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Histoire d'Halloween 11 à 12 ans Lecture 18 min.

Nox et la brume chuchoteuse

Nox, un jeune garçon aux dents pointues, se lance dans une aventure nocturne pour allumer la Grande Citrouille de son village lors d'Halloween, accompagné de son ami le chat Poivre et d'une gargouille hoqueteuse. En chemin, il devra affronter ses peurs et celles de nouveaux amis pour faire briller la lumière de la fête.

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Nox, un jeune vampire en cape noire, se tient sur une scène éclairée par des lanternes orange, son visage rayonnant d'excitation. À ses côtés, Lila, une petite sorcière aux cheveux bouclés, applaudit joyeusement. Théo, un vampire en costume trop grand, admire Nox, ses joues rosies par l'excitation. La scène se déroule sur une place animée, entourée de maisons décorées de toiles d'araignées et de citrouilles souriantes, sous une lune brillante. Nox, tenant la Flamme-Lune, s'apprête à allumer la Grande Citrouille, tandis qu'une brume légère crée une atmosphère magique et mystérieuse d'Halloween. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La nuit qui chatouille

La lune ressemblait à une tranche de pomme dans le ciel froid. Le vent sentait la cannelle et la fumée. Les feuilles, en tas au bord des trottoirs, se prenaient pour des chats, et feutraient la rue d'un crissement discret. Halloween avait étiré ses guirlandes orange et violet sur tout le village.

Sur le toit du vieux manoir, Nox resserra sa cape. Elle lui tombait presque sur les pieds. Ses canines tapotaient sa lèvre quand il était nerveux. Ce soir, elles jouaient un tambourin.

— Respire, Nox, grogna Poivre, le chat noir, en mordillant sa moustache. C'est juste la nuit. Ta meilleure amie.

— Je sais, répondit Nox. Mais c'est le grand soir. Si j'allume la Grande Citrouille de la place, je deviens Veilleur d'Ombres. Officiel. Avec une écharpe noire. Et… un badge en forme de chauve-souris.

Poivre cligna des yeux, lentement.

— Et tu auras peut-être le droit de choisir la playlist du manoir…

Dans le hall, Tata Mordille s'était drapée dans un rideau. Elle adorait faire semblant d'être un portrait vivant.

— Mon petit Nox, dit-elle en glissant comme un poisson dans l'ombre, la tradition est simple. Chaque nuit d'Halloween, la Flamme-Lune doit allumer la Grande Citrouille. Elle se cache au cimetière, dans la Lanterne des Âmes. Ramène-la, et le village brillera. Rate-la… et on dînera à la chandelle. Une chandelle triste.

Nox avala une gorgée de sirop de prune. Le goût piquait la langue.

— Je ne raterai pas, promit-il.

— N'oublie pas, ajouta Tata Mordille, Halloween fait peur, mais jamais pour blesser. Peur pour rire. Peur pour grandir.

Nox hocha la tête, une main sur sa cape, l'autre sur le dos chaud de Poivre. Dehors, des enfants déguisés trottinaient déjà, sacs de bonbons à la main, yeux brillants. Des rires éclataient comme des bulles. Nox sourit. Cette nuit, il ne se cacherait pas. Cette nuit, il marcherait parmi eux, comme un déguisement devenu vrai.

Chapitre 2 — La gargouille et le hoquet

À mesure qu'ils avançaient, Nox goûtait l'air. Odeur de sucre et de bougie. Odeur de citrouille rôtie. Un squelette gonflable claquait contre une porte. Une sorcière en carton grinçait quand le vent la tirait par le balai.

— Beau déguisement ! lança un garçon masqué, en le dépassant.

— Merci ! répondit Nox, un peu fier.

La grille du cimetière gémit, comme une vieille clarinette. À l'intérieur, les tombes dormaient sous la mousse. La brume rampait entre les stèles, froide et douce, comme un chat qui passe entre les jambes. Poivre hérissa un peu la queue.

Sur le mausolée central, une statue se décrocha, et plouf, atterrit devant eux. Une gargouille, haute comme deux Nox, yeux ronds, ailes de pierre repliées. Elle éternua. Des gravillons volèrent.

— Pardon, fit la gargouille en rougissant jusqu'aux oreilles de granite. Je m'appelle Gaspard. Gardien temporaire de la Lanterne des Âmes. J'ai un léger hoquet depuis… trois siècles.

— Un hoquet de pierre ? demanda Poivre. Pratique pour casser des noix.

— Très drôle, miaula la gargouille. Hem. Pour la Flamme-Lune… c'est compliqué.

Le hoquet lui fit faire un bond de semelle de pierre. Clac.

— Compliqué ? répéta Nox.

— La Brume Chuchoteuse s'est installée. Elle adore Halloween. Elle grossit avec les peurs et avale les chemins. La Lanterne est juste là-bas, mais… on s'y perd, expliqua Gaspard, en montrant un coin où la brume semblait bourdonner.

Nox regarda la blancheur, épaisse comme du lait.

— Comment on passe ?

— Il faut calmer la Brume, dit Gaspard doucement. Elle n'est pas méchante. Elle ramasse les peurs. Elle les chuchote. Si tu l'écoutes, si tu parles vrai, elle laisse passer.

— Parler vrai ? répéta Nox, la gorge serrée.

— Oui. Tu sais… dire en face à ta trouille que tu la vois. Ça la rétrécit. Comme une chaussette au lavage.

Poivre leva un sourcil de chat.

— Et si on lui chante une chanson ridicule ?

— Ça peut aider, admit Gaspard, hoquetant encore. Mais il faut surtout… ne pas courir.

Nox inspira lentement. Il aimait bien courir. Surtout quand il avait peur.

— D'accord, dit-il. On va écouter.

Chapitre 3 — La brume qui murmure

Ils entrèrent. L'air devint humide, la brume leur caressait les joues comme des doigts frileux. Chaque bruit semblait plus près : les clochettes d'un costume, le froissement d'une cape lointaine, un rire étiré.

— Nox…, souffla Poivre. J'entends quelque chose.

La brume effleura l'oreille de Nox, et une voix minuscule susurra.

— Tu n'es pas assez. Pas assez sombre. Pas assez lumineux. Tu ne seras jamais Veilleur…

Les épaules de Nox se crispèrent. Ses canines tapotèrent, trop fort. Il pensa à Tata Mordille. À son badge rêvé. À sa cape trop longue. Sa peur gonfla comme un ballon.

— Je t'entends, dit-il à voix basse. Oui, j'ai peur. Peur de rater. Peur d'être entre deux. Mais j'ai aussi un chat sarcastique, une gargouille qui hoquette, et des jambes qui tiennent encore debout. Alors… parle, je t'écoute, mais laisse-moi passer.

La brume vibra. Une autre voix monta, plus aiguë, plus glissante.

— Je vois des clowns qui bavent, pleurnicha quelqu'un.

Nox et Poivre tournèrent la tête. Un petit garçon, cape de vampire trop grande, larmes sur les joues. Sa sœur tenait sa main, les dents de son masque de loup brillantes.

— Ça va ? demanda Nox.

— Théo… murmurait la fille, — je m'appelle Lila —, Théo voit des trucs. Moi, c'est des ombres qui se moquent de mes oreilles. Tu connais les brumes ? On s'est perdus.

Poivre sauta sur l'épaule de Lila.

— Bonjour, enfants perdus. Instruction numéro un : inspirer le caramel, expirer la trouille. Comme ça.

Tous, même la gargouille, levèrent le menton et inspirèrent par le nez, fort. L'air sentait la vanille et le froid. Puis ils soufflèrent bien longtemps, jusqu'à ce que la brume recule un peu.

— Tu t'appelles Théo ? demanda Nox au garçon.

— Oui…, renifla Théo.

— J'ai aussi peur des choses collantes, confessa Nox. Et du soleil du matin. Et des fenêtres trop propres. On voit trop ce qu'il y a derrière.

Lila le dévisagea.

— T'es… un vrai vampire ?

Nox cligna des yeux.

— Oui. Mais je bois du jus de betterave. Et je fais des muffins au cacao la nuit. Tu veux goûter ?

Il lui tendit une petite bouteille. Lila hésita, puis sourit, amusée.

— Ça a le goût de terre et de chocolat, dit-elle. Étonnant.

La brume, curieuse, ronronna autour d'eux.

— Parlez-moi de vos peurs, chuchota-t-elle. Nommez-les. Je dégonflerai.

— Les clowns baveux, dit Théo, plus fort. Et… les toilettes publiques.

— Les moqueries, dit Lila. Et l'idée que ma voix soit ridicule quand je lis à voix haute.

— Les matinées, dit Nox. Les retards, les captures d'écran honteuses.

— Les pigeons, dit Poivre. Surtout les pigeons.

— La pluie acide, hoqueta Gaspard. Et les coups de tonnerre dans ma pierre.

La brume frissonna. Elle devint plus légère, comme si elle perdait ses bottes. Elle s'éparpilla, libérant un couloir argenté.

— Vous êtes drôles, souffla-t-elle. Drôles et courageux. Allez. La Lanterne est là-bas.

Chapitre 4 — La Lanterne des Âmes

Au bout du couloir, une lanterne grandissait sur un piédestal. Elle était faite de verre strié, comme une goutte de pluie figée. À l'intérieur, une petite flamme bleue tournait sur elle-même, timide. Autour, les noms gravés des anciens Veilleurs brillaient par endroits, comme si les lettres respiraient.

Gaspard s'éclaircit la gorge.

— Flamme-Lune, voici Nox. Il souhaite t'emporter pour allumer la Grande Citrouille. Il a traversé la Brume sans manquer de respect. Il a avoué ses peurs, et il a partagé… une boisson douteuse.

La flamme bleue cligna. Sa voix faisait un minuscule crépitement.

— Je ne pars qu'avec celui qui sait allumer sa propre lumière. Tu sais faire ?

Nox sentit son cœur cogner, comme un tambour dans un coffre. Il pensa à tous ces Halloween où il s'était caché derrière les rideaux pour regarder les enfants passer. Il pensa aux nuits où il ricanait pour faire semblant, quand il avait très peur. Il pensa à ce soir, à Lila, à Théo, à Poivre, à Gaspard.

— Je peux essayer, dit-il. Je peux reconnaître quand ça tremble en moi, et quand ça brille. Je peux ne pas me moquer des peurs des autres. Je peux être gentil même quand j'ai les mains froides. Je peux dire non à ce qui blesse. Je sais rire aussi. Ça compte ?

La flamme cligna encore. Un petit silence s'accrocha à la pierre, comme un lézard au soleil.

— Ça compte.

Elle sauta du verre et vint flotter au-dessus de la paume de Nox. C'était froid, puis tiède, puis chaud, comme un chat qui s'installe sans prévenir. La lumière bleue remua, probe et douce. Lila applaudit. Théo fit un petit « ooooh ». Poivre feula de contentement.

— Une dernière chose, dit la flamme. Il faut aussi que la peur ait sa place. Pas dehors, pas enfermée. À côté. Tu peux ?

— Je peux, promit Nox.

— Hé, hé, fit Gaspard en hoquetant, la pierre c'est bon pour garder les promesses.

La brume se pencha, presque affectueuse.

— Je t'accompagne jusqu'à la sortie, murmura-t-elle. J'aime voir les citrouilles briller.

Ils repartirent, plus vite cette fois. La brume s'écartait pour eux, gentille, chatouillant les mollets, déposant des gouttes sur les cils. Le village s'ouvrit devant eux. La place scintillait de guirlandes, et la Grande Citrouille trônait, énorme, toute striée, avec une bouche en zigzag encore éteinte.

Chapitre 5 — La citrouille qui sourit

Une foule s'était rassemblée. Les capes, les chapeaux pointus, les capuches de monstres, tout brillait d'yeux impatients. Des bougies tremblaient. Les fenêtres des maisons clignotaient. On entendait des « bouh ! » et des « aaah ! » qui faisaient rire les bébés.

Tata Mordille s'approcha, drapée de son rideau, avec un air qui disait je-suis-fière-mais-je-continue-de-flotter.

— Alors, petit, murmura-t-elle. Tu l'as ?

Nox ouvrit sa main. La Flamme-Lune bougea la tête, comme une salamandre qui bâille. Elle était plus vive, comme si les confidences l'avaient nourrie.

— Elle m'a choisi, dit Nox. Pourtant mes mains transpirent.

— Elles transpirent de courage, répondit Tata Mordille.

— Et de jus de betterave, ajouta Poivre.

— On le fait ensemble ? proposa Nox à Lila et Théo.

— Ensemble ! cria Théo, presque sans trembler.

Ils montèrent sur l'estrade. La Grande Citrouille reniflait dans son sommeil, un ronflement léger, oui, vraiment. Nox posa sa paume contre la peau lisse et tiède. La Flamme-Lune, docile, glissa dans un petit conduit. Un frisson parcourut la citrouille. Une odeur de sucré, de terre chaude. La lumière gonfla, gonfla… puis jaillit par les yeux triangulaires et le sourire en zigzag. Un éclat orange qui coula sur la foule, comme un chocolat fondu. Des cris et des applaudissements éclatèrent.

Des rubans de brume se délièrent dans l'air, transformés en fils argentés. Quelques chauves-souris acrobates firent des boucles. Gaspard, ému, éternua de pierre. Une famille de pigeons se vexa sans savoir pourquoi.

— Tu l'as fait, souffla Tata Mordille. Tu n'as pas fait peur. Tu as donné la lumière. C'est mieux.

— Je crois qu'Halloween, c'est ça, répondit Nox. On se raconte des frissons. On se montre nos lanternes.

Tata Mordille sortit de sa poche une écharpe noire, douce comme un secret.

— Veilleur d'Ombres, dit-elle en la déposant sur ses épaules.

Lila tapota la manche.

— Ça te va bien.

— Tu as de la sauce à la betterave sur le col, précisa Poivre.

Ils éclatèrent de rire. Les guirlandes tremblèrent un peu à cause du vent. Une odeur de popcorn parvint de la roulote au coin de la place. Quelqu'un commença une ronde, les pas frappant la pierre au même rythme.

Chapitre 6 — Une peur à sa place

La fête dura. Il y eut des rires qui avaient peur, et des peurs qui riaient. Des bonbons collèrent aux dents et aux doigts. Nox raconta au micro des histoires de manoir, en changeant à la dernière seconde les fins trop sombres pour des fins qui chatouillent. Lila lut un paragraphe d'un livre à voix haute, un peu tremblante au début, puis avec des étincelles dans les yeux. Théo affronta un clown… qui n'était qu'un oncle déguisé avec un coussin sous le costume. Il lui fit un high-five. Le clown fit tomber sa perruque. Ça arriva à tout le monde.

Quand le froid eu mille fois pincé les nez, la musique ralentit. Nox se tourna vers Poivre.

— J'ai un peu peur de demain, avoua-t-il.

— Demain c'est le matin. Le soleil se lève. On ferme les volets. On fait des crêpes. Ta peur aura un coussin. Elle attendra la prochaine nuit, répondit Poivre.

— C'est vrai.

Lila et Théo s'approchèrent.

— Tu rentres ? demanda Lila.

— Oui. Les nuits ne durent que la nuit, dit Nox.

Théo lui tendit un paquet.

— Pour toi. C'est moi qui l'ai choisi. C'est un dentifrice spécial betterave. Comme ça tu pourras sourire sans t'inquiéter.

Nox rit si fort que sa cape glissa de son épaule.

— Merci, Théo. Tu viendras au manoir un soir ? On a des muffins. Et un couloir qui fait exprès des courants d'air pour faire « houuuu ».

— Promis, dit Lila. Mais je vous préviens, j'apporte des pigeons en peluche pour embêter Poivre.

— Trahison, feula le chat, en se frottant aux jambes.

Gaspard se racla la pierre.

— Je retourne garder mes noms gravés, dit-il. Et travailler mon hoquet. Peut-être que si je chante avec… ça fera un rythme.

— On dansera avec toi, promit Nox.

La lune avait glissé, fine comme un sourire fatigué. Les lanternes clignotaient encore, mais plus doucement. La Grande Citrouille ronflait, rassasiée de lumière.

Nox prit une dernière bouffée d'air de fête. Cannelle. Sucre. Cendre douce. Et un peu de pluie dans le lointain. Il serra son écharpe. Il serra le regard de ses nouveaux amis dans sa tête, bien fort, comme un trésor dans une poche.

— Halloween, murmura-t-il, c'est la nuit où les peurs acceptent d'être regardées, et où les sourires ont des dents pointues.

— Poétique, commenta Poivre. Tu commences à parler comme une gargouille.

— Je prends ça pour un compliment.

Ils s'enfoncèrent dans la rue sombre, leurs ombres longues comme des rubans. Derrière, la place restait lumineuse. Devant, le manoir attendait avec ses fenêtres entrouvertes, ses escaliers grinçants, et sa grande horloge qui bâille à minuit passé.

Tata Mordille, restée un instant sous le porche, regarda son protégé disparaître. Elle sourit, un sourire qui disait tu as grandi un peu. Puis elle rentra, laissa la porte chanter doucement, et la nuit reprit sa place, bien calée entre les toits.

Le lendemain, on raconterait qu'un garçon en cape avait allumé le cœur d'une citrouille gigantesque. On dirait qu'un chat parlait. On se dirait aussi, à voix basse pour ne pas l'effrayer, que la brume avait écouté.

Et si, au coin d'un miroir, quelqu'un voyait une écharpe noire passer, il pourrait se souvenir de respirer comme Poivre l'avait montré. Inspirer le caramel. Expirer la trouille. Et marcher, d'un pas ferme et léger, vers sa propre petite lumière.

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Veilleur d’Ombres
Une personne qui surveille les ombres et les mystères pendant la nuit.
écharpe
Un long morceau de tissu que l'on porte autour du cou pour se réchauffer.
Lanterne
Un objet qui éclaire et qui est souvent utilisé à la main ou suspendu.
Brume
Un nuage léger et fin qui rend l'air humide et parfois difficile à voir.
Gravillons
Petits morceaux de pierre, souvent utilisés dans les chemins ou les routes.
Murmurer
Parler très doucement, presque comme un chuchotement.

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