Chapitre 1 — Le ponton qui grince
Le lac de la base de loisirs avait l'air d'un miroir froissé. Le vent tirait dessus en petites rides et, au bout, le vieux ponton en bois grinçait comme s'il se rappelait tous les étés d'avant.
Lina posa un pied dessus, prudente. La planche s'enfonça d'un demi-centimètre, juste assez pour lui chatouiller le ventre.
— Je vous préviens, si je finis dans l'eau, je vous hante, déclara-t-elle.
Maya, elle, avançait déjà, les mains dans les poches, le regard accroché au ciel.
— T'inquiète. On est des héroïnes de presque douze ans. Les pontons, c'est notre spécialité.
Zoé, la plus petite, s'accroupit pour toucher le bois.
— Il est tout mou, comme un biscuit trempé…
— Beurk, répliqua Lina. Ne dis pas ça. J'ai faim maintenant.
Elles étaient venues là parce que c'était le seul endroit du coin où l'on pouvait s'éloigner des lampadaires. Le soir tombait, violet et doux. Au-dessus de leurs têtes, les premières étoiles clignaient, timides.
Maya sortit son carnet. Sur la couverture, elle avait écrit : “Ciel — inventaire des merveilles”.
— Ce soir, j'apprends une vraie constellation, annonça-t-elle. Pas “la casserole” ou “le chariot”, hein. Un truc qui sonne… mystérieux.
Zoé leva le menton.
— On pourrait lui donner un nom nous-mêmes.
— On peut, dit Lina, mais ça comptera pas. Les étoiles, c'est comme les chats : elles font ce qu'elles veulent et elles se fichent de nos règles.
Le ponton bougea légèrement sous une petite vague. Les trois filles s'arrêtèrent d'un même mouvement. Au bout, l'eau semblait plus noire, comme si elle cachait un trou dans le monde.
— Vous avez entendu ? chuchota Zoé.
Un bourdonnement, très léger, venait du lac. Pas le bruit d'un moteur. Plutôt… une note tenue, comme un verre qu'on frôle du doigt.
Maya, les yeux brillants :
— C'est peut-être une… météorite ?
Lina se pencha.
— Si c'est une météorite, elle a choisi le pire endroit pour se garer.
La note s'intensifia, et le bois sous leurs chaussures vibra, comme un tambour discret. Une lueur monta de l'eau, verte et laiteuse. Le lac ouvrit un œil lumineux juste devant le ponton.
Zoé serra la main de Lina.
— On fait quoi ?
Maya répondit sans hésiter, d'une voix qui tremblait un peu :
— On reste sincères. Et on regarde.
Chapitre 2 — La bulle venue d'ailleurs
La lueur s'agrandit, puis une forme ronde émergea, comme une bulle qui aurait oublié d'éclater. Elle glissa à la surface sans éclabousser, silencieuse, avec une élégance presque polie.
Elle s'arrêta à deux mètres du bout du ponton.
Un petit panneau s'alluma sur sa coque, avec des symboles qui dansaient comme des poissons. Puis une voix claire sortit de nulle part, ni grave ni aiguë, mais chaleureuse, comme une radio réglée sur “bonne humeur” :
— Bonjour. Demande : puis-je… accoster ?
Lina cligna des yeux.
— Euh… oui ?
Zoé, bouche ouverte :
— Ça parle !
Maya, qui écrivait déjà :
— Ça demande la permission. C'est… incroyablement civilisé.
La bulle s'approcha. Le ponton grinça de protestation quand elle se colla contre une planche, sans la toucher vraiment. Une petite passerelle se déplia, faite d'un matériau translucide. Elle vibrait comme une feuille de gélatine, mais paraissait solide.
— Attention, dit Lina. Ce ponton est instable, on le sait. Toi, par contre, on sait pas.
— Avertissement reçu, répondit la voix. Je calcule… “instabilité du support”. Ajustement de mon poids : zéro.
Une ouverture se dessina sur la bulle. Et quelqu'un apparut.
“Quelqu'un” n'était pas le bon mot, mais ça y ressemblait assez pour ne pas faire peur. Une créature haute comme Zoé, avec une peau nacrée qui changeait doucement de couleur, et deux grands yeux noirs où flottaient des paillettes, comme si elle avait avalé une nuit entière.
Elle leva une main à trois doigts.
— Salutations. Je m'appelle Noro.
Maya s'avança d'un pas, puis s'arrêta, honnête jusqu'au bout.
— On est… un peu surprises.
Noro pencha la tête.
— Surprises : normal. Je suis… “extraterrestre”. Est-ce un mot correct ?
Zoé pouffa malgré elle.
— C'est très correct.
Lina, prudente :
— Et tu fais quoi dans notre lac, Noro ?
Noro pointa le ciel. Une lumière très fine, presque invisible, filait entre deux étoiles.
— Je suis… en mission d'observation des constellations. J'ai perdu une balise. Elle est tombée ici.
Maya s'illumina.
— Les constellations ! Tu les connais toutes ?
— Beaucoup. Surtout celles que vous n'avez pas.
Lina croisa les bras.
— Comment ça, “qu'on n'a pas” ? Le ciel, c'est le même partout.
Noro eut un petit mouvement qui ressemblait à un rire silencieux.
— Le ciel change selon l'endroit où l'on se trouve. Votre Terre est un point. Moi, je viens d'un autre point.
Zoé chuchota :
— Trop bien.
Noro regarda le ponton, puis leurs visages.
— J'ai besoin d'aide. Je peux offrir… un échange. Vous me donnez votre sincérité. Je vous donne des noms.
Maya écrivit : “Offre : échange sincérité/noms de constellations.” Puis elle releva la tête.
— On est partantes. Mais… la sincérité, ça se donne comment ?
Noro posa une main sur sa poitrine.
— On dit ce qu'on pense, sans faire semblant, et sans blesser.
Lina hocha la tête.
— Ça, on peut essayer.
Le ponton gémit sous une vague, comme pour rappeler qu'il avait son mot à dire.
— Alors, demanda Noro, m'aidez-vous à retrouver la balise ?
Chapitre 3 — Des planches, des étoiles et une promesse
Elles avancèrent toutes les trois jusqu'au bout du ponton. Le bois s'inclinait légèrement, comme un bateau fatigué. Sous leurs pieds, l'eau noire semblait attendre.
Noro resta sur sa passerelle translucide, immobile, comme s'il ne pesait rien.
— La balise émet une pulsation. Je peux la sentir. Elle est proche… sous vous.
— Sous nous ? répéta Zoé, qui regarda immédiatement ses chaussures comme si la balise allait surgir entre ses lacets.
Maya sortit une petite lampe de poche.
— On ne va pas plonger. On n'a pas… le maillot, et on a un ponton qui se prend pour une biscotte, dit-elle en lançant un regard à Lina.
Lina leva les yeux au ciel.
— Je retire ce que j'ai dit. Ne rappelle pas l'image.
Noro observa la lampe, fasciné.
— Technologie lumineuse portative. Simple et efficace.
— Merci, répondit Maya. Elle marche aussi quand on la tape.
— Je préfère ne pas “taper” sur les technologies, dit Noro, très sérieux.
Zoé éclata de rire, un rire qui fit presque oublier le mystère. Puis elle se pencha.
— On voit quelque chose, là ! Une… lueur, juste sous la surface.
En effet, une petite lumière pulsait comme un cœur, à un mètre du bord du ponton, juste assez loin pour que personne n'ait envie de se pencher trop.
— On pourrait attraper avec une perche, proposa Lina. Il doit y en avoir une, à la base de loisirs. Pour les pédalos.
Maya regarda la rive, loin derrière. Le chemin dans les roseaux.
— On perdra du temps.
Noro s'approcha du bord, sans trembler.
— Je peux déployer un fil.
Une fine ligne argentée jaillit de son poignet. Elle se déroula au-dessus de l'eau et plongea vers la lueur. Elle frémissait comme une araignée qui tisse.
Le ponton, lui, n'apprécia pas. Une planche craqua. Zoé poussa un petit cri.
— Le ponton va casser !
Lina attrapa son bras.
— Recule ! On recule toutes.
Elles se déplacèrent d'un pas, puis d'un autre, sur les planches qui couinaient. Noro, toujours calme, ramena lentement le fil. Quelque chose remonta, rond et brillant, gros comme une bille de verre.
La balise.
Elle sortit de l'eau sans goutte, comme si l'eau la respectait. Noro la posa dans sa paume. Elle pulsa une dernière fois, puis s'éteignit.
— Récupérée, annonça-t-il. Merci.
Maya souffla, comme si elle retenait son air depuis une heure.
— On a… réussi.
Zoé regarda la balise.
— Elle est belle. On dirait un bonbon, mais un bonbon qui te regarde.
Lina hésita, puis demanda franchement :
— Noro… t'es dangereux ?
Le silence tomba, mais pas un silence froid. Un silence qui attend une réponse vraie.
Noro fixa Lina de ses yeux étoilés.
— Sincérité : tu as peur. C'est normal. Réponse : je ne suis pas dangereux. Je suis… perdu. Et curieux.
Lina hocha la tête. Elle sentit la peur se détendre un peu, comme un nœud qu'on défait.
— D'accord. Moi aussi je suis curieuse. Et… j'ai peur, oui.
Maya sourit, douce.
— C'est bien de le dire.
Zoé ajouta :
— Et moi, je suis curieuse et j'ai faim. C'est possible aussi ?
Noro cligna des yeux.
— “Faim” : besoin d'énergie. Je comprends.
Maya referma son carnet.
— Alors, tu nous dois des noms de constellations inconnus sur Terre.
Noro sembla heureux, comme si cette mission-là lui plaisait.
— Oui. Je vous les montre. Mais… il faut lever les yeux. Et écouter.
Chapitre 4 — Les constellations qui n'existent pas ici
Noro leva un doigt vers une zone du ciel où, pour Lina, il n'y avait que des points dispersés. Il toucha l'air, et une ligne pâle apparut, dessinée comme au crayon lumineux. Elle relia des étoiles entre elles, formant une silhouette.
— Voici “La Baleine-Voile”, dit Noro. Elle nage entre les vents de poussière.
Maya ouvrit de grands yeux.
— On dirait vraiment une baleine… avec une voile sur le dos.
— Chez nous, ajouta Noro, on dit que les voyageurs qui la voient arrivent à bon port. Même si le port n'existe pas encore.
Zoé s'adossa à une planche, fascinée.
— C'est poétique.
Lina, qui ne voulait pas paraître trop impressionnée, murmura :
— C'est surtout pratique, si ça marche.
Noro traça une autre figure, plus anguleuse, comme un cerf-volant cassé.
— Ceci est “Le Parapluie de Ryn”. Il protège des pluies de météores.
Maya nota les noms à toute vitesse.
— La Baleine-Voile… Le Parapluie de Ryn… C'est incroyable. Pourquoi on ne les a pas, nous ?
— Parce que vos ancêtres n'ont pas voyagé assez loin, répondit Noro simplement. Vous avez inventé d'autres histoires. D'autres dessins. Ils sont vrais… pour vous.
Lina fixa une constellation familière, et se sentit soudain petite, mais pas triste.
— Donc, le ciel, c'est un livre avec plein d'éditions.
— Oui, dit Noro. Et vous venez d'ouvrir une page.
Zoé pointa une étoile qui tremblotait.
— Et celle-là ?
Noro hésita, puis répondit :
— “La Dent du Rêve”. On dit qu'elle brille plus fort quand quelqu'un dit la vérité.
Lina ricana.
— Pratique pour les devoirs. “Madame, je vous jure que j'ai fait mon exercice, regardez la Dent du Rêve !”
Maya éclata de rire.
— Sauf si elle s'éteint.
Zoé, plus sérieuse, demanda :
— Et toi, Noro, tu dis toujours la vérité ?
Noro les regarda longuement.
— J'essaie. La sincérité est… difficile. Chez moi, on peut changer de couleur quand on ment. Mais on peut aussi apprendre à se contrôler. Alors on a inventé un jeu : dire la vérité même quand on pourrait la cacher.
Maya demanda doucement :
— Et pourquoi tu nous as parlé ?
Noro répondit sans détour :
— Parce que j'étais seul. Et parce que vous étiez là, sur un ponton instable, à regarder le ciel comme s'il pouvait répondre.
Le ponton grinça, comme s'il approuvait en râlant.
Lina sentit quelque chose la piquer au cœur. Elle pensa à toutes les fois où elle avait fait semblant d'être courageuse, juste pour ne pas paraître “bébé”.
Elle inspira.
— Moi, je fais souvent la maligne. En vrai, j'ai peur du noir. Même là, un peu.
Zoé serra sa main.
— Moi aussi. Mais ensemble, ça va.
Maya ajouta, sincère :
— Moi, j'ai peur d'oublier. Les gens, les moments… Alors j'écris.
Noro changea doucement de teinte, vers un bleu très doux.
— Merci. Vous m'avez donné votre sincérité. Je vous donne un dernier nom, le plus rare.
Il pointa un endroit du ciel qui semblait vide. Puis, comme si on ajustait une mise au point, trois étoiles apparurent, très fines.
— “Les Trois Lucioles de Sable”. Elles n'apparaissent qu'à ceux qui regardent sans vouloir posséder.
Les filles restèrent silencieuses, bouche entrouverte. Même Lina ne trouva rien à plaisanter.
Puis Zoé chuchota :
— On dirait… qu'elles nous regardent aussi.
Chapitre 5 — Le mystère de la balise et le choix de Lina
La balise, dans la main de Noro, se ralluma soudain. Elle projeta un petit faisceau vers le lac, comme une flèche lumineuse.
Noro se raidit.
— Problème. Elle indique… une seconde source.
Maya fronça les sourcils.
— Une autre balise ?
— Non. Quelque chose qui imite son signal.
Lina sentit le ponton vibrer, très légèrement. Comme au début.
— Ça vient d'où ?
Le faisceau pointa sous le ponton, mais plus près de la rive, là où les planches étaient les plus abîmées.
Zoé recula.
— Oh non. Le ponton va s'effondrer !
Noro ferma les yeux, comme s'il écoutait un bruit lointain.
— Je détecte une présence. Petite. Coincée.
Maya s'accroupit, la lampe à la main, et éclaira entre deux planches. Dans l'eau, quelque chose bougeait : une forme métallique, bloquée dans les algues, qui renvoyait la lumière en éclats.
— On dirait un morceau de… ta bulle ? demanda Zoé.
Noro secoua la tête.
— Ce n'est pas de moi. C'est… ancien. Tombé il y a longtemps.
Lina avala sa salive.
— Si c'est coincé, on peut peut-être le tirer.
— Danger : le ponton peut casser, avertit Noro. Je peux le faire, je suis léger. Mais l'objet est accroché… sous le bois.
Maya regarda Lina.
— On ne doit pas faire d'héroïsme idiot.
Lina sentit son envie de dire “t'inquiète” et de foncer. C'était son réflexe. Pour prouver. Pour faire rire. Pour ne pas trembler.
Mais elle se rappela la Dent du Rêve, et le bleu doux de Noro.
Elle choisit autre chose : la vérité.
— J'ai envie d'y aller, avoua Lina. Et j'ai peur. Alors je préfère qu'on trouve une idée plus sûre.
Zoé souffla, soulagée.
— Merci.
Maya eut un petit sourire fier.
— Voilà. Une idée sûre.
Elle retira son lacet, le plus long, et le tendit.
— On peut faire un lasso. On ne s'approche pas trop du bord, et Noro guide.
Noro hocha la tête.
— Plan validé.
Ils travaillèrent ensemble. Maya fit une boucle, Zoé tenait la lampe, Lina stabilisait Maya en la retenant par la ceinture de son sweat. Le ponton grinçait à chaque mouvement, comme un vieux monsieur qui n'aime pas qu'on lui marche sur les pieds.
— Doucement, dit Lina. On ne veut pas lui casser les humeurs.
Maya lança la boucle. Elle rata.
— Zut.
Zoé chuchota :
— On peut dire “pardon” au ponton ?
— Pardon, ponton, dit Lina très vite. S'il te plaît, tiens encore cinq minutes.
Deuxième lancer. La boucle attrapa un angle de l'objet métallique. Maya tira lentement. L'eau résista, collante. Les algues s'accrochèrent comme des cheveux.
L'objet remonta : une petite plaque triangulaire, couverte de signes effacés.
Quand elle franchit la surface, la plaque vibra et projeta une image floue dans l'air : des étoiles reliées entre elles, mais pas comme celles de Noro. C'était un ciel différent, avec un grand vide au centre, comme une bouche ouverte.
Zoé frissonna.
— Ça fait… bizarre.
Noro se pencha, inquiet.
— C'est une carte. Très vieille. Elle appartient à… un autre peuple.
Maya demanda :
— Un autre peuple extraterrestre ?
— Oui. Et leur carte indique une route… dangereuse.
Lina sentit un courant froid courir sur ses bras, puis disparaître aussitôt. Le lac, lui, redevint calme. Le ponton cessa de vibrer.
Noro prit la plaque avec précaution.
— Je dois la remettre à mon équipe. Elle ne doit pas rester ici. Merci.
Zoé souffla :
— On a trouvé un truc mystérieux… sans que le ponton me mange.
Lina lança :
— Le ponton a essayé, mais il a perdu.
Maya rangea son lacet, tout mouillé.
— Ça va sentir le lac dans ma chaussure. Super souvenir.
Noro les regarda, et ses couleurs se réchauffèrent.
— Vous avez été… courageuses et sincères. Les deux ensemble, c'est rare.
Lina répondit, sans fanfaronner :
— On apprend.
Chapitre 6 — Le retour et le dodo tranquille
La bulle de Noro s'illumina plus fort, comme une luciole géante prête à s'envoler. Une brise douce fit frissonner les roseaux.
— Je dois partir, dit Noro. Avant que votre nuit devienne trop profonde.
Zoé demanda, d'une voix minuscule :
— On te reverra ?
Noro réfléchit, puis répondit franchement :
— Je ne peux pas promettre. Mais je peux espérer. Et je peux laisser… un signe.
Il tendit la paume. Une petite poussière brillante s'en échappa, tourna dans l'air et se posa sur le carnet de Maya. Elle forma un symbole simple : trois points et une courbe, comme un sourire sous des étoiles.
— “Les Trois Lucioles de Sable”, expliqua Noro. Quand vous le verrez, souvenez-vous : regarder suffit.
Maya caressa le symbole du bout du doigt.
— Je m'en souviendrai. Et j'écrirai vrai.
Lina, un peu gênée, dit :
— Merci… et désolée pour ma question sur “dangereux”.
— C'était une question sincère, répondit Noro. Elle était juste.
Zoé fit un petit signe de la main.
— Bonne route, Noro.
La passerelle se replia. La bulle glissa en arrière, sans faire de vague, puis s'enfonça. Une dernière lumière verte cligna sous la surface, comme un clin d'œil.
Les trois filles restèrent au bout du ponton, silencieuses, jusqu'à ce que le bourdonnement disparaisse complètement.
Alors Lina déclara :
— Bon. On rentre. Avant que le ponton décide de se venger.
Maya referma son carnet contre elle.
— Tu te rends compte ? Des constellations que personne ici ne connaît.
Zoé sourit, les yeux encore pleins de ciel.
— Et on a dit la vérité.
Elles revinrent doucement vers la rive. Les planches grinçaient, mais cette fois, ça ressemblait moins à une menace qu'à un vieux rire.
Plus tard, chez elle, Lina se glissa sous sa couette. Dans sa chambre, la nuit n'était pas effrayante. Elle était simplement là, comme une grande couverture posée sur le monde.
Elle pensa à la Baleine-Voile, au Parapluie de Ryn, à la Dent du Rêve. Et aux Trois Lucioles de Sable, invisibles pour ceux qui veulent tout attraper.
Avant de fermer les yeux, elle murmura, sincère, pour elle-même :
— J'ai eu peur… et c'était quand même beau.
Le silence répondit, doux et rassurant.
Et Lina s'endormit d'un dodo paisible, avec, quelque part dans le ciel, des noms inconnus qui veillaient sans faire de bruit.