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Histoire de super-héros 11 à 12 ans Lecture 23 min.

Voltigo et le collecteur d’orage d’Heliox

Voltigo, un jeune héros au blouson lumineux, et son amie Ada doivent découvrir qui vide l’énergie de la ville et protéger les patients d’Heliox lorsque le mystérieux Collecteur Nébula menace le réseau.

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Nino, 17 ans, visage déterminé et tendre, cheveux noirs en bataille, blouson gris ardoise aux lignes argentées illuminées de bleu, se tient trempé, paumes levées vers une machine flottante ronde (anneau métallique aux filaments violets) qui aspire de l'énergie; Ada, ≈17 ans, petite, lunettes rondes, cheveux châtain attachés, visible seulement par une oreillette lumineuse et une tablette projetant des schémas, la détourne à distance pour rediriger les flux d'eau; le professeur Karmine Silex, ≈45 ans, grand, manteau noir et lunettes laiteuses, paraît surpris et vaincu en retrait, tandis que la docteure Sacha Lenoir, ≈38 ans, blouse blanche et cheveux courts, guide calmement des patients âgés abrités; scène nocturne sous la pluie dans un jardin thérapeutique aux pelouses brillantes, haies basses, bancs mouillés et serre en verre, arroseurs jetant des colonnes d'eau lumineuse qui forment un voile conducteur autour de la machine, atmosphère dramatique mais pleine d'espoir, aquarelle douce aux tons froids mouillés (bleus, verts, violets) avec touches vives de blanc pour les éclairs d'énergie et reflets argentés, textures humides et gouttes visibles, trait enfantin détaillé. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le garçon au blouson d'orage

À Ventebrume, la pluie semblait avoir un abonnement annuel. Les gouttes claquaient sur les vitrines, les trottoirs luisaient comme des miroirs, et les néons se reflétaient en longues traînées colorées. Au milieu de ce décor trempé, un jeune homme filait sur les toits.

Il s'appelait Nino Valsec, dix-sept ans, sourire facile, yeux vifs, cheveux noirs toujours un peu en bataille, comme s'il venait de sortir d'un tunnel de vent. Sur ses épaules, un blouson gris ardoise cousu de fines lignes argentées. À chaque mouvement, ces lignes s'illuminaient, comme si une petite tempête se promenait sous le tissu.

Dans la ville, on le connaissait sous un autre nom : Voltigo.

— Attention, mamie ! cria Nino, en se penchant au bord d'un toit.

En bas, une vieille dame avançait avec son déambulateur. Le feu piéton clignotait déjà. Une voiture autonome, probablement trop sûre d'elle, s'était engagée un peu vite parce que ses capteurs étaient aveuglés par l'averse.

Nino inspira. Son blouson vibra, et l'air autour de lui s'électrisa. Il bondit.

L'atterrissage fut léger, presque silencieux, comme s'il avait sauté dans une flaque de mousse. Il glissa sur le bitume mouillé, posa la main sur le capot de la voiture et, d'un petit coup d'énergie, envoya une impulsion dans son système.

La voiture freina net. Le tableau de bord projeta un message lumineux : « Oups. Recalcul de la politesse. »

— Merci, jeune homme ! s'étrangla la mamie, impressionnée.

Nino lui adressa un salut théâtral.

— Tout le plaisir est pour moi, madame. Et… superbe choix de parapluie. Un canard jaune, c'est l'arme secrète contre la pluie.

La vieille dame rit, et ce rire, dans la grisaille, fit l'effet d'une ampoule qu'on allume.

Nino reprit sa course. Son oreillette grésilla.

— Voltigo, tu m'entends ? demanda une voix calme et moqueuse.

C'était Ada Rime, sa meilleure amie, reine officieuse des bricolages impossibles. Elle n'avait pas de pouvoirs, mais son cerveau allait plus vite que la plupart des processeurs de Ventebrume.

— Je t'entends. Et je suis encore vivant. Ça te déçoit ? répondit Nino.

— Un peu. Écoute, j'ai un truc bizarre sur les capteurs de la ville. Des micro-coupures d'énergie… comme si quelqu'un aspirait le réseau, mais en douceur.

— En douceur ? Ça existe, les voleurs polis ?

— Justement, c'est ça qui m'inquiète.

Nino s'arrêta sur un toit, le regard tourné vers l'horizon. Au loin, le dôme transparent du campus médical d'Heliox brillait, énorme bulle de verre et d'acier où l'on soignait tout : des rhumes aux fractures, et même des choses plus étranges, comme les allergies aux nanoparticules.

— Dis-moi que ça ne vient pas d'Heliox, murmura-t-il.

— Je ne te le dis pas, répondit Ada. Ça vient d'Heliox.

Nino serra les dents, puis sourit.

— Bon. Alors on va faire ce qu'on fait toujours : protéger les plus fragiles, sauver la ville, et essayer de ne pas finir en affiche « Ne pas reproduire ». J'arrive.

Chapitre 2 — La ville qui s'éteint par morceaux

En descendant vers le centre, Nino vit les signes : un panneau publicitaire clignotait en écrivant « BIENVE… BIEN… », des lampadaires s'éteignaient puis se rallumaient comme s'ils jouaient à cache-cache, et un tram flottant restait immobile au-dessus de la rue, suspendu, honteux, comme un ballon qui n'ose plus avancer.

Sur le quai, des gens attendaient en regardant le tram avec des têtes de poissons hors de l'eau.

— C'est normal ? demanda un petit garçon à son père.

— C'est… une nouvelle fonctionnalité, répondit le père avec une confiance qui sonnait faux.

Nino sauta près du tram. Sous son blouson, l'énergie ronronna. Il posa la main sur la borne d'alimentation du quai. La structure vibra, fatiguée.

— Il manque du jus, marmonna-t-il. Comme si quelqu'un siphonnait.

— Tu parles tout seul ? fit une voix derrière lui.

Une infirmière en pause, blouse sous un imperméable, le regarda de côté. Ses yeux cernés disaient : « J'ai vu pire, mais pas aujourd'hui, s'il vous plaît. »

Nino se redressa, sourit.

— Je m'entraîne pour quand je serai vieux et mystérieux. Vous avez besoin de ce tram, j'imagine ?

— J'ai une garde au campus Heliox. Et des patients qui n'ont pas envie d'attendre.

Nino hocha la tête. Il leva les bras comme un chef d'orchestre.

— D'accord. Petit coup de pouce, mais version propre.

Il concentra son pouvoir : une énergie bleue, fine, se forma entre ses paumes, comme une aurore boréale domestiquée. Il l'injecta doucement dans la borne. Le tram vibra, puis reprit son bourdonnement régulier.

— Voilà. Pas parfait, mais ça roule.

Le tram avança, et les gens applaudirent. Pas comme dans un film, non : plutôt des petites claques timides, des sourires soulagés. Nino fit un signe rapide et recula dans l'ombre.

Ada grésilla dans son oreillette.

— J'ai comparé les coupures. Ça suit une trajectoire. Comme une… bouche qui se déplace et grignote l'énergie.

— Super. Un monstre affamé. Il est mignon au moins ?

— Il est efficace. Et ça, c'est rarement mignon.

Nino regarda le campus Heliox au bout de l'avenue. Une sirène douce y chantait, pas une alarme agressive, plutôt un avertissement poli.

Il courut. Sur les trottoirs, il prit soin de contourner une poussette, de ralentir près d'un groupe d'enfants en sortie scolaire, de lever la main à une dame qui portait un carton trop lourd.

Voltigo avait une règle : les plus vulnérables d'abord. Toujours.

Quand il arriva au portail du campus médical, les grilles automatiques étaient ouvertes, mais l'accueil semblait en mode économie d'énergie. Les écrans étaient sombres, les ascenseurs au ralenti, et dans le hall, l'air sentait le désinfectant et l'inquiétude.

Une femme en blouse, badge « Docteure Sacha Lenoir », courait vers une salle technique.

— Vous ! lança-t-elle à Nino en le voyant, sans même demander son nom. Si vous êtes celui qui fait des étincelles en ville, j'ai besoin de vous.

Nino leva les mains.

— Je préfère « effets lumineux contrôlés », mais oui. Qu'est-ce qui se passe ?

— Nos réserves d'énergie pour les appareils vitaux chutent. Les générateurs tiennent, mais quelqu'un aspire le réseau interne. Et si on perd le support des incubateurs, on—

Elle s'interrompit, avala sa salive.

— On ne peut pas se permettre une minute de plus.

Nino sentit son humour se ranger dans un coin, comme un chien qui comprend qu'il doit rester sage. Il hocha la tête.

— Montrez-moi.

Chapitre 3 — Le couloir des battements

Les couloirs d'Heliox étaient vastes, blancs, traversés de lignes colorées au sol comme des pistes d'aéroport : vert pour la pédiatrie, bleu pour l'imagerie, orange pour les urgences. Des robots de service glissaient en silence, portant des draps ou des boîtes de médicaments. Mais aujourd'hui, leurs mouvements étaient saccadés, comme s'ils avaient sommeil.

La docteure Lenoir poussa une porte vers un secteur fermé : « Unité Néonatale ». Un panneau affichait : « Silence, ici on grandit. »

Nino entra sur la pointe des pieds. Derrière des vitres, des incubateurs alignés comme des petites capsules spatiales protégeaient des bébés minuscules. Des moniteurs clignotaient. Un souffle régulier se faisait entendre, fragile et obstiné.

Une infirmière chuchota, les yeux humides de fatigue :

— On tient encore, mais ça baisse.

Nino regarda les câbles au plafond, les boîtiers, les prises. Il posa deux doigts sur une plaque métallique. Il sentit une aspiration, comme un courant froid qui tirait l'énergie vers un point plus profond dans le bâtiment.

— C'est pas une simple panne, souffla-t-il. C'est… comme un aimant.

Ada, dans l'oreillette, murmura :

— Nino, j'ai trouvé un nom dans les archives de la ville. Une start-up avait proposé un prototype d'économie d'énergie pour hôpitaux : le « Collecteur Nébula ». Refusé. Trop… agressif.

— Agressif pour une batterie, c'est quand même un talent, répondit Nino à voix basse.

La docteure Lenoir le fixa.

— Vous pouvez faire quelque chose ?

Nino inspira lentement. Il regarda les bébés, si petits qu'on dirait qu'ils tiennent dans un rêve. Il se força à sourire, un sourire qui promettait : « Je suis là. »

— Oui. Mais d'abord, on sécurise ici.

Il se plaça près du panneau d'alimentation de l'unité. Son blouson s'illumina, et des arcs bleus coururent sur les coutures.

— Je vais créer une bulle de réserve. Une sorte de… batterie vivante temporaire. Ça tiendra le temps que je règle le problème à la source.

— Ça va vous épuiser, dit la docteure.

— Peut-être. Mais je préfère être fatigué que regretter.

Il posa les paumes sur le boîtier. L'énergie sortit de lui en filet précis, comme de la lumière versée dans un verre. Les moniteurs se stabilisèrent. Les bips reprirent leur rythme rassurant.

Une infirmière souffla :

— Merci.

Nino se redressa, un peu pâle.

— Pas de problème. Je fais aussi les anniversaires, mais seulement si vous avez du gâteau.

La docteure Lenoir eut un petit rire, vite étouffé.

— La source est dans les sous-sols. Salle des générateurs et des serveurs.

— Alors allons dire bonjour à votre aspirateur géant, répondit Nino.

Il suivit la ligne orange au sol jusqu'à une porte verrouillée. Ada, à distance, fit cliqueter les données.

— Je peux t'ouvrir à distance, dit-elle.

— Fais-toi plaisir.

La serrure clignota, puis la porte s'ouvrit.

En bas, l'air était plus froid. Les murs vibraient d'un grondement grave. Et au bout du couloir, une lumière violette pulsait, comme un cœur artificiel.

Chapitre 4 — Le Collecteur Nébula

La salle des générateurs ressemblait à un hangar : tuyaux, turbines, câbles épais comme des serpents endormis. Au centre, trônait une machine qui n'avait rien à faire là.

Un anneau métallique flottait à quelques centimètres du sol, entouré de plaques en lévitation. Des filaments violets reliaient l'anneau aux câbles du bâtiment. À chaque pulsation, une vague d'énergie se faisait aspirer, et les lumières du campus faiblissaient un peu.

— Voilà notre vampire, murmura Nino.

— Techniquement, c'est un collecteur, corrigea Ada. Mais oui, il fait la même chose : il prend sans demander.

À côté de la machine, une silhouette se tenait dans l'ombre : un homme grand, manteau noir, lunettes aux verres laiteux. Il tapotait une tablette, l'air content de lui.

— Ah, enfin, dit-il sans se retourner. Je commençais à m'ennuyer.

Il se retourna. Son sourire était lisse, trop bien repassé.

— Voltigo. Je suis le professeur Karmine Silex. Inventeur incompris. Sauveur en avance sur son temps.

— Et voleur d'électricité dans un hôpital, ajouta Nino. Joli CV. Très… courageux.

Silex haussa les épaules.

— Le réseau de Ventebrume est une ressource mal utilisée. Je collecte, j'optimise. Grâce à Nébula, je vais alimenter mon projet : un dôme climatique pour la ville. Plus de pluie. Plus de chaos. Une ville propre.

Nino pointa le doigt vers les incubateurs qu'on devinait au-dessus, comme si son regard traversait le plafond.

— Et les bébés, dans tout ça ?

— Des dommages collatéraux temporaires. La science demande des sacrifices.

Nino sentit une chaleur monter en lui, mais il la contint. Il avait appris que l'énergie, quand elle déborde, fait des bêtises.

— La science demande surtout de la responsabilité, répondit-il. Et là, vous êtes en retard.

Silex soupira, comme si Nino était une publicité trop longue.

— Nébula, protocole défense.

L'anneau violet pulsa, et des drones sphériques sortirent des recoins, comme des bulles de métal. Ils tournoyèrent autour de Nino, projetant des champs de force translucides.

— Ada, tu vois ça ? demanda Nino.

— Je vois. Et je déteste. Leurs champs vont absorber ton énergie si tu frappes fort.

Nino esquissa un sourire.

— Alors je frapperai… malin.

Il fit un pas, puis deux. Les drones se resserrèrent. Nino se pencha, glissa sur le sol, passa entre eux. Au lieu d'envoyer une décharge, il effleura un drone du bout des doigts, déposant une micro-impulsion, juste assez pour perturber son équilibre.

Le drone vacilla, heurta un autre drone. Les champs se chevauchèrent, créant une petite surcharge. Une étincelle jaillit. Deux drones tombèrent, roulèrent au sol comme des billes.

— Tu joues au billard ? s'étonna Ada.

— Je préfère appeler ça de la diplomatie physique.

Silex fronça les sourcils.

— Insolent.

Il augmenta la puissance du collecteur. Les filaments violets se tendirent, et une partie de l'énergie de Nino, celle qu'il maintenait pour l'unité néonatale, tira en arrière comme une corde.

Nino chancela.

— Nino ! cria Ada. Il te tire dessus à distance !

— Je sais… répondit-il entre ses dents. C'est… désagréable.

Il regarda l'anneau. Il comprit : le Collecteur Nébula ne se contentait pas de prendre l'électricité des câbles. Il attrapait tout ce qui ressemblait à de l'énergie.

Même lui.

La docteure Lenoir apparut au seuil de la salle, essoufflée.

— Les moniteurs remontent, puis rechutent ! Qu'est-ce que vous faites ?

Nino se redressa, trempé de sueur.

— Je fais de mon mieux… version héroïque.

Il fixa Silex.

— Coupez-le.

— Jamais.

Nino prit une décision. Une décision lourde, mais claire.

— Ada, écoute-moi. J'ai besoin que tu rediriges l'alimentation du campus vers le circuit d'arrosage du jardin thérapeutique.

— Le… quoi ?

— Le jardin. Les tuyaux. Les pompes. Tout ce qui est humide et conducteur.

— Nino, tu veux électrifier un système d'arrosage ?

— Doucement. Pas pour faire peur. Pour… court-circuiter Nébula avec une surcharge contrôlée. L'eau va servir de dérivation géante. Il va avaler trop d'un coup.

Un silence.

— C'est la phrase la plus folle que tu aies dite, souffla Ada. Et tu as déjà appelé un robot « grille-pain sentimental ».

— Merci. Alors ?

Ada inspira, on l'entendit taper frénétiquement.

— D'accord. Mais il te faudra attirer Nébula vers l'extérieur. Sinon, ça explosera ici, et je suppose que ce n'est pas dans la brochure « soins et détente ».

Nino hocha la tête.

— Je m'en charge.

Il fit face à Silex.

— Professeur, vous voulez un dôme climatique ? Très bien. On va prendre l'air.

Chapitre 5 — Course sur les passerelles d'Heliox

Nino se mit à courir. Pas vers la sortie la plus proche : vers la passerelle de maintenance qui reliait les bâtiments comme des ponts suspendus. Sous les néons, son blouson s'illumina, et il laissa derrière lui une trace légère, comme un arc-en-ciel discret sur la pluie.

Silex cria :

— Attrapez-le !

Les drones restants le poursuivirent, bourdonnant comme une nuée d'abeilles métalliques. Nino sauta par-dessus une caisse, glissa sous une rambarde, grimpa quatre marches d'un seul élan. Il entendit le Collecteur Nébula derrière lui : l'anneau flottant avançait sur des anti-gravité, tiré par ses propres filaments, comme un cerf-volant sinistre.

— Ada, tu l'as ? demanda Nino en haletant.

— Je détourne les flux vers le jardin thérapeutique. Mais les pompes ne sont pas faites pour ça. Elles couinent, elles protestent… elles font un vrai scandale.

— Qu'elles tiennent. Dis-leur que c'est pour la gloire.

Nino déboucha sur une cour intérieure. Des patients étaient là, sous un auvent, certains en fauteuil roulant, d'autres avec des béquilles. Ils observaient la scène avec des yeux ronds.

Nino s'arrêta net, se plaça devant eux comme un bouclier.

— Tout le monde à l'intérieur, s'il vous plaît ! Calmement ! Comme si c'était une évacuation… mais avec plus de style !

Une adolescente avec un plâtre jusqu'au genou le dévisagea.

— T'es Voltigo ?

— Officiellement, je suis « personne de passage ». Officieusement… oui.

— T'as l'air plus jeune que sur les vidéos.

— Les vidéos sont très flatteuses. Allez, on rentre.

La docteure Lenoir arriva, prit la situation en main avec une voix ferme.

— Suivez-moi. On avance. On ne court pas.

Nino regarda les patients disparaître dans le bâtiment. Son cœur se serra, puis se raffermit. Protéger les plus vulnérables, encore. Toujours.

Les drones surgirent. Nino leva les bras, envoya une brève impulsion au sol : pas une attaque, plutôt une onde qui rendit la surface glissante. Les drones dérapèrent, s'entrechoquèrent, perdant quelques secondes précieuses.

Silex, lui, suivait, comme une ombre obstinée.

— Tu ne comprends pas ! cria-t-il. Ventebrume se noie ! Je la sauverai !

— Sauver, c'est pas imposer ! répliqua Nino. C'est écouter !

Nino atteignit une grande porte vitrée : « Jardin Thérapeutique — Accès ». Il l'ouvrit et se retrouva dans un espace étonnamment vert. Des haies basses, des arbres jeunes, des bancs, une serre. Malgré la pluie, tout paraissait vivant, respirant. Des arroseurs automatiques, fixés sur des tiges, attendaient leur tour.

— Ada, c'est maintenant.

— Les pompes sont prêtes. Elles… tremblent un peu. Comme moi.

— Moi aussi, admit Nino. Mais on y va.

Le Collecteur Nébula entra dans le jardin en flottant, ses filaments s'accrochant aux structures métalliques. Comme s'il savourait l'endroit.

Silex s'avança, sûr de lui.

— Tu es courageux, Voltigo. Mais le courage sans puissance, c'est juste… une bonne intention.

Nino sourit, malgré tout.

— Alors heureusement que j'ai les deux. Et une amie qui tape très vite sur un clavier.

Chapitre 6 — La pluie, la lumière, et le courage

Nino se plaça au centre du jardin, pieds dans l'herbe trempée. Il tendit les mains vers le Collecteur Nébula.

— Hé, Nébula ! Tu veux de l'énergie ? Viens la chercher !

Il libéra une petite vague bleue, juste assez brillante pour attirer la machine. Les filaments violets frémirent. L'anneau se rapprocha, gourmand.

— Nino, prévint Ada, j'ouvre les vannes dans trois… deux… un…

Un clac résonna, puis un grondement d'eau. Les arroseurs se mirent en marche d'un coup, comme une armée de fontaines. Des jets croisèrent leurs trajectoires, dessinant des arcs translucides dans l'air. Le jardin se transforma en cathédrale de pluie.

Silex recula, surpris.

— Qu'est-ce que—

Nino répondit, plus fort que l'eau :

— Un arrosage… héroïque !

L'eau pulvérisée forma autour du Collecteur un voile conducteur. Nébula, en aspirant, avala aussi la charge répartie dans le réseau d'arrosage. Les filaments violets se gonflèrent de lumière. Trop de lumière.

Nino, lui, fit l'inverse : il relâcha l'énergie qu'il stockait, non pas en explosion, mais en dispersion, comme on souffle sur des braises pour les calmer. Son blouson s'illumina jusqu'au blanc.

— Ada, maintenant : coupe tout, d'un coup sec !

— Coupure générale interne… maintenant !

Les filaments s'éteignirent comme des lucioles qu'on surprend. L'anneau vibra, chercha encore à aspirer, mais ne trouva plus de chemin stable. Son système de collecte, affamé, se retourna sur lui-même.

Un bourdonnement monta, puis… un « plop » ridicule, presque comique. Comme si une bouteille de soda avait décidé de se calmer.

La machine s'affaissa, ses plaques tombèrent dans l'herbe, inoffensives. Les drones, privés de coordination, s'immobilisèrent et roulèrent doucement, comme des ballons dégonflés.

Le jardin, lui, continuait d'être arrosé, joyeux, exagéré. L'eau ruisselait sur les feuilles, faisait briller les pierres, et le monde semblait soudain beaucoup plus simple : on arrose, donc on vit.

Silex resta figé, bouche ouverte.

— Impossible… Mon invention…

Nino s'approcha, trempé, mais debout. Il ne triomphait pas. Il expliquait, comme on explique à quelqu'un qui s'est trompé de route.

— Votre idée de dôme… peut être utile. Mais pas comme ça. Pas en prenant aux gens qui n'ont rien à donner. Le courage, c'est aussi accepter de changer son plan.

Silex baissa les yeux, vaincu par une vérité plus lourde que n'importe quelle décharge.

La docteure Lenoir arriva avec des agents de sécurité du campus. Elle jeta un regard aux jets d'eau, puis à Nino.

— Je ne veux pas savoir, dit-elle.

— C'est mieux, répondit Nino. Imaginez juste que le jardin avait soif.

Un agent emmena Silex. Ada, dans l'oreillette, souffla :

— Les systèmes vitaux sont stables. Les incubateurs tiennent. Tu as réussi.

Nino ferma les yeux une seconde. Il sentit le poids retomber de ses épaules.

— Merci, Ada.

— Merci à toi, Voltigo. Et… la prochaine fois, on sauve la ville avec quelque chose de sec.

— Non, sourit Nino. Ventebrume mérite un peu d'eau. Juste pas dans les circuits.

Il regarda autour de lui : le jardin, arrosé comme jamais, brillait sous les lumières du campus retrouvées. Les feuilles semblaient applaudir en frissonnant.

Nino éclata d'un petit rire fatigué.

— Bon. Au moins, si quelqu'un demande la fin… on pourra dire que tout s'est terminé par un jardin arrosé. Comme dans les contes, mais version futuriste.

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Siphonnait
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