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Histoire de super-héros 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Paratonnerre et le sabotage du vent sur Néréide-sur-Rive

Paratonnerre, un garçon capable de diriger l’électricité, et sa brillante amie Lina affrontent les sabotages mystérieux de Mistral Noir qui menacent le barrage et la ville, en tentant de désamorcer des drones et des dispositifs cachés tandis que le vent joue un rôle dangereux.

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Adolescent homme au visage concentré et serein, manteau gris aux reflets bleus semblant fait de nuages, cheveux bruns courts, main lumineuse (filaments bleus) posée sur une fissure du béton pour la stabiliser ; adolescente Lina, malicieuse et déterminée, cheveux châtains en bataille, veste pratique avec outils, légèrement en retrait à gauche, regardant les écrans d’un petit bracelet lumineux ; homme adulte ouvrier moustachu d’environ 50 ans, visage tanné, gilet orange de chantier, debout à droite bras croisés, soulagé mais vigilant près d’une vanne métallique ; en arrière-plan un barrage massif en béton avec dalles texturées, fissures fines, grandes vannes et passerelle métallique aux barrières jaunes ; ambiance crépusculaire aux tons orange-rose, reflets chauds sur l’eau, touches bleu électrique, gris ciment et accents orange/jaune, lumière douce du coucher de soleil, atmosphère héroïque et rassurante. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le garçon au manteau d'orage

À Néréide-sur-Rive, la rivière Écluse dessinait une courbe brillante autour de la ville, comme un ruban d'aluminium. Tout le monde disait que l'eau avait un caractère : parfois douce, parfois pressée, et toujours prête à faire des bêtises quand le vent se levait.

Ce matin-là, le vent se levait justement.

Sur le toit du collège, un garçon fin et nerveux ajusta un manteau gris qui semblait tissé avec des nuages. Le tissu frémissait, comme s'il respirait. Ses baskets étaient renforcées de plaques noires, et à son poignet clignotait un bracelet d'un bleu électrique.

Il s'appelait Ilyas Varek. Mais en ville, on le connaissait sous un autre nom : Paratonnerre.

Pas parce qu'il aimait attirer les problèmes… même si, soyons honnêtes, les problèmes le trouvaient souvent.

— Ilyas ! cria une voix dans son oreillette. Tu me reçois ?

C'était Lina, sa meilleure amie, reine des bricolages et des idées impossibles qui marchent. Elle n'était pas super-héroïne, mais elle avait une qualité rare : elle ne paniquait presque jamais. Sauf quand on touchait à ses tournevis.

— Je te reçois, répondit Ilyas en se penchant vers la rue. Qu'est-ce qu'on a ?

— Le barrage de Rive-Nord. Les capteurs ont détecté une vibration bizarre. Et devine quoi ?

— Ne me dis pas… une “vibration bizarre” un jour de vent, dans une ville avec une rivière capricieuse ?

— Oui. Et les habitants ont déjà sorti les bottes. Les réseaux s'emballent : “l'eau va nous avaler”, “la rivière est fâchée”, “quelqu'un a vu un poisson géant”.

Ilyas soupira.

— Les poissons géants, c'est le niveau “légende urbaine”.

— Sauf si quelqu'un les fabrique, fit remarquer Lina. Et quelqu'un fabrique des trucs, en ce moment. Tu as entendu parler de Mistral Noir ?

Ilyas sentit son ventre se serrer, comme si un courant d'air s'était glissé sous ses côtes.

Mistral Noir, c'était un saboteur qui adorait le chaos. Personne ne savait à quoi il ressemblait vraiment, mais on retrouvait toujours sa signature : des micro-drones en forme de graines, des capteurs piratés, des systèmes qui se mettent à faire l'inverse de ce qu'on leur demande.

— J'arrive, dit Ilyas. Et Lina…

— Oui ?

— Essaie de ne pas améliorer la sirène d'alerte en “mode disco”, comme la dernière fois.

— Je ne promets rien, répondit-elle, faussement innocente.

Ilyas prit son élan et sauta. Son manteau se déploya comme une aile. Une étincelle courut le long de ses coutures, et l'air autour de lui s'électrisa légèrement, juste assez pour l'aider à planer entre les immeubles.

Néréide-sur-Rive s'étendait sous lui : façades claires, toits d'ardoise, tramways bleus, et, au loin, la grande ligne sombre du barrage.

Le vent souffla plus fort, comme un avertissement.

— D'accord, murmura Ilyas. On va jouer propre. On protège la ville. Et on garde le sourire.

Il accéléra, les yeux fixés sur l'horizon, où l'eau et le béton semblaient se défier du regard.

Chapitre 2 : Le grondement sous le béton

Le barrage de Rive-Nord ressemblait à une muraille géante. Des arches épaisses, des passerelles métalliques, des vannes qui pouvaient dompter la rivière… en théorie.

En pratique, ce jour-là, la passerelle vibrait comme une corde de guitare.

Ilyas atterrit souplement près d'un groupe d'ouvriers en gilets orange. L'un d'eux, un homme au visage tanné et à la moustache farouche, leva la main.

— Hé ! Toi, le gosse au manteau bizarre ! On a besoin d'aide, pas d'un spectacle !

Ilyas retira ses lunettes teintées, révélant des yeux bruns très concentrés.

— Je suis Paratonnerre. Et je vous promets que je fais un spectacle seulement quand c'est utile.

Un second ouvrier pointa du doigt une fissure fine, presque invisible, qui courait sur une dalle.

— Ça a commencé il y a vingt minutes. On a entendu un “boum”, puis les capteurs ont fait n'importe quoi.

Ilyas s'agenouilla. Il posa deux doigts sur le béton. Son bracelet clignota. Une petite décharge, douce et contrôlée, se propagea dans la matière. Il “écoutait” le barrage avec l'électricité, comme on écoute une musique en collant l'oreille à une porte.

— Ce n'est pas juste une fissure, murmura-t-il. Il y a une résonance. Quelque chose force le barrage à vibrer… au mauvais rythme.

Dans son oreillette, Lina fit un bruit de papier froissé.

— Je confirme. Les courbes de fréquence sont tordues. Comme si quelqu'un soufflait dans une bouteille géante, mais en mode méchant.

— Merci pour l'image, Lina.

— Je suis une artiste incomprise.

Ilyas se redressa et observa les vannes. L'une d'elles tremblait légèrement, comme si elle hésitait à obéir.

— Évacuez la passerelle, demanda-t-il aux ouvriers. Et coupez l'accès au public. Je vais renforcer la structure.

L'homme moustachu grogna, mais il fit signe aux autres.

— T'as dix minutes, super-gamin. Après, c'est nous qui gérons.

— Parfait. Dix minutes, c'est mon record quand je suis motivé.

Ilyas ouvrit son manteau. À l'intérieur, une série de fines bandes conductrices brillait, comme des lignes d'orage capturées dans du tissu. Il posa ses paumes sur deux points du barrage.

Il inspira.

La clé de son pouvoir, ce n'était pas de lancer des éclairs au hasard comme dans les films. C'était de diriger l'énergie. De la stocker, de la redistribuer, de la calmer.

— Allez, mon grand, murmura-t-il au barrage, comme s'il parlait à un animal affolé. Respire.

Un halo bleu pâle s'étendit. Les vibrations se réduisirent. Pas disparues, mais moins dangereuses.

Soudain, un essaim de minuscules objets sombres sortit d'une bouche d'aération. Ils virevoltèrent dans l'air comme des graines portées par le vent.

— Lina… dis-moi que tu vois ça.

— Oh, je vois. Ce sont des micro-drones. Et ils ont l'air d'avoir autant d'amitié que mon grille-pain.

Les drones se collèrent sur les boulons et les joints, puis se mirent à pulser une onde régulière. Le barrage recommença à gronder.

— Mistral Noir, souffla Ilyas.

Comme pour répondre, une voix sortit d'un haut-parleur grésillant près de la passerelle.

— Paratonnerre… Quelle belle journée pour tester la solidité de ta ville. Tu sens cette musique ? C'est le début d'un refrain.

Ilyas serra les dents.

— Je préfère le silence, répondit-il. Surtout quand des gens risquent de se faire peur.

La voix ricana.

— Peur, panique, agitation… Tout ce que le vent aime. Attrape-moi si tu peux.

Les drones s'envolèrent en direction des collines, là où se dressait le parc éolien de la ville : une forêt de grandes pales blanches tournant lentement.

Ilyas jeta un dernier regard au barrage. Il devait le renforcer, mais il devait aussi empêcher la source du sabotage.

— Lina, j'ai besoin d'un plan.

— J'en ai deux, répondit-elle. Un raisonnable et un qui te donnera des cheveux encore plus électriques.

— Le raisonnable, d'abord.

— Tu renforces le barrage maintenant avec ta “colle d'orage”. Ensuite tu fonces au parc éolien. Les drones vont sûrement utiliser les éoliennes pour amplifier leur onde.

Ilyas hocha la tête.

— Et l'autre plan ?

— On colle un aimant géant sur Mistral Noir.

— C'est… imaginatif.

— Merci.

Ilyas se remit au travail, envoyant des impulsions précises dans le béton et les barres métalliques. Il ne réparait pas tout, mais il stabilisait, comme on serre une ceinture avant de courir.

L'homme moustachu revint.

— Ça tremble moins, dit-il, surpris malgré lui.

— Ça tiendra, répondit Ilyas. Mais si on ne coupe pas la source, ça recommencera. Je vais au parc éolien.

— Fais vite, gamin. Et… bon courage.

Ilyas esquissa un sourire.

— Merci. Et si la rivière fait une blague, dites-lui que je ne ris qu'une fois.

Il prit son élan et s'élança vers les collines, là où les pales blanches tournoyaient comme des bras géants.

Chapitre 3 : La forêt des géants blancs

Le parc éolien de Néréide-sur-Rive se dressait sur un plateau balayé par le vent. Les éoliennes alignées semblaient surveiller la ville, immenses, calmes, presque élégantes. À chaque rotation, les pales coupaient l'air avec un “whoom” régulier.

Ilyas arriva en glissant sur une rafale, son manteau tendu comme une voile. Il atterrit sur un sentier de gravier et leva les yeux : plusieurs drones tournaient autour d'une éolienne centrale, plus grande que les autres.

— Je n'aime pas ça, dit-il.

— Moi non plus, répondit Lina. Je capte un signal très fort. Comme si quelqu'un avait branché un haut-parleur sur le vent.

Au pied de l'éolienne centrale, une cabine technique était entrouverte. Une lumière verte palpitait à l'intérieur, pas du tout le genre de lumière qu'on voit dans une cabine technique normale.

Ilyas s'approcha, sur la pointe des pieds. Oui, c'était ridicule de marcher sur la pointe des pieds dans un endroit où le vent hurlait, mais ça l'aidait à se concentrer.

Dans la cabine, un appareil était fixé au panneau de commande : une sorte d'anneau noir, couvert de petits picots. Des câbles mordaient les circuits de l'éolienne comme des lianes.

— Voilà ton chef d'orchestre, souffla Lina.

Une silhouette se détacha dans l'ombre, adossée au mur. Un manteau sombre, un masque lisse, et une voix qui semblait toujours sourire.

— Paratonnerre… Tu arrives pile au moment où la ville va apprendre une leçon : on ne dépend pas du béton et des machines. On dépend du vent. Et le vent… est capricieux.

Ilyas garda ses mains visibles, comme pour montrer qu'il ne cherchait pas la bagarre.

— Tu sais, dit-il, tu pourrais te contenter de faire voler des cerfs-volants comme tout le monde. C'est moins fatigant.

Mistral Noir inclina la tête.

— J'aime quand ça tremble. Quand les gens se rendent compte que rien n'est garanti.

Ilyas sentit une chaleur monter dans sa poitrine, pas de colère brûlante, mais une détermination nette.

— Les gens ont déjà assez de choses à gérer, répondit-il. Ils n'ont pas besoin que tu joues au chef d'orchestre du chaos.

Mistral Noir claqua des doigts. Les drones se mirent à tourner plus vite, aspirés par le courant d'air créé par les pales. L'anneau noir sur le panneau se mit à vibrer.

— L'éolienne amplifie la fréquence, expliqua Lina. Il renvoie l'onde vers le barrage. C'est comme… comme si tu secouais un verre pile au bon rythme pour le faire casser.

— Je vois, dit Ilyas. Et moi, je suis le chiffon pour éviter le désastre.

Il posa sa main sur le panneau. Son bracelet clignota plus fort. Une étincelle bleue sauta et courut le long des câbles.

Mistral Noir recula d'un pas.

— Oh ? Tu veux jouer avec mon jouet ?

— Non, répondit Ilyas. Je veux le rendre inoffensif.

Il concentra son énergie, non pas en attaque, mais en contre-rythme. Une impulsion douce, puis une autre, comme un battement de cœur régulier. L'anneau noir grésilla.

Les drones se mirent à trembler, comme s'ils avaient perdu leur danse.

— Ça marche ! s'exclama Lina. Continue ! Tu “désaccordes” son système !

Mistral Noir fit un geste brusque. Une rafale artificielle, sortie de petits turbines cachées, projeta Ilyas contre la paroi. Le choc lui coupa le souffle.

— Tu es courageux, Paratonnerre, dit Mistral Noir. C'est presque attendrissant.

Ilyas se redressa, grimaçant.

“Presque”, c'est déjà un progrès.

Il attrapa une barre métallique au sol et la planta dans la terre, comme un paratonnerre improvisé. L'électricité de son bracelet s'y déversa en filaments bleus, créant un champ stable autour de lui.

Les rafales de Mistral Noir se heurtèrent à cette zone et se dissipèrent, comme des vagues contre un rocher.

— Lina, j'ai besoin de couper le lien entre l'anneau et l'éolienne.

— Si tu arrives à surcharger l'anneau en douceur, il se mettra en sécurité. Mais attention, pas trop fort, sinon tu fais sauter tout le panneau !

— Donc… précision chirurgicale, dit Ilyas.

— Oui. Et tu n'es pas chirurgien.

— Merci de me rappeler mes limites, Lina.

— Je fais ça avec amour.

Ilyas inspira profondément. Il pensa au barrage, aux ouvriers, aux familles en bas, aux enfants qui regardaient peut-être la rivière avec inquiétude. Il pensa aussi à une vieille dame de son immeuble, Madame Kader, qui lui offrait des biscuits en disant : “Un héros, ça doit manger.”

— Pour eux, murmura-t-il.

Il posa ses deux mains sur l'anneau noir. Cette fois, il n'envoya pas une décharge. Il envoya une caresse électrique, un courant fin, comme un fil de lumière. L'anneau vibra, hésita, puis ses picots se rétractèrent.

Les câbles se détachèrent du panneau, un à un, comme des doigts qui lâchent prise.

Les drones tombèrent au sol, inertes.

Le vent redevint un vent normal : bruyant, mais honnête.

Mistral Noir resta immobile une seconde. Puis il recula vers la porte.

— Ce n'est qu'un test, dit-il. La prochaine fois, je ferai danser toute la ville.

— La prochaine fois, répondit Ilyas, je serai encore là. Et la ville aussi.

Mistral Noir disparut derrière la cabine, avalé par les hautes herbes et les ombres du plateau.

Ilyas hésita à le poursuivre, mais Lina coupa court :

— Ne cours pas après lui. Regarde !

Sur l'écran de son bracelet, une alerte clignotait : BARRAGE — STABILITÉ : EN BAISSE.

Même sans l'anneau, il restait des drones sur place… ou autre chose.

— Il a laissé un relais, comprit Ilyas. Le barrage est encore en danger.

Il se retourna vers la ville. Au loin, un nuage sombre passait devant le soleil.

— On rentre, dit-il. Vitesse maximum.

Chapitre 4 : La course contre la vague

Ilyas dévala la pente, porté par le vent. Son manteau claquait comme un drapeau de tempête. Les éoliennes derrière lui tournaient calmement, comme si elles n'avaient rien à se reprocher.

— Lina, où en est le barrage ? demanda-t-il.

— Ça tient, mais ça fatigue. Il y a encore une oscillation. Plus faible, mais persistante. Comme un moustique… sauf que ce moustique peut inonder une ville.

— Super. J'adore les moustiques géants.

— Je t'avais dit que le poisson géant était une légende. Le moustique, lui, est bien réel.

Ilyas vola au-dessus des toits. En contrebas, des gens sortaient sur les balcons. Certains levaient la tête, le reconnaissant. Une petite fille agita un carton où était écrit : “PARATONNERRE, TU ASSURES !” avec un dessin de nuage souriant.

Ilyas sentit un rire lui échapper.

— Lina, je viens d'être officiellement validé par un comité de carton.

— C'est plus fiable que certains adultes, répondit-elle.

Quand il arriva au barrage, l'air était plus humide. On sentait l'eau, cette odeur de pierre froide et de rivière. Les ouvriers couraient d'un point à l'autre. L'homme moustachu le vit et fit un signe sec.

— Ça recommence ! cria-t-il. La vanne trois n'obéit plus !

Ilyas courut vers la vanne. Elle tremblait, bloquée à moitié ouverte. Une pression énorme s'y engouffrait.

Il posa sa main sur le mécanisme. Il sentit une pulsation… mais différente. Pas une vibration mécanique. Un signal.

— Lina, ce n'est pas une onde. C'est un verrouillage. Quelqu'un a reprogrammé la commande.

— Je cherche… Attends… Oui ! Il y a un module parasite dans le boîtier. Une “graine” de Mistral Noir. Il a laissé des petits cadeaux partout.

Ilyas ouvrit le boîtier avec une clé trouvée sur le sol. À l'intérieur, un minuscule objet noir, presque beau, clignotait doucement.

— C'est discret, dit-il.

— C'est le problème.

Ilyas aurait pu griller le module d'un coup. Mais il connaissait le piège : si la commande sautait, la vanne resterait bloquée.

Il devait agir comme un funambule.

— Je vais le neutraliser sans casser la commande, dit-il. Donne-moi le schéma.

— Je te l'envoie… maintenant.

Sur son bracelet, des lignes apparurent, bleues et blanches. Ilyas suivit les circuits, cherchant l'endroit où “couper” l'influence du module sans éteindre le reste.

— Ok, murmura-t-il. Ici.

Il posa un doigt sur un contact précis et envoya un courant minuscule, comme une goutte d'électricité. Le module noir clignota plus vite… puis ralentit, comme s'il s'endormait.

La vanne vibra une dernière fois, puis s'aligna correctement. L'eau cessa de forcer.

Un soupir collectif s'éleva sur la passerelle.

— Bien ! cria l'homme moustachu, qui avait l'air de découvrir qu'il aimait bien les super-héros malgré lui. Mais la fissure de tout à l'heure ?

Ilyas se précipita. La fissure s'était élargie d'un millimètre. Ce n'était pas énorme, mais sur un barrage, un millimètre peut faire très peur.

— Je vais renforcer, dit Ilyas. Sérieusement, cette fois.

Il recula, prit une grande inspiration et posa ses deux mains de chaque côté de la fissure. Son manteau s'illumina, les bandes conductrices dessinant une constellation sur son torse.

— Lina… je vais utiliser une charge plus forte. Si je tremble, tu me parles.

— Je te parle déjà tout le temps.

— Là, tu vas me parler utilement.

— D'accord. Respire. Lentement. Tu n'es pas un orage, Ilyas. Tu es le ciel après.

Il sourit malgré lui.

— C'est… étonnamment poétique.

— Je suis pleine de surprises.

Ilyas concentra son énergie. Une chaleur bleue se diffusa dans le béton et le métal, comme si le barrage recevait une armature invisible. Il ne “collait” pas la fissure : il redistribuait les forces, il apaisait les tensions, il renforçait les points faibles.

Les vibrations diminuèrent jusqu'à devenir un simple frisson.

Puis plus rien.

Le barrage tenait.

Ilyas relâcha lentement sa prise, essoufflé, mais debout.

L'homme moustachu s'approcha, plus doux.

— Tu viens d'éviter une sacrée catastrophe, dit-il. Merci, Paratonnerre.

Ilyas hocha la tête.

— Merci à vous de tenir la ligne tous les jours. Moi, je passe quand ça clignote.

Un enfant, derrière les barrières, cria :

— Tu as gagné contre le méchant du vent ?

Ilyas leva la main en salut.

— Pas encore, répondit-il. Mais aujourd'hui, on a gagné du temps. Et on a protégé la ville.

Il sentit son bracelet vibrer. Un dernier message de Lina s'afficha : Signal de Mistral Noir perdu. Mais il reviendra.

Ilyas regarda la rivière. Elle coulait, comme si de rien n'était, un peu moqueuse, un peu belle.

— Il reviendra, murmura-t-il. Et moi aussi.

Chapitre 5 : Promesse au bord de l'eau

Le soir tomba doucement sur Néréide-sur-Rive. Les sirènes s'étaient tues. Les barrières autour du barrage restaient en place, mais l'ambiance n'était plus à la panique : plutôt à la fatigue soulagée, comme après un contrôle difficile.

Ilyas s'assit sur un bloc de pierre, au bord de la passerelle. Lina le rejoignit enfin en vrai, essoufflée, les cheveux en bataille et un sac rempli d'outils qui tintaient.

— Tu sais, dit-elle, j'ai couru tout le long parce que mon vélo a décidé de faire la grève. Je crois qu'il est jaloux de ton manteau.

— Ton vélo a de l'orgueil, répondit Ilyas. Je respecte ça.

Elle s'assit à côté de lui, regardant l'eau.

— Tu as été prudent, dit-elle. Tu n'as pas “explosé” le module. Tu l'as endormi.

— J'ai pensé à Madame Kader, avoua Ilyas. Si j'avais tout grillé, la vanne aurait pu rester ouverte, et elle aurait perdu ses biscuits.

Lina éclata de rire.

— La vraie motivation d'un héros : la pâtisserie.

Ilyas haussa les épaules, un sourire aux lèvres.

— On protège ce qui compte.

Un silence confortable s'installa. Le vent du soir était plus frais, plus doux. Au loin, on distinguait les éoliennes, petites silhouettes sur la colline, paisibles.

— Tu crois qu'on peut vraiment arrêter quelqu'un comme Mistral Noir ? demanda Lina.

Ilyas réfléchit. Il ne voulait pas donner une réponse “super-héros” toute faite. Il voulait être honnête.

— Je ne sais pas si on peut l'arrêter pour toujours, dit-il. Mais on peut l'empêcher de faire du mal. On peut réparer. Et surtout… on peut rester humains.

— Même quand on a un manteau qui clignote ?

— Surtout quand on a un manteau qui clignote.

Lina le regarda, sérieuse.

— Tu sais ce que j'ai vu, aujourd'hui, sur la passerelle ? Les ouvriers se parler calmement. Les gens aider à déplacer les barrières. Un monsieur donner sa bouteille d'eau à une dame qui tremblait. Personne n'était seul.

Ilyas sentit une chaleur tranquille dans sa poitrine, différente de son pouvoir.

— C'est ça, la ville, dit-il.

Ils se levèrent et marchèrent jusqu'à un point où la rivière s'élargissait. Le ciel, maintenant, se peignait de couleurs profondes : orange, rose, violet. Le soleil descendait lentement derrière les immeubles, comme s'il voulait saluer tout le monde avant de partir.

La surface de l'eau prit la couleur du feu doux. Les arches du barrage projetèrent des ombres longues, majestueuses.

Ilyas contempla le soleil couchant. Il se sentit petit, mais pas insignifiant. Comme une étincelle dans quelque chose de plus grand.

— Demain, dit-il, on vérifiera tous les boîtiers. On renforcera les sécurités. Et on trouvera comment repérer les “graines” de Mistral Noir plus tôt.

— Demain, répéta Lina. Et ce soir ?

Ilyas sourit.

— Ce soir, je rentre. Je mange. Et si Madame Kader a des biscuits… je fais mon devoir de citoyen.

Lina lui donna un léger coup d'épaule.

— Héros officiel des biscuits de Néréide-sur-Rive.

Ils restèrent là encore une minute, silencieux, pendant que le soleil finissait de glisser derrière l'horizon, laissant une traînée lumineuse sur la rivière.

Et dans ce calme doré, Ilyas se fit une promesse simple : tant qu'il aurait de l'énergie dans les mains et de la bienveillance dans le cœur, il serait là. Pour la ville. Pour les gens. Pour ce fragile équilibre entre le vent et l'eau.

Même si, parfois, ça commençait par une vibration “bizarre”.

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Résonance
Quand une chose vibre plus fort parce qu’un autre son ou mouvement la touche.
Passerelle
Une petite route ou un pont pour marcher, souvent au-dessus de l'eau ou entre bâtiments.
Vibration
Un petit mouvement qui tremble et se répète rapidement.
Micro-drones
Très petits appareils volants contrôlés à distance, souvent pour observer ou agir.
Fréquence
La vitesse à laquelle quelque chose se répète, comme un battement ou une vibration.
Sabotage
Quand quelqu’un casse ou dérègle volontairement une machine pour nuire.
Boîtier
Une petite boîte qui protège des fils ou du matériel électrique.
Module parasite
Un petit appareil installé pour gêner ou contrôler un autre système.
Relais
Un point qui transmet un signal d’un endroit à un autre.
Oscillation
Aller et revenir d’un côté puis de l’autre, comme une balançoire.
Vanne
Une pièce qui sert à ouvrir ou fermer le passage d’un liquide.
Impulsion
Une courte poussée d'énergie ou de courant électrique.
Onde
Une vibration ou un mouvement qui se propage dans l'air ou l'eau.
éolienne
Une grande machine avec des pales qui tourne grâce au vent pour produire de l'énergie.
Fissure
Une petite cassure ou ouverture dans une surface dure comme le béton.

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