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Histoire d'Halloween 11 à 12 ans Lecture 25 min.

La clé d’Halloween et le coffre des souvenirs

La veille d'Halloween, Malo retrouve une clé mystérieuse et, avec ses amis, rend visite à leur voisin Monsieur Saule pour percer le secret d'une pièce fermée et d'un coffre aux souvenirs, déclenchant un mystère nocturne à résoudre.

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Malo, garçon de 12 ans au visage rond et taches de rousseur, calme et courageux, en costume de chevalier simple et casque de travers, tend doucement une clé en métal brillant à M. Saule, un homme d’environ 60 ans, pull trop grand gris-beige, lunettes basses, sourire timide et yeux humides, légèrement voûté, tandis qu’Inès, fille de 12 ans, sorcière élégante au chapeau pointu, allume une guirlande de petites lanternes en papier derrière Malo à gauche et que Tom, garçon de 11 ans déguisé en zombie sportif, tenue déchirée et farine au nez, tient une assiette de biscuits citrouille à droite; scène devant une façade en briques la nuit avec portail bas, guirlande de lanternes orange, citrouilles en papier, petite lanterne sur le perron et feuilles mortes au sol, ambiance chaleureuse et légèrement magique mêlant lumière orangée et ciel bleu nuit, traits d’encre fluides et lavis gris; moment tendre de partage et de réconfort. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La clé qui gratte dans la poche

À onze ans, Malo avait un talent spécial : il ramassait tout ce que les autres laissaient tomber. Des billes, des gants, un ticket de cinéma… et parfois des trucs beaucoup moins identifiables, comme un bouton qui ressemblait à un petit œil triste.

Ce soir-là, la veille d'Halloween, il fouillait dans sa poche pour retrouver un bonbon oublié (c'est important, la recherche scientifique). Ses doigts tombèrent sur un objet froid et lourd.

Une clé.

Pas une petite clé de journal intime. Une vraie clé, ancienne, avec une tête en forme de feuille et des dents irrégulières comme un sourire de travers.

— Oh non… murmura Malo.

Il se souvenait exactement d'où elle venait : il l'avait trouvée le matin, près de la boîte aux lettres du voisin du bout de la rue, Monsieur Saule. Un monsieur discret, toujours en pull trop grand, qui parlait doucement, comme s'il ne voulait pas déranger les murs.

Malo avait eu l'intention de la rendre tout de suite. Mais il avait croisé Tom et Inès, ses deux amis, qui discutaient déjà de déguisements.

— Tu viens ce soir ? avait demandé Tom. On fait la tournée du quartier ! Des bonbons, des frissons, des cris… enfin, des cris raisonnables.

— Et un concours du plus beau costume ! avait ajouté Inès, qui prenait les paillettes très au sérieux.

Malo avait mis la clé dans sa poche « une seconde », et la seconde s'était étirée jusqu'à maintenant.

Il regarda par la fenêtre. La rue commençait à se remplir de citrouilles, de guirlandes orange et de lanternes qui clignotaient comme des yeux mal réveillés. L'air sentait les feuilles humides et le chocolat chaud. On entendait déjà un voisin tester une machine à fumée : ça faisait « pfffff » comme un dragon enrhumé.

— Je dois la rendre, déclara Malo à voix haute, parce que parfois, ça aide à se convaincre.

Sa petite sœur passa la tête dans l'embrasure de la porte, déguisée en chauve-souris.

— Tu parles à qui ?

— À… ma conscience.

— Beurk. Bonne chance avec ça, dit-elle avec un sérieux insultant, puis elle repartit en battant des bras.

Malo sourit, enfila son costume de chevalier (avec une épée en mousse qui avait déjà vécu trois batailles contre le canapé), et glissa la clé dans une poche intérieure, bien au chaud.

Ce soir, avant les bonbons, il rendrait l'objet à Monsieur Saule. Promis. Enfin… presque promis.

Chapitre 2 : Une tournée… pas tout à fait comme prévu

À dix-neuf heures, Tom arriva déguisé en zombie sportif : un survêtement, du maquillage gris et un bandeau « numéro 1 » sur le front.

— Je suis un mort-vivant… mais motivé, annonça-t-il.

Inès, elle, était une sorcière élégante, avec un chapeau pointu et des étoiles collées partout, même sur les lacets.

— J'ai mis des paillettes biodégradables, précisa-t-elle. Je suis effrayante, mais responsable.

Malo leur ouvrit la porte, casque de chevalier un peu de travers.

— Alors, prêt à sauver le monde ? demanda Tom.

Malo tapota sa poche.

— D'abord, mission spéciale. Je dois rendre une clé à Monsieur Saule.

Inès leva un sourcil.

— Le voisin qui a toujours des rideaux fermés ?

— Oui. Je l'ai trouvée ce matin.

Tom fit un bruit dramatique.

— Une clé perdue la veille d'Halloween. C'est comme trouver un croc de vampire dans un pot de confiture.

— C'est juste une clé, soupira Malo. Et Monsieur Saule est… normal.

Ils partirent ensemble. La rue avait changé d'allure : des toiles d'araignée en coton pendaient des balcons, des bougies électriques tremblaient dans des bocaux, et des enfants plus petits couraient en criant « des bonboooons ! » comme si leur vie en dépendait.

Devant la maison de Monsieur Saule, l'ambiance était différente. Pas de citrouille, pas de guirlande. Juste un jardin propre, des feuilles rangées comme si quelqu'un les avait coiffées au peigne, et une porte sombre.

Malo monta les trois marches. Il frappa.

Rien.

Il frappa plus fort. La porte fit un petit « toc toc » poli, presque gêné d'exister.

— Peut-être qu'il est sorti, murmura Inès.

Tom s'approcha d'une fenêtre.

— Ou qu'il est un fantôme. Bon, moi je dis ça, je dis rien.

Malo allait redescendre quand il entendit un son léger derrière la porte. Comme un tintement.

Puis une voix, étouffée :

— Qui… qui est là ?

Malo se redressa.

— Monsieur Saule ? C'est Malo, du numéro 12. J'ai… trouvé une clé. Je pense que c'est la vôtre.

Un silence. Un autre tintement.

— Une clé… oui… Attendez.

On entendit des pas lents, puis la poignée bougea… mais la porte ne s'ouvrit pas. Comme si quelque chose la retenait.

— Je… je ne peux pas, dit la voix. La serrure… elle a un caprice.

Tom chuchota à l'oreille de Malo :

— Les serrures, c'est comme les zombies : quand elles font des caprices, c'est jamais bon signe.

Malo glissa la clé dans le bas de la porte, par la fente.

— Je vous la passe. Vous pourrez essayer de l'intérieur.

— Non, pas par terre ! s'affola Monsieur Saule. Elle… elle doit rester au sec.

Inès fronça les sourcils.

— Au sec ? C'est une clé, pas un poisson.

Malo hésita. Il regarda ses amis, puis la porte.

— Monsieur Saule, vous voulez qu'on vous aide ?

Un long souffle, comme si le voisin gonflait un courage invisible.

— Peut-être… oui. Si vous n'avez pas peur… d'un petit mystère.

Tom se frotta les mains.

— Peur ? Moi ? Je suis déjà mort, monsieur, regardez ma tête.

Inès réajusta son chapeau.

— Un mystère, d'accord. Mais un mystère propre.

Malo sentit son cœur faire un saut. Un mystère, le soir d'Halloween… C'était exactement le genre de chose qui pouvait être effrayant, mais aussi excitant. Et surtout, il était venu pour rendre la clé. Il n'allait pas repartir.

— On reste, dit-il.

La poignée trembla encore.

— Alors… passez par le garage. La porte est entrouverte.

Ils contournèrent la maison. Dans l'allée, une lanterne sans bougie clignotait faiblement, comme si elle avait oublié son travail. Le garage, lui, était entrouvert, comme promis, avec une fente noire assez large pour laisser passer trois enfants… et un grand soupir.

Tom glissa en premier.

— Si je me fais capturer, dites à ma mère que j'ai été courageux et que j'aime les pâtes.

— Avance, chuchota Inès.

Malo entra à son tour. L'air était plus frais, avec une odeur de bois et de… cannelle ?

— Monsieur Saule ? appela Malo.

Un bruit de grelot répondit, puis une petite lumière s'alluma plus loin.

— Par ici.

Chapitre 3 : La maison aux ombres gentilles

Le garage donnait sur une buanderie, puis sur un couloir tapissé de photos en noir et blanc. Des portraits de famille, des fêtes, des sourires. Rien de sinistre. Juste… un peu silencieux.

La lumière venait d'une petite lampe posée au sol. Monsieur Saule apparut enfin, le pull trop grand, les cheveux un peu en bataille, et des lunettes qui glissaient sur son nez.

— Merci d'être venus, dit-il. J'espère que je ne vous gâche pas votre tournée.

Malo secoua la tête.

— Pas du tout. Je… je voulais vous rendre votre clé.

Il sortit la clé de sa poche, bien serrée dans sa main. Monsieur Saule la regarda comme si c'était une chose très précieuse.

— Elle est revenue… murmura-t-il, soulagé.

Tom tenta une blague, sans trop savoir si c'était le moment :

— Elle a fait une petite promenade, quoi. Comme nous, sauf qu'elle n'a pas de bonbons.

Monsieur Saule esquissa un sourire.

— Oui… une promenade. Mais cette clé… ouvre une pièce spéciale. Et j'ai peur de l'ouvrir seul.

Inès plissa les yeux.

— Pourquoi ?

Monsieur Saule hésita, puis posa une main sur sa poitrine, comme s'il cherchait ses mots dans sa poche intérieure.

— Parce que… j'ai promis à quelqu'un de ne pas laisser cette pièce se refermer trop longtemps. Et je crois qu'elle s'est… vexée.

Malo cligna des yeux.

— Une pièce… vexée ?

— Vous savez, dit Monsieur Saule, certaines choses ont une façon d'exister. Les vieux planchers qui grincent pour dire bonjour. Les fenêtres qui sifflent quand elles ont froid. Et… les serrures qui se bloquent quand on oublie ce qui compte.

Tom fit semblant de frissonner.

— Moi, mon frigo fait ça quand on oublie les yaourts.

Monsieur Saule se racla la gorge et montra une porte au fond du couloir. Elle était différente des autres : plus épaisse, avec un contour sombre comme si l'ombre s'y accrochait.

— C'est là, dit-il. La pièce du grenier. L'escalier est juste derrière.

Ils montèrent. Les marches craquaient, mais d'une manière régulière, comme un vieux monsieur qui tousse pour rappeler qu'il est là. Arrivés en haut, l'air devint plus chaud, et l'odeur de cannelle plus forte.

Devant la porte, Monsieur Saule resta immobile.

— Je m'appelle Saule, dit-il soudain, comme si c'était important. Léo Saule. Et… j'ai été un peu seul ces derniers temps.

Malo sentit une petite boule se former dans sa gorge. Ce n'était pas de la peur. Plutôt une envie de dire quelque chose de simple, qui réchauffe.

— On est là, dit-il, tout doucement.

Inès hocha la tête.

— Et j'ai des paillettes, au cas où ça aiderait.

Tom ajouta :

— Et moi, j'ai une épée imaginaire… enfin non, toi tu l'as. Mais j'ai un grand courage de zombie.

Malo tendit la clé.

— On ouvre ensemble ?

Monsieur Saule prit la clé avec précaution, comme si elle pouvait se froisser. Il la glissa dans la serrure.

La clé tourna.

Au début, tout allait bien.

Puis, au moment où le verrou céda, un courant d'air glacial sortit de la fente… et éteignit la petite lampe du couloir. L'obscurité avala les marches, les murs, leurs déguisements.

— Voilà, souffla Monsieur Saule. Elle est vexée.

Inès murmura :

— Quelqu'un a oublié de dire « s'il te plaît ».

Dans le noir, une lueur apparut. Pas une lampe. Une lueur douce, verte et jaune, comme des lucioles qui auraient appris à lire.

La porte s'ouvrit d'elle-même, lentement.

Et un murmure sortit de la pièce. Un vrai murmure, pas celui du vent. Comme une voix timide.

— Vous avez… rapporté… la clé…

Malo serra son épée en mousse. Il aurait préféré une épée en vraie mousse, genre une éponge, mais bon.

— Euh… oui, répondit-il. C'est moi.

Le murmure se fit plus léger.

— Alors… entrez…

Tom chuchota :

— On entre, mais si y a une araignée géante, je négocie.

Ils franchirent la porte.

Chapitre 4 : Le coffre qui n'aime pas être oublié

Le grenier n'était pas un grenier comme dans les films, avec des toiles d'araignée partout et des poupées qui regardent dans le vide. Il était propre, rangé, et rempli d'objets couverts de draps blancs, comme des meubles qui jouaient à cache-cache.

Au centre, sur une petite table, il y avait un coffre en bois. Pas très grand. Mais il avait un air… important. Une sorte de fierté.

La lueur venait de là : des fissures dans le bois, comme si quelque chose brillait à l'intérieur.

Monsieur Saule s'approcha avec lenteur.

— C'est… un coffre à souvenirs, dit-il. Il appartenait à ma sœur. Elle s'appelait Aline. Elle adorait Halloween. Elle disait que c'était la seule nuit où les peurs acceptaient de se déguiser pour être moins effrayantes.

Inès s'assit sur une malle, sans enlever son chapeau.

— J'aime bien cette idée.

Malo observa le coffre. Il y avait un cadenas… sans clé.

— Attendez, dit Malo. La clé que j'ai trouvée, elle n'ouvre pas le coffre ?

Monsieur Saule secoua la tête.

— Non. Elle ouvre le grenier. Le coffre… s'ouvre autrement.

Tom fit un geste de magicien.

— Par la force de l'amitié ? Parce que j'ai vu ça dans un dessin animé.

Le coffre émit un petit « clac ». Comme une toux.

Puis le murmure revint, plus proche, plus clair. Il semblait venir du bois lui-même.

— On m'a laissé… fermé… trop longtemps…

Malo recula d'un pas.

— Vous… parlez ?

— Oui, répondit le coffre, vexé, mais pas méchant. Avec des voix de souvenirs. C'est bruyant, les souvenirs. Ça chuchote, ça rigole, ça soupire. Et quand on ne les écoute pas, ça fait des courants d'air.

Tom leva les mains, comme pour calmer une bête sauvage.

— D'accord, monsieur le coffre. On est là. On écoute. Pas besoin de souffler sur nos lampes, hein.

Inès se pencha, curieuse.

— Qu'est-ce que vous voulez ?

Le coffre resta silencieux une seconde, puis répondit :

— Qu'on se souvienne… ensemble.

Monsieur Saule ferma les yeux, comme s'il se préparait à plonger dans une eau froide.

— Aline me disait toujours : « Promets-moi de ne pas laisser la maison devenir un endroit qui dort. » Et moi… j'ai promis. Mais j'ai eu peur d'ouvrir. Peur de sentir le manque. Alors j'ai laissé le coffre… se fâcher.

Malo sentit quelque chose s'éclairer en lui. Ce n'était pas une aventure avec un monstre à vaincre. C'était une aventure avec une porte, une clé et un monsieur qui avait besoin d'aide.

— On peut faire quelque chose, dit Malo. On peut… vous aider à vous souvenir, et à rire un peu. Même si c'est bizarre.

Tom approuva :

— Rire, c'est mon super-pouvoir numéro un. Mon numéro deux, c'est manger des bonbons sans faire de miettes… mais je suis encore en entraînement.

Inès tapota le coffre du bout des doigts.

— Alors, comment on t'ouvre ? Sans clé, sans cadenas, sans casse ?

Le coffre répondit, presque boudeur :

— Un mot de passe.

— Ah ! s'écria Tom. Je savais ! Je propose : « cervelle » !

— Non, dit le coffre, offusqué. C'est Halloween, mais j'ai du goût.

Monsieur Saule réfléchit, puis murmura :

— Aline disait souvent… « Lumière, même dans les poches. »

Malo eut un déclic.

— La clé ! Elle était dans ma poche. Et je l'ai oubliée… mais elle est revenue. Comme une lumière dans la poche.

Il regarda Monsieur Saule.

— Essayez de dire la phrase.

Monsieur Saule se pencha vers le coffre, sa voix tremblant un peu.

— Lumière, même dans les poches.

Le cadenas vibra. Un « clac » net, satisfait, retentit. Le coffre s'ouvrit tout seul, doucement, comme s'il faisait une révérence.

Et là… pas de fantôme. Pas de malédiction.

Juste une bouffée d'odeur de cannelle et de papier ancien. Et des objets qui brillèrent, non pas avec une lumière magique dangereuse, mais avec cette clarté qu'on a quand on se rappelle quelque chose de bon.

Il y avait un petit masque de chat, une photo d'une fillette en cape orange, une recette de biscuits en forme de citrouille, et une guirlande de mini lanternes en papier.

Le coffre murmura, content :

— Voilà.

Tom prit la recette.

— Biscuits citrouille. Ça, c'est un mystère que je veux résoudre.

Inès attrapa la guirlande.

— On peut la mettre en bas. Ce serait triste qu'ici reste sombre.

Monsieur Saule essuya discrètement ses yeux, puis ricana, surpris de lui-même.

— Aline aurait adoré vous voir. Un zombie en survêt, une sorcière écologique et un chevalier qui perd des clés.

Malo rougit.

— Je ne perds pas des clés… je les… collecte.

Le coffre fit un petit bruit, comme un rire en bois.

— Alors… n'oubliez pas, dit-il. Les souvenirs aiment qu'on les invite.

La lueur se stabilisa. Le courant d'air disparut. La maison semblait respirer plus tranquillement.

Malo se sentit rassuré, comme après une histoire un peu effrayante mais qui finit bien.

— On descend ? proposa-t-il. On peut… décorer un peu. Et après, on continue la tournée.

Monsieur Saule hocha la tête, un sourire vrai au coin des lèvres.

— D'accord. Mais… restez encore un peu. Juste le temps d'allumer la maison.

Chapitre 5 : Citrouilles, biscuits et frissons doux

Ils descendirent avec la guirlande et la recette. Dans le salon de Monsieur Saule, les rideaux étaient toujours tirés, mais la pièce n'était pas triste : il y avait un grand canapé, une pile de livres, et une cheminée éteinte qui sentait le bois.

Inès accrocha la guirlande au-dessus de la fenêtre. Tom, très sérieux, déclara :

— Attention, opération décoration en cours. Toute tentative de faire peur sera sanctionnée par une blague nulle.

Monsieur Saule éclata d'un petit rire.

— Je crois que je n'ai pas ri comme ça depuis… longtemps.

Malo regarda autour de lui.

— Vous n'avez rien mis pour Halloween dehors.

Monsieur Saule haussa les épaules.

— Je me disais que personne ne passerait.

Tom ouvrit grand les bras.

— Erreur ! Nous sommes des passants professionnels.

Inès pointa la cuisine.

— Et cette recette, on la fait ? Les biscuits, c'est comme des sorts : ça marche mieux quand on les partage.

Monsieur Saule hésita, puis acquiesça.

— D'accord. Mais je préviens : mon four fait parfois un bruit de monstre.

— Parfait, dit Tom. Ça mettra l'ambiance.

Ils se mirent à cuisiner. Malo mélangea la pâte, Inès découpa des citrouilles avec un emporte-pièce, Tom goûta « pour vérifier le niveau de danger ». Il y eut un moment où Tom eut de la farine sur le nez et où Inès déclara, très sérieuse :

— Maintenant tu es un zombie neigeux.

Le four gronda. Tom sursauta.

— Voilà ! Il a grogné !

Monsieur Saule sourit.

— Il fait ça quand il est content.

Pendant que les biscuits cuisaient, Malo sortit deux petites citrouilles en papier de son sac (il en avait fait à l'école). Il en posa une sur la table.

— On peut mettre ça devant, dit-il. Juste pour dire… que la maison participe.

Monsieur Saule prit l'autre citrouille.

— Et celle-ci, je la mettrai près de la photo d'Aline.

Un silence doux tomba, pas lourd du tout. Un silence comme une couverture chaude.

Puis les biscuits furent prêts. Dorés, parfumés, légèrement tordus.

Tom en croqua un.

— Verdict : c'est dangereux. Dangereusement bon.

Ils sortirent enfin devant la maison avec une assiette de biscuits et la guirlande allumée. La façade, tout à coup, semblait moins mystérieuse et plus accueillante. Les passants ralentissaient, intrigués.

Un petit groupe d'enfants déguisés en squelettes s'approcha.

— Des bonbons ou un sort ! crièrent-ils.

Monsieur Saule, surpris, regarda Malo, comme pour demander la marche à suivre.

Malo répondit en chuchotant :

— Vous pouvez donner… des biscuits. Ça compte.

Monsieur Saule se pencha vers les enfants, un peu maladroit, mais avec un sourire.

— Des biscuits… ou un sort, ça vous va ?

Les squelettes s'arrêtèrent, puis l'un d'eux dit :

— Des biscuits, carrément !

Les enfants partirent en rigolant, des miettes plein les doigts.

Tom donna un coup de coude à Malo.

— Mission « rendre la clé » : réussie. Mission bonus « réveiller une maison » : réussie. Mission « survivre à la pâte à biscuits » : presque réussie.

Inès observa Monsieur Saule, qui regardait la rue comme s'il la redécouvrait.

— Vous devriez venir faire la tournée avec nous, proposa-t-elle. Juste une ou deux maisons. Pour l'entraînement social.

Monsieur Saule rit, puis secoua la tête.

— Pas ce soir. Mais… je peux vous accompagner jusqu'au portail.

Ils restèrent un instant là, sous la guirlande, avec l'air froid qui piquait gentiment les joues. Malo sentit une joie calme.

— Monsieur Saule, dit Malo, je suis désolé d'avoir gardé la clé. Je ne voulais pas… oublier.

— Tu l'as rapportée, répondit Monsieur Saule. Et tu es revenu. C'est ça qui compte.

Le coffre, quelque part là-haut, fit un petit « toc » à peine audible, comme s'il approuvait.

Chapitre 6 : Une promesse au bord de la nuit

La tournée reprit. Malo, Tom et Inès sonnèrent à des portes, récoltèrent des bonbons, se firent gentiment « menacer » par des parents déguisés, et éclatèrent de rire quand Tom tenta de faire peur à un chat… qui bâilla sans le regarder.

Mais Malo pensait encore à Monsieur Saule. À sa maison qui s'était allumée. À la clé, au coffre, à la phrase : « Lumière, même dans les poches. »

Après la dernière maison, ils revinrent devant le portail de Monsieur Saule. La guirlande brillait toujours. La petite citrouille en papier tenait bon malgré le vent.

Monsieur Saule était là, avec un thermos.

— Je me suis dit que des aventuriers avaient besoin de chocolat chaud, dit-il, presque timide.

Tom prit un gobelet.

— Monsieur Saule… vous êtes officiellement le meilleur NPC du quartier.

Inès leva son gobelet aussi.

— Et votre maison est beaucoup plus jolie quand elle sourit.

Monsieur Saule regarda Malo.

— Merci pour ce que tu as fait, Malo. Et… si tu veux, demain, je peux te montrer d'autres souvenirs d'Aline. Certains sont drôles. Elle avait un rire… qui faisait peur aux adultes grincheux.

Malo sentit son cœur se serrer, mais d'une bonne façon.

— J'aimerais bien, dit-il.

Il fouilla dans sa poche et en sortit la clé, mais cette fois pour la tendre franchement, correctement, dans la lumière de la guirlande.

— Je vous la rends vraiment. Et je vous promets… que si je trouve quelque chose à quelqu'un, je ne le laisserai pas dormir dans ma poche.

Monsieur Saule prit la clé et posa sa main sur l'épaule de Malo.

— Et moi, je promets de ne plus laisser ma maison s'endormir non plus. Je mettrai une lumière. Même petite. Même les jours sans Halloween.

Tom fit semblant d'être ému.

— Stop, je vais rouiller. Les zombies, ça pleure de la poussière.

Inès sourit.

— On se revoit demain, alors. Et… on peut refaire des biscuits.

Monsieur Saule éclata d'un rire plus franc, qui se mélangea au vent et aux feuilles qui tournaient comme des confettis.

Ils se séparèrent. Malo rentra chez lui, son sac de bonbons plus lourd, mais son pas plus léger encore.

Dans sa chambre, avant de dormir, il pensa à la clé, au coffre, et à ce mystère qui n'avait pas fait peur pour faire peur, mais pour rappeler quelque chose d'important : quand on s'aide, même les ombres deviennent gentilles.

Et, juste avant de fermer les yeux, Malo se répéta sa promesse, comme un petit sort lumineux :

— Je n'oublierai pas. Et je reviendrai.

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Verrou
Pièce qui bloque et ferme une porte ou un coffre.
Grenier
Pièce sous le toit d'une maison, souvent pour ranger des objets.
Coffre
Boîte solide, souvent en bois, pour garder des choses précieuses.
Souvenirs
Choses ou images que l'on garde en mémoire du passé.
Guirlande
Suite d'objets reliés pour décorer, souvent suspendue.
Murmure
Parole très douce et basse, que l'on entend à peine.
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