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Histoire d'extraterrestre 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Le drapeau qui parlait aux étoiles

Drako, un dragon soigneux, et sa voisine Mila découvrent un vaisseau extraterrestre qui les met au défi d’agir pour protéger leur village d’étranges perturbations. Ensemble, ils doivent trouver le courage d'affronter les adultes et de dévoiler la vérité derrière ces phénomènes mystérieux.

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Drako, un petit dragon vert aux écailles brillantes et aux yeux curieux, se tient au centre d'un jardin soigné, avec un drapeau d'amitié planté dans le sol. Il affiche une expression excitée et appréhensive, touchant le drapeau. À ses côtés, Mila, une fillette aux cheveux tressés, porte un pull coloré et un pantalon, son visage rayonnant d'enthousiasme alors qu'elle observe le ciel étoilé, un carnet ouvert à la main. Le jardin vibrant est rempli de fleurs colorées et de cailloux bien disposés, sous un ciel nocturne étoilé. Drako et Mila attendent l'arrivée d'un vaisseau extraterrestre, une lumière verte flottant au-dessus du terrain vague voisin, créant une atmosphère de mystère et d'aventure. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le petit drapeau

Dans le jardin derrière la maison en pierres grises, Drako lissait chaque brin d'herbe avec le bout de sa queue.

Il voulait que tout soit parfait.

Son jardin, c'était son trésor. Les bordures étaient alignées comme des soldats, les fleurs plantées par couleur, du bleu au rouge, et au milieu, un carré de terre bien ratissé.

Drako avait passé l'après-midi à le préparer.

Il se redressa, ses petites écailles vertes brillant sous le soleil du soir. Il plissa les yeux, plaça ses griffes bien droites sur le manche d'un minuscule drapeau qu'il avait fabriqué lui-même.

Le drapeau était étrange.

Sur le tissu blanc, il avait dessiné une main, une patte, et… une forme ovale avec deux antennes.

« Même si je ne sais pas à quoi ils ressemblent, ils comprendront que c'est un bonjour », murmura-t-il.

Il aligna le drapeau au centre du carré, le planta doucement, centimètre par centimètre, pour ne pas abîmer la terre. Il tapota soigneusement autour avec ses griffes, puis recula.

Le petit drapeau d'amitié se balançait dans la brise, fier comme un chevalier.

— Voilà, dit Drako. Si un extraterrestre passe par ici… il saura qu'il est le bienvenu.

Il avait entendu à la radio du village que des scientifiques avaient capté des signaux étranges venant du ciel. Personne ne savait ce que c'était. La moitié des adultes riaient, l'autre moitié avait l'air inquiet.

Drako, lui, y croyait.

Il s'assit sur une pierre plate, observa son drapeau et sentit une petite chaleur joyeuse dans son ventre.

— Tu crois vraiment qu'ils viendront pour ce bout de tissu ? demanda une voix derrière lui.

Il sursauta. C'était Mila, sa voisine, une fille aux cheveux sombres attachés en tresse, avec un carnet toujours coincé sous le bras.

— C'est pas “juste un bout de tissu”, protesta Drako. C'est un symbole.

— Un symbole de quoi ? fit Mila en s'approchant.

— De… de “bonjour sans peur”. S'ils sont perdus, je veux qu'ils sachent que, ici, il y a au moins quelqu'un qui ne les attaquera pas.

Mila plissa les yeux, observa le jardin, les cailloux alignés, le drapeau bien droit.

— Tu es vraiment le seul dragon qui ratisse même les cailloux, tu sais.

— Il faut être appliqué, répondit Drako, un peu vexé mais aussi fier. Si les extraterrestres arrivent dans un endroit mal rangé, ils penseront que tout est en désordre dans nos têtes aussi.

Mila haussa les épaules.

— Bon, ton “bonjour sans peur”, je le trouve plutôt mignon. Tu crois qu'ils savent lire les dessins ?

— Peut-être pas, dit Drako. Mais ils comprendront le geste.

Il leva la tête vers le ciel. Le soir tombait. Une première étoile brillait.

Une petite sensation étrange lui chatouilla la nuque, comme si quelque chose, là-haut, venait tout juste de le remarquer.

Chapitre 2 : La lumière au-dessus du terrain vague

Deux nuits plus tard, le village dormait.

Sauf Drako.

Il ne dormait jamais très bien quand le vent faisait vibrer les volets. Il s'était levé pour vérifier que tout était bien rangé dans sa chambre. Ses figurines d'astronautes alignées, ses livres classés par taille, ses pierres lumineuses posées en cercle parfait.

Puis, par habitude, il alla jeter un œil par la fenêtre qui donnait sur son jardin.

Le petit drapeau bougeait à peine. Rien d'anormal.

Il allait refermer les volets quand une lueur verte lui frôla les yeux.

Au loin, derrière les maisons, juste au-dessus du vieux terrain vague, une lumière tournoyait, silencieuse. Pas comme un avion, pas comme un hélicoptère.

Elle glissait, rapide, puis revenait en arrière, comme si elle cherchait quelque chose.

Le cœur de Drako battit plus vite.

— Oh non… oh oui… oh non… oh oui ! chuchota-t-il.

Il enfila son gilet, prit sa lampe frontale, rangea correctement sa chaise (on ne quitte pas une chambre en désordre, ça porte malheur, pensait-il) et se faufila dehors par la porte de derrière.

Le village était plongé dans un calme épais. Les lampadaires diffusaient une lumière jaune. Drako avança en silence dans les ruelles, ses griffes claquant doucement sur les pavés.

Arrivé près de la maison de Mila, il hésita, puis lança quelques cailloux contre la fenêtre du haut. Un visage endormi apparut.

— Drako ? Il est deux heures du matin, t'es sérieux là ? grogna Mila.

— Lumière verte bizarre. Terrain vague. Silence total. Viens.

Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Mila disparut et réapparut en moins d'une minute, en pull, pantalon, et lampe torche dans la main.

Ils traversèrent le village en courant, en évitant de renverser les poubelles. Le terrain vague s'étalait au bout de la dernière rue, derrière un grillage tordu. C'était un endroit oublié, rempli de carcasses de voitures, de vieux pneus, de broussailles.

La lumière verte tourbillonnait juste au-dessus.

— C'est pas normal, souffla Mila.

— Je sais, répondit Drako, la gorge sèche.

Ils passèrent par un trou dans le grillage, qu'ils connaissaient depuis toujours. L'herbe haute leur frottait les genoux. Une odeur de fer et de terre mouillée leur montait au nez.

La lumière descendit.

Plus elle approchait, plus Drako distinguait une forme. Ce n'était pas un simple halo. C'était un objet, rond, lisse, avec des lignes lumineuses qui pulsaient doucement.

Le “truc” se posa sans bruit au centre du terrain vague, entre deux carcasses de voitures.

— C'est… c'est… balbutia Mila.

— Une sorte de vaisseau, acheva Drako, bouche bée.

Un détail lui traversa l'esprit : il pensa soudain à son jardin bien rangé et à son petit drapeau. Et si… ?

Un pan du vaisseau s'ouvrit dans un souffle. Une rampe se déplia.

Un éclair de peur traversa Drako. Il sentit l'envie de s'enfuir. Mais ses pattes restèrent plantées dans la terre.

— On reste, dit-il d'une voix plus ferme qu'il ne se sentait. Ils ont peut-être besoin d'aide.

Mila le regarda de côté, surprise.

— D'accord… mais si je me fais enlever, tu viens me sauver.

— Marché conclu, répondit Drako.

Une silhouette apparut en haut de la rampe, éclairée par la lueur verte.

Chapitre 3 : Xil et les mots qui brillent

La silhouette descendit lentement.

Ce n'était pas un monstre baveux, ni un robot géant. C'était… petit. À peu près la taille de Mila. Son corps était comme formé de brume solide, légèrement translucide, avec des contours qui changeaient doucement. On distinguait un visage, deux grands yeux lumineux, et autour de sa tête, comme une couronne de petites étincelles.

Drako n'arrivait pas à savoir s'il avait peur ou si c'était juste… trop incroyable pour avoir peur.

La créature leva une main, paume ouverte, comme sur le dessin du drapeau.

Une bulle de lumière sortit de sa paume, flotta dans l'air, puis éclata doucement en lettres brillantes, justes au-dessus de leurs têtes.

« PAIX ? AMIS ? »

Les lettres restaient suspendues, tremblant légèrement.

— Il écrit dans l'air, souffla Mila. C'est… c'est trop cool.

Drako sentit son courage revenir.

— Paix, dit-il d'une voix claire. Amis.

Il leva à son tour sa patte, paume ouverte. Il hésita puis écrivit avec son doigt dans la poussière au sol : P-A-I-X.

La créature pencha la tête, puis ses yeux s'illuminèrent davantage. Une nouvelle bulle de lumière jaillit. Cette fois, les lettres se formèrent plus vite.

« JE SUIS XIL. JE CHERCHE LE SIGNE D'AMITIÉ. »

Drako sentit un frisson lui parcourir les écailles.

— Le… le symbole dans mon jardin… Le drapeau ! s'exclama-t-il. Tu l'as vu ?

Une autre bulle.

« SIGNE BLANC. MAIN. PATTE. ANTENNES. JE L'AI REÇU DANS LE CIEL. »

— Tu as… reçu mon drapeau dans le ciel ? répéta Drako, complètement perdu.

Xil fit un geste autour de lui. Ses doigts traçaient des formes invisibles qui laissaient des traînées de lumière.

Une image apparut comme un hologramme : le jardin de Drako, vu de haut, avec le petit drapeau au milieu, entouré de millions de points scintillants.

« VOTRE MONDE ÉMET DES ONDES. J'AI VU CE SIGNE COMME UN MESSAGE. JE SUIS VENU. »

Mila tourna lentement sur elle-même, regardant tout, comme pour être sûre qu'elle ne rêvait pas.

— Donc… tu as traversé l'espace parce qu'un dragon trop soigneux a planté un petit drapeau dans son jardin ? dit-elle.

— Apparemment, oui, répondit Drako, à la fois honteux et fier.

Xil les observait, ses yeux changeant de nuance, du bleu au violet.

Nouvelle bulle de lumière.

« MAIS IL Y A UN PROBLÈME. VOTRE VILLAGE A PEUR. PEUR DE NOUS. PEUR DE VOUS. PEUR DE CE QUI EST DIFFÉRENT. JE NE PEUX PAS ME MONTRER. »

Drako repensa aux adultes qui chuchotaient, aux rumeurs sur “les choses étranges dans le ciel” et même aux vieux du village qui disaient parfois : “On aurait peut-être dû jamais laisser un dragon s'installer ici…”.

Son ventre se serra.

— Tu n'es pas en sécurité, ici, dit-il doucement. Nous non plus, peut-être.

Mila serra son carnet contre elle.

— Qu'est-ce que tu veux, au juste ? demanda-t-elle.

Xil projeta une autre image. Un plan du village, vu de haut. Au centre, une zone grisée qui clignotait.

Ils reconnurent tout de suite : le terrain vague.

« SOUS LA TERRE, ICI, VOTRE MONDE ENVOIE DES ONDES DANGEREUSES. ELLES NOUS FONT MAL À TRAVERS LE CIEL. JE SUIS VENU VOIR SI VOUS LE FAITES EXPRES. »

Drako sentit ses pattes trembler.

— Mais… on n'en sait rien, nous ! On n'est que des gamins !

Xil fit une petite pirouette sur lui-même, comme un nuage qui tourbillonne.

« VOUS ÊTES LES SEULS QUI AVEZ ENVOYÉ UN SIGNE D'AMITIÉ. ALORS J'AI CONFIANCE EN VOUS. JE VOUS DEMANDE DU COURAGE. »

Drako inspira profondément.

Son drapeau avait vraiment attiré quelqu'un. Et maintenant, ce quelqu'un leur demandait d'être courageux.

Ce n'était peut-être pas ce qu'il avait prévu. Mais c'était là.

Chapitre 4 : Le secret du terrain vague

Xil les guida jusqu'au centre du terrain vague. Ses pas ne faisaient aucun bruit. Il semblait flotter à quelques centimètres du sol.

Autour d'eux, les carcasses de voitures ressemblaient à des bêtes mortes, des ombres tordues. La lune dessinait des reflets blancs sur la tôle.

Drako sentit sa queue se hérisser de nervosité, mais il continua d'avancer, une patte après l'autre. Il faisait attention à ne pas trébucher sur les pierres et les branches.

Xil posa sa main lumineuse sur le sol. Une onde verte se propagea, éclairant la terre comme si elle devenait transparente.

Sous leurs pieds, ils virent des câbles épais, des tuyaux, des boîtes métalliques.

— C'est quoi, ça ? chuchota Mila.

Xil fit apparaître des mots flottants au-dessus du sol.

« EXPÉRIENCES SECRÈTES. ONDES TRÈS FORTES. »

Drako reconnut le logo dessiné sur une des boîtes. Il l'avait déjà vu, sur la camionnette grise qui venait parfois à la sortie du village, tôt le matin.

— Le Centre d'Énergie… murmura-t-il. Les adultes disent qu'ils font juste des tests pour “améliorer l'électricité”. Rien de grave.

Xil secoua la tête. Les étincelles autour de son visage devinrent rouges.

« GRAVE POUR NOUS. PEUT DÉTRUIRE DES MONDES LOIN D'ICI. »

Mila serra les dents.

— On ne peut pas laisser ça comme ça, alors.

— On fait quoi ? On va voir le maire et on lui dit : “Bonjour, on a rencontré un extraterrestre translucide qui parle avec des bulles de lumière et il nous a dit que vous troublez la galaxie” ? fit Drako.

Mila le regarda.

Puis elle éclata de rire, un peu trop fort à cause du stress.

— Oui, dit-elle. On va avoir droit à un bon gros : “Allez donc dormir, les enfants”.

Drako sentit la peur et la colère se mélanger dans son ventre. Il fixa les boîtes métalliques sous la terre.

— Je ne sais pas encore comment, mais on va faire quelque chose, dit-il. On ne t'a pas appelé pour rien, Xil.

Xil s'approcha de lui. Une petite main de lumière se posa sur son épaule écailleuse. Drako sentit une chaleur douce se répandre dans tout son corps. Ses muscles se détendirent.

« JE PEUX AIDER. MAIS JE NE PEUX PAS AGIR DIRECTEMENT SUR VOTRE MONDE. C'EST À VOUS. »

Mila sortit enfin son carnet.

— D'accord. On va réfléchir. On a des cerveaux, nous, même si on n'est pas faits en brume lumineuse.

Elle griffonna à toute vitesse. Drako la regarda faire, impressionné. Elle dessinait un plan du village, du terrain vague, marquait les endroits où passaient les câbles.

— On n'a pas besoin que tout le monde croie aux extraterrestres, dit Mila. On a juste besoin qu'ils croient que ces machines sont dangereuses pour nous. Pour le village.

— Ce qui est vrai, ajouta Drako.

Il posa une griffe sur le carnet.

— On va trouver une façon de montrer le danger. Sans parler de Xil.

Mila releva la tête et lui lança un sourire.

— C'est là qu'on va avoir besoin de ton côté maniaque, Drako. Il va falloir être très précis.

Drako inspira. Il regarda une dernière fois les boîtes métalliques sous la terre. Puis il tourna les talons.

— On a une nuit pour préparer un plan, dit-il. Et demain, il faudra du courage. Beaucoup.

Xil les observa partir, ses yeux brillant doucement.

« JE RESTE PRÈS. SI VOUS AVEZ PEUR, PENSEZ À LA LUMIÈRE. »

Chapitre 5 : Le courage en plein jour

Le lendemain matin, le village ne parlait que d'une chose : des pannes étranges.

Les lampes clignotaient, les radios grésillaient, les écrans des téléphones affichaient des symboles incompréhensibles.

Drako et Mila s'échangèrent un regard.

Xil avait dû faire quelque chose. Pas dans leur monde directement, mais juste assez pour amplifier les effets des ondes.

— C'est le moment, dit Mila.

Ils se dirigèrent vers la place du village, où le maire parlait avec des techniciens du Centre d'Énergie. Tout le monde avait l'air agacé ou inquiet.

Drako sentit ses pattes devenir froides. Il pensa à retourner dans son jardin, à tout ranger encore une fois, comme si l'ordre du monde dépendait de ses cailloux alignés.

Puis il se souvint de la petite main lumineuse sur son épaule et de la phrase de Xil : “JE VOUS DEMANDE DU COURAGE.”

Alors il avança.

— Monsieur le Maire ! lança-t-il d'une voix plus forte qu'il ne l'aurait cru.

La foule se tourna vers lui. Il déglutit.

— Drako ? Qu'y a-t-il ? demanda le maire, surpris.

Mila le rejoignit, carnet à la main.

— On sait d'où viennent les pannes, dit-elle. Et ce n'est pas normal.

Les techniciens du Centre levèrent les yeux au ciel.

— Laissez-nous faire notre travail, les enfants, dit l'un d'eux.

Mila ouvrit son carnet et montra son plan du terrain vague, avec les câbles, les boîtes, et des annotations partout.

— Vous faites des expériences sous le terrain vague, dit-elle. Trop puissantes. Ça perturbe tout. Et pas que notre village, peut-être.

— Comment savez-vous ça ? demanda un technicien en fronçant les sourcils.

Drako prit une grande inspiration.

— Parce qu'on y est allés cette nuit, dit-il. On a vu vos installations à travers la terre. Et on sait que c'est dangereux. Pour nous. Pour d'autres.

Il ne pouvait pas dire “pour des mondes entiers”, sinon on le prendrait pour un fou. Il choisit ses mots avec soin, comme il alignait ses cailloux.

— Regardez les pannes, continua-t-il. Vous voyez bien que vous avez perdu le contrôle. Si ça dérape encore un peu plus, ça peut aller bien au-delà de ce village.

Un murmure parcourut la foule. Les gens se regardaient, inquiets.

Le maire fixa Drako, puis le carnet de Mila, puis les techniciens.

— Est-ce vrai ? demanda-t-il d'une voix grave.

Les hommes en combinaison grise échangèrent un regard gêné.

— Disons que… nos tests sont plus sensibles qu'on ne pensait, admit l'un d'eux. Mais tout est sous contrôle.

Comme pour lui donner tort, au même moment, le grand lampadaire de la place explosa dans un grésillement. Les villageois poussèrent des cris.

Drako sentit son cœur battre si fort qu'il aurait pu sortir de sa poitrine.

— Vous appelez ça “sous contrôle” ? lança Mila.

Le maire leva la main pour calmer tout le monde.

— Ça suffit, dit-il. On arrête les tests. Tout de suite.

— Mais, Monsieur le Maire… protesta un technicien.

— JE NE METTRAI PAS CE VILLAGE EN DANGER POUR VOS MACHINES, coupa le maire, soudain très ferme. Vous coupez tout, et vous emmenez ce matériel hors de notre territoire. Nous discuterons plus tard. Beaucoup plus tard.

Le silence retomba, lourd, puis rempli de soupirs de soulagement.

Drako sentit ses pattes trembler à nouveau, mais cette fois, ce n'était pas de peur. C'était comme si tout son corps vibrait d'une étrange fierté. Il avait parlé devant tout le monde. Il avait tenu bon.

Le maire posa une main sur son épaule.

— Drako, Mila… comment avez-vous su tout ça ? demanda-t-il avec douceur.

Mila hésita, puis lança un regard rapide vers le ciel, comme si Xil pouvait la voir.

— Disons que… quand on regarde vraiment les choses, on finit par les comprendre, répondit-elle. Il faut juste oser.

Le maire sourit, fatigué mais sincère.

— Vous avez eu du courage. Et vous nous avez peut-être évité une grande catastrophe.

Drako pensa à Xil, à ses yeux lumineux, aux bulles de mots.

Il espérait que, quelque part, très haut, il avait ressenti ce moment.

Chapitre 6 : Le village en paix

La nuit suivante, le terrain vague était calme.

Plus de vaisseau. Plus de lumière verte.

Mais quelque chose avait changé.

Les camions du Centre d'Énergie étaient venus toute la journée. Ils avaient démonté les boîtes métalliques, retiré les câbles, comblé les trous. Le terrain vague ressemblait à une grande plaie recouverte de pansements de terre fraîche.

Drako et Mila se tenaient près du trou dans le grillage.

— Tu crois qu'il est parti pour toujours ? demanda Mila.

Drako leva les yeux vers le ciel. Une étoile semblait briller plus fort que les autres.

— Je ne sais pas, dit-il. Mais je pense qu'il veille. D'une façon ou d'une autre.

Ils entrèrent dans le terrain vague, marchant entre les tas de terre. Tout paraissait plus tranquille, plus silencieux, mais pas inquiétant. Juste… vide.

Soudain, une petite lueur verte s'alluma au sol, devant leurs pieds.

Une minuscule sphère transparente flottait, comme une bulle de savon, mais qui ne se cassait pas. À l'intérieur, on voyait l'image du jardin de Drako, et au centre, le petit drapeau d'amitié.

La bulle éclata sans bruit, laissant dans l'air une phrase de lumière.

« MERCI. LES MONDES LOINTAINS SONT EN PAIX. VOTRE VILLAGE AUSSI PEUT L'ÊTRE. GARDONS LE LIEN. »

Un deuxième message s'inscrivit, plus petit.

« LE COURAGE, CE N'EST PAS NE PAS AVOIR PEUR. C'EST AVANCER QUAND MÊME. VOUS L'AVEZ FAIT. »

La lumière se dissipa doucement, comme une brume au soleil.

Mila resta bouche bée.

— On devrait inventer une nouvelle matière à l'école : “Correspondance intergalactique”, lâcha-t-elle.

Drako rit, les écailles de son ventre frémissant.

— Je suis partant. Mais je veux bien qu'on commence par quelque chose de plus simple, genre… “Comment planter un drapeau et changer le destin de la galaxie”.

Ils sortirent du terrain vague, le cœur léger.

Les jours suivants, le village retrouva peu à peu son rythme. Plus de pannes étranges. Plus de lueurs suspectes. Les gens parlaient encore un peu des tests dangereux, mais surtout, ils rendaient hommage “aux deux enfants qui avaient alerté le maire à temps”.

On leur demandait souvent : “Comment avez-vous su ?”

Drako répondait toujours la même chose :

— On a juste regardé ce que personne ne voulait voir. Et on a parlé. C'est tout.

Le soir, dans son jardin, Drako entretenait son petit carré de terre avec encore plus de soin. Il avait planté d'autres petits drapeaux, de toutes les couleurs, avec des dessins de mains, de pattes, de formes bizarres qu'il imaginait pour les autres mondes.

— Tu crois qu'ils les voient vraiment ? demanda Mila un soir, assise sur la pierre plate.

— Peut-être pas tous, répondit Drako. Mais au moins, ils existent. C'est comme allumer des petites lanternes dans la nuit. Même si tu ne sais pas qui les verra, elles brillent quand même.

Il fixa le village autour d'eux. Les maisons tranquilles, les lumières douces aux fenêtres, les volets entrouverts. On entendait au loin des rires, des casseroles, un chien qui aboyait.

Un village en paix.

Drako sentit une chaleur douce dans son cœur.

Il se dit que, quelque part, des mondes lointains respiraient plus calmement. Que d'autres êtres, peut-être, regardaient leur ciel en se demandant qui avait bien pu éteindre ce terrible grésillement dans l'espace.

Mila se leva.

— Tu sais, Drako… Il y a un truc que j'aime bien chez toi.

— Mon incroyable talent pour ratisser la terre au millimètre près ? proposa-t-il.

— Ça aussi, répondit-elle en riant. Mais surtout… tu as peur de plein de choses. Et pourtant, tu avances quand même.

Drako baissa les yeux vers ses pattes.

— C'est surtout grâce à Xil. Et à toi.

— Peut-être. Mais c'est toi qui as planté le premier drapeau, dit Mila. N'oublie pas ça.

Ils restèrent un moment silencieux, à regarder le ciel qui s'allumait d'étoiles.

Une brève lueur verte traversa la nuit, comme un clin d'œil.

Drako sourit.

— Salut, Xil, murmura-t-il. Ici, tout va bien.

Et dans son jardin parfaitement rangé, entouré de petits drapeaux d'amitié qui se balançaient doucement dans la brise, il sut que, pour la première fois depuis longtemps, la paix ne se limitait pas à son propre village.

Elle s'étendait, invisible et tranquille, jusqu'aux recoins les plus lointains du ciel.

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