Chapitre 1 — Un drôle de plan pour Halloween
La nuit tombait doucement sur la forêt des Lanternes Bleues, là où ni humains ni voitures n'osaient s'aventurer. Parmi les troncs moussus, la brume s'enroulait comme une écharpe de coton. C'était dans cette forêt étrange, mais jamais bien méchante, que vivait Niflut, le petit lutin à chapeau pointu, oreilles en feuille de chêne et bottes à grelots.
Niflut sautillait gaiement devant sa cabane en champignon, les bras chargés d'un énorme sac de bonbons multicolores. Des sucres d'orge, des citrouilles acidulées, des toffees au caramel… Il avait tout préparé pour le grand soir d'Halloween, celui où la forêt s'illuminait de rires, de farces et d'histoires frissonnantes, mais jamais effrayantes.
— Cette année, je vais distribuer des bonbons à tout le monde, même aux plus grognons ! avait-il décidé, la veille en grignotant une réglisse qui faisait des bulles.
Mais la tâche s'annonçait plus difficile qu'il ne l'imaginait… Les habitants de la forêt, déguisés en momies de mousse, fantômes en draps de toile d'araignée ou vampires chauve-souris, couraient partout. Qui allait accepter des bonbons d'un lutin ? Et surtout, qui allait l'aider à nettoyer les papiers et à garder la forêt toute propre ?
Niflut ajusta son chapeau, attrapa son balai, et, cœur léger, s'élança dans l'aventure.
Chapitre 2 — La parade déglinguée
À peine avait-il pris le sentier des Ronces Joyeuses qu'il tomba nez à nez avec Friselus, le dragonneau électrique, déguisé en momie élastique. Friselus essayait en vain d'attacher des bandages autour de sa queue qui crépitait de petites étincelles.
— Ouille ! Ces bandages veulent danser le twist ! rigola Friselus en tournant sur lui-même.
— T'inquiète, je vais t'aider ! proposa Niflut. Mais ensuite, j'ai besoin d'un coup de patte. Tu me files un coup de griffe pour distribuer des bonbons et garder la forêt nickel ?
— Tope là ! répondit Friselus en tendant une patte griffue.
D'un geste habile et plein de malice, Niflut aida Friselus à finir son déguisement. Ensemble, ils filèrent vers le grand chêne, point de rendez-vous des créatures costumées. Là, Grognapouf le troll à moustaches de mousse, vêtu en sorcier violet, lançait des confettis de champignons sur Bobine la licorne, qui portait un masque de vampire affamé… de pommes caramélisées.
Les sourires s'élargissaient, les capes volaient, les cris de « BOUH ! » résonnaient sans effrayer personne. Niflut, son grand sac en bandoulière, annonça d'une voix claire :
— Des bonbons pour tous, et pas de papiers par terre, on est d'accord ?
Un tonnerre de « OUI ! » répondit, suivi de quelques « MAIS ON A FAIM ! » et « QUAND EST-CE QU'ON MANGE ? »
Chapitre 3 — Les bonbons enchantés
La distribution commença en fanfare. Chaque créature recevait un bonbon, jurant de mettre le papier dans la grande besace prévue à cet effet, que Friselus portait fièrement sur le dos. Les bonbons crépitaient, sifflaient, changeaient de couleurs, certains faisaient rire, d'autres chatouillaient doucement la langue.
– Hé, Niflut ! Tes bonbons font de la fumée rose, regarde ! s'exclama Bobine la licorne en pouffant.
– C'est pour la magie de la nuit ! répondit Niflut, tout fier.
Mais soudain, un petit gnome masqué surgit de derrière une souche, les joues gonflées de dragibus :
– Y'a un souci ! Des papiers de bonbons traînent devant la grotte des hiboux grincheux. Si on ne ramasse pas tout, ils vont râler toute la nuit !
Niflut tapota sa joue, l'air songeur :
– Il faut faire quelque chose ! Qui vient avec moi en mission nettoyage ?
Grognapouf brandit sa baguette de sorcier (en réalité une fourchette en bois) :
– Mission acceptée ! Qui a peur des hiboux grincheux ?
Personne ne répondit. Les créatures se joignirent à Niflut, armées de balais, filets à papillons et grands sacs tissés.
Chapitre 4 — Le mystère des papiers volants
Arrivés près de la grotte, ils découvrirent une ribambelle de papiers de bonbons… mais aussi un courant d'air étrange qui les soulevait jusqu'aux branches basses. Les papiers dansaient, se coinçaient dans la mousse, s'enroulaient autour des pierres.
— On dirait qu'ils refusent de se laisser attraper ! observa Friselus.
— C'est la brise de minuit, expliqua Grognapouf d'un ton important. Elle adore jouer des tours.
Niflut eut une idée lumineuse :
— Et si on utilisait nos déguisements pour créer un super-vent qui les ferait descendre jusqu'à nous ?
Les amis se déployèrent en ligne : Friselus battit des ailes, Bobine agita sa cape, Grognapouf tourbillonna, lançant des petits sorts de vent, et Niflut fit tinter son balai magique. La brise, amusée par ce spectacle, sembla participer et poussa tous les papiers à leurs pieds.
Les poches s'emplirent de papiers colorés, les rires fusèrent, et même les hiboux, réveillés mais curieux, clignèrent d'un air satisfait.
Chapitre 5 — Le festin des étoiles filantes
De retour au centre de la forêt, sous les lanternes citrouilles et les lucioles bleues, une grande nappe à carreaux s'étendait pour le pique-nique d'Halloween. Les créatures, toutes réjouies, s'installèrent, échangeant bonbons, histoires drôles et tours de magie ratés.
— À Niflut, notre distributeur de bonbons au cœur d'or ! lança Grognapouf en soulevant une guimauve baguette.
— Et à Friselus, as des sacs à papiers ! ajouta Bobine en faisant tournoyer sa corne pailletée.
Même la brume semblait sourire. Les étoiles se mirent à filer lentement dans le ciel, illuminant les visages déguisés. Chacun raconta sa meilleure gaffe ou la plus grosse peur gentille de la soirée.
Niflut, croquant une pomme d'amour, prit la parole :
— Merci à tous ! Halloween, c'est encore plus magique quand on partage… et quand la forêt reste belle.
Les convives acquiescèrent, la bouche pleine de bonbons qui collent un peu trop aux dents.
Chapitre 6 — Un trottoir étincelant
Quand minuit sonna à l'horloge de la chouette, tout le monde se leva pour un dernier tour du sentier principal. Armés de lampions et de chansons, les amis vérifièrent chaque coin du chemin : pas un papier, pas une épluchure, que des traces de pas joyeux.
Friselus fit briller quelques petites étincelles au bout des pierres. Bobine dispersa trois pétales de fleurs magiques. Grognapouf souffla sur la mousse, qui devint encore plus moelleuse.
Niflut, fier comme jamais, tint son balai comme un sceptre et déclara :
— Ce soir, Halloween a transformé la forêt… en palace enchanté, propre et joyeux !
Un dernier éclat de rire traversa les arbres. Quelqu'un lança une farce de coussin péteur, qui fit sursauter tout le monde. Les amis s'embrassèrent maladroitement, firent claquer les grelots des bottes de Niflut, puis regagnèrent leurs maisons rigolotes pour une nuit pleine de rêves.
Et sur le sentier, baigné de lune, on aurait juré que même les cailloux souriaient, heureux d'accueillir une nouvelle journée… sans le moindre papier de bonbon à l'horizon.