Chapitre 1 : Le dégoût d'Halloween
— J'te jure, Hugo, Halloween, c'est juste une excuse pour que les adultes nous filent des bonbons qu'on pourrait très bien obtenir autrement, marmonna Zoé, les bras croisés, sa cape noire traînant sur le trottoir.
Hugo, à ses côtés, portait un vieux chapeau de sorcier un peu trop grand pour lui. Il tentait de masquer son sourire derrière un faux nez de vampire qui tenait à peine sur son visage.
— T'es vraiment une rabat-joie, soupira-t-il en lui tendant un seau en forme de citrouille. Allez, Zoé, c'est la première fois que notre rue fait la chasse aux bonbons dans tous les magasins ! C'est même pas comme l'année dernière.
Zoé haussa les épaules, jetant un regard suspicieux autour d'elle. Les vitrines de la grande rue commerçante, d'habitude si familières, étaient méconnaissables : toiles d'araignées géantes, squelettes articulés qui dansaient derrière les carreaux, chauves-souris en carton suspendues aux lampadaires. Même la boulangerie de Madame Caron avait remplacé ses pains au chocolat par des « doigts de sorcière » — des biscuits verts aux ongles en amande.
— Chasse aux bonbons ou pas, j'aime pas me déguiser, et j'aime pas avoir peur, insista-t-elle, la voix plus ténue que d'habitude.
Hugo roula des yeux.
— T'inquiète pas, on y va à deux. Et regarde, on croise sûrement d'autres copains du collège, c'est pas la fin du monde !
Mais au fond, Zoé savait pourquoi elle n'aimait pas Halloween. Petite, elle s'était retrouvée enfermée par accident dans une cave sombre pendant une fête. Depuis, l'idée de s'amuser à se faire peur la mettait mal à l'aise. Malgré tout, elle ne voulait pas laisser Hugo partir seul. Alors elle resserra sa cape, prit une grande inspiration, et suivit son ami au milieu de la foule d'enfants déguisés.
Chapitre 2 : La première boutique
La première boutique était celle du vieux Monsieur Lemar, le libraire. Sa vitrine était décorée d'un immense drap blanc, des yeux noirs dessinés au marqueur le transformant en fantôme géant. À l'intérieur, la lumière était tamisée et une brume étrange flottait près du sol. Hugo ouvrit la porte, son cœur battant. Zoé se tenait en retrait, jetant des regards anxieux à l'intérieur.
— Trick or treat ! lança Hugo, d'une voix assurée.
Un ricanement résonna. Monsieur Lemar, méconnaissable sous son masque de loup-garou, surgit entre deux rayonnages.
— Vous tombez bien, jeunes aventuriers ! Pour récolter vos bonbons, il va falloir répondre à une énigme… d'outre-tombe !
Zoé sentit son appréhension se dissiper un peu. Des énigmes, elle aimait bien ça.
— Je suis grand, souvent vieux, plein d'histoires à raconter. On me feuillette pour voyager, sans jamais bouger… Qui suis-je ?
Hugo faillit crier « un bus ! », mais Zoé croisa son regard d'un air entendu.
— C'est un livre, répondit-elle.
Monsieur Lemar fit mine d'hurler à la lune, puis éclata de rire en leur tendant une poignée de bonbons au réglisse. Zoé esquissa un sourire.
— T'as vu ? C'est pas si terrible, la chasse aux bonbons, lança Hugo en croquant un crâne en guimauve.
Zoé n'osa pas répondre, mais elle se sentit un peu plus légère en sortant de la librairie.
Chapitre 3 : La boutique des horreurs
À peine eurent-ils quitté la librairie qu'ils entendirent des cris et des rires provenant de la boutique suivante : « Le Bazar d'Octave ». D'habitude, on y trouvait tout et n'importe quoi, des lampes à lave aux gadgets électroniques, mais ce soir-là, la devanture était décorée de mains coupées en plastique et de faux yeux qui semblaient les suivre du regard.
— On y va ? proposa Hugo, un peu moins sûr de lui.
Zoé hésita. Mais la curiosité l'emporta sur la peur, et elle fit le premier pas. À l'intérieur, la lumière était rouge et chaque allée était truffée de pièges : des araignées mécaniques qui couraient sur le sol, des boîtes qui éclataient en libérant des serpents en caoutchouc.
— Bouh !
Un squelette surgit derrière eux. Hugo sursauta si fort qu'il en fit tomber son chapeau. Le squelette éclata de rire et retira son masque : c'était Chloé, la cousine d'Octave, avec son éternel sourire malicieux.
— Bienvenue dans la boutique des horreurs ! Pour gagner vos bonbons, il faut traverser le tunnel de la peur.
Un rideau noir dissimulait un passage étroit. Zoé hésita, mais Hugo lui attrapa la main.
— Vas-y, on le fait ensemble !
Ils entrèrent. Le tunnel était sombre, parsemé de fils de laine qui frôlaient leur visage comme des toiles d'araignées. Des bruits de monstres retentissaient dans des haut-parleurs cachés. Zoé sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine, mais elle n'osa pas fermer les yeux. Elle avança, inspirant profondément, jusqu'à apercevoir la lumière au bout du tunnel.
Ils débouchèrent dans une salle pleine de citrouilles sculptées. Octave, déguisé en zombi, les accueillit avec un grand sourire et une poignée de bonbons colorés.
— Bravo, les champions ! Vous avez survécu au tunnel de la peur !
Zoé sentit une vague de fierté l'envahir. Elle avait eu peur, mais elle avait tenu bon.
Chapitre 4 : Un étrange magasin de jouets
Leur prochaine étape fut le magasin de jouets de Madame Bertin. La vitrine était envahie de poupées en costume de sorcière et d'ours en peluche déguisés en vampires. Mais, à l'intérieur, l'ambiance était différente : il flottait une odeur sucrée de caramel, et une musique étrange, un vieux xylophone grinçant, résonnait doucement.
— Entrez, mes chers petits fantômes ! gloussa Madame Bertin, un chapeau pointu vissé sur sa tête.
Hugo et Zoé furent accueillis par une armée de marionnettes qui semblaient les regarder, comme prêtes à bouger toutes seules. Madame Bertin les mena jusqu'à une grande boîte recouverte d'une étoffe noire.
— Pour vos bonbons, il faut trouver le courage de mettre la main dans la boîte des mystères !
Zoé fronça les sourcils. Elle se pencha et sentit quelque chose de froid et gluant sous ses doigts. Elle faillit retirer sa main, mais pensa au sourire de Hugo, à l'aventure et à la magie de la nuit.
— J'y vais, lança-t-elle, et elle plongea la main dans la boîte.
Elle toucha un objet dur et rond. Elle le sortit : une balle en plastique remplie de bonbons.
— Bravo ! s'exclama Madame Bertin, radieuse. Tu as découvert le trésor des sorcières !
Hugo suivit, un peu plus hésitant, et découvrit à son tour une poignée de friandises.
— Je savais pas que t'étais si courageuse, souffla-t-il à Zoé, admiratif.
Zoé sentit ses joues rougir, mais elle était, pour la première fois, contente d'être là.
Chapitre 5 : L'antre du glacier ensorcelé
Après quelques échanges de bonbons et des blagues partagées, les deux amis s'arrêtèrent devant le glacier « Givré de la Lune ». La porte était entrouverte, laissant s'échapper un brouillard glacé et une lumière bleutée. Un panneau annonçait : « Entrez si vous osez ! »
— C'est la dernière boutique avant la grande surprise finale à la place du marché, murmura Hugo, d'une voix mi-excitée, mi-inquiète.
Zoé, désormais plus confiante, poussa la porte. À l'intérieur, le décor était incroyable : des stalactites en sucre pendaient du plafond, des sorbets phosphorescents brillaient dans le noir, et le sol semblait craquer sous leurs pas.
— Bienvenue dans mon antre polaire, mes petits frissons ! tonna le glacier, M. Lafroid, déguisé en Yéti.
— Pour mériter les glaces d'Halloween, vous devez traverser le labyrinthe du glacier hanté, annonça-t-il.
Le labyrinthe était un dédale de miroirs déformants et de fausses portes. À chaque détour, un bruit étrange ou une ombre fugace. Ils riaient, sursautaient, se moquaient de leurs reflets difformes. Zoé se surprit à s'amuser vraiment.
— On dirait qu'on est dans un rêve bizarre ! s'exclama-t-elle.
Hugo proposa, hilare :
— Ou dans une boule à neige de sorcier !
Au bout du labyrinthe, ils sortirent dans un salon glacé où des cornets de glace aux couleurs étranges les attendaient.
— Vous avez mérité votre récompense ! clama M. Lafroid.
Zoé goûta une boule « potion de sorcière », acidulée, pétillante comme une potion magique. Elle éclata de rire, oubliant ses anciennes peurs.
Chapitre 6 : La grande surprise
La nuit était bien avancée quand ils arrivèrent enfin sur la place du marché, où tous les enfants se retrouvaient. Une scène en bois avait été installée, décorée de guirlandes orange et violette, et tous les commerçants étaient là, déguisés plus loufoquement les uns que les autres.
Monsieur Lemar, toujours en loup-garou, tapa dans ses mains pour obtenir le silence.
— Mes chers petits monstres, vous avez bravé les épreuves de nos boutiques, affronté vos peurs et partagé de joyeux fous rires. Il est temps de découvrir la magie ultime d'Halloween !
Un rideau s'ouvrit, dévoilant un immense gâteau en forme de château hanté, orné de bonbons et de petites lanternes. Des feux d'artifice étincelèrent dans le ciel, et la place s'emplit de musique.
Zoé sentit Hugo lui glisser une enveloppe dans la main.
— Ouvre, c'est pour toi.
À l'intérieur, une carte : « Félicitations, Zoé ! Tu as vaincu ta peur et découvert la magie d'Halloween. »
Zoé sentit ses yeux piquer. Elle n'avait jamais pensé qu'elle pourrait aimer cette fête. Autour d'elle, les enfants riaient, dansaient, et partageaient leurs bonbons.
— Finalement, c'est pas si terrible, Halloween, murmura-t-elle, le sourire aux lèvres.
— J'te l'avais dit ! répliqua Hugo, hilare.
Chapitre 7 : Le retour à la maison
Sur le chemin du retour, Zoé et Hugo marchaient lentement, leurs seaux remplis de bonbons tintant à chaque pas. Les rues étaient redevenues calmes, seules quelques citrouilles veillaient encore sur les rebords de fenêtre.
— C'était drôlement bien, cette nuit, murmura Hugo, les yeux brillants de fatigue et de bonheur.
Zoé hocha la tête. Elle repensait à toutes les épreuves traversées, aux rires partagés, à la sensation d'avoir été courageuse malgré la peur.
— Tu sais, dit-elle, je croyais que Halloween, c'était juste des déguisements et des histoires pour se faire peur. Mais je crois que c'est surtout une nuit où on s'autorise à affronter ce qui nous effraie… et à s'amuser ensemble.
Hugo la regarda, surpris, puis éclata de rire.
— Tu deviens philosophe maintenant ? Allez, on rentre, demain on va avoir mal au ventre avec tout ce qu'on a mangé !
Ils éclatèrent de rire, et Zoé sentit la chaleur qui grandissait en elle, plus forte que toutes les citrouilles allumées de la ville.
Ce soir-là, en croquant un dernier bonbon, elle savait qu'elle n'oublierait jamais sa première vraie nuit d'Halloween — celle où elle avait découvert qu'oser, c'était parfois la meilleure façon de s'amuser… et de grandir, un petit peu plus.