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Histoire d'extraterrestre 11 à 12 ans Lecture 16 min.

Le petit loup et la danse des anneaux de Saturne

Lino, petit loup serviable, découvre de minuscules visiteurs venus de Saturne cachés dans le théâtre et les aide en apprenant une danse d’équilibre qui mêle musique, attention et amitié.

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Lino, petit loup anthropomorphe gris aux yeux noisette, est au centre, concentré et émerveillé, faisant un pas glissé de danse; derrière lui à droite flotte Vireli, petite extraterrestre saturnienne nacrée avec un anneau lumineux projetant un cercle sur le plancher; à gauche, Ponk, petit extraterrestre rond joueur, se tient dans l’ombre des coulisses, curieux; Sssil, mince et timide aux yeux en croissant, observe près d’un vieux miroir de danse; le théâtre ancien et chaleureux présente fauteuils en velours rouge, rideau bordeaux, plancher en bois marqué, toiles d’un faux ciel et cordages visibles, poussière scintillante; la scène montre une "danse des anneaux" intime et magique avec cercles de lumière bleue et dorée entrelacés, un faisceau bleu montant comme une échelle de lumière, éclairage cinématographique doux, textures détaillées et couleurs chaudes aux reflets bleutés, composition centrée et lisible pour enfants. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le théâtre qui bâille

Le théâtre municipal dormait au bord de la place, comme une grosse bête de pierre qui bâille entre deux spectacles. Les affiches se décollaient un peu, les lettres dorées s'écaillaient, et pourtant, quand on poussait la porte, l'air sentait encore la poussière de velours et les rêves rangés dans les coulisses.

Un petit loup entra sur la pointe des pattes.

Il s'appelait Lino. Il n'était ni le plus grand ni le plus fort de la forêt, mais on disait de lui : « Si tu as besoin d'un coup de patte, appelle Lino. » Il aimait rendre service comme on offre une noisette : sans faire de bruit.

Ce soir-là, la vieille Chouette régisseuse — des lunettes rondes perchées sur le bec — l'avait convoqué.

— Lino, soupira-t-elle, on a un souci. Le plafond… fait des caprices.

— Le plafond ? répéta Lino en levant le museau.

Au-dessus de la scène, une grande coupole décorée de nuages peints semblait frissonner. Par moments, on entendait comme un petit cliquetis, discret mais têtu, comme une cuillère qui tape contre une tasse.

— Ça cliquette depuis trois nuits, dit la Chouette. Et demain, c'est la grande répétition. Tu veux bien monter voir ?

Lino hocha la tête. Il passa derrière le rideau, grimpa l'escalier en colimaçon qui menait aux passerelles, et se retrouva tout là-haut, dans l'ombre chaude des projecteurs.

Le cliquetis venait d'un coin, près d'une trappe de service. Soudain, une lueur bleutée s'alluma, fine comme un fil.

Lino s'approcha.

La trappe vibrait… comme si quelqu'un respirait dessous.

Chapitre 2 : La trappe et le chuchotis

Lino posa une patte sur le métal froid. À travers la trappe, une voix chuchota, rapide, comme un ruisseau qui déborde :

— S'il te plaît… pas de panique… on s'est un peu… trompés de porte.

Lino recula d'un pas, le cœur tambourinant. Puis il se força à parler doucement, comme quand il rassurait les lapereaux.

— Qui… qui est là ?

— Des visiteurs. Enfin… des invités involontaires, répondit la voix. On ne veut pas casser, promis.

La trappe s'ouvrit d'un millimètre. Une poussière d'étoiles, ou quelque chose qui y ressemblait, s'échappa en scintillant.

Deux yeux apparurent. Pas des yeux ronds comme ceux d'un hibou, ni en amande comme ceux d'un chat. Deux yeux en forme de petites lunes, très clairs, qui semblaient refléter une planète lointaine.

— Bonjour, dit l'inconnu.

— Bonjour… répondit Lino, surpris d'entendre sa propre voix ne pas trembler. Vous êtes… des fantômes ?

— Oh non ! s'indigna doucement l'inconnu. Les fantômes, c'est compliqué. Nous, on est… des Saturniens.

La trappe s'ouvrit plus largement. Une créature minuscule en sortit, haute comme un seau. Sa peau avait la couleur des perles, et autour d'elle flottait un anneau très fin, comme une couronne qui aurait décidé de tourner toute seule.

Derrière elle, deux autres êtres apparurent, tout aussi petits, portant des sacs gonflés qui bipaient.

— Je m'appelle Vireli, dit la première. Eux, c'est Ponk et Sssil. On a suivi une balise lumineuse… et on est tombés sur votre… grand nid à musique.

Lino regarda la salle vide, les rangées de fauteuils rouges qui semblaient écouter.

— C'est un théâtre, expliqua-t-il.

— Ah ! s'émerveilla Ponk. Un endroit où on fait semblant très fort !

— Et où on danse, ajouta Sssil en agitant ses doigts comme des antennes.

À ce mot, l'anneau de Vireli tourna un peu plus vite. Un petit courant d'air fit frissonner les toiles peintes.

— Danser… murmura Vireli. On cherchait justement… un mouvement.

Lino sentit que l'aventure venait de le choisir, comme une porte qui s'ouvre toute seule.

— D'accord, dit-il. Mais il faut être prudents. Personne ne doit… tomber du plafond.

— On ne tombe pas, affirma Vireli avec fierté. On orbite.

Chapitre 3 : Le secret des anneaux

Ils se glissèrent ensemble le long des passerelles, puis jusqu'aux coulisses. Lino avançait en éclaireur. Les Saturniens, eux, flottaient à quelques centimètres du sol, portés par leurs anneaux qui ronronnaient doucement.

Dans un coin, derrière une pile de décors de forêt en carton, se trouvait un vieux miroir de danse. Lino l'avait déjà vu, sans jamais oser se regarder dedans trop longtemps.

Vireli s'approcha du miroir et posa ses mains dessus. Des lignes lumineuses apparurent, comme si le verre devenait une carte.

— Notre vaisseau est petit, expliqua-t-elle. Il se cache. Mais il a perdu son rythme de rotation. Sans rythme, pas de retour.

— Un vaisseau qui a besoin… de danser ? demanda Lino, perplexe.

Ponk fit un signe enthousiaste.

— Oui ! La danse, c'est une mécanique gentille. Chez nous, les anneaux de Saturne ne sont pas juste jolis. Ils enseignent l'équilibre. Ils tournent sans se heurter. Ils se frôlent, ils s'évitent, ils se respectent.

Sssil ajouta, très sérieux :

— Quand on se dispute, on fait la « ronde des poussières ». Ça remet les idées à leur place.

Lino sourit malgré lui.

— Moi, je ne sais pas danser. Enfin… pas vraiment. Je peux trotter, sauter par-dessus un tabouret, faire une pirouette quand je suis content.

— Parfait ! s'exclama Vireli. La danse des anneaux est légère. Elle ne demande pas des muscles, elle demande de l'attention.

Vireli leva un bras. Son anneau projeta au sol une fine lumière circulaire.

— Regarde, Lino. Imagine que tu es un petit caillou dans un anneau. Tu tournes, mais tu laisses de la place. Tu te rapproches, mais tu n'écrases pas.

Lino posa une patte dans le cercle lumineux. Il sentit une vibration douce, comme un chat qui ronronne dans l'air.

— D'abord, un pas glissé, dit Vireli. Puis un demi-tour. Et surtout… écouter.

— Écouter quoi ?

— Le silence entre les sons, répondit-elle.

Lino essaya. Il glissa. Ses griffes crissèrent un peu sur le plancher.

Ponk pouffa.

— Tu fais la « danse du balai perdu » !

Lino rougit sous sa fourrure.

— Je peux recommencer.

Il recommença. Plus lentement. Il leva la patte, la posa sans bruit. Il tourna sur lui-même, et, sans savoir pourquoi, il pensa aux anneaux de Saturne comme à des chemins qui ne se croisent jamais de front.

Cette fois, l'anneau de Vireli vibra d'un son clair.

— Voilà, dit-elle. Tu as trouvé le bon souffle.

Chapitre 4 : La répétition interdite

La nuit avançait. Dans le théâtre, les rideaux semblaient respirer. Dehors, la place était vide, et la lune regardait par une fenêtre haute, comme une spectatrice curieuse.

Lino devait encore aider la Chouette régisseuse à préparer la scène pour le lendemain. Pourtant, il restait là, avec les Saturniens, au milieu des décors.

— On ne peut pas rester ici quand les autres arriveront, dit Lino. La Chouette… elle est gentille, mais elle hurle quand elle est surprise.

— Nous aussi, on hurle, avoua Sssil. Mais chez nous, ça sort en bulles.

Vireli montra l'écran lumineux du miroir-carte. Un point clignotait, derrière la scène, sous les planches.

— Notre vaisseau est sous votre théâtre, dit-elle. On s'est posé sur… un réseau de tunnels.

— Les vieux sous-sols, murmura Lino. On dit qu'ils servent à faire circuler l'air… et les rumeurs.

Ils soulevèrent une trappe de service, cachée par un tapis. Un escalier descendait dans une fraîcheur humide.

— Tu viens ? demanda Vireli.

Lino hésita. Il pensa à la Chouette. Il pensa à sa promesse de service. Puis il pensa à ces êtres minuscules, perdus si loin de leur planète, qui n'avaient pas l'air dangereux, seulement maladroits.

— Je viens, dit-il.

En bas, les tunnels étaient tapissés de briques anciennes. Des fils électriques couraient comme des lianes. Et, au bout, une lumière bleue pulsait, régulière comme un cœur.

Le vaisseau saturnien était là : une sorte de coquillage métallique, couvert de motifs en spirales. Il respirait. Oui, il respirait vraiment, ouvrant et fermant des lamelles.

— Il est joli, souffla Lino.

— Il est nerveux, corrigea Ponk. Il a peur de votre gravité. Elle tire comme une main lourde.

Vireli posa son anneau contre la coque. Le vaisseau répondit par un petit gémissement électrique.

— Il lui faut le rythme, dit-elle. La danse doit être faite sur scène. Là où l'air est large. Là où la musique existe.

— Mais demain, c'est la répétition… protesta Lino.

— Alors ce sera une répétition pour nous aussi, dit Sssil. On se cachera dans le décor. On bougera entre les projecteurs. On sera… des secrets.

Lino avala sa salive.

— D'accord. Mais si quelqu'un me demande pourquoi le plancher brille, je dirai quoi ?

Ponk leva un doigt.

— Dis que c'est… de la poussière d'étoiles tombée d'un costume.

— Ils te croiront ?

— Au théâtre, on croit tout, répondit Vireli.

Chapitre 5 : La scène des constellations

Le lendemain soir, le théâtre s'éveilla. Les portes grincèrent. Les coulisses se remplirent de bruits de cordes, de roulettes, de chuchotements. La Chouette régisseuse passait partout, notant des choses sur un carnet minuscule.

— Lino ! appela-t-elle. Tu as vérifié le plafond ?

— Oui, répondit Lino, la gorge serrée. Tout va… cliqueter normalement.

La Chouette le regarda, suspicieuse.

« Cliqueter normalement », ça ne veut rien dire.

— Justement, dit Lino avec un air très sérieux. C'est ça qui est rassurant.

La Chouette plissa les yeux, puis partit en marmonnant.

Sur scène, les décors étaient en place : une fausse forêt, un faux ciel, une fausse rivière en tissu. Pourtant, ce soir-là, quelque chose de vrai allait traverser tout ça.

Lino s'avança au centre, comme si c'était son rôle. Dans l'ombre du décor, Vireli, Ponk et Sssil se tenaient prêts, leurs anneaux à peine visibles.

Au-dessus, les projecteurs s'allumèrent. Un halo doré tomba sur Lino.

Il inspira.

— Maintenant, chuchota Vireli depuis les coulisses. La danse des anneaux.

Lino commença par un pas glissé. Puis un demi-tour. Il imagina Saturne, immense et paisible, avec ses anneaux comme des rubans d'eau gelée. Il imagina chaque grain de poussière tenant sa place sans pousser les autres.

Ses mouvements devinrent plus souples. Son corps, d'habitude un peu raide quand il était concentré, se mit à flotter presque.

Dans l'ombre, les Saturniens se mirent à danser aussi. Leurs anneaux tournèrent, projetant des cercles de lumière sur les décors. Des constellations apparurent sur le rideau, comme si le tissu se souvenait soudain du ciel.

Lino entendit un bruit sous le plancher : un ronronnement plus fort. Le vaisseau, caché dans les sous-sols, répondait au rythme. Les lamelles de la coque s'ouvraient et se refermaient, accordées à la danse.

— Plus léger ! souffla Ponk.

Lino allégea encore. Il fit un tour complet, puis s'arrêta net, sans bruit, comme un flocon qui se pose.

Un faisceau bleu monta du plancher, fin et discret. Il traversa la scène, puis s'enroula autour des Saturniens. Le vaisseau venait de lancer son système de remontée, comme une échelle de lumière.

Mais à ce moment précis, la Chouette régisseuse reparut au bord de la scène.

— Qu'est-ce que… commença-t-elle.

Lino se figea.

Vireli, dans l'ombre, leva son anneau. La lumière se courba, et, pendant une seconde, elle dessina au-dessus de la tête de la Chouette une couronne scintillante, parfaitement immobile.

La Chouette cligna des yeux. Son bec s'entrouvrit.

— Oh… fit-elle, toute petite.

Puis, comme si elle avait décidé de ne pas savoir, elle referma son carnet d'un coup sec.

— Très bien, dit-elle d'une voix trop calme. Continuons la répétition.

Et elle disparut, laissant derrière elle une plume qui tombait en tournoyant, comme un signe.

Chapitre 6 : Au revoir, Saturne

Le vaisseau ronronna plus fort. Le faisceau bleu s'élargit juste assez pour que les Saturniens puissent s'y glisser.

Vireli s'approcha de Lino. Elle leva sa main, et son anneau ralentit, comme pour dire : merci.

— Tu as appris vite, dit-elle. Tu as dansé comme un anneau : sans prendre toute la place.

— J'ai eu peur, avoua Lino.

— La peur, c'est une gravité, répondit Vireli. Si on la respecte, elle nous tient. Si on la comprend, elle nous laisse bouger.

Ponk se pencha vers Lino.

— Si tu viens un jour sur Saturne, je t'apprendrai la « pirouette des comètes ». On finit toujours sur le dos. C'est très élégant.

— Je note, dit Lino en riant doucement.

Sssil, lui, semblait ému. Il fit une petite révérence.

— Chez nous, quand quelqu'un aide un étranger, on dit : « Tu as élargi ton ciel. »

Lino sentit quelque chose de chaud dans sa poitrine, comme une lampe qu'on vient d'allumer.

— Vous aussi, vous avez élargi le mien, répondit-il.

Le faisceau bleu pulsa une dernière fois. Les Saturniens remontèrent, légers, et disparurent dans une trappe du plafond qui n'existait pas la veille. Le cliquetis s'éteignit.

Sur scène, les constellations s'effacèrent. Le rideau redevint un rideau. Les décors redevinrent des décors.

Seul un cercle très fin de poussière brillante restait sur le plancher, comme la trace d'un anneau.

Lino le regarda longtemps, puis, d'un geste prudent, il effaça la moitié du cercle, pour que personne ne le remarque trop. Il en garda juste une petite courbe, discrète, comme un sourire.

Dans les coulisses, la Chouette régisseuse toussa.

— Lino ! Tu viens ? On a encore un rideau à régler.

— J'arrive ! répondit-il.

Il s'éloigna. Au moment de passer la porte, il entendit, derrière lui, un son minuscule, presque rien : un rire retenu, roulé dans la gorge, comme une bille qu'on empêche de tomber.

Lino s'arrêta, tendit l'oreille.

Le rire s'étouffa.

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Municipal
Qui appartient à la ville, géré par les autorités de la commune.
Régisseuse
Personne qui organise les coulisses et le déroulement d'un spectacle.
Coulisses
Partie cachée du théâtre où les acteurs et les objets se préparent.
Coupole
Toit en forme de demi-sphère, souvent décoré et au-dessus d'une grande salle.
Cliquetis
Petit bruit sec et répété, comme de petites pièces qui s'entrechoquent.
Trappe
Ouverture dans le sol ou le plafond qui permet d'accéder à un passage caché.
Passerelles
Plates-formes élevées et étroites qui permettent de marcher au-dessus de la scène.
Anneau
Objet en forme d'anneau circulaire; ici, un cercle qui flotte autour d'eux.
Gravité
Force qui attire les objets vers le sol ou vers un corps plus gros.
Lamelles
Plaques fines et mobiles qui s'ouvrent et se ferment comme des volets.

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