tête de grand-père. Ne riez pas, c'est très émouvant.

Lina ne rit pas. Elle hocha la tête, respectueuse.

— On t'en trouve une.

Ils descendirent chez eux, traversèrent le couloir, et arrivèrent devant la porte de l'appartement. Là, un danger les attendait : le panier à linge.

Malo recula.

— Je refuse. Je ne suis pas formé.

— On n'a pas besoin d'être formés. On a besoin d'être… simples, dit Lina. On prend une chaussette, on la lave, on la sèche. Fin.

— Oui, mais… le panier à linge, c'est un monde.

Ils fouillèrent. Une chaussette semblait propre, mais collait légèrement. Une autre était propre, mais sentait la course d'endurance. Une troisième était propre… mais c'était une chaussette de Noël avec un renne qui souriait trop.

— On prend celle-là, dit Lina.

— Le renne me juge, murmura Malo.

Ils lavèrent la chaussette du renne à la main. Lina frotta, Malo essora, et l'eau devint grise comme un ciel qui a vu trop de devoirs.

Ils la séchèrent au sèche-cheveux. La chaussette gonfla et se mit à voler comme un ballon.

— On dirait une méduse, dit Malo.

— Une méduse de terre, répondit Lina.

La chaussette tomba sur la tête de Malo.

— Tu vois ? dit Lina. Elle t'aime bien.

— Elle me déteste.

De retour chez Grésillon, Lina présenta la chaussette comme un trophée.

Grésillon la renifla, très professionnel.

— Propre. Presque trop. C'est suspect.

— Elle a un renne, dit Malo.

— Un renne ! s'exclama Grésillon, ravi. Parfait. Le renne est une créature mythique du froid. Ça équilibrera mon feu.

Il enfila la chaussette sur sa boîte en métal comme une housse.

— Mon trésor est en sécurité.

— Et les plumes ? demanda Lina, timide.

Grésillon fit semblant de réfléchir, puis remua les épaules. Deux petites plumes tombèrent, comme si elles avaient attendu leur moment.

— Prenez. Elles ont décidé. Et puis… votre chaussette a du style.

Lina ramassa les plumes. Ça chatouilla, comme un rire.

— Quatre, murmura-t-elle, émerveillée.

Malo croisa les bras.

— Il te les jette dessus maintenant.

— Ce n'est pas jeter, corrigea Grésillon. C'est… pleuvoir avec dignité.

Chapitre 6 — Le bouquet, le quiproquo et le signe du ciel

Le soir, Lina étala ses plumes sur son lit. Elles brillaient doucement : rouge-or, vert tendre, une avec des reflets bleus comme une flaque propre. Elle les assembla avec une ficelle simple, celle qui servait d'habitude à attacher les cartons.

Malo entra, intrigué.

— C'est… joli, admit-il. On dirait un bouquet, mais qui ne va pas faner.

— C'est le but, dit Lina. Les choses simples durent.

Ils retournèrent chez Grésillon, avec le bouquet dans une petite enveloppe, comme un secret.

Grésillon ouvrit la porte avant même qu'ils frappent.

— Je vous ai sentis arriver. Vous avez une odeur de décision.

Lina tendit l'enveloppe.

— Pour toi. Merci… d'être là. Et de ne pas mettre le feu à la boulangerie.

Grésillon prit le bouquet, interdit. Pendant une seconde, il avait l'air tout petit, plus petit que ses propres rêves.

— C'est… c'est pour moi ?

— Oui, dit Lina. C'est simple. Pas besoin de sort compliqué.

Grésillon avala sa salive. Une étincelle sortit, mais cette fois elle ne brûla rien. Elle fit juste « plic » sur le sol, comme une goutte de lumière.

— Je… je vais le mettre dans mon trésor, dit-il d'une voix bizarrement douce. À côté du caillou-grand-père.

Malo pencha la tête.

— On peut le voir, ton trésor ?

Grésillon hésita, puis ouvrit la boîte protégée par la chaussette-renne. À l'intérieur, il n'y avait pas de pièces d'or. Pas d'épée magique. Pas de couronne.

Il y avait un caillou, un bouton, une capsule de bouteille, une photo froissée de madame Roux jeune… et maintenant, le bouquet de plumes.

— C'est tout ? lâcha Malo, déçu malgré lui.

Grésillon redressa la tête, offensé.

« Tout » ?! C'est énorme ! C'est la collection des choses qui comptent. Les choses simples. Les choses qu'on garde parce qu'elles nous font du bien.

Lina sourit.

— Je comprends.

À ce moment-là, une voix monta de l'escalier : madame Roux.

— Grésillon ! Tu n'aurais pas vu mon… oh !

Elle venait d'apercevoir le bouquet.

— Mes plumes de décoration ! s'exclama-t-elle. Je les cherchais pour ma vitrine !

Lina eut un hoquet.

— Quoi ?

Madame Roux s'approcha, les yeux brillants.

— Oui ! Les plumes de dragonnet, ça fait des vitrines magnifiques. Les clients adorent. Ça fait « artisanal-fantastique ». Je les ramasse parfois quand Grésillon éternue.

Grésillon toussa, très gêné.

— Je… je croyais que tu les trouvais naturellement.

— Je les trouve naturellement, dit madame Roux, imperturbable. Naturellement, je les ramasse.

Lina éclata de rire. Malo aussi. Même Grésillon finit par glousser, ce qui fit voler un coussin.

— Donc mon bouquet… c'est une déco ? demanda Lina, entre deux rires.

— Non, répondit Grésillon avec sérieux. C'est un merci. C'est mieux qu'une déco. Une déco, ça fait joli. Un merci, ça fait chaud. Et pas seulement parce que je suis un dragon.

Madame Roux posa une main sur l'épaule de Lina.

— Tu sais, on peut faire les deux. Un merci… et une vitrine. Mais d'abord, on garde ce bouquet pour Grésillon. Il l'a gagné. Avec panache.

Lina sentit quelque chose se détendre en elle, comme un nœud qui se défait.

Ils sortirent tous les quatre sur le petit balcon. La ville respirait doucement. En bas, la boulangerie brillait comme une lanterne.

Malo leva les yeux.

— Hé… regardez.

Une étoile filante traversa le ciel, rapide, claire, comme un clin d'œil qui aurait appris à courir.

Lina serra son enveloppe vide contre elle.

— C'est un signe, murmura-t-elle.

Grésillon hocha la tête, très solennel.

— Le ciel approuve votre simplicité.

— Ou alors, dit Malo, c'est juste une étoile filante.

— Les deux, répondit Lina. Ça marche souvent comme ça.

Et, pendant une seconde, tout fut simple : une fille serviable, un dragonnet susceptible, une boulangère calme, un garçon qui soupire moins… et un ciel qui, sans faire d'histoires, envoyait son petit salut lumineux.

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Convalescence
Période où une personne récupère après une maladie ou une blessure.
Négociait
Cherchait un accord en parlant calmement avec quelqu'un.
Dragonnet
Petit dragon, souvent décrit comme jeune et moins dangereux.
étincelles
Petites flammes brillantes qui sautent d'un feu ou d'une fumée.
Sceptre
Bâton que porte un roi ou une reine comme symbole de pouvoir.
Panache
Attitude fière et pleine d'élan, qui montre du courage ou du style.
Vitrine
Grande fenêtre d'un magasin où l'on montre les objets à vendre.
Sortilège des Poches
Expression pour dire qu'ici, les objets se déplacent comme par magie.
Cabossée
Qui a des bosses ou des creux à cause d'un choc ou d'une chute.

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