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Histoire d'Halloween 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Nino et la petite peur d’Halloween

Nino, déguisé en vampire pour Halloween, se lance avec ses amis à la recherche d'un petit fantôme nommé Lueur, qui a disparu, tout en rencontrant des aventures mystérieuses et des peurs inattendues. Leur quête les mène à découvrir que la peur peut être douce et pleine de surprises.

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Un garçon de 12 ans, Nino, avec des cheveux châtains en bataille et des yeux curieux, porte une cape noire. Son visage exprime excitation et appréhension, tenant une petite lueur brillante représentant un fantôme amical. À ses côtés, Inès, 11 ans, avec des ailes de chauve-souris pailletées et des cheveux tressés, sourit en tenant un sac de bonbons. Yani, 12 ans, en costume de squelette fluorescent, se penche en avant, intrigué par la lumière dans la main de Nino. La scène se déroule dans un jardin mystérieux, avec des citrouilles sculptées et des lanternes vacillantes, sous un ciel étoilé, devant une vieille maison en pierre. Ensemble, ils sont fascinés par la lueur dans la main de Nino, prêts à explorer la nuit d'Halloween. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Crocs en plastique et citrouille qui cligne

En fin d'après-midi, le 31 octobre, Nino planta ses dents de vampire en plastique dans une pomme. Mauvaise idée. Les dents se décrochèrent et la pomme tomba sur le tapis avec un petit “plop” humide.

— Super, fit-il en retirant la bave artificielle de son menton. Classe…

Sa mère rit depuis la cuisine.

— Mets plutôt ta cape, comte Nino. Et ne renverse pas le bol de soupe. Il fait déjà froid.

Nino ajusta sa cape noire. Elle glissa, puis se coinça dans la poignée de la porte. Il tira, trébucha, se rattrapa d'une main sur la commode. Dehors, la lumière mourante accrochait les façades. Le ciel avait une couleur de bonbon violette. On sentait le froid, piquant, qui montait du jardin. On entendait, de temps à autre, une feuille gratter le trottoir, comme une souris pressée.

Sur la fenêtre, la citrouille sculptée par Nino cligna. C'est ce que Nino crut voir, du moins. Une flamme brève, comme un clin d'œil. Il s'approcha, méfiant.

— Tu as cligné, toi ?

La citrouille ne répondit pas. Bien sûr que non. Ce n'était qu'une bougie. Pourtant, une odeur douce de cannelle flotta, discrète, alors qu'il n'y avait pas de cannelle dans la maison.

— Nino ! appela sa mère. Yani et Inès sont là !

Il posa sa main sur la citrouille. Elle était tiède. Un frisson lui remonta le bras, drôle de chatouillis. Il sourit sans bien savoir pourquoi. Peut-être parce que ce soir, tout pouvait être vrai.

Il ouvrit la porte. Le vent glissa contre sa nuque comme une plume froide. Dans l'allée, Yani portait un costume de squelette fluorescente qui faisait “tchik tchik” à chaque pas, et Inès avait des ailes de chauve-souris pailletées.

— Wow, Nino, dit Inès en tournant autour de lui. Cape top. À nous les bonbons !

— À nous le sucre pour cent ans, répondit Yani d'une voix lugubre.

Un chat tigré, pas très grand, les observait du pied du portail. Sa moustache était noire, sauf une, blanche, comme un minuscule éclair. Il eut un miaulement grave, comme un vieux monsieur. Puis il fit volte-face et s'éclipsa dans l'ombre, la queue levée.

— Bizarre, commenta Nino.

— Bizarre… Halloween, fit Yani avec un sourire. C'est parti ?

Ils s'engagèrent dans la rue, sacs prêts, cœurs légers. La nuit, tranquille et nerveuse à la fois, commençait.

Chapitre 2 — La maison qui avale la brume

Les maisons du quartier se pavanaient. Guirlandes oranges clignotantes. Dents de carton collées aux fenêtres. Fantômes en draps pendus aux arbres qui bougeaient à peine avec le vent. À chaque porte, des “Bonsoir !”, des “Oh, vous êtes trop mignons !”, des papiers de bonbons qui craquent, des chocolats qui tombent dans les sacs. Une odeur de caramel brûlé, de citrouille rôti, et de laine mouillée occupait l'air.

Le chat tigré réapparut au coin de chaque rue. Il les devançait, s'arrêtait, les regardait, repartait. Sa moustache blanche brillait quand il tournait la tête.

— On dirait qu'il nous guide, murmura Inès.

— Ou qu'il nous surveille, chuchota Yani, dramatique. Maman dit que les chats voient les fantômes. Super fiable.

Nino riait mais son rire avait des cailloux dedans. Une excitation douce, une inquiétude légère. Sa citrouille avait cligné. Un chat à moustache éclair. Et puis, à mesure qu'ils avançaient vers la vieille place, la brume épaississait. Pas une brume sale. Une brume propre. Blanche, polie, comme si elle savait où elle allait.

— On approche de la maison Borie, dit Yani. Tu sais, celle qui avale la brume.

— Avale quoi ? fit Nino.

— La brume. On dit que, quand il y a trop de brouillard, la maison le boit et le garde. Et quand elle a soif, elle en recrache. Je te jure. Mon cousin m'a raconté.

La maison Borie se tenait là, au bout de la place. Grande, un peu penchée, toute en pierre, avec une glycine sèche accrochée à sa façade. Ses volets étaient ouverts. Dans le jardin, des citrouilles souriantes formaient une allée. On entendait un cliquetis, comme des cuillères contre des tasses.

Le chat se faufila entre les citrouilles et appuya sa patte sur la sonnette. Ding-dong. Les trois enfants échangèrent un regard.

— C'est lui qui a sonné, murmura Nino.

— Ce chat a plus de manières que mon frère, commenta Inès.

La porte s'ouvrit avec un craquement très doux. Une femme apparaissait, enveloppée dans un châle bleu gris, ses cheveux en nuage blanc, ses yeux d'encre. Elle sentait le cacao, la laine et un peu la pluie. Elle sourit. Ses dents étaient droites, ses rides joyeuses.

— Bonsoir, fit-elle. Entre qui veut. Je m'appelle Madame Brume. Et vous avez l'air d'avoir faim.

— De bonbons, précisa Yani.

— De chaleur, rectifia Inès en frottant ses mains.

— De réponses, dit Nino sans trop comprendre pourquoi.

Le chat s'installa sur le seuil, comme un concierge fier. Madame Brume tapota sa moustache blanche du bout du doigt.

— Bravo, Piment. Ils sont venus.

Chapitre 3 — Lueur, la petite peur

Le salon de Madame Brume ressemblait à une grande poche chauffée au four. Des bougies dans des bocaux, des plaids doux, des coussins comme des brioches. Une marmite de chocolat noir fumait sur la table basse. Des gâteaux ronds, couverts de sucre, faisaient semblant de ne pas être tentants.

— Servez-vous, les enfants, invita Madame Brume. Mais avant, j'ai besoin de vous demander un service.

Yani, qui avait déjà la main sur un gâteau, la retira lentement.

— C'est dangereux ?

— Non, dit Madame Brume, puis elle plissa les yeux. Disons… pas plus dangereux qu'une nuit d'Halloween. Et moins dangereux qu'une trottinette sans freins.

Nino croqua dans un biscuit. Le sucre craqua et fondit. Il se sentit grand, courageux. Puis il posa sa tasse.

— Quel service ?

Madame Brume désigna la fenêtre. La brume dehors avait mordu le jardin. Elle venait se coller aux vitres comme un chat froid.

— Vous voyez ce brouillard ? C'est la petite peur des choses, la peur qui chatouille. Normalement, ici, c'est Lueur qui le tient en laisse. Lueur est… un fantôme. Petit. D'habitude, il nage dans la lanterne près de la porte. Il s'y sent bien. Il sort pour lâcher la brume à la tombée du jour et il la ramène avant minuit. Mais là… il a disparu.

Nino se rapprocha de la fenêtre. La lanterne près de la porte était vide. Son verre vibrait un peu, comme un cœur. Il ressentit un courant d'air, léger, une caresse.

— Lueur est timide, poursuivit Madame Brume. Il n'aime pas les cris. Il n'aime pas les “Bouh” trop violents. Je crains qu'il ne se soit caché. Et sans lui, la brume va s'épaissir. Elle aime bien quand il n'y a pas de surveillant. Elle se croit au cinéma. Elle exagère.

— Vous voulez qu'on trouve votre fantôme ? s'étonna Inès.

— S'il vous plaît. Et que vous le rassuriez. Piment vous guidera.

Le chat Piment leva la tête, comme s'il comprenait tout. Sa moustache blanche frissonna.

— Et… si on a peur ? demanda Nino, pas fièrement mais pas couard non plus.

Madame Brume hocha la tête.

— La peur, ça marche comme une lampe. On peut la poser par terre ou la porter haut. Si vous la portez haut, elle éclaire. Prenez ceci.

Elle leur tendit trois mini-bâtons lumineux. Ils étaient transparents, et d'un coup, quand Nino toucha le sien, il s'alluma doucement, d'une lumière vert tendre. Inès reçut un bâton violet. Yani, un orange. Piment eut un collier de ficelle.

— Et euh… des bonbons, c'est utile ? ajouta Yani.

— Indispensable, sourit Madame Brume. Certaines choses adorent les bonbons. D'autres se calment avec du chocolat. Et pour Lueur… une voix douce suffit. Revenez avant minuit.

Nino sentit sa cape frissonner sur ses épaules. Il regarda ses deux amis. Ils hochèrent la tête en même temps.

— On y va, dit Inès.

— À la chasse au fantôme, ajouta Yani, pas bête.

— On va l'inviter à rentrer, corrigea Nino.

Piment bondit du seuil et s'engagea dans le jardin de citrouilles. Le portail grinça comme un rire. La brume s'entrouvrit devant eux, polie, presque polie.

Chapitre 4 — Le champ de citrouilles chuchote

Le jardin s'ouvrait sur un petit champ de citrouilles. Elles n'étaient pas toutes sculptées. Certaines dormaient encore dans la terre, rondes, lourdes. D'autres, décorées, clignotaient doucement. La terre sentait la pluie et le fer. On entendait, tout près, un clapotement invisible. Piment avançait en trottinant, sa moustache éclair bien droite, queue en point d'exclamation.

— J'ai l'impression d'être dans un dessert, souffla Yani. Un dessert énorme. Un tiramisu de terre.

— Concentre-toi, siffla Inès. Écoute.

Ça chuchotait. C'était un bruit très léger, comme des mains qui frottent une nappe. Nino s'accroupit. Il posa sa paume sur une citrouille. De l'autre côté de la peau, quelque chose vibrait, hésitant. Peur… Cette petite peur dont parlait Madame Brume.

— Lueur ? murmura Nino, sans savoir pourquoi il parlait à la citrouille.

Une lueur blanchâtre glissa au pied d'un épouvantail. Oui, un épouvantail. Un vrai. Il portait une chemise trop large et un chapeau mou avec un ruban. Ses yeux étaient deux boutons cousus. Une pie perchée sur sa manche les observait.

— Soyez gentils, pas d'épouvante, tenta Yani, qui regardait ailleurs.

Piment sauta sur un piquet, se hissa, fit mine de tapoter le chapeau de l'épouvantail.

— Miaou.

— Euh… bonsoir ? fit Inès au mannequin. On cherche Lueur. Tu l'as vu ?

Un courant d'air passa. La chemise du mannequin claqua. On eut l'impression qu'il haussait les épaules. La pie poussa un cri, puis s'envola, laissant tomber… un emballage de bonbon brillant, accroché au piquet. Il tinta.

C'est alors que Nino vit la trace. Une traînée de confettis de papier sucré, comme une piste d'escargot, menait vers un buisson de saules. Les feuilles pendaient, fines, brillantes d'humidité. La brume y faisait des nœuds.

— Lueur a peur du bruit, réfléchit Nino. Ce papier… c'est bruyant.

— Les emballages, c'est la vie, souffla Yani en fourrant un caramel dans sa bouche. Mais il déchira lentement, pour ne pas croquer la nuit.

Ils écartèrent les branches. Derrière, sous un amas de toiles d'araignée, un petit lumignon palpitait. Pas plus grand qu'un poing. Une petite flamme sans feu, comme une luciole agrandie. Elle tremblait.

— Lueur ? tenta Inès. C'est nous. On vient de la part de Madame Brume.

La lueur se tassa encore, minuscule. Piment, délicat, posa sa patte près du lumignon. Il ronronna profondément. Le son rempli la cachette comme une couverture.

Nino s'accroupit. Il posa son bâton vert sur ses genoux, lumière douce. Sa voix sortit plus calme que son ventre.

— Ça va, petit. Ça fait beaucoup de bruit ce soir, c'est vrai. On va baisser le son, d'accord ? Tu peux venir dans ma main. Je ne serre pas. Jamais. Promis.

La lueur oscillait. Nino souffla, tout doucement, pas dessus, à côté, pour déplacer l'air, pour dire “viens”.

Elle glissa, hésita, puis toucha sa paume. Un frisson lui remonta jusqu'au cou. Ce n'était pas froid. C'était comme du soda dans le sang. Lueur se blottit dans sa main, léger comme une plume, et sa tremblote cessa un peu.

— Bravo, fit Inès, bas. On dirait un poussin de lune.

Yani déglutit son caramel.

— Vite, avant que je pleure, on rentre.

Un craquement. Un autre. Une branche pliée. Le bruit d'un grand manteau qui avance dans la brume.

— C'est quoi, ça ? chuchota Nino.

Une ombre, allongée, glissa entre les saules. On entendit un sifflement. Très bref. Pas humain. Pas animal.

Piment hérissa sa moustache. Sa moustache blanche brilla plus fort.

— On y va, chuchota Inès. Maintenant.

Ils repartirent, marche rapide, souffle sage, Lueur calé dans la main de Nino, Piment en flèche. L'épouvantail, derrière eux, sembla saluer.

Chapitre 5 — Le voleur de bonbons

La place était plus blanche encore. La brume épaisse allait et venait entre les lampadaires. On voyait le cône de lumière comme des cheminées renversées. La maison de Madame Brume se devinait. Trop loin. Trop loin pour un cœur calme.

— On y est presque, dit Nino. Ça va aller.

Un souffle taquin leur leva la cape, les ailes, la capuche. Un souffle qui sentait la menthe et l'orage.

Les sacs de bonbons froissèrent. Une fraise qui pique s'envola du sac de Yani. Tant pis, elle tomba sur les dalles. Une seconde fraise s'échappa toute seule. Puis un caramel. Puis deux. Puis dix.

— Hé ! cria Yani. Lâche mes sucreries !

— C'est le Voleur de bonbons, chuchota Inès avec des yeux énormes. Mon père m'en a parlé quand il n'avait plus de chocolat à la maison. C'est un courant d'air gourmand.

Le vent rit. Oui, il rit. Un son de papier froissé, joyeux, impertinent.

Nino serra la paume qui portait Lueur. La petite chose vibrait. Pas de peur cette fois. Plutôt comme si elle disait “attention là”.

— On ne peut pas courir, dit Nino. Si on court, Lueur va tomber.

— On ne peut pas perdre nos bonbons, protesta Yani. J'ai donné un “merci” pour chacun.

Piment s'arqua, fit un bond et attrapa un berlingot en plein vol. Il le coinça sous sa patte et regarda le vent, insolent.

— Stratégie, fit Inès. Le vent aime les papiers qui font du bruit. Donnons-lui quelque chose qui craque plus que tout le reste.

Nino réfléchit. Il avait, dans sa poche, un sac vide. Transparent, épais, qui faisait “crrraaaak” quand on le bougeait. Il le sortit. Le vent s'en approcha aussitôt, curieux. La brume tourbillonna un peu.

— Tu veux jouer ? dit Nino, plus fort que ses épaules. Tiens.

Il attacha le sac vide à un bâton, comme un petit cerf-volant. Le vent le prit, le souleva. Le sac vibra, craqua, siffla. Le vent siffla plus fort. On aurait dit deux enfants qui se répondaient.

— Occupe-le, murmura Inès. Menons-le vers la fontaine.

La fontaine, au centre de la place, avait une cuve ronde et profonde. Son eau clapotait, noire, froide. Nino et Inès firent danser le sac au-dessus, au bord. Le vent jouait, sans malice. Plus près. Encore plus près.

— Maintenant, dit Nino.

Inès lâcha le bâton d'une main. Le vent tira si fort que le sac lui échappa. Il plongea dans l'eau avec un bruit d'aspiration. Le vent lui, surpris, suivit le mouvement. Il n'aimait pas trop l'eau, c'était clair. Il fit une drôle de grimace de courant d'air, puis s'éloigna, vexé. Il tourna autour de la fontaine deux fois, laissa tomber trois bonbons par terre (des réglisses, qu'il n'aimait visiblement pas), et disparut dans une ruelle, boudeur.

Yani releva son sac, inspecta. Il en manquait, évidemment, mais pas tant.

— Tu me le paieras, souffla-t-il au vent absent. En feux d'artifice.

— Tu lui as parlé, pointa Inès.

— J'ai des principes, dit Yani.

Nino sourit, un peu fier. Sa main serra Lueur. La petite flamme était devenue plus claire, plus stable. Elle chauffait sa peau juste ce qu'il faut.

— On rentre, dit-il.

Piment les précéda. Au moment où ils atteignirent le portail, la brume sembla reculer, comme si quelqu'un disait “merci”. La moustache blanche de Piment s'adoucit.

Chapitre 6 — Minuit moins peur

Madame Brume les attendait avec une serviette dans ses mains, comme si elle pouvait absorber les frayeurs avec du tissu. Elle ouvrit la porte avant même qu'ils frappent. Le salon avait la même chaleur, mais quelque chose avait changé. Comme si la maison respirait plus doucement.

— Oh, mes courageux, fit-elle. Vous êtes revenus avant minuit. Et vous me rapportez quelqu'un.

Nino tendit sa paume. Lueur hésita, puis bondit d'elle-même vers la lanterne près de la porte. Elle l'accueillit avec un tintement discret. Les parois de verre s'illuminèrent. La brume, dehors, se fit toute fine, une écharpe légère, pas plus.

— Mille mercis, dit Madame Brume. Lueur est précieux. C'est une petite peur. Une peur qui avertit, mais qui ne mord pas. Une peur qui apprend aux grandes peurs à se tenir tranquilles.

— On a croisé une grande peur ? demanda Yani, intéressé par l'idée de s'en vanter.

— Non, murmura Madame Brume, en lui tendant une tasse de chocolat. Vous avez croisé la gourmandise du vent, ce n'est pas pareil.

Ils s'installèrent autour de la table basse. Les tasses fumaient. Yani planta le nez à l'intérieur, Inès trempa un bout de biscuit jusqu'à ce qu'il soit presque dangereux, Nino souffla doucement, conscient pour la première fois que ses mains ne tremblaient plus. Piment s'enroula autour de leurs pieds et ronronna comme un moteur.

— Pourquoi Piment nous a guidés ? demanda Nino.

— Parce qu'il n'aime pas quand les choses ne sont pas à leur place, répondit Madame Brume. Et parce qu'il aime vous. Il vous a regardés passer depuis des semaines. Tu grignotes la peur avec de l'humour, Nino. Toi, Inès, tu la plies et tu la range dans une boîte. Et toi, Yani, tu la caches sous des blagues trop grandes. Ça marche. Parfois.

Ils rirent. Un peu gênés, mais contents d'être si transparents que personne n'en avait honte.

— Avant de partir, dit Madame Brume, j'ai un cadeau. Enfin, un prêt. Ça s'allume seulement à Halloween, pour rappeler que les peurs et les joies sont cousines.

Elle posa dans la main de Nino un petit bouton rond, en métal, avec une étoile gravée. Il semblait banal. Puis, quand Lueur bougea dans la lanterne, l'étoile fit “tic” et s'alluma d'une lueur pâle, comme une respiration.

— Si un soir, tu ne sais plus si tu es brave ou si tu fais semblant, regarde ce bouton, conseilla Madame Brume. Il ne ment pas. Il éclaire juste assez pour que tu décides.

Elle donna à Inès un ruban noir qui ne glisse pas, parfait pour attacher ce qu'on croit perdre, et à Yani un sachet de bonbons emballés dans du papier qui craque très fort.

— Pour attirer les bons vents, plaisanta-t-elle.

— On ne va rien payer ? s'étonna Yani, qui venait d'une famille où on paye tout et ça rassure.

— Vous avez payé, répondit Madame Brume en regardant Lueur qui faisait des petites bulles de lumière dans la lanterne. Avec votre temps et votre gentillesse. Ça vaut plus cher que des pièces.

Ils restèrent là, à parler de pas grand-chose. Du chat de la voisine qui vole des chaussettes. Du déguisement raté de la petite cousine. De la soupe à la citrouille de la maman de Nino, trop épaisse, qu'on peut presque couper au couteau. Ils rirent, ils bâillèrent. Piment poussa la tête de Nino de sa patte, comme pour dire “tu peux rentrer, maintenant”. La pendule sonna onze heures et demie. Le temps glissa.

— On y va, dit Nino. Merci.

— Revenez demain pour me raconter ce que dira l'école, proposa Madame Brume. “J'ai sauvé Halloween” fait un bon devoir de rédaction.

“Comment j'ai noyé un vent dans une fontaine”, corrigea Yani.

“Comment j'ai adopté un bouton”, ajouta Inès.

Ils sortirent. L'air avait ce goût clair qui vient après la pluie, même s'il n'avait pas plu. La lune se posait sur les toits, légère. La brume, sage, faisait juste un ruban le long des trottoirs. Dans la poche de Nino, l'étoile cliqueta doucement, comme si elle riait en secret.

— Tu sais, dit Inès, quand on a trouvé Lueur, j'ai eu envie de le garder. Comme un… animal.

— Moi, j'ai voulu manger tous mes bonbons d'un coup, confia Yani.

— Moi, j'ai voulu rentrer courir sous ma couette, avoua Nino. Et je suis resté. C'est fou.

— C'est normal, conclut Piment.

Ils s'arrêtèrent. Ils se regardèrent. Puis ils regardèrent le chat.

— Tu viens de parler ? fit Yani, bouche ouverte.

— Chaque Halloween, il y a des mots qui sortent de leur cage, répondit Piment, naturellement, en lissant sa moustache blanche. Et vous avez été très polis. Alors je parle. Bonne nuit.

Il bondit et disparut sous une haie, silencieux comme une pensée.

Nino rentra chez lui les joues froides et le ventre chaud. Sa mère avait laissé la lumière du couloir. La citrouille, sur le rebord de la fenêtre, l'attendait. Elle cligna. Cette fois, Nino ne sursauta pas.

— T'inquiète pas, dit-il à voix basse. On a trouvé Lueur.

Dans sa chambre, il posa sa cape, ses dents de vampire, ses bonbons. Il glissa l'étoile sous son oreiller. Elle fit un petit “poc” discret et s'endormit. Lui aussi. Pendant que, dehors, la nuit continuait de manger des bruits et d'en recracher, juste ce qu'il faut. Et que la petite peur, bien rangée dans sa lanterne, veillait sans faire peur. Juste assez pour qu'on rêve sans tomber.

Au réveil, le lendemain, l'étoile avait perdu sa lueur. Nino la retourna entre ses doigts. Elle était froide, normale, un peu lourde. Il sourit. Il savait que, l'an prochain, elle reprendrait sa respiration. Et que, d'ici là, sa propreté de cœur suffirait.

Dans la cuisine, sa mère lui servit une tartine et demanda :

— Alors, c'était comment, Halloween ?

Nino mordit dans le pain grillé. Ça fit “crrrr”.

— Un peu effrayant, répondit-il. Et super gentil.

Il réfléchit, les yeux levés vers le plafond où dansait une poussière héroïque.

— Et drôle, aussi.

— Parfait, dit sa mère. C'est comme ça que j'aime cette nuit-là. Un peu de peur. Beaucoup de bon. Et du chocolat.

Nino hocha la tête, la bouche pleine, puis il fouilla sa poche et caressa le bouton étoilé. Il n'avait pas besoin de lumière pour se souvenir. Le souvenir, ce soir-là, éclairait tout seul. Et ça suffisait.

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