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Histoire d'Halloween 11 à 12 ans Lecture 22 min. (1)

La nuit où Lila ralluma Halloween

Lila, une jeune apprentie sorcière, et son ami Sami partent à l'aventure lors d'Halloween pour retrouver la Braise Douce, une flamme magique disparue, tout en découvrant le courage et la vérité qui se cachent en eux. En chemin, ils rencontrent des ombres, un fantôme timide et un mystérieux Grand Chuchoteur.

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Lila, une fille de 12 ans, se tient au centre de la scène avec une cape violette et un chapeau pointu. Son visage est éclairé par une lanterne, ses yeux brillent d'excitation. Elle sourit, tenant une baguette en bois. À ses côtés, Sami, également âgé de 12 ans, porte des cornes en papier et admire Lila tout en tenant un sac de bonbons. Le décor est un vieux cimetière avec des pierres tombales et des arbres tordus, sous une lune brillante. Lila et Sami avancent vers une lueur scintillante entre les tombes, cherchant la Braise Douce pour réchauffer Halloween, tandis que des feuilles mortes tourbillonnent autour d'eux. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La rue des Capucines

Dans la rue des Capucines, les citrouilles clignotaient comme des yeux malicieux. Le vent portait une odeur de sucre brûlé et de feuilles mouillées. Lila, onze ans, vérifia la couture de son costume. Elle avait choisi une cape violette, une jupe à étoiles et un chapeau pointu qui penchait comme une antenne.

— On dirait une vraie apprentie sorcière, dit sa maman en ajustant la lampe citrouille.

— Apprentiiie sorcière, répéta le chat de la voisine qui miaule tout ce qu'il entend.

Lila éclata de rire. Ses doigts tremblaient un peu pourtant. Cette nuit-là, tout vibrait un peu plus fort. Les fenêtres craquaient. Les ombres surveillaient. Et le ciel avait cette couleur de prune qui avale la lumière.

— Tu viens, Lila ? cria Sami depuis le trottoir. J'ai une réserve stratégique de bonbons. Si on ne part pas maintenant, il ne restera que les caramels durs.

Sami portait des cornes en papier et un sourire de diablotin gentil. Il brandissait un sac en tissu avec un dessin de crâne qui faisait semblant d'avoir peur.

— J'arrive, soupira Lila, en glissant sa baguette en bois dans sa poche.

Ils partirent en laissant derrière eux la porte qui grince comme un clown fatigué. Le gravier crissait sous leurs baskets. Les maisons avaient allumé leurs guirlandes d'araignées. Des enfants déguisés couraient, leurs rires bondissaient comme des balles.

— Tu penses qu'on va croiser un vrai fantôme ? demanda Sami.

— Les vrais fantômes aiment les biscuits à la cannelle, répondit Lila. Si on en trouve, on sera prudents.

Elle n'avait pas vraiment peur. Juste ce frisson dans la nuque. Comme un glaçon qui glisse. Elle se sentait prête à vivre quelque chose, même si elle ne savait pas quoi.

Chapitre 2 — La lettre chauve-souris

Ils frappèrent à la première porte. Une vieille dame déguisée en pirate leur offrit des bonbons au caramel et une poignée de blagues.

— Pourquoi les squelettes ne se battent jamais ? demanda-t-elle.

— Parce qu'ils n'ont pas d'estomac, lança Sami.

— Parce qu'ils n'ont pas le cœur à ça ! fit la dame en clignant de l'œil.

Ils rirent. Ils continuèrent. Ils récoltèrent des yeux en gélatine, des sucettes hyper acides, un cookie moelleux. Le sac de Lila pesait déjà. Elle s'arrêta un instant pour resserrer sa cape.

C'est là qu'elle la vit. Une petite forme sombre accrochée à un lampadaire. Une chauve-souris en papier plié, avec des ailes fines et un petit nœud orange. Elle battait doucement comme si elle respirait.

— Regarde, dit Lila, c'est pour moi, je crois.

Sami leva les yeux. La chauve-souris se détacha et flotta vers Lila. Elle tourbillonna, puis se posa sur sa main comme un papillon. Des lettres dessinées dessus prirent la forme de mots.

— Oh non, murmura Sami. Les lettres qui se forment toutes seules. Ça annonce toujours une mission.

Lila lut à voix basse.

— Cher cœur courageux, la Braise Douce s'est perdue. Sans elle, Halloween deviendra trop froid et trop sombre. Suis la lumière qui cligne trois fois. Signé : M.G.

— M.G. ? fit Sami. Mon Goûter ?

— Madame… Grimoire ? suggéra Lila. Ou Mélasse Grincheuse ? Ou… Mystère Général.

Soudain, une lueur cligna au bout de la ruelle. Trois fois. Long, court, long. La chauve-souris se plia d'elle-même et se glissa dans la poche de Lila.

— On y va ? demanda Lila.

Sami avala une gélatine en forme de dent et hocha la tête.

— C'est Halloween. On suit la lumière.

Ils marchèrent vers la lueur. Les guirlandes d'araignées remuaient comme des rideaux. Un rideau de brouillard descendit, léger et frais, qui sentait la menthe et la terre.

Chapitre 3 — La bibliothèque aux soupirs

La lumière les mena devant la vieille bibliothèque municipale. La porte, souvent fermée à cette heure, était entrouverte. Une bougie tremblait sur le comptoir. Elle avait une flamme en forme de petit cœur.

— B… bonsoir ? fit Lila.

— Entrez, mes chéris, dit une voix douce qui venait du fond.

Ils avancèrent entre les rayons. Les livres chuchotaient. Ça faisait un bruit de pluie et de pages qui se grattent. Une femme apparut, haute et mince, avec des cheveux gris qui frisaient comme la fumée d'un bol de chocolat chaud.

— Je suis Madame Grimoire, dit-elle en souriant. Ravie que ma chauve-souris ait trouvé vos poches.

— Vos poches ? répéta Sami. Ma poche n'est pas une gare.

Madame Grimoire rit, un rire qui pétillait comme des bulles de limonade.

— La Braise Douce, reprit-elle, c'est une petite flamme qui réchauffe Halloween. Elle empêche les frissons d'être méchants. Elle se niche d'habitude dans la Lanterne du Vieux Square. Mais ce matin, pouf. Disparue. Sans elle, les ombres s'étirent trop. Les cauchemars se prennent pour des rois. Et surtout, les bonbons deviennent fades.

— Pas les bonbons fades, dit Sami d'une voix tragique.

— Pour la retrouver, continua Madame Grimoire, il faut un cœur courageux et des yeux qui voient la gentillesse dans le noir.

Elle regarda Lila. Ses yeux avaient la couleur du thé.

— Je peux essayer, dit Lila. Mais… je ne suis pas si courageuse.

— Le courage n'arrive jamais en premier, dit Madame Grimoire. On le découvre en chemin. Tenez.

Elle posa dans les mains de Lila une petite lanterne en métal. Elle sentait la cannelle et la fumée. Un minuscule feu y dormait, orangé et calme.

— Cette lanterne te montrera les choses qui se cachent. Mais elle ne marche qu'avec des vrais mots, ajouta Madame Grimoire. Des mots qui viennent du ventre.

— Genre “j'ai faim” ? tenta Sami.

— Genre “ça me fait peur mais j'avance quand même”, répondit Madame Grimoire.

Le chat de la voisine, qui les avait suivis sans bruit, sauta sur le comptoir. Il bâilla.

— Bon, fit Lila, on part.

Madame Grimoire les accompagna jusqu'à la porte.

— Suivez les bruits qui font semblant d'être dangereux, murmura-t-elle. Souvent, ils veulent juste qu'on les écoute.

Chapitre 4 — Le fantôme qui rougit

Dans la rue, la nuit avait épaissi. Les guirlandes clignotaient, les fenêtres soufflaient de la vapeur. La lanterne de Lila vibra doucement. Un éclat se forma, en forme de flèche. Il pointait vers le petit parc derrière l'église.

Ils passèrent sous les branches d'un chêne. Des corbeaux dormaient, enroulés comme des notes de musique. Au pied du toboggan, il y avait une forme toute pâle, presque transparente, un peu comme une buée qui aurait oublié de s'en aller.

— Bonsoir ? dit Lila.

La forme sursauta. Deux yeux ronds s'ouvrirent. Ils étaient comme des perles dans du lait.

— Oh, désolé, dit le fantôme d'une voix si faible qu'on aurait dit une plume. Je… je ne voulais pas faire peur.

— Moi si, annonça Sami en gonflant la poitrine. Mais j'ai raté. Bonjour, monsieur le fantôme.

— Je ne suis pas un monsieur, murmura la forme, je… je suis juste Moi.

— Moi, tu as un souci ? demanda Lila en s'accroupissant.

Le fantôme se recroquevilla.

— J'ai perdu mon ombre. Sans elle, je rougis tout le temps. Regardez.

Il devint rose, puis presque violet, puis à nouveau pâle comme du sucre glace.

— Ton ombre ? répéta Lila.

— Elle est allée dans la cabane de la coulée, là-bas, indiqua le fantôme. Elle fait des grimaces derrière les carreaux. Elle dit qu'elle veut être plus grande que moi.

La lanterne de Lila se réchauffa. Elle cligna vite. Sami montra la cabane au fond du parc, une petite maison en bois avec des vitres sales et des toiles comme des rideaux.

— On va la chercher, promit Lila.

Ils traversèrent l'herbe fraîche. Le chat trottina derrière, la queue haute comme un point d'exclamation. La porte grinça d'une voix qui faisait “grr-rrr-ggggh”.

— Bonjour, madame la porte, dit Lila. On peut entrer ?

— Seulement si vous essuyez vos pieds, répondit la porte d'un ton bougon.

Ils frottèrent leurs semelles sur le paillasson où un squelette souriait. Dedans, une odeur de poussière et de friandises oubliées. Dans la fenêtre, une ombre faisait des cornes avec ses doigts.

— Hé, ombre ! lança Sami. Tu veux bien revenir avec ton fantôme ?

— Mmh, fit l'ombre. Je veux bien si on me remarque plus souvent.

Lila posa sa lanterne sur une caisse. La lumière remplit la pièce comme du miel tiède.

— On te voit, dit-elle doucement. On te voit très bien. Tu es jolie quand tu fais la danse des coudes.

L'ombre se figea. Elle regarda Lila, même si elle n'avait pas d'yeux. Elle sembla grandir et se calmer.

— On te voit, répéta Lila. Et sans toi, ton fantôme est trop timide pour rigoler.

L'ombre soupira. Elle glissa le long du mur, franchit la porte et retourna vers le fantôme. Ils se collèrent, comme deux pièces de puzzle. Le fantôme se redressa. Il était toujours pâle, mais moins fragile.

— Merci, dit-il en rougissant quand même un peu. Vous cherchez quelque chose, non ? J'ai vu une braise filer par ici, tout à l'heure. Elle courait comme une luciole pressée. Elle a pris la direction du vieux cimetière.

Lila sentit son cœur craquer de peur. Le cimetière. Elle n'aimait pas. Les pierres froides, les noms effacés. Mais sa lanterne battit comme un petit tambour. Elle inspira.

— On y va, dit-elle. Merci, Moi.

Le fantôme fit un signe. Sa main traversa le chat, qui éternua de surprise.

Chapitre 5 — Le Grand Chuchoteur

Le cimetière n'était pas loin. Le portail rouillé gémit, puis s'ouvrit avec un bruit de vieux rire. La lune, ronde et blanche, posait des carrés de lumière sur les tombes. Il faisait froid. Lila sentit la pointe glacée sur ses joues. L'air avait un goût de fer et de menthe.

— Je suis là, souffla la lanterne d'une voix presque rien.

— C'est toi qui parles ? fit Sami, les yeux ronds.

— C'est la flamme, chuchota Lila. Elle aussi a peur, je crois.

Des silhouettes se dessinèrent entre les pierres. Rien de méchant. Une vieille pierre cassée qui ressemblait à un sourire édenté. Un buisson en forme de hérisson. Un ange en pierre avec une aile fêlée.

Et, au centre, une petite lueur. Elle courait. Elle sautait par-dessus les noms. Elle semblait rire sans bruit. Lila se mit à courir aussi. Ses chaussures claquaient sur le gravi. Elle tendit la main.

— Attends ! cria-t-elle. On a besoin de toi !

La lueur s'arrêta net. Elle vibra. Lila s'aperçut que ce n'était pas “une”. C'étaient des étincelles serrées les unes contre les autres. Elles clignaient comme un paquet de lucioles. Une voix basse monta du sol.

— On a besoin de toi, oui, répéta la voix. Toujours. Mais qui a besoin de moi ?

Une ombre sortit de l'ombre. Ce n'était pas une personne. C'était une sorte de cape sombre, avec un bord effiloché et des syllabes qui tombent. Elle sentait la poussière de secrets. Lila eut envie de reculer. Elle resta. Sami serra sa main.

— Je suis le Grand Chuchoteur, dit la chose. On me confie des peurs pour dormir mieux. Ce soir, j'en ai trop. Elles s'emmêlent. Elles me piquent. Elles se plaignent. Et la petite Braise, là, ne veut plus réchauffer. Elle dit que personne ne dit la vérité.

— La vérité ? répéta Lila.

— Les mots qui viennent du ventre, souffla la lanterne.

Lila avala sa salive. Elle regarda les étincelles. Elle pensa à sa nuque froide, à ses mains moites, à son chapeau qui penchait de travers.

— Je… j'ai peur du cimetière, dit-elle. J'ai peur des choses que je ne comprends pas. Et j'ai peur d'avoir peur devant tout le monde.

Le Grand Chuchoteur frémit. Les étincelles bougèrent, plus tranquilles. Lila sentit une chaleur remonter dans ses doigts.

Sami déglutit.

— Moi j'ai peur des bonbons à la réglisse, dit-il. Et des grands silences. Et j'ai peur que Lila me laisse tout seul dans une maison hantée, parce que je blague trop.

La chose sombre sembla s'adoucir. Elle se plia, comme un manteau qu'on pose sur une chaise. Les étincelles se rassemblèrent. Elles firent une boule douce, comme un petit cœur de feu.

— Les mots du ventre, répéta la flamme. Merci.

Le Grand Chuchoteur soupira.

— Je ne suis pas méchant, vous savez, dit-il. Je suis juste trop rempli parfois. Je garde les secrets, mais j'oublie de les bercer.

— On peut t'aider à bercer, proposa Lila. On peut te dire des choses drôles pour équilibrer.

— Je connais une blague de squelette, ajouta Sami. Elle est nulle, mais elle chatouille.

— D'accord, fit la chose, et elle se fit plus petite. Presque un foulard.

La Braise Douce, maintenant réveillée, sauta vers la lanterne de Lila. Elle s'y posa. La petite lanterne s'illumina, dorée comme du miel au soleil. Le cimetière prit une teinte plus chaude. Les pierres semblaient moins dures. L'air sentait l'orange.

— Tu as trouvé, murmura la voix de Madame Grimoire, que Lila ne savait pas d'où elle venait. Ramène la Braise au Vieux Square. Halloween te dira merci.

— On doit repasser par la cabane ? demanda Sami.

— On peut passer par la ruelle des Lanternes, dit Lila, j'aime ses fenêtres.

Ils sortirent sans brusquer les ombres. Le portail se referma en faisant “clinc”. Le chat sauta et atterrit en silence, comme une goutte.

Chapitre 6 — La danse des lueurs

La ruelle des Lanternes s'ouvrait comme un couloir de lumière. Les citrouilles se tenaient droites sur les balcons. Des enfants chantaient une comptine de sorcière. La lanterne de Lila brillait si fort que les gouttières renvoyaient des éclats. Les silhouettes riaient. Un petit squelette fit un clin d'œil. Une sorcière en tissu inclina son balai.

Quand ils arrivèrent au Vieux Square, tout le monde était là. Les guirlandes, les parents, les chiens déguisés en fantômes, les mouchoirs oubliés, les odeurs de gaufres, de pommes au four, et de chocolat chaud. Au centre, la grande lanterne en verre attendait, froide. Les flammes de papier dormaient.

— Lila ! crièrent des voix. C'est Lila ! Elle a une lumière dans les mains !

Lila rougit. Elle posa sa petite lanterne contre la grande. La Braise Douce se leva, comme un oiseau qui sait où aller. Elle traversa le verre et s'installa. D'abord, ce fut une goutte de lumière. Puis une vague. Puis une marée dorée qui remplit le square d'une chaleur douce. On entendit des “oh !” et des “ah !” et un “miam !” lancé par quelqu'un qui avait déjà l'esprit de Noël.

Les citrouilles se mirent à cligner, plus joyeuses. Les ombres remontèrent le long des murs et se mirent à danser. Le Grand Chuchoteur restait près du vieux platane, fin comme un ruban. Il berçait, doucement, les secrets qui pèsent. On l'entendait murmurer des berceuses en froissant des feuilles.

Madame Grimoire apparut, comme si elle sortait d'un livre. Elle posa sa main sur l'épaule de Lila.

— Tu vois, dit-elle, le courage est venu en chemin. Merci pour tes mots du ventre.

— C'est aussi grâce à Sami, répondit Lila. Et au fantôme qui rougit. Et au chat qui éternue.

— Et à moi, ajouta le chat avec dignité.

Sami regardait les stands de bonbons avec une concentration extrême.

— Est-ce que la Braise Douce donne un goût meilleur à tout ? demanda-t-il.

— Seulement si on partage, dit Madame Grimoire. C'est sa condition préférée.

Lila sourit. Elle remplit trois sacs de sucreries. Un pour elle. Un pour Sami. Un pour le fantôme, au cas où il reviendrait au parc. Puis elle leva les yeux vers la lune. Elle n'avait plus le glaçon dans la nuque. Juste une fraîcheur agréable, comme le bord d'une rivière en été.

— Tu as eu peur ? demanda doucement sa maman en la rejoignant.

— Oui, répondit Lila. Beaucoup. Mais j'ai dit la vérité, et ça a fait de la place.

— C'est comme quand on range sa chambre, dit sa maman. On trouve des choses qu'on avait perdues.

— Comme la Braise, dit Lila.

Un orchestre de casseroles et de poêles se mit à taper en rythme. Les enfants sautèrent, les adultes applaudirent, des sorcières se prirent les pieds dans leurs balais et rirent d'elles-mêmes. Lila et Sami dansèrent, la lanterne au-dessus d'eux projetait des étoiles sur leurs joues.

— On dit une blague de squelette ? proposa Sami.

— Vas-y, répondit Lila.

— Pourquoi le squelette n'a jamais froid à Halloween ?

— Je sais pas.

— Parce qu'il a toujours une petite laine… d'os !

Il éclata de rire tout seul, trop fier. Lila regarda le Grand Chuchoteur. Il avait l'air d'esquisser un sourire, même s'il n'avait pas de bouche.

La musique monta, puis redescendit, comme une vague. Les lanternes battaient comme des cœurs bien endormis. On distribuait des chocolatines et des soupes à la citrouille. Le chat grignota un morceau de gaufre quand personne ne regardait.

Plus tard, quand la fête se fit plus calme, Lila s'assit sur la marche de la fontaine. Madame Grimoire vint s'asseoir à côté d'elle. Elles regardèrent la grande lanterne où la Braise Douce tenait une veille tendre.

— Tu sais, dit Madame Grimoire, Halloween a besoin de frisson et de chaleur. Les deux ensemble. Comme une couverture un peu trouée : on sent l'air, mais on n'a pas froid.

— J'aime bien, répondit Lila. Ça ressemble à la vérité. Ça gratte un peu, mais ça tient chaud.

— Continue à parler comme ça, dit Madame Grimoire. Les nuits t'écouteront.

Sami arriva avec trois pommes d'amour. Il en donna une à Lila, une à Madame Grimoire. Il mordit dans la sienne et fit craquer le sucre en grands éclats rouges.

— Aïe, fit-il, c'est dur.

— C'est la preuve qu'elle est réussie, dit Lila en riant.

Ils restèrent là, à regarder les ombres danser. De temps en temps, la Braise Douce envoyait un clin d'œil, comme une étincelle qui rit. Lila sentit que la peur ne la quittait pas complètement. Elle sommeillait, comme un chat sur un coussin. Près d'elle, la chaleur restait. Elle avait trouvé un endroit où se poser : dans ses mots, dans ses pas, dans sa petite lanterne qui sentait la cannelle.

Quand enfin Lila et Sami repartirent, la rue des Capucines avait gardé l'odeur de cette nuit. Le chat trottait devant, fier comme un roi. Les maisons dormaient. Les citrouilles clignotaient encore, doucement, comme pour dire “à l'année prochaine”.

— Tu sais, dit Sami, l'an prochain, je me déguise en Braise Douce.

— Bonne idée, répondit Lila. Moi, je me déguise en vérité.

Ils rirent. La porte de la maison chanta son grincement de bonne nuit. Lila se glissa dans sa chambre, posa sa lanterne près de la fenêtre. Dehors, la lune avait l'air rassasiée. Elle bâilla un petit rond blanc.

Lila ferma les yeux. Elle entendit, très loin, le Grand Chuchoteur qui berçait des secrets. Elle entendit aussi son propre souffle, tranquille. Dans son ventre, les mots s'étaient installés, légers, comme des plumes tièdes.

Et la Braise, au cœur du square, veillait pour tous. Peut-être que cette nuit-là, même les cauchemars rêvèrent de gaufres. Et personne ne s'en plaignit. Pas même la porte grinçante.

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