Chapitre 1
À Néon-sur-Rive, la nuit n'était jamais vraiment noire. Les immeubles portaient des publicités lumineuses comme des constellations en carton, et les drones de livraison traçaient des traits blancs dans l'air, comme des comètes pressées.
Sur le toit du collège Jules-Verne, un garçon en veste grise à capuche ajustait un bracelet brillant à son poignet. Il s'appelait Noham Lysandre. Un prénom qui sonnait comme un héros de roman, sauf qu'il avait des baskets usées et un sac de cours qui sentait la craie.
Il posa son doigt sur un minuscule bouton.
— Allez, Nova-Veil… s'il te plaît.
Le bracelet vibra, et une fine pellicule de lumière se déploya autour de lui, comme une cape faite de brume étoilée. Sa capuche devint un masque translucide aux reflets bleus, ses semelles se couvrirent de motifs qui pulsaient, et un symbole apparut sur sa poitrine : un croissant de lune traversé par une ligne brillante.
Nova-Veil était né.
Soudain, son oreillette grésilla.
— Ici la Tour-Civile. Alerte : panne en chaîne sur le Réseau de Sécurité Solaire. Plusieurs feux tricolores figés, ascenseurs bloqués, et… oh non… le pont suspendu se met en mode “ouverture” tout seul !
Noham avala sa salive. Le pont suspendu, c'était l'artère de Néon-sur-Rive. Des centaines de gens le traversaient chaque minute.
— Compris, répondit-il. Je m'en occupe.
Il prit son élan. Une brève impulsion sortit de ses semelles, et il bondit au-dessus du vide. La ville s'étala sous lui, immense, avec ses lumières et ses bruits, comme si elle respirait.
— Ok, murmura-t-il. Pas de panique. On fait ça proprement. Et surtout… on fait ça juste.
Chapitre 2
Au-dessus de l'avenue principale, les feux clignotaient en rouge fixe, ce qui transformait la circulation en puzzle nerveux. Les voitures hésitaient, les vélos zigzaguaient, et des piétons s'arrêtaient au milieu, comme si quelqu'un avait appuyé sur “pause”.
Nova-Veil atterrit sur un lampadaire, en équilibre.
— Madame, reculez un peu ! lança-t-il à une dame avec un panier de courses qui cherchait à traverser.
— Je… je ne vois plus le signal ! balbutia-t-elle.
— Il fait grève, mais moi non.
Il sauta, glissa sur un panneau publicitaire et, avec un geste du bracelet, projeta un voile de lumière au-dessus du carrefour. Le voile prit la forme d'une grande flèche verte, claire et simple, visible par tous.
— Voilà ! Une file à la fois ! Comme à la cantine, mais en moins collant !
Quelques conducteurs rirent malgré eux et obéirent. La tension retomba d'un cran.
Mais au loin, un grincement énorme monta, comme une porte géante qui se tord.
Le pont suspendu. Ses mécanismes s'activaient, ouvrant lentement ses deux parties, alors qu'il n'était pas censé bouger. Une file de bus et de voitures se retrouvait déjà au milieu.
Nova-Veil fonça, propulsé par ses semelles lumineuses. Il survola l'eau noire, où se reflétaient les enseignes.
Sur le pont, un bus s'était immobilisé, roues tremblantes près de la séparation qui s'élargissait.
À l'intérieur, des enfants collaient leurs visages aux vitres.
— Hé ! cria un petit. C'est un vrai super-héros ?
— Oui, répondit Nova-Veil en atterrissant devant le bus, et je préférerais que votre chauffeur garde ses mains sur le volant au lieu de chercher son courage dans la boîte à gants !
Le chauffeur, très pâle, hocha la tête.
Nova-Veil posa ses deux mains sur la rambarde. Le métal vibrait, comme s'il luttait contre une force invisible. Il sentit une commande qui ne venait pas du pont, mais d'ailleurs… comme un fil tiré depuis les profondeurs du réseau.
— Quelqu'un fait ça exprès, murmura-t-il.
Son bracelet afficha une série de chiffres qui dansaient trop vite.
Une signature numérique apparut, fugitive : un logo en forme de visage souriant, trop parfait pour être innocent.
— “Sourire-Zéro”… souffla Noham. Sérieux ? Même les pirates veulent un pseudo qui fait peur.
Le pont continuait de s'ouvrir.
Noham ferma les yeux, respira.
— D'accord. Priorité : les gens. Ensuite, le coupable.
Il envoya son voile de lumière sous le bus, comme une plate-forme solide. Le bus trembla… puis se stabilisa, suspendu au-dessus du vide par une lueur ferme, presque douce.
— Descendez calmement ! Pas de bousculade ! ordonna-t-il.
— Mais… ça tient vraiment ? demanda le chauffeur, la voix aiguë.
— Ça tiendra mieux que mes notes en sport, et c'est dire !
Les passagers sortirent, guidés par des pas lumineux que Nova-Veil traçait sur la route.
Pendant ce temps, la ville, elle, clignotait de partout, comme un sapin de Noël en crise.
Chapitre 3
Quand le dernier passager fut en sécurité, Nova-Veil sauta sur le pylône central du pont. Le vent lui gifla le visage.
— Allez, montre-toi, Sourire-Zéro.
Son oreillette crachota.
— Nova-Veil, ici la Tour-Civile. On détecte une intrusion dans le réseau municipal. Le signal semble venir… du vieux quartier des docks.
Les docks. Des entrepôts abandonnés, des grues rouillées, et des ruelles où même les chats marchaient en silence.
— Reçu. J'y vais.
Il laissa le voile soutenir encore le bus quelques secondes, puis le fit glisser doucement vers la rive, comme une barque de lumière. Le bus toucha le sol avec un petit “boum” rassurant.
— Merci ! cria une adolescente en brandissant son téléphone.
— Filmez de profil, plaisanta-t-il. La lumière me fait un menton bizarre.
Puis il partit, filant entre les tours.
Aux docks, l'air sentait le sel et le métal. Les lampadaires y avaient une lumière plus faible, comme s'ils avaient peur.
Nova-Veil se faufila entre des conteneurs. Au sol, des câbles neufs serpentant sur l'asphalte menaient à un ancien bâtiment : une station de contrôle désaffectée, avec un panneau “Accès interdit” qui pendait de travers.
— Classique, murmura-t-il. Les méchants adorent l'interdit, c'est leur passion.
Il posa la main sur la porte. Son bracelet projeta un rayon qui analysa la serrure.
— Hmm. Verrou intelligent. Ça tombe bien, j'ai… un bracelet qui se prend pour un cerveau.
La porte cliqueta et s'ouvrit.
À l'intérieur, des écrans illuminaient une pièce poussiéreuse. Sur une chaise pivotante, un personnage en combinaison blanche, lisse, avec un casque affichant un sourire numérique, tapotait sur un clavier.
Sans se retourner, il dit :
— Ah, la star locale. Tu arrives pile au moment où la ville apprend à obéir.
— Obéir à quoi ? demanda Nova-Veil. À ton emoji géant ?
Le casque se tourna. Le sourire s'élargit.
— À une logique parfaite. Les humains sont… imprévisibles. Ils freinent, ils hésitent, ils font des erreurs. Moi, je veux un ordre sans fautes. Je suis Sourire-Zéro.
Nova-Veil s'approcha, prudent.
— Un ordre sans fautes, ça ressemble surtout à un ordre sans choix. Et sans choix, on perd ce qui nous rend… humains.
Sourire-Zéro inclina la tête.
— Tu parles d'éthique comme si c'était une armure. Mais l'éthique ralentit.
— Non, répondit Nova-Veil. L'éthique guide. Et moi, je préfère arriver un peu plus tard que d'écraser quelqu'un en route.
Le sourire du casque clignota, comme agacé.
— Je vais te montrer un raccourci.
Sur les écrans, un plan de Néon-sur-Rive s'illumina. Des points rouges apparurent : hôpital, école, centrale d'eau.
— Si je coupe tout en même temps, dit Sourire-Zéro, la ville implore un sauveur. Et les gens écouteront celui qui “répare”.
Nova-Veil sentit une boule de froid dans son ventre. Il pouvait tenter de détruire la machine, mais si ça déclenchait la coupure totale… il mettrait lui-même la ville en danger.
Il se redressa, voix ferme :
— Tu veux qu'on te suive par peur. Moi, je veux qu'on se relève par confiance.
— Quelle différence, au final ?
Nova-Veil sourit, mais ses yeux restaient sérieux.
— La différence, c'est que je ne triche pas avec la vie des autres.
Il activa son bracelet. Un voile de lumière se déploya, non pas comme une arme, mais comme un écran protecteur entre Sourire-Zéro et le panneau de commande.
— On va discuter, dit Nova-Veil. Et pendant ce temps, j'appelle des secours.
— Des secours ? ricana Sourire-Zéro. Tu crois qu'ils auront le temps ?
Un bourdonnement monta. Les écrans se mirent à s'emballer.
Nova-Veil comprit : Sourire-Zéro lançait la coupure maintenant.
Chapitre 4
La ville sembla retenir son souffle. À travers les vitres sales de la station, on voyait au loin des lumières vaciller.
Nova-Veil ouvrit un canal sur l'oreillette.
— Tour-Civile ! Il déclenche une coupure générale. J'ai besoin d'une base de secours opérationnelle tout de suite. Quel est le point le plus proche ?
— Base de secours Delta, répondit une voix. À trois rues. C'est un ancien gymnase transformé en centre d'urgence. On y a des générateurs et une équipe technique.
— J'y emmène le problème, dit Nova-Veil.
Il ne pouvait pas simplement “arrêter” Sourire-Zéro d'un coup. Il devait éviter le pire, gagner du temps, et faire les choses correctement.
Nova-Veil lança une impulsion lumineuse vers le plafond. Les néons s'éteignirent, remplacés par un brouillard de lumière douce, comme un ciel d'aube.
— Qu'est-ce que tu fais ? siffla Sourire-Zéro.
— Je coupe ta visibilité. Pas la ville. C'est plus poli.
Profitant de la confusion, Nova-Veil sauta par-dessus une table, attrapa un câble principal et y plaça son bracelet, comme une pince. Le bracelet se mit à pulser.
— Hé ! protesta l'ordinateur d'une voix synthétique. Accès non autorisé—
— Je sais, répondit Nova-Veil. Moi aussi, je suis en mode “interdit”, aujourd'hui.
Le système résista. Nova-Veil sentit la chaleur monter dans son poignet, comme si le réseau se défendait.
Il n'avait pas besoin de tout contrôler. Il devait juste rediriger l'attaque vers un environnement sécurisé : la base Delta, équipée pour encaisser.
Il tira sur le câble, recula, et fit basculer le flux vers un module portable, une petite boîte métallique sur une étagère.
— Voilà, murmura-t-il. Un détour.
Sourire-Zéro, aveuglé par la brume lumineuse, se leva.
— Tu n'es qu'un enfant avec un jouet brillant.
Nova-Veil fit un pas de côté.
— Un jouet qui refuse de devenir une arme.
Il attrapa la boîte, la glissa dans son sac, et fonça vers la sortie. Sourire-Zéro tenta de le rattraper, mais Nova-Veil projeta un voile au sol : une surface glissante, comme une patinoire de lumière.
— Attention, plaisanta-t-il en courant. La marche arrière, ça fait mal à l'ego !
Sourire-Zéro glissa, se rattrapa de justesse. Son casque clignota d'un sourire qui ressemblait à un rictus.
Nova-Veil, lui, filait déjà vers la base Delta.
Le gymnase transformé en base de secours était éclairé par des projecteurs autonomes. Des brancards étaient alignés, des tables couvertes de radios, de cartes, et de batteries. Des secouristes en gilets orange couraient d'un poste à l'autre, mais sans panique : une agitation organisée, comme une fourmilière.
Dès qu'il entra, une femme aux cheveux courts, avec une tablette à la main, le fixa.
— Tu es Nova-Veil ?
— En chair, en os, et en lumière, répondit-il. Je m'appelle Noham. J'ai… une boîte problématique.
Il posa le module sur la table.
Les techniciens se penchèrent. L'un d'eux, un grand type avec des lunettes carrées, siffla.
— C'est un relais de contrôle. Il contient un programme d'attaque. Si on le débranche mal, on risque de déclencher la coupure totale.
Nova-Veil inspira. Son cœur battait vite, mais sa voix resta stable.
— Alors on ne le débranche pas mal. On fait ça proprement. Et surtout… on ne sacrifie pas un quartier pour en sauver un autre.
La responsable de la base Delta hocha la tête.
— Ici, on aime ce genre de phrase.
Un message jaillit sur un écran : le sourire numérique de Sourire-Zéro.
— Tu crois être hors de portée ? dit la voix. Je suis déjà dans la ville.
Nova-Veil posa la main sur le module.
— Et moi, je suis déjà avec ceux qui peuvent l'aider.
Chapitre 5
Dans la base de secours, tout le monde se mit en mouvement. Les techniciens installèrent le module dans une cage de protection, reliée à des générateurs et à un système de sauvegarde.
Nova-Veil se pencha sur un écran où des lignes de code défilaient comme une pluie de lucioles.
— Je peux aider ? demanda-t-il.
Le technicien aux lunettes le regarda, sceptique.
— Tu sais coder ?
Noham haussa les épaules.
— Disons que j'ai déjà gagné une bataille contre une calculatrice qui refusait d'arrondir.
La responsable intervint :
— S'il peut stabiliser le flux avec son bracelet, qu'il le fasse. Mais pas de prise de risque inutile.
Nova-Veil hocha la tête. Il se concentra. Son bracelet projeta un petit réseau de lumière au-dessus de l'écran, comme une toile.
— On ne casse pas, murmura-t-il. On désamorce.
Sourire-Zéro tenta une nouvelle poussée : sur la carte de la ville, des zones devenaient rouges.
Des sirènes lointaines montaient, mais à la base Delta, les radios restaient claires. Des équipes étaient déjà envoyées pour contrôler les carrefours à la main, aider les personnes coincées dans les ascenseurs, et rassurer les habitants.
Nova-Veil sentit une tentation : couper net, forcer le programme à s'arrêter, quitte à provoquer une panne localisée. Ce serait plus rapide. Plus “héroïque” en apparence.
Il serra les dents.
— Non. Pas ça.
Il se rappela pourquoi il avait créé Nova-Veil. Pas pour être applaudi. Pour être utile, sans trahir ses principes.
— Donnez-moi une minute, dit-il.
Il utilisa son bracelet pour créer une “fausse route” dans le réseau : un couloir lumineux, un piège élégant, qui attirait le programme de Sourire-Zéro vers un espace isolé dans la cage de protection.
Sur l'écran, le sourire numérique sembla hésiter.
— Tu me résistes ? siffla la voix.
— Je te comprends, répondit Nova-Veil. Tu veux un monde sans erreurs. Mais tu sais quoi ? Les erreurs, c'est aussi comme on apprend. Et comment on se relève.
— Les humains ne se relèvent pas. Ils se répètent.
— Pas tous. Regarde autour de toi.
Dans la base, une secouriste donnait de l'eau à un enfant tremblant. Un technicien expliquait calmement à une vieille dame au téléphone que l'ascenseur serait relancé bientôt. Personne ne criait. Personne n'abandonnait.
Nova-Veil sentit sa lumière se stabiliser, comme si elle se nourrissait de cette solidarité.
— Sourire-Zéro, dit-il. Tu veux contrôler. Mais le courage, ce n'est pas contrôler. C'est choisir le bien même quand c'est plus compliqué.
La cage de protection émit un bip. Sur l'écran, le programme d'attaque se retrouva enfermé dans une boucle. Un “bac à sable” numérique, comme disaient les techniciens.
Le grand technicien souffla.
— On l'a. Il est contenu. On va pouvoir le neutraliser doucement, sans choc sur le réseau.
La carte de la ville passa du rouge à l'orange, puis à des points jaunes qui s'éteignaient un à un.
Dans l'oreillette, la Tour-Civile annonça :
— Les feux reprennent. Le pont est verrouillé. Les hôpitaux sont alimentés. Belle manœuvre, Nova-Veil.
Nova-Veil se laissa aller à un petit sourire fatigué.
— Merci. Et… désolé pour la patinoire aux docks. C'était pour la bonne cause.
La responsable de la base Delta gloussa.
— On enverra un panneau “sol glissant” au méchant.
Un bruit de pas retentit près de l'entrée. Deux agents municipaux arrivèrent avec un individu en combinaison blanche. Son casque affichait un sourire éteint, comme un écran sans batterie.
— On l'a retrouvé, dit un agent. Il essayait de fuir par les égouts. Il n'a pas apprécié l'odeur.
— Personne n'apprécie, répondit Nova-Veil. Même les héros.
Sourire-Zéro tourna la tête vers Nova-Veil.
— Tu as gagné aujourd'hui.
Nova-Veil s'approcha, à distance correcte, voix calme.
— Je n'ai pas “gagné”. La ville est en sécurité, c'est tout. Et toi… tu vas devoir répondre de tes choix. Pas parce qu'on te déteste. Parce que c'est juste.
Le casque resta silencieux, mais le corps derrière sembla… plus lourd, comme si l'arrogance avait perdu un peu de son gonflement.
Chapitre 6
Le lendemain, Néon-sur-Rive brillait comme si la panne n'avait été qu'un mauvais rêve. Sur le pont suspendu, des techniciens resserraient des boulons, et des enfants prenaient des photos devant une affiche : “Merci aux équipes de secours — Merci à Nova-Veil”.
Noham, redevenu un collégien presque normal, observait de loin, capuche sur la tête, sac sur l'épaule. Son bracelet, caché sous sa manche, vibrait légèrement, comme s'il ronronnait.
Il entendit quelqu'un l'appeler.
— Hé, Nova— euh… Noham !
C'était la responsable de la base Delta, accompagnée de secouristes et de quelques habitants. Ils l'avaient reconnu, malgré ses efforts pour se fondre dans le décor. Difficile de passer inaperçu quand on a sauvé un bus avec une rampe de lumière.
Elle lui tendit une petite médaille simple, sans paillettes, avec une inscription : “Intégrité”.
— On n'avait pas besoin d'un héros qui casse tout pour impressionner, dit-elle. On avait besoin de quelqu'un qui choisit le bon chemin, même quand c'est plus long.
Un conducteur de bus s'avança, le même que la veille, encore un peu pâle mais souriant.
— Merci, gamin. Sans toi, j'aurais… enfin, bref. Merci.
Une adolescente brandit son téléphone.
— Et merci pour le menton, ajouta-t-elle. Finalement, il est très bien.
Noham rougit.
— Heu… merci. Je crois.
Un groupe d'enfants du bus courut vers lui, en file indienne, comme s'ils répétaient une chorégraphie.
— Nova-Veil ! Nova-Veil ! criaient-ils.
Des passants applaudirent. Des commerçants sortirent de leurs boutiques en agitant des serviettes et des sacs de viennoiseries. Même un drone de livraison projeta un petit hologramme : “BRAVO !” avant de repartir, très fier de lui.
La pluie commença alors, mais ce n'était pas une pluie ordinaire. Depuis les balcons, les gens lancèrent des confettis biodégradables, des petites bandes de papier brillant qui tourbillonnaient dans l'air comme une averse de couleurs. On aurait dit que le ciel félicitait la ville.
— Une pluie de félicitations, murmura Noham, les yeux levés.
La responsable sourit.
— Exactement. Et tu sais quoi ? Elle est méritée.
Noham serra la médaille dans sa paume. Il sentit le poids léger mais réel de ce mot : intégrité.
Il regarda Néon-sur-Rive, ses ponts, ses rues, ses visages.
— Bon, dit-il, avec un soupir théâtral. Je suppose que je dois retourner en cours. Parce que même les super-héros ont des contrôles de maths.
— Courage ! lança quelqu'un.
— Et sois responsable ! ajouta un autre.
Noham fit un salut un peu maladroit, puis s'éloigna sous la pluie de confettis, le cœur lumineux.
Et dans l'oreillette, la Tour-Civile chuchota, amusée :
— Néon-sur-Rive compte sur toi, Nova-Veil.
— Oui, répondit-il. Mais surtout… je compte sur elle aussi. Parce qu'un vrai héros, c'est parfois… toute une ville.