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Histoire d'Halloween 11 à 12 ans Lecture 26 min.

La cloche des retours et la règle de ne jamais se séparer

Lors d’une nuit d’Halloween, Malo et ses amis suivent des indices mystérieux pour expliquer et appliquer la règle « personne ne se sépare », découvrant en chemin des secrets, des épreuves et la valeur de l’entraide.

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Un salon chaleureux éclairé à la lueur des bougies et d’un lampion orange, parquet ancien et décorations d’Halloween, où des chaises rapprochées forment un cercle autour d’une table basse: un garçon de 12 ans au manteau de vampire noir tient une petite cloche en cuivre en souriant, à sa droite Lina, 8 ans, sorcière en violet, tient sa main et une bandelette de momie, près de la table Hugo, 12 ans, déguisé en momie aux bandelettes défaites, est assis ou à genoux en regardant la cloche, à gauche Zoé, 11 ans, détective au chignon et grande loupe à la ceinture, est attentive, derrière le cercle Yassine, 12 ans, loup‑garou aux fausses mèches et baskets lumineuses éclaire la scène d’une petite lampe de poche, et à l’arrière Madame Roussouille, la bibliothécaire en robe tweed et lunettes rondes, sourit près d’une étagère; ambiance douce, complice et légèrement mystérieuse, palette aquarelle aux tons chauds orange, pourpre et brun. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le costume qui gratte et la mission

Ce soir-là, la lumière de la lune avait l'air d'avoir été polie au chiffon, tellement elle brillait. Dans la chambre de Malo, 11 ans, un petit garçon aux cheveux en bataille et aux yeux toujours en train de chercher quelque chose à comprendre, des morceaux de tissu noir traînaient partout.

— Si je dois être un vampire, je veux au moins avoir une cape qui tourne bien, déclara Malo en essayant de faire un tour sur lui-même.

La cape tourna… et lui claqua dans le nez.

— Aïe. D'accord, elle tourne très bien.

Sa maman, assise sur le bord du lit, recousait une attache avec une concentration de chirurgienne.

— Tu es prêt pour la tournée d'Halloween ? demanda-t-elle.

Malo hocha la tête, puis se redressa d'un coup, comme s'il venait de se souvenir d'un secret important.

— Presque. J'ai une mission.

— Une mission ? répéta sa maman, amusée.

Malo se pencha, sérieux comme un détective.

— Je dois expliquer une règle. La règle la plus importante de ce soir.

Elle leva un sourcil.

— Ah oui ? Et qui te l'a confiée, cette mission ?

Malo tira de sa poche une petite enveloppe orange, décorée d'une citrouille qui clignait de l'œil. Il ne se rappelait pas l'avoir reçue, mais elle était là, bien réelle, et ça sentait la cannelle.

Il l'ouvrit. À l'intérieur, un papier plié en quatre.

« Ce soir, les frissons seront doux si la règle est respectée : personne ne se sépare.

Explique-la à tous.

Signé : Le Comité des Mystères Gentils »

Malo déglutit. « Comité des Mystères Gentils », ça sonnait à la fois important et un peu ridicule, comme une bande de fantômes en réunion autour d'un tableau blanc.

— Ça, c'est du sérieux, annonça-t-il.

Sa maman sourit, mais ses yeux disaient qu'elle le prenait au sérieux aussi.

— Alors, monsieur le vampire, à toi de jouer. Et rappelle-toi : expliquer une règle, ce n'est pas gronder. C'est protéger.

Malo répéta la phrase dans sa tête. Protéger. Pas gronder. Il aimait bien.

Dans le salon, son papa vérifiait les bonbons (avec un air trop innocent) et sa petite sœur Lina, 8 ans, sautillait dans son costume de sorcière qui penchait d'un côté.

— Je suis la sorcière la plus terrifiante de la ville ! cria Lina.

— Tu as du ketchup sur le nez, répondit Malo.

— C'est du sang de dragon, monsieur le vampire.

Malo ajusta son col, prit une grande inspiration et déclara, d'une voix qui se voulait grave :

— Écoutez tous. Ce soir, règle numéro un : personne ne se sépare.

Son papa s'arrêta net, un bonbon à la main.

— Personne ? Même pas moi pour aller… euh… vérifier la qualité des bonbons ?

— Personne, répéta Malo, en pointant l'enveloppe comme si c'était un badge officiel.

Lina fit une moue.

— Même pas si je vois un chat noir ?

— Surtout si tu vois un chat noir. On reste ensemble. C'est une règle qui garde les frissons… gentils.

Lina réfléchit, puis approuva.

— D'accord. Mais si je tombe sur un fantôme, je te pousse devant.

— Charmant, marmonna Malo.

Ils sortirent. Dehors, l'air était frais et sentait la feuille humide et la fumée de cheminée. Dans la rue, des rires rebondissaient, des portes grinçaient exprès, et des citrouilles souriaient avec des dents de travers.

Malo serra l'enveloppe dans sa poche. Mission commencée.

Chapitre 2 : Les lanternes qui chuchotent

Le quartier était méconnaissable. Des guirlandes orange et violettes serpentaient entre les arbres comme des lucioles en train de faire la fête. Sur les trottoirs, les enfants passaient en vagues : momies, super-héros, squelettes, princesses zombies (oui, ça existait apparemment).

Malo, Lina et leurs parents rejoignirent leurs voisins : Yassine, 12 ans, déguisé en loup-garou avec des dents qui cliquetaient quand il parlait, et Zoé, 11 ans, en détective avec une loupe énorme.

— Salut, Malo ! grogna Yassine, qui essayait d'avoir l'air sauvage mais avait oublié d'enlever l'étiquette de prix de son oreille poilue.

— Salut. Règle du soir : personne ne se sépare, annonça Malo.

Zoé plissa les yeux, comme si elle venait d'entendre un indice.

— Qui a décidé ça ?

Malo sortit l'enveloppe orange, tout fier.

— Le Comité des Mystères Gentils.

Yassine éclata de rire, mais un rire qui s'arrêta trop vite.

— Attends… C'est une blague ?

Comme pour répondre, une lanterne citrouille, posée sur un muret, fit entendre un léger « pssst ». Pas un bruit de vent. Un vrai « pssst », comme quelqu'un qui veut attirer l'attention.

Zoé se pencha.

— Vous avez entendu ?

Lina s'accrocha au bras de Malo.

— C'est la citrouille qui parle ?

La citrouille ne bougea pas, mais sa flamme vacilla, et la lumière dessina un instant une petite flèche sur le sol, pointant vers la rue du Vieux Marronnier, la plus sombre du quartier.

— Okay… murmura Yassine. Je retire ce que j'ai dit. C'est… original.

Zoé tapota sa loupe contre sa paume.

— Mystère doux ou pas, ça reste un mystère. On enquête ?

Malo sentit son cœur faire un saut, comme un bonbon à la menthe dans la bouche. Il avait peur, mais une peur qui donnait envie d'avancer.

— On enquête, confirma-t-il. Mais ensemble.

Ils se mirent en marche, leurs pas craquant sur les feuilles. Les adultes suivaient à quelques mètres, laissant les préados mener l'expédition, tout en gardant un œil discret.

La rue du Vieux Marronnier était plus calme, comme si la fête n'y était pas entrée. Des maisons anciennes, des grilles rouillées, et un grand arbre qui étirait ses branches comme des doigts.

À mi-chemin, une deuxième citrouille-lanterne chuchota « pssst » à leur passage. Puis une troisième. Comme si elles se transmettaient un message.

Zoé se pencha vers Malo.

— Ça ressemble à une piste organisée.

— Par le Comité ? demanda Yassine.

Lina frissonna, mais sourit.

— Si c'est organisé, ça veut dire que quelqu'un a pensé à nous. C'est rassurant… un peu.

Malo hocha la tête. Il se souvenait des mots de sa maman : protéger.

Au bout de la rue, une maison se dressait, plus grande que les autres. Les volets étaient entrouverts, et une lumière vacillante dansait à l'intérieur.

Sur le portail, une pancarte : « Maison Delombre ». Et juste en dessous, écrit à la craie : « Entrez si vous n'êtes pas seuls ».

Malo inspira.

— Bon. Ça, c'est pour nous.

Chapitre 3 : La porte qui n'aime pas les solitaires

Ils poussèrent le portail. Il grinça d'un air satisfait, comme s'il disait « enfin ». Le jardin était envahi de brume basse, juste assez pour cacher les pieds, pas assez pour faire disparaître les genoux. Des petits yeux lumineux apparaissaient parfois… puis on se rendait compte que c'étaient juste des décorations.

Enfin, pas toujours.

Une silhouette de chat traversa l'allée, queue haute, sans bruit.

— Chat noir ! souffla Lina.

Elle fit un pas en avant, puis se rappela. Elle revint se coller à Malo.

— Je reste avec vous. Mais je le surveille.

Le chat s'arrêta, les fixa, puis miaula d'un ton qui ressemblait beaucoup à un « bravo ».

Devant la porte de la maison, un paillasson disait « Bienvenue… si vous suivez la règle ». Un heurtoir en forme de main osseuse pendait.

Yassine avala sa salive.

— Je frappe ?

— Attends, dit Malo. Vérifions qu'on est bien… ensemble.

Il compta : lui, Lina, Zoé, Yassine. Quatre. Derrière, leurs parents. Parfait.

Il attrapa le heurtoir et le laissa tomber. Toc. Toc. Toc.

La porte s'ouvrit d'un centimètre. Juste assez pour qu'un œil, un seul, apparaisse. Un œil très rond, très blanc, comme celui d'un masque.

— Êtes-vous seuls ? demanda une voix grave.

Zoé répondit sans trembler :

— Non. Nous sommes un groupe.

La porte s'ouvrit un peu plus.

— Avez-vous expliqué la règle ? reprit la voix.

Malo avança.

— Oui. Personne ne se sépare.

Un silence. Puis, très doucement, la porte s'ouvrit en grand.

— Entrez, dit la voix. Les mystères n'aiment pas les solitaires. Ils les perdent.

Ils franchirent le seuil. L'intérieur était chaud et sentait le chocolat. C'était… inattendu.

Le hall était éclairé par des bougies (électriques, sûrement, mais elles faisaient très bien semblant). Des cadres de portraits pendaient sur les murs. Les personnes peintes semblaient suivre les visiteurs du regard, ce qui était forcément une illusion… sauf que l'une d'elles cligna de l'œil à Lina.

— Je l'ai vu ! chuchota Lina.

— Tu as peut-être des yeux de sorcière, répondit Zoé, moitié sérieuse, moitié moqueuse.

Un couloir menait à un salon. À mesure qu'ils avançaient, des bruits doux se faisaient entendre : un rire étouffé, un froissement de tissu, un « oh là là » dramatique.

Dans le salon, une grande table était dressée avec des bonbons et des verres de jus de pomme. Sur un fauteuil, une personne était assise, recouverte d'un drap blanc, comme un fantôme classique.

— Bouh, fit le fantôme d'une voix… pas du tout effrayante.

Yassine plissa les yeux.

— Vous êtes… un fantôme ?

Le drap glissa un peu, révélant des chaussures de sport flashy.

— Je suis un fantôme en option, répondit la personne. Et vous, vous êtes les enfants du Comité ?

Malo se redressa.

— Euh… Non. Mais on a reçu un message.

Le fantôme se leva et retira son drap d'un geste théâtral. C'était Madame Roussel, la bibliothécaire du quartier, connue pour connaître tous les livres et tous les secrets sur les retards de retour.

— Madame Roussel ? s'étonna Zoé.

— En personne. Et ce soir, je suis… Madame Roussouille. Ça fait plus Halloween, non ?

Lina ricana.

— Vous avez un humour de fantôme.

Madame Roussel fit semblant d'être vexée.

— Je suis ici pour une petite épreuve. Douce, rassurez-vous. Mais il faut respecter la règle.

Malo sentit un mélange de soulagement et de curiosité.

— Quelle épreuve ?

Madame Roussel posa une main sur une boîte en bois, sur la table.

— À l'intérieur, il y a quelque chose qui a disparu du quartier. Vous devez le retrouver… sans vous séparer.

Zoé s'approcha, loupe prête.

— Qu'est-ce qui a disparu ?

Madame Roussouille sourit.

— La Cloche des Retours. Celle qui sonne quand quelqu'un a besoin d'aide.

Le silence tomba. Même Yassine ne trouva rien à dire.

— Si elle a disparu, murmura Malo, comment on sait quand quelqu'un a besoin d'aide ?

— Exactement, dit Madame Roussouille. Et ce soir, avec les déguisements, les lumières et les frissons, quelqu'un pourrait se perdre sans que personne ne s'en rende compte.

Malo sentit sa mission prendre une autre couleur. Ce n'était pas juste une règle. C'était une façon de veiller les uns sur les autres.

Madame Roussouille tapa légèrement sur la boîte.

— Ouvrez-la.

Malo ouvrit. À l'intérieur : une pelote de ficelle brillante, comme tissée avec des fils de lune, et un petit papier : « Suivez ce qui relie ».

Zoé se pencha.

— Une ficelle ? On va faire de la couture ?

— On va faire de l'entraide, corrigea Malo.

Il prit la pelote. Le fil se déroula tout seul et se tendit vers le couloir, comme un doigt qui indique la direction.

— On dirait qu'il nous guide, souffla Lina.

Yassine gonfla son torse.

— Je suis prêt. Je suis un loup-garou, j'ai peur de rien. Enfin… sauf des clowns. Et des pentes trop glissantes. Et—

— On a compris, dit Zoé. On reste ensemble.

Ils suivirent le fil.

Chapitre 4 : Le labyrinthe des rideaux et le rire étouffé

Le fil les mena à une porte qui n'était pas là une seconde plus tôt. Ou alors, ils ne l'avaient pas vue, ce qui était presque pire.

Sur la porte, une autre phrase à la craie : « Entrez à quatre. Sortez à quatre. »

Malo vérifia : tout le monde était là. Même Lina, qui tenait le fil comme si c'était une laisse anti-monstres.

Ils ouvrirent.

À l'intérieur, un couloir… puis un autre… puis un troisième, mais ce n'étaient pas des murs. C'étaient des rideaux. Des rideaux de velours violet, épais, qui avalaient la lumière.

— Un labyrinthe de rideaux, constata Zoé, ravie. C'est génial.

— C'est surtout louche, murmura Yassine.

Le fil brillait faiblement et glissait entre les rideaux. Ils avancèrent. Parfois, un rideau frôlait leur bras, comme une main froide. Lina fit un petit saut.

— C'est juste du tissu, se rassura-t-elle à voix haute, comme si elle parlait à sa propre peur.

Au bout de quelques virages, un rire se fit entendre. Un rire étouffé, comme quelqu'un qui essaie de ne pas se faire repérer. Puis un petit « aïe ».

Malo s'arrêta net.

— Vous avez entendu ?

— Oui, dit Zoé. Quelqu'un est là.

Le rire revint. Puis un reniflement.

— On dirait… quelqu'un qui pleure, souffla Lina.

Malo sentit son ventre se serrer. Il pensa à la cloche qui sonne quand quelqu'un a besoin d'aide. Sans cloche, il fallait écouter autrement.

— On y va, dit-il. Ensemble.

Ils suivirent le fil jusqu'à un rideau plus lourd que les autres. Derrière, une petite pièce éclairée par une lampe de poche.

Et là, assis sur un coussin, un garçon de leur âge, déguisé en momie, tentait de remballer une bandelette autour de son bras. Les bandelettes traînaient partout, comme un spaghetti géant.

— Salut, dit Malo doucement. Ça va ?

Le garçon sursauta, puis rougit.

— Oui… enfin… non. Je me suis… coincé. Et je… je voulais pas déranger.

Zoé s'accroupit.

— Comment tu t'appelles ?

— Hugo.

Yassine se gratta la nuque.

— Pourquoi tu es ici tout seul ?

Hugo baissa la tête.

— J'ai… j'ai voulu faire le malin. J'ai vu une porte, j'ai dit à mes cousins : “Je reviens.” Et… je trouve plus la sortie. Et mon costume se défait. Et… j'ai un peu paniqué.

Lina s'approcha et ramassa une bandelette.

— On va te réparer, déclara-t-elle, comme si c'était une opération de sauvetage.

Malo regarda le fil brillant : il menait jusqu'à Hugo. Comme si « ce qui relie » n'était pas seulement une direction, mais une intention.

— La règle, dit Malo, c'est “personne ne se sépare”. Ce n'est pas pour embêter. C'est pour éviter ça.

Hugo renifla.

— Je… je sais. Maintenant.

Zoé sortit de sa poche un petit rouleau de scotch transparent (les détectives, ça a toujours du scotch, c'est connu).

— Ne bouge pas. On va consolider ta momie.

Yassine tint la lampe de poche. Lina enroula les bandelettes avec application. Malo, lui, parla.

— Tu sais, expliquer une règle, ça sert à protéger. Pas à gronder. Donc… on ne va pas te gronder.

Hugo leva les yeux, surpris.

— Vraiment ?

— Vraiment, dit Malo. Mais tu dois promettre quelque chose.

— Quoi ?

— La prochaine fois, tu ne fais pas le malin tout seul. Et ce soir, tu viens avec nous.

Hugo hocha la tête, soulagé comme si on venait de lui enlever un sac de pierres.

À ce moment, un son léger tinta dans l'air. Un « ding » délicat, comme une petite cloche très loin.

Zoé se redressa, attentive.

— Vous avez entendu ?

Le fil brillant se tendit encore, comme s'il voulait repartir.

— La Cloche des Retours, murmura Malo. Elle n'est pas loin.

Ils se mirent en route, à cinq désormais, serrés entre les rideaux, comme une équipe qui a grandi d'un coup.

Chapitre 5 : La cloche cachée et le pacte des mains

Le labyrinthe semblait vouloir les tester. À chaque embranchement, un rideau bougeait un peu, comme pour les attirer ailleurs. Mais le fil brillait toujours dans la même direction, têtu comme une idée.

Ils débouchèrent sur une ancienne serre, accolée à la maison. Les vitres étaient couvertes de buée, et des plantes en pots formaient des ombres étranges, avec des feuilles qui ressemblaient à des griffes.

Au centre, sur une table de rempotage, reposait une cloche en cuivre, petite mais élégante. Elle avait des motifs de spirales et de petites étoiles. Et autour, des bonbons… comme une offrande.

— La Cloche des Retours, souffla Hugo, émerveillé.

Yassine s'approcha, méfiant.

— Pourquoi elle est là ? Qui l'a prise ?

Une voix répondit derrière eux, douce comme un livre qu'on ouvre :

— Personne ne l'a prise.

Ils se retournèrent. Madame Roussouille était là, sans drap cette fois, avec un sourire tranquille.

— Alors… c'était un test ? demanda Zoé.

— Un jeu, corrigea Madame Roussouille. Un jeu sérieux. La cloche ne disparaît pas vraiment. Elle se cache quand le quartier oublie d'écouter.

Malo fronça les sourcils.

— Mais Hugo était perdu. Il avait besoin d'aide.

Madame Roussouille hocha la tête.

— Et vous l'avez entendu sans cloche. Vous avez fait ce que la cloche rappelle : prêter attention.

Lina posa sa main sur la cloche, doucement, comme si elle caressait un animal timide.

— Elle est froide.

Madame Roussouille fit un signe vers elle.

— Essaie de la faire sonner.

Lina hésita, puis agita la cloche. Rien. Pas un bruit.

— Elle marche pas, dit-elle, déçue.

— Elle marche seulement quand on est reliés, expliqua Madame Roussouille. “Suivez ce qui relie”, vous vous souvenez ?

Zoé réfléchit vite.

— Il faut… se tenir ?

Malo comprit. Il tendit la main.

— On fait un pacte. On se tient. Et on sonne ensemble.

Ils se mirent en cercle : Malo, Lina, Zoé, Yassine, Hugo. Leurs mains se rejoignirent, un peu maladroites au début, puis fermes.

Malo posa l'autre main sur la cloche.

— Prêts ?

— Prêts, répondirent-ils, et Yassine ajouta : — Et pas de clowns.

Malo agita la cloche.

Ding.

Un son clair, lumineux, qui sembla faire frissonner les vitres, et même les plantes. La serre parut respirer mieux.

Et au loin, dans la maison, une autre clochette répondit, puis une autre, comme si le quartier entier se rappelait soudain comment s'entraider.

Hugo sourit, les yeux brillants.

— Ça veut dire que… si quelqu'un a besoin, on l'entendra ?

— Oui, dit Malo. Mais surtout… on apprendra à écouter avant même que ça sonne.

Madame Roussouille les observa, fière.

— Et toi, Malo, tu as expliqué la règle ?

Malo hocha la tête.

— Oui. Personne ne se sépare.

— Alors ta mission est accomplie, dit-elle. Mais l'aventure n'est pas finie. Dehors, il y a encore des bonbons. Et des frissons doux. Et… une dernière chose à faire pour conclure comme il faut.

— Quoi ? demanda Lina.

Madame Roussouille désigna le salon, au-delà du couloir.

— Rapprocher les chaises.

Ils se regardèrent, surpris.

— Pour quoi faire ? demanda Yassine.

— Pour que personne ne reste à l'écart, répondit Madame Roussouille. Pour raconter. Pour rire. Pour se réchauffer. Les mystères, c'est bien… mais la chaleur, c'est mieux.

Malo sentit son cœur se détendre complètement. Comme si la maison, avec ses rideaux et ses chuchotements, n'avait jamais voulu faire peur. Juste rassembler.

— On le fait, dit-il.

Et ils repartirent, la cloche dans les mains, comme un petit soleil en cuivre.

Chapitre 6 : Le salon des histoires et les chaises rapprochées

De retour dans le salon, les adultes étaient là, en train de discuter avec un sourire qui disait : « On vous a laissés mener, et vous avez assuré. »

La table de bonbons semblait encore plus généreuse qu'avant, ce qui était suspect. Mais une suspicion délicieuse.

— Alors ? demanda le papa de Malo. Vous avez trouvé quelque chose ?

Malo posa la cloche sur la table.

— On a trouvé surtout… quelqu'un, dit-il en regardant Hugo.

Hugo salua timidement.

— Désolé, dit-il. Je me suis séparé.

La maman de Malo s'approcha, douce.

— Tu es là maintenant. C'est le principal. Et bravo d'avoir accepté de venir avec eux.

Zoé prit une poignée de bonbons et la posa devant Hugo.

— Pour te remettre du labyrinthe. Les momies ont besoin de sucre.

Yassine ajouta :

— Et de scotch, parfois.

Lina gloussa.

Madame Roussouille tapa dans ses mains.

— Bon. La dernière étape. Les chaises.

Il y avait dans le salon plusieurs chaises dispersées, comme si chacun devait rester dans son coin. Malo comprit : c'était une image. Une façon de montrer la règle autrement.

— On les rapproche, annonça-t-il.

Ils s'y mirent. Les pieds des chaises grincèrent sur le parquet. Yassine fit exprès de pousser la sienne avec un bruit de monstre.

— Grrr, je suis la chaise du chaos !

— Tu es surtout la chaise qui raye le sol, répliqua Zoé.

— Je suis un loup-garou, j'ai pas de délicatesse !

— Si, tu en as, dit Lina. Regarde : tu as aidé Hugo avec la lampe.

Yassine se figea, puis toussa.

— Bon… peut-être un peu.

Ils formèrent un cercle serré. Pas trop, juste assez pour que les épaules se touchent presque, pour que les genoux ne se sentent pas seuls.

Malo s'assit, et tout le monde fit pareil. Les adultes aussi. Le salon devint d'un coup plus petit, mais plus vivant, comme une cabane.

Madame Roussouille éteignit une lumière. Il resta la lueur des bougies, douce, rassurante.

— Qui raconte ? demanda-t-elle.

Lina leva la main comme à l'école.

— Moi ! J'ai vu une citrouille faire “pssst” !

Zoé enchaîna :

— Et on a suivi une ficelle brillante. Ce qui prouve que les indices peuvent être… lumineux.

Yassine ajouta, en montrant ses fausses griffes :

— Et j'ai survécu à un labyrinthe de rideaux. Sans même hurler. Enfin, presque.

Hugo prit la parole, la voix un peu tremblante mais solide :

— Et moi… j'ai compris qu'être courageux, ce n'est pas partir seul. C'est… accepter qu'on a besoin des autres.

Malo sentit une chaleur dans sa poitrine. Il regarda la cloche sur la table, silencieuse maintenant, mais présente.

— Et la règle ? demanda doucement sa maman.

Malo sourit.

— Personne ne se sépare. Parce que quand on reste ensemble, même les frissons deviennent des jeux. Et quand quelqu'un se perd… on le retrouve.

Un silence heureux suivit, rempli de petits bruits : un bonbon qu'on déballe, une chaise qu'on rapproche encore un peu, un souffle qui se calme.

Dehors, on entendait au loin des rires et des « des bonbons ou un sort ! ». Mais ici, dans ce cercle, tout était à sa place.

Madame Roussouille conclut :

— Le Comité des Mystères Gentils est satisfait.

— C'était vous, le Comité ? demanda Zoé, soupçonneuse.

Madame Roussouille sourit, mystérieuse.

— Disons que je suis… une membre. Et que le reste du Comité, ce sont tous ceux qui choisissent l'entraide. Même les loups-garous.

Yassine grogna, mais on entendait qu'il souriait.

Malo se pencha vers Lina.

— Finalement, ton costume de sorcière, il fait peur ?

Lina regarda le cercle de chaises rapprochées, les mains qui se passaient les bonbons, les regards qui se répondaient.

— Non, dit-elle. Il fait… chaud.

Malo se laissa aller contre le dossier. Les mystères pouvaient bien rester dehors un moment. Ici, la règle avait fait son travail : rassembler. Et c'était la plus douce des victoires.

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