Chapitre 1 : Un pirate avec une question
Franc ajusta son bandeau de pirate devant le miroir de l'entrée. Le bandeau était un peu de travers, ce qui lui donnait l'air d'un corsaire qui aurait éternué en pleine bataille. Il trouva ça parfait.
— Capitaine Franc, prêt à piller les bonbons ! annonça-t-il à sa mère.
Elle leva les yeux de son bol de soupe (soupe qui, ce soir-là, avait des petites pâtes en forme de fantômes, ce qui prouvait que même la cuisine jouait le jeu).
— Prêt, oui… mais tu m'as dit que tu voulais apprendre une tradition, pas seulement remplir un sac.
Franc gonfla les joues. C'était vrai. Cette année, il avait décidé de faire « Halloween comme il faut ». Pas juste courir de porte en porte en criant « Des bonbons ! », mais apprendre une vraie tradition, un truc qu'on raconte après, un petit rituel mystérieux.
— Une tradition… répéta-t-il, l'œil brillant. Un secret d'Halloween.
Son père, déguisé en vampire très sérieux (avec une cape qui se coinçait sans arrêt dans les poignées de porte), entra dans le couloir.
— Dans notre quartier, il y a une tradition, dit-il d'une voix grave. Mais elle se mérite.
Franc se redressa.
— Je suis prêt. Je peux… je sais pas… affronter un potiron géant ?
— Presque, répondit son père. Il faut trouver la Lanterne des Partages.
Franc cligna des yeux.
— C'est une lanterne qui… partage ?
— C'est surtout une histoire, dit sa mère en souriant. Et une petite chasse. Demande à Lila, elle sait peut-être.
Comme si on avait prononcé son nom pour l'invoquer, Lila, la voisine de Franc, débarqua sur le pas de la porte. Elle était déguisée en sorcière moderne : chapeau pointu, baskets lumineuses, et un sac à bonbons déjà prêt, comme une trousse de survie.
— Salut, capitaine, lança-t-elle. On y va ? J'ai entendu dire qu'il y avait une tradition… et aussi que Madame Couderc donnait des mini-tablettes, pas des caramels tristes.
Franc attrapa son sac.
— On y va. Mais d'abord, mission : la Lanterne des Partages.
Lila fronça le nez.
— Ça sonne comme un truc où on finit par devoir partager ses bonbons.
— C'est sûrement un piège, murmura Franc, très sérieux.
Puis il sourit.
— Mais un piège sympa, j'espère.
Dehors, la nuit avait ce bleu profond qui ressemble à un drap tendu sur le ciel. Des citrouilles souriaient sur les marches, des guirlandes clignotaient comme des lucioles nerveuses. Et quelque part, entre les feuilles mortes qui crissaient, un mystère les attendait.
Chapitre 2 : La maison aux yeux jaunes
Ils commencèrent par la rue des Tilleuls. Les portes s'ouvraient sur des rires, des bols de bonbons, des « Oh, quel beau pirate ! » et des « Attention, sorcière, tu vas jeter un sort sur mes chocolats ! ».
À la troisième maison, Monsieur Dumas, déguisé en momie avec du papier toilette (dont un morceau traînait derrière lui comme une queue), leur tendit des bonbons en chuchotant :
— La Lanterne des Partages… si vous la cherchez, il faut écouter les maisons.
— Les maisons parlent ? demanda Lila.
— Certaines, répondit Monsieur Dumas, mystérieux. Surtout celle aux yeux jaunes.
Franc avala sa salive.
— C'est où ?
Monsieur Dumas pointa du doigt le bout de la rue. On distinguait une maison plus ancienne, un peu reculée, avec deux lampes rondes de chaque côté de la porte. De loin, elles ressemblaient à des yeux qui surveillaient tout.
— Elle est inhabitée, non ? murmura Franc.
— Personne ne l'a vue depuis… au moins l'an dernier, dit Lila. Ce qui, en langage d'ados, veut dire « depuis une éternité ».
Ils s'approchèrent. Plus ils avançaient, plus les bruits de la rue semblaient se ranger sur le côté, comme si la nuit faisait de la place. Les feuilles volaient en spirale, et le vent chanta dans les haies.
— Si un chat noir nous saute dessus, je crie, prévint Lila. Je préfère le dire.
— Moi aussi, avoua Franc. Mais je crierai d'une voix de pirate, donc ça ira.
La grille grinça, mais sans méchanceté, comme un vieux monsieur qui se lève du canapé. Sur la porte, il y avait une plaque en bois gravée : « Ici, on donne si on a, on partage si on peut. »
Lila se pencha.
— Ça, c'est carrément une règle de vie.
Franc tendit la main vers la sonnette. Un frisson lui courut le long du bras. Il appuya.
Rien.
Il appuya encore. La porte s'ouvrit d'un centimètre, toute seule. Un courant d'air tiède leur caressa le visage, avec une odeur de cannelle et de papier ancien.
— Soit c'est un piège… soit c'est une boulangerie secrète, dit Lila.
Ils poussèrent doucement. Dans le hall, une lanterne en métal était posée sur une petite table. Elle n'était pas allumée, mais elle semblait attendre. À côté, un carnet ouvert. Sur la première page, on pouvait lire : « Pour apprendre la tradition, il faut d'abord offrir. »
Franc se gratta la joue.
— Offrir quoi ? On n'a rien, à part des bonbons…
Lila le regarda, puis regarda son sac vide (oui, elle avait déjà mangé les deux premiers bonbons, ce qui était, selon elle, « un contrôle qualité »).
— On peut offrir… un bonbon. Un seul. Pour voir.
Franc hésita. Puis il sortit une petite sucette en forme de citrouille et la posa près de la lanterne.
Le carnet tourna une page tout seul.
— Euh… dit Franc. J'ai pas touché.
Lila leva les mains.
— Moi non plus. Je jure sur mon chapeau.
Sur la nouvelle page, une phrase apparut, comme écrite à l'encre fraîche : « Trouvez la première étincelle chez celle qui collectionne les chaussettes dépareillées. »
Franc fronça les sourcils.
— Qui collectionne les chaussettes dépareillées ?
Lila sourit.
— Madame Couderc. C'est une légende du quartier. Une fois, elle est sortie avec une chaussette à pois et une chaussette à rayures. Depuis, c'est devenu son style.
Franc se redressa, tout excité.
— Mission numéro un !
Ils ressortirent. La porte se referma doucement derrière eux. Les yeux jaunes de la maison clignotèrent… ou alors c'était juste le vent dans les lampes.
— Dis, Franc, souffla Lila, on est d'accord que c'est légèrement flippant ?
— Oui, répondit-il. Mais… c'est un flippant confortable. Comme une couverture qui gratte un peu.
Chapitre 3 : Madame Couderc et l'étincelle
Madame Couderc ouvrit la porte avec un tablier couvert de farine, comme si elle avait joué à la bataille de neige avec un sac de sucre.
— Oh ! Un pirate et une sorcière ! Venez, venez, j'ai des chocolats… et des questions.
— Des questions ? répéta Franc.
— Toujours. Par exemple : est-ce que les fantômes préfèrent les biscuits secs ou les gâteaux moelleux ? Moi, je dis moelleux. C'est plus aimable pour les dents invisibles.
Lila éclata de rire. Franc aussi, même s'il tenta de garder un air de capitaine sérieux.
Ils tendirent leurs sacs, et Madame Couderc y glissa deux mini-tablettes de chocolat.
— Et voilà ! dit-elle. Maintenant… vous cherchez la Lanterne des Partages, pas vrai ?
Franc sursauta.
— Comment vous savez ?
Elle leva un doigt.
— J'ai des chaussettes dépareillées, j'ai donc accès à des informations que vous ne pouvez pas comprendre.
Lila chuchota :
— C'est officiellement la phrase la plus inquiétante et la plus drôle de la soirée.
Madame Couderc leur montra une petite boîte posée sur une étagère. Une boîte en fer, décorée de citrouilles.
— Là-dedans, il y a une étincelle. Enfin… une allumette. Mais pas n'importe laquelle. Une allumette de partage.
Franc plissa les yeux.
— Une allumette… magique ?
— Disons… spéciale. Pour l'obtenir, il faut faire quelque chose de simple, mais pas toujours facile.
Elle posa devant eux un panier avec des petits sachets de bonbons.
— Prenez-en deux chacun. Mais… choisissez aussi un sachet pour quelqu'un d'autre. Quelqu'un que vous ne connaissez pas bien. Et vous le donnerez avant la fin de la soirée.
Franc regarda les sachets. Il y avait des trucs très intéressants, comme des bonbons acidulés qui piquent la langue, et des trucs moins glorieux, comme des réglisses qui goûtent le pneu (selon Lila).
— On doit donner… un bon sachet ? demanda Franc, méfiant.
— Si vous donnez le sachet au pneu, dit Madame Couderc, l'univers le saura.
Lila prit un sachet avec des bonbons aux fruits.
— D'accord. On donnera un bon sachet.
Franc en prit un aussi, puis en choisit un troisième avec des chocolats.
— Pour quelqu'un… qu'on connaît pas bien, dit-il. Mais qui ?
Madame Couderc leur tendit alors une allumette dans une petite enveloppe.
— Vous trouverez. Et quand vous donnerez, l'étincelle s'allumera pour de vrai.
— Comment on saura ? demanda Franc.
— Vous le saurez, répondit-elle en clignant de l'œil. C'est le genre de choses qui chatouille le cœur.
Ils repartirent avec l'enveloppe. Dehors, le vent avait forci, faisant danser les feuilles autour de leurs pieds comme une bande de petits monstres en papier.
— On doit donner un sachet à quelqu'un qu'on connaît pas bien, résuma Lila. Donc… pas à toi, pas à moi.
— Pas à mes parents non plus, dit Franc. Ils me piqueraient les chocolats “pour vérifier”.
Lila hocha la tête gravement.
— Les adultes sont des créatures étranges.
Ils marchèrent en silence quelques secondes. Puis Franc aperçut, au coin de la rue, un garçon de leur âge, déguisé en squelette. Il était seul, et son sac semblait presque vide.
— Tu le connais ? demanda Lila.
Franc secoua la tête.
— Je l'ai déjà vu à l'école, je crois. Mais on ne se parle pas.
Le garçon-squelette regardait les autres groupes rire et courir. Il faisait semblant d'être occupé à ajuster ses gants, mais Franc vit bien qu'il hésitait à sonner aux portes.
— Peut-être que… dit Franc.
— Oui, souffla Lila. Peut-être que c'est lui.
Ils s'approchèrent.
Chapitre 4 : Le squelette timide et la deuxième énigme
Franc leva la main, comme s'il allait saluer un roi.
— Salut. Euh… ton costume est super.
Le garçon-squelette sursauta, puis répondit :
— Merci. Le tien aussi. Ton bandeau… il est… très pirate.
Lila chuchota à Franc :
— Il a dit “très pirate”. C'est un compliment officiel.
Franc sentit ses oreilles chauffer.
— Tu t'appelles comment ? demanda-t-il.
— Noé, dit le squelette. Enfin… Noé-squelette ce soir, je suppose.
— Moi c'est Lila. Et lui c'est Franc. On… fait une mission.
Noé les regarda, intrigué.
— Une mission ?
Franc sortit le sachet de bonbons qu'il avait choisi.
— On doit partager ça avec quelqu'un qu'on connaît pas bien. Et… j'ai pensé à toi. Si tu veux.
Noé resta figé une seconde, puis son visage s'éclaira.
— Sérieux ? Oui. Merci.
Il prit le sachet avec précaution, comme si c'était un trésor fragile. Et là, dans l'enveloppe de l'allumette, un petit “tic” se fit entendre, comme une minuscule étincelle qui s'éveille.
Lila ouvrit de grands yeux.
— J'ai entendu ! Toi aussi ?
Franc hocha la tête. Il sentit quelque chose de chaleureux, comme une mini-flamme dans la poitrine.
Noé sourit.
— C'est… une tradition ?
Franc se gratta la nuque.
— On essaie d'en apprendre une. Tu veux venir ? On cherche la Lanterne des Partages.
Noé releva la tête, et ses yeux brillèrent derrière son maquillage noir.
— D'accord. Je préfère être un squelette en groupe. En solo, ça fait “os perdu”.
Lila éclata de rire.
— Bienvenue dans l'équipage, Noé-squelette.
Ils retournèrent vers la maison aux yeux jaunes. La rue semblait un peu plus sombre maintenant, mais les lumières des citrouilles faisaient des taches dorées sur les murs, comme des ronds de soleil.
Dans le hall, la lanterne attendait toujours. Franc posa l'enveloppe près du carnet. L'allumette à l'intérieur vibra légèrement, comme impatiente.
Le carnet tourna une page. Une nouvelle phrase apparut : « La deuxième étincelle dort chez celui qui raconte des histoires aux ombres. »
Noé fronça les sourcils.
— Des histoires aux ombres ?
Lila réfléchit.
— Ça me fait penser à Monsieur Selim. Il fait du théâtre d'ombres dans son garage, pour les petits.
Franc se rappela : des silhouettes de dragons et de princesses projetées sur un drap blanc, et Monsieur Selim qui faisait des voix ridicules.
— Oui ! dit Franc. Il est trop fort. Et son dragon éternue.
Noé hocha la tête.
— On y va.
Ils ressortirent. Sur le seuil, Franc crut entendre un petit souffle, comme si la maison soupirait… contente.
— C'est moi ou elle nous encourage ? murmura-t-il.
— Si une maison m'encourage, répondit Lila, je veux qu'elle m'aide aussi en maths.
Chapitre 5 : Le théâtre d'ombres et la lanterne qui respire
Chez Monsieur Selim, le garage était transformé en petite scène. Un drap tendu, une lampe derrière, et des ombres qui bougeaient déjà : un loup, un chevalier, une citrouille avec des jambes.
Monsieur Selim, déguisé en magicien (avec une moustache dessinée de travers), les accueillit.
— Entrez, entrez ! Ce soir, les ombres ont des choses à dire.
Lila chuchota :
— Ses ombres parlent mieux que certains adultes.
Monsieur Selim leur donna des bonbons, puis les observa avec un air de connaisseur.
— Vous cherchez la tradition, n'est-ce pas ?
Franc commença à croire que tout le quartier avait un groupe de discussion secret intitulé : “Comment mystifier Franc”.
— Oui, répondit-il. On a déjà une étincelle.
Monsieur Selim sortit alors une petite bougie éteinte, posée dans un pot en verre.
— Voilà la deuxième. Mais avant, une question : qu'est-ce qui fait le plus peur ?
Noé répondit sans hésiter :
— Les contrôles surprise.
Lila leva la main.
— Les chaussettes mouillées.
Franc réfléchit, puis dit :
— Être seul quand tout le monde rigole ailleurs.
Monsieur Selim hocha la tête, sérieux.
— Alors vous avez compris. La tradition, ce n'est pas de faire peur. C'est de faire ensemble.
Il leur tendit la bougie.
— Allumez-la quand vous aurez rassemblé vos étincelles. Et n'oubliez pas : une lanterne ne brille pas pour elle seule.
Dehors, la nuit s'était épaissie. Un brouillard très léger rampait sur le trottoir, comme du lait renversé par un fantôme maladroit.
Ils retournèrent encore une fois à la maison aux yeux jaunes. Dans le hall, la lanterne semblait… différente. Franc aurait juré qu'elle respirait : une petite vibration, un souffle discret, comme si le métal était vivant.
Ils posèrent la bougie près du carnet. Le carnet tourna une page.
« La dernière étincelle se cache là où l'on oublie souvent de dire merci. »
Lila plissa les yeux.
— Là où on oublie de dire merci… La cantine ?
Noé éclata de rire, puis se calma.
— Peut-être… la boîte aux lettres ? On reçoit, on lit, et on oublie.
Franc pensa à la vieille boîte aux lettres au bout du lotissement, celle qui grinçait et qui se faisait rarement ouvrir parce que tout le monde recevait des messages sur téléphone.
— On peut essayer, dit-il.
Ils sortirent. Le brouillard leur chatouillait les chevilles. On entendait au loin des rires, et parfois un “Bouh !” suivi d'un “Même pas peur !” qui prouvait que la peur, ce soir-là, était surtout un jeu.
Arrivés à la boîte aux lettres collective, ils trouvèrent un petit papier coincé dans la fente. Une carte, avec une citrouille dessinée.
Noé la tira délicatement. Sur la carte, il y avait juste ces mots : « Merci d'être passé. »
Sous la carte, attachée avec une ficelle, une troisième petite allumette, noire et brillante.
Lila souffla :
— C'est… trop simple. Et pourtant… c'est fort.
Franc prit l'allumette. Elle était tiède.
— On a tout, dit-il. On retourne à la lanterne.
Chapitre 6 : La tradition du partage
Ils revinrent dans la maison aux yeux jaunes. Cette fois, le hall ne paraissait plus inquiétant. Il ressemblait à un endroit qui garde des secrets gentils, comme une boîte à biscuits qu'on ouvre en cachette.
Sur la table, la lanterne attendait. Franc posa les trois étincelles à côté : l'allumette de Madame Couderc, la bougie de Monsieur Selim, et l'allumette “merci” de la boîte aux lettres.
Le carnet s'ouvrit à une page blanche. Puis les mots apparurent, lentement, comme si quelqu'un écrivait avec une main invisible :
« La tradition : avant de demander, on offre. Avant de garder, on partage. Avant de partir, on remercie. Allume la lanterne avec tes amis, puis partage une partie de ta récolte. »
Lila fit une petite grimace.
— Partager une partie… combien, “une partie” ?
Noé la regarda, amusé.
— Pas “tout”. Sinon, ça s'appelle “une tragédie”.
Franc sourit.
— On peut faire un petit panier. Pour quelqu'un qui n'a pas pu faire Halloween. Ou pour la boîte aux lettres, comme un cadeau au quartier.
Lila réfléchit, puis acquiesça.
— D'accord. Mais je garde quand même un chocolat pour survivre jusqu'à demain.
Ils rassemblèrent quelques bonbons chacun. Franc choisit même une de ses mini-tablettes, ce qui lui coûta un peu, mais pas trop : le “chatouillement du cœur” revenait.
Noé ajouta des bonbons aux fruits et dit :
— Je peux aussi donner ça. Je… je suis content d'être venu avec vous.
Franc alluma la lanterne avec l'allumette. La flamme prit doucement, sans explosion ni bruit dramatique. Juste une lumière chaude, dorée, qui remplit le hall comme un sourire.
Le carnet tourna une dernière page :
« Maintenant, sortez. La lanterne n'est pas un secret à garder, mais une lumière à porter. »
Ils prirent le petit panier de bonbons et le déposèrent devant la boîte aux lettres collective, avec la carte “Merci d'être passé” posée dessus. Lila ajouta :
— Merci d'être resté.
Noé hocha la tête.
— Et merci de m'avoir parlé.
Franc sentit qu'il avait appris sa tradition. Ce n'était pas un sort compliqué. C'était une suite de gestes simples, comme des marches qui montent vers quelque chose de plus grand.
En rentrant, leurs sacs étaient bien remplis, mais leurs pas étaient légers.
— Finalement, dit Lila, Halloween, c'est pas juste “donne-moi des bonbons”.
— C'est aussi “tiens, je t'en donne”, répondit Franc.
Noé sourit.
— Et “viens avec nous”.
Ils arrivèrent devant la maison de Franc. Ses parents les attendaient sur le seuil. Le père-vampire s'emmêla dans sa cape, manqua de tomber, se rattrapa au dernier moment, et déclara avec dignité :
— Je l'ai fait exprès. C'était… une chorégraphie de vampire.
Lila pouffa.
— Bien sûr.
La mère de Franc les fit entrer.
— Alors ? demanda-t-elle. La tradition ?
Franc hocha la tête.
— On a offert, on a partagé, et on a dit merci. Et… on a allumé une lanterne.
Les parents échangèrent un regard fier et doux.
— Ça mérite une récompense, dit la mère.
— Une montagne de bonbons ? tenta Lila.
— Mieux, dit-elle. Des vestes. Parce qu'il fait froid, et les héros aussi ont besoin de manches.
Noé eut un petit rire.
— La fin la plus réaliste d'une aventure.
Ils enfilèrent leurs vestes. La chaleur du tissu sur leurs épaules fit comme un point final confortable. Dehors, la nuit d'Halloween continuait de clignoter, pleine de rires et de frissons légers.
Franc regarda ses deux amis.
— L'an prochain, on recommence ?
Lila haussa les épaules, l'air très détaché.
— Peut-être. Si les maisons continuent à nous encourager.
Noé sourit.
— Et si le panier de partage revient.
Franc serra la fermeture éclair de sa veste jusqu'au menton, comme un pirate prêt à affronter l'hiver.
— Alors c'est promis. Tradition adoptée. Et… merci d'être passés.
Et dans le vent, juste une seconde, on aurait juré entendre la maison aux yeux jaunes souffler, très doucement, comme une lanterne qui rit.