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Histoire de super-héros 11 à 12 ans Lecture 32 min.

Nyx Électrine et le pont de la justice

Nyx Électrine, vigilante aux yeux d’orage, s’allie au Professeur Lumen Varga pour déjouer un complot visant à saboter le Pont Hélios et semer la peur dans Aurore-Cité, en suivant des indices depuis la Bibliothèque Orbitale jusqu’au spatioport.

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Nyx Électrine, femme d’environ 25 ans au regard déterminé et aux yeux gris-orage, vêtue d’une combinaison bleu nuit nervurée d’argent, d’un manteau court flottant, d’un masque fin et de gants, tend les paumes vers un noyau lumineux en émettant des étincelles bleues ; à ses côtés, le Professeur Lumen Varga, homme d’environ 45 ans aux lunettes rondes et à la blouse trop grande, accroupi, tape un code sur un petit terminal ; en retrait, la sabotatrice au chignon, femme d’environ 30 ans au visage tendu et en veste blanche, se tient près d’un panneau de contrôle clignotant rouge. La scène se déroule à l’intérieur métallique de la tour centrale du Pont Hélios, couloirs étroits, poutres et câbles apparents, écrans clignotants et néons cyan et ambre autour d’un cylindre de noyau transparent irradiant une lumière chaude ; Nyx capte et transforme une interférence électrique pour stabiliser le noyau pendant que Varga valide l’authentification, des drones immobilisés et des portes semi-fermées ajoutant de la tension. L’ambiance graphique privilégie des couleurs contrastées (bleu nuit, argent, ambre), des contours fluides et des personnages aux membres exagérément souples style rubber hose, avec des expressions lisibles et une gestuelle dramatique adaptée aux enfants. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La gardienne aux yeux d'orage

On l'appelait Nyx Électrine, et quand elle passait, même les lampadaires semblaient se redresser.

Elle n'était pas grande, mais elle avait une présence qui remplissait les rues : une combinaison bleu nuit nervurée de filaments argentés, un manteau court qui claquait comme un drapeau, et surtout un masque fin qui laissait voir ses yeux gris-vert. Des yeux d'orage, attentifs à tout. Nyx ne se contentait pas de foncer tête baissée : elle observait. Les gens disaient qu'elle pouvait « voir les problèmes avant qu'ils n'arrivent ». Nyx, elle, répondait : « Je lis juste la ville comme une BD. Les bulles, les silences, les coins d'ombre. »

Aurore-Cité brillait sous le soleil de fin d'après-midi. Les rails aériens dessinaient des boucles au-dessus des avenues, les drones-livreurs bourdonnaient comme des abeilles carrées, et les affiches holographiques lançaient des sourires trop parfaits.

Nyx était perchée sur la corniche de la Bibliothèque Orbitale, un bâtiment en spirale dont les vitres renvoyaient la ville comme un kaléidoscope. À côté d'elle, un homme en blouse trop grande luttait contre le vent.

— Docteure Électrine, je… je n'ai pas le pied marin, grogna-t-il en s'agrippant à une antenne. Enfin, le pied… aérien.

— Nyx. Et arrêtez de vous accrocher à tout, Professeur, sinon c'est l'antenne qui va faire une syncope, dit-elle en retenant un sourire.

Le scientifique s'appelait Professeur Lumen Varga. Un génie des énergies propres, connu pour ses conférences brillantes… et sa capacité à renverser des cafés même quand la tasse est vide. Il portait des lunettes rondes et une sacoche bourrée de schémas qui semblaient vouloir s'échapper.

— Vous êtes sûre que c'est ici, pour observer ? demanda-t-il, la voix tremblante entre l'excitation et la peur.

Nyx pointa du menton la place en contrebas. Un camion discret venait de s'arrêter près d'un poste de maintenance du Pont Hélios, le grand pont suspendu qui reliait les deux rives d'Aurore-Cité.

— Vous vouliez voir comment la ville respire. Moi, je veux voir qui lui coupe le souffle. Regardez ce camion : pas de logo, plaques invisibles, et il se gare pile là où on ne devrait pas.

Le Professeur cligna des yeux.

— Vous avez des jumelles… dans votre masque ?

— Non. J'ai des yeux, et j'ai appris à m'en servir.

En bas, trois silhouettes descendirent. Elles portaient des gilets fluorescents de faux agents, trop neufs, trop propres. L'une d'elles glissa un boîtier contre une trappe du pont. Un petit voyant rouge s'alluma.

Nyx se redressa. Son manteau claqua.

— Voilà notre première page.

— Ce… ce n'est pas une réparation ? balbutia Varga.

Nyx sentit l'électricité douce courir sous sa peau, comme une musique qui monte.

— Non. C'est un sabotage poli. Et c'est souvent le plus dangereux.

Elle posa une main sur l'épaule du scientifique.

— Restez derrière moi. Votre travail, c'est la lumière. Le mien, c'est de la protéger.

Et d'un bond, Nyx plongea dans le vide, laissant derrière elle une traînée bleutée qui fendit l'air comme un éclair apprivoisé.

Chapitre 2 — Le boîtier qui ment

Nyx atterrit sur le trottoir sans bruit, comme si la gravité lui avait fait une petite révérence. Les trois faux agents se figèrent.

— Bonjour, lança-t-elle en avançant, le ton léger. Question rapide : vous réparez le pont ou vous le cassez avec élégance ?

Le plus grand, un type aux épaules carrées, tenta un sourire.

— Madame, reculez, zone technique.

— D'accord, mais d'abord, je vais lire votre badge. Oh… il dit « Technicien Certifié ». Et votre visage dit « Je mens très mal ».

Les deux autres échangèrent un regard. L'un d'eux appuya discrètement sur une télécommande.

Nyx l'entendit, plus qu'elle ne le vit : un petit clic nerveux, le son de quelqu'un qui croit qu'il contrôle la situation. Elle se déplaça d'un pas, juste assez pour être entre eux et la trappe.

— Ne touche pas à ça, dit-elle calmement.

— Trop tard, grinça le grand.

Le boîtier rouge clignota plus vite. Une vibration traversa le métal du pont, un frisson qui remonta dans l'air. Des passants levèrent la tête, inquiets. Une mère attrapa la main de son fils. Un cycliste freina si fort que son pneu couina comme un hamster en panique.

Nyx posa ses paumes sur la trappe. L'électricité en elle se fit précise, fine comme une aiguille. Elle n'envoya pas un éclair : elle écouta. Le boîtier chantait une fréquence artificielle, une note fausse qui voulait dérégler les stabilisateurs magnétiques.

— Professeur Varga ! cria-t-elle sans se retourner. Qu'est-ce qui peut couper un pont sans exploser ?

La voix du scientifique arriva, essoufflée. Il venait de descendre, en courant comme s'il était poursuivi par ses propres lacets.

— Un… un brouilleur de flux ! Un parasite qui fait croire aux stabilisateurs que le pont est en surcharge ! Ils se mettent en sécurité et… se verrouillent !

— Donc le pont se ferme, tout le monde reste coincé, et la ville panique, résuma Nyx. Classique. Comme un prank, mais avec des milliers de gens.

Le grand tenta de la pousser. Nyx pivota, attrapa son poignet et le renvoya dans un tourbillon contrôlé. Il glissa sur le sol et s'arrêta contre un poteau, surpris plus que blessé.

— On ne bouscule pas une dame, dit-elle. Surtout quand la dame peut faire danser les électrons.

Le deuxième sortit un petit drone sphérique qui s'échappa en bourdonnant. Le drone projeta une brume noire, comme de la suie en spray.

Nyx recula, cligna des yeux. La brume collait à son masque, brouillait sa vision. Elle entendit un rire étouffé.

— Hé ! protesta-t-elle. Vous savez combien ça coûte, un masque anti-fumée dernière génération ?

— Pas le temps, Nyx ! s'écria Varga. Le boîtier va forcer la fermeture complète !

Nyx inspira. Dans l'obscurité de la brume, elle sentit les courants électriques, ces chemins invisibles qui courent dans toute la ville. Elle planta ses doigts sur le boîtier, chercha le cœur du parasite, l'endroit où la note fausse se fabriquait.

Un petit courant parcourut sa main. Le boîtier résista, comme une bête qui ne veut pas lâcher son os.

— Ok, tu veux jouer ? murmura Nyx. On va jouer… mais c'est moi qui choisis la musique.

Elle modula son énergie, pas trop forte, juste assez pour inverser le signal. Le boîtier fit un bruit de bulle qui éclate. Le voyant rouge devint orange, puis vert.

La vibration s'arrêta. Le pont cessa de frissonner.

Autour, les passants poussèrent un soupir collectif. Un homme applaudit timidement, puis d'autres suivirent, comme une vague.

Les saboteurs, eux, reculèrent. Le drone sphérique s'échappa vers le ciel.

Nyx essuya son masque d'un revers de manche.

— Vous avez un chef, dit-elle, la voix basse. Dites-lui que le Pont Hélios n'est pas un jouet.

Le grand cracha au sol, vexé.

— Tu crois nous arrêter ? On n'était que l'amorce.

Et avant qu'elle puisse les attraper, les trois activèrent des semelles propulsées. Ils filèrent entre les voitures, se fondant dans la foule.

Nyx serra les dents.

Varga arriva à côté d'elle, haletant.

— Vous… vous avez neutralisé le parasite ! s'exclama-t-il. C'est… c'est incroyable !

— Non, dit Nyx en regardant le drone disparaître. Ce qui est incroyable, c'est qu'ils veulent quelque chose de plus grand. Et ce drone vient d'emporter notre prochaine énigme.

Varga frissonna.

— Vous pensez qu'ils vont recommencer ?

— Ils vont continuer, corrigea Nyx. Et cette fois, on va les suivre. Professeur… préparez vos neurones. Moi, je prépare mes yeux.

Chapitre 3 — Le spatioport aux mille langues

La piste du drone mena Nyx et le Professeur Varga au Spatioport d'Aurore-Cité, un gigantesque anneau posé sur la baie comme un bijou futuriste. À l'intérieur, tout bougeait : valises qui roulaient toutes seules, écrans qui changeaient de langue selon qui les regardait, odeurs de nouilles épicées, de pain chaud, de métal chauffé par les réacteurs.

Des voyageurs passaient avec des manteaux anti-gravité, des casques sous le bras, des animaux de compagnie dans des bulles transparentes. Un robot de sécurité répétait, d'une voix trop enthousiaste : « Merci de ne pas nourrir les moteurs. Ils ont déjà un régime strict ! »

Varga était ébloui.

— Regardez ! Un kiosque à cartes stellaires ! Et… et un stand de glaces au… au néon ?

— Ne léchez pas les néons, Professeur, dit Nyx. Je tiens à votre santé.

Ils avancèrent dans la foule. Nyx avait relevé sa capuche, mais son masque et son allure attiraient quand même les regards. Des enfants pointaient du doigt, chuchotaient : « C'est Nyx Électrine ! » Un petit garçon tenta même un salut héroïque un peu bancal.

Nyx lui répondit d'un signe de tête sérieux, comme si elle venait de recevoir une mission intergalactique.

— On observe, murmura-t-elle à Varga. Le drone doit livrer quelque chose, ou recevoir des instructions.

— Comment le repérer dans… ce chaos ? demanda le scientifique en évitant de se faire percuter par un chariot autonome qui diffusait une musique d'ascenseur.

Nyx leva les yeux. Des dizaines de drones volaient, mais un seul avait une trajectoire hésitante, comme s'il cherchait une porte secrète. Il filait vers une zone « Maintenance — accès réservé ».

— Celui-là, dit Nyx. Il a l'air coupable. Ou très indécis.

Ils s'approchèrent, mais un agent du spatioport barra la route. Grand, uniforme impeccable, sourire qui ne touchait pas les yeux.

— Accès interdit, dit-il.

Nyx pencha la tête.

— Interdit pour qui ?

— Pour tout le monde.

— Même pour une femme qui empêche les ponts de se verrouiller et les gens de paniquer ?

L'agent ne sourcilla pas.

— Surtout pour elle.

Nyx sentit un détail : un badge légèrement décalé, un micro trop discret. Il jouait un rôle.

Elle recula d'un pas, comme si elle obéissait.

— Très bien, dit-elle. Professeur, vous voyez ce vendeur de brochettes là-bas ?

— Celui qui fait flamber la sauce ? Oui.

— Allez lui demander s'il connaît la recette de la « sauce comète ». Faites vos yeux de scientifique passionné. Vous avez un talent naturel.

— Je… vous êtes sûre ? balbutia Varga.

— C'est une mission vitale. Et délicieuse, ajouta-t-elle.

Varga partit, confus mais déterminé, comme si l'avenir de la galaxie dépendait d'une brochette.

Nyx, elle, glissa sur le côté, se fondit dans la foule. Elle grimpa sur un banc, puis sur une rambarde, puis se hissa dans les hauteurs où passaient les câbles de service. Là, elle avançait au-dessus des têtes, invisible pour ceux qui regardaient droit devant.

Le drone entra dans la zone de maintenance par une trappe. Nyx le suivit, silencieuse. Le couloir était plus sombre, plein d'échos. Des panneaux clignotaient. Une odeur d'huile et d'ozone flottait.

Au bout, une salle technique s'ouvrit comme une gorge métallique. Le drone se posa sur une table. Une silhouette sortit de l'ombre : une femme en veste blanche, coiffée d'un chignon net. Elle portait un casque audio autour du cou.

— Livraison ? demanda-t-elle.

Le drone projeta un hologramme : un plan du Pont Hélios, puis des lignes qui convergeaient vers un point précis… la tour centrale du pont.

La femme hocha la tête.

— Parfait. Préparez la phase deux.

Nyx retint son souffle. Phase deux.

Un bruit derrière elle. Un pas. Puis un autre.

Trop tard : l'agent au faux sourire était là, et cette fois il n'avait plus de sourire du tout.

— Je savais que vous étiez curieuse, Nyx Électrine, dit-il.

Nyx se redressa, prête.

— Je préfère « vigilante ». Curieuse, c'est quand je lis les étiquettes de shampooing.

Il sortit un dispositif : une menotte brillante, parcourue de symboles.

Menottes à champ nul, expliqua-t-il. Vos pouvoirs vont… faire la sieste.

— Vous êtes sûr ? Parce que moi, je ne fais jamais la sieste, répondit Nyx.

Elle lança une impulsion électrique vers le plafond. Pas une attaque : un appel. Les néons clignotèrent, les capteurs s'affolèrent, et surtout, toutes les portes automatiques du couloir s'ouvrirent d'un coup.

Au même moment, Varga surgit dans l'encadrement, une brochette à la main.

— Nyx ! J'ai la sauce comète ! Enfin… je crois. Ça brûle la langue, mais… oh.

Il vit l'agent, la salle, le drone, l'hologramme. Son cerveau fit le lien plus vite qu'il ne l'aurait cru.

— Ce n'est pas de la cuisine, ça, murmura-t-il.

Nyx sourit.

— Professeur, vous venez de découvrir la recette du sabotage.

L'agent se jeta sur elle. Nyx esquiva, attrapa la menotte au vol, la claqua contre une poutre métallique. Un arc électrique jaillit, la surchargea, et l'objet grésilla comme une tartine dans un grille-pain trop enthousiaste.

— Oups, dit Nyx. Elle a… fait la sieste définitive.

La femme au chignon, dans la salle, appuya sur un bouton. Une alarme muette se déclencha : les lumières passèrent au rouge, mais aucun son. Pire : les portes commencèrent à se fermer en cascade.

— Ils veulent nous enfermer ! cria Varga.

Nyx bondit, glissa sous une porte qui descendait, et attrapa le Professeur par le bras pour le tirer avec elle.

— On sort. Maintenant.

Ils coururent, les portes claquaient derrière eux comme des mâchoires. Nyx lança des impulsions précises pour bloquer les mécanismes, juste assez longtemps. Ils débouchèrent enfin dans le hall du spatioport, noyé de voyageurs et de rires, comme si rien ne se passait.

Varga tremblait.

— Phase deux… la tour centrale du pont. Ils vont le verrouiller pour de bon ?

Nyx regarda les panneaux de départ. Un vol cargo était annoncé vers… la tour de maintenance du Pont Hélios. Départ imminent.

— Ils ne veulent pas seulement fermer le pont, dit-elle. Ils veulent le faire passer pour dangereux, pour que la ville l'abandonne. Et quand on abandonne un lieu, on abandonne souvent les gens qui en dépendent.

Elle posa la main sur l'épaule de Varga.

— Justice, Professeur. Pas seulement empêcher un crime. Empêcher qu'on fasse croire que la peur est une solution.

— Et… on y va comment ? demanda-t-il.

Nyx désigna le cargo.

— En empruntant leur route. Et en espérant que la sauce comète vous donne du courage, parce que moi, j'en ai déjà trop.

Chapitre 4 — Le cœur du Pont Hélios

Le cargo du spatioport ressemblait à une grosse baleine de métal. À l'intérieur, des caisses attachées, des lumières blafardes, et un pilote-robot qui fredonnait un air de vieux dessin animé.

Nyx et Varga s'étaient glissés dans une zone de fret, cachés derrière des conteneurs marqués « pièces de stabilisation ». Ce qui, Nyx le devinait, était exactement ce que les saboteurs voulaient toucher.

Le voyage fut court. À travers une petite fenêtre, Nyx vit la ville s'étirer, les deux rives, puis le Pont Hélios, immense, tendu comme une corde de guitare au-dessus de l'eau. Sa tour centrale se dressait, élégante et solide, comme un gardien.

Quand le cargo s'arrima à une plateforme, Nyx fit signe à Varga.

— Règle numéro un : tu restes derrière moi.

— J'ai compris, souffla Varga. Je suis… l'ombre de la lumière.

— Jolie formule. Mais évite de la répéter en courant, ça essouffle.

Ils descendirent sur une passerelle. Le vent du fleuve fouettait leurs visages. Des techniciens travaillaient plus loin, sans se douter de rien. Plus près, une porte « Accès tour — réservé » était entrouverte.

Nyx s'approcha, oreilles aux aguets. Des voix.

— …connecte le noyau au faux signal, disait quelqu'un. Quand la surcharge sera simulée, le protocole de sécurité coupera tout. Et le pont restera verrouillé jusqu'à nouvel ordre.

— Et l'ordre viendra de qui ? demanda une autre voix, moqueuse.

— De nous. Enfin… de lui.

Nyx échangea un regard avec Varga.

« Lui »… leur chef, murmura le scientifique.

Nyx entrouvrit la porte et glissa à l'intérieur. La tour centrale était un labyrinthe de métal, de câbles, de panneaux lumineux. Au centre, un cylindre transparent pulsait doucement : le Noyau de Flux, l'énergie stable qui maintenait le pont en équilibre.

Autour, la femme au chignon du spatioport donnait des ordres. Et près du noyau, un homme en manteau sombre, visage partiellement caché par une visière. Sa voix était calme, presque douce.

— Aurore-Cité est trop confiante, disait-il. Un pont fermé, et la ville se coupe en deux. Les gens se méfient, se disputent, cherchent des coupables. Pendant qu'ils s'accusent, nous construisons autre chose… une ville où la peur obéit.

Varga serra les poings.

— C'est… injuste, souffla-t-il.

Nyx sentit cette phrase comme un déclic. Injuste, oui. Et surtout dangereux : pas parce qu'il cassait du métal, mais parce qu'il cassait la confiance.

Elle s'avança.

— La peur n'obéit à personne très longtemps, lança Nyx. Et moi, je n'obéis qu'à ma conscience.

La salle se figea. Les saboteurs se retournèrent.

L'homme à la visière inclina la tête.

— Nyx Électrine. La super-héroïne observatrice. Celle qui voit tout… sauf qu'elle arrive trop tard.

— J'arrive toujours à l'heure pour empêcher les gens de faire n'importe quoi, répliqua Nyx. C'est mon hobby.

La femme au chignon fit un geste. Deux drones de sécurité modifiés se déployèrent, leurs bras articulés prêts à attraper.

Nyx leva les mains, paumes ouvertes.

— Professeur, le noyau : s'ils y branchent leur faux signal, c'est fini ?

— Oui ! Mais… si on coupe l'alimentation des drones, on peut gagner du temps ! Il y a un panneau secondaire, là ! répondit Varga en pointant.

— Parfait. Tu vas faire ce que tu fais le mieux : être intelligent sous pression.

— Ça fait beaucoup de mots pour dire « panique élégamment », marmonna Varga, mais il courut.

Les drones foncèrent. Nyx se mit en mouvement, rapide, fluide. Elle esquiva un bras, glissa sous un autre, et envoya une impulsion électrique dans une jonction. Le drone convulsa, se figea. L'autre tenta de la contourner. Nyx sauta, prit appui sur un mur, et se propulsa en arrière, un coup de pied précis qui envoya la machine valser contre une pile de caisses.

— Désolée, dit-elle au drone immobilisé. Je ne frappe jamais quelqu'un qui n'a pas choisi sa programmation.

L'homme à la visière s'approcha du noyau avec un câble noir, prêt à le connecter.

Nyx bondit vers lui. Il se retourna et activa un champ de distorsion : l'air ondula, comme si la réalité avait pris un coup de chaleur. Nyx sentit ses repères bouger.

— Oh, super, grogna-t-elle. Un filtre Instagram… mais en dangereux.

Elle ferma les yeux une seconde. Observer ne voulait pas dire regarder : ça voulait dire comprendre. Elle écouta les sons, sentit les vibrations dans le sol. Le champ faisait onduler la lumière, pas le métal. Le noyau, lui, vibrait d'une fréquence stable.

Nyx s'orienta sur cette stabilité. Elle fonça, attrapa le câble noir au moment où il touchait presque le noyau, et l'arracha.

L'homme recula, surpris, puis rit.

— Impressionnant. Mais vous ne pouvez pas tenir contre tout un réseau.

— Je n'ai pas besoin de tenir contre un réseau, répondit Nyx. Juste contre votre arrogance.

Varga, au panneau secondaire, cria :

— Nyx ! J'ai coupé l'alimentation des drones… mais ça a déclenché un verrouillage partiel ! Le pont commence à se fermer !

Un grondement sourd répondit, venu d'en bas. Les immenses segments du pont se mettaient en position de sécurité. Sur les écrans, des alertes s'affichaient : « PROTOCOLE DE FERMETURE — ACTIVÉ ».

Nyx serra la mâchoire.

— Ils ont déjà lancé la séquence, dit-elle. Professeur, combien de temps avant fermeture complète ?

Varga tapa sur l'écran, les doigts tremblants mais rapides.

— Six minutes ! Peut-être moins !

L'homme à la visière recula vers une sortie.

— La ville apprendra, dit-il. La justice, c'est un conte qu'on raconte aux enfants.

Nyx le fixa.

— Alors je vais raconter une meilleure histoire.

Elle lança une impulsion vers le noyau, pas pour le détruire, mais pour le stabiliser, comme une main qui rassure un cœur qui bat trop vite. Le noyau brilla plus fort.

— Professeur ! cria-t-elle. Il faut inverser la fermeture. On rouvre le pont depuis le noyau, pas depuis les commandes externes.

Varga pâlit.

— C'est… risqué.

— La justice, c'est parfois risqué, dit Nyx. Mais abandonner, c'est pire.

Chapitre 5 — Justice en plein courant

Le temps se mit à courir plus vite que d'habitude. Six minutes, ça sonnait comme « beaucoup » quand on fait des maths. Mais dans une tour qui tremble et un pont qui se referme, six minutes, c'est un claquement de doigts géant.

Varga déploya un petit terminal de sa sacoche, le posa près du Noyau de Flux. Ses lunettes glissèrent sur son nez.

— Si je synchronise mon terminal avec le noyau, je peux envoyer un contre-signal, expliqua-t-il. Un ordre de réouverture qui ressemble à un protocole officiel. Mais… si je me trompe, le noyau va croire qu'il est attaqué et se couper.

— Et si le noyau se coupe, le pont… ?

— Tombe en mode verrouillé total. Pas de catastrophe immédiate, mais… plus personne ne passe. Et la réparation prendrait des semaines.

Nyx jeta un coup d'œil aux écrans. Les segments du pont se rapprochaient. Sur les caméras, on voyait des voitures s'arrêter, des gens sortir, pointer, s'agiter. La panique était une étincelle, et quelqu'un essayait de l'alimenter.

— Alors on ne se trompe pas, dit Nyx simplement.

L'homme à la visière avait disparu, mais la femme au chignon restait. Elle tapa sur un boîtier et des verrous se déclenchèrent dans la tour, bloquant des portes.

— Ils veulent nous piéger ici, dit Varga, la voix serrée.

Nyx se plaça devant lui.

— Professeur, branche ton terminal. Je m'occupe du reste.

— Du reste ? Il n'y a que… des portes, des saboteurs et un pont qui se ferme !

— Voilà. Juste ça.

Nyx s'élança dans le couloir, suivant les câbles. Elle trouva un boîtier de contrôle secondaire et posa ses doigts dessus. Elle envoya un courant fin, comme un fil de couture, pour forcer l'ouverture d'une trappe d'accès.

Derrière, un réseau de relais électriques. Nyx sourit.

— La ville est une grande conversation, murmura-t-elle. Et moi, je sais parler « relais ».

Elle réajusta un circuit, détourna un verrou, et une porte se déverrouilla avec un bip.

La femme au chignon surgit, furieuse.

— Tu ne comprends pas ! cria-t-elle. Le pont doit se fermer ! La ville doit apprendre à obéir !

Nyx la regarda, sincère.

— Non. La ville doit apprendre à choisir. La justice, c'est laisser les gens traverser sans qu'on leur tende des pièges.

La saboteuse tenta de la frapper avec un outil. Nyx esquiva et attrapa l'outil au vol.

— Je te le rends, dit Nyx, en le déposant à ses pieds. Mais je garde ton attention.

Elle activa un flash lumineux avec son énergie, juste assez pour éblouir sans blesser. La femme recula en se protégeant les yeux.

Nyx courut обратно vers le noyau.

Varga était penché sur le terminal, transpirant.

— J'ai… j'ai presque la signature du protocole, dit-il. Mais il manque une clé de validation. Un code d'autorisation du spatioport, ou de la mairie…

Nyx pensa au spatioport, à l'agent au faux sourire, au plan projeté. Le sabotage passait par des accès officiels volés.

— Ils ont volé une clé, dit Nyx. On va en fabriquer une… honnête.

— On ne peut pas « fabriquer » de l'honnêteté ! protesta Varga.

Nyx posa sa main sur le noyau. Elle sentit sa pulsation. Cette énergie-là alimentait des lampadaires, des hôpitaux, des tramways. Elle n'était pas juste technique : elle était au service des gens.

— Si, dit Nyx. On la fabrique avec responsabilité.

Elle regarda Varga droit dans les yeux.

— Professeur, ton code, c'est toi. Ton travail est reconnu. Tu as des signatures scientifiques dans tous les systèmes de la ville. Utilise ta clé à toi : ton identifiant de chercheur. Pas pour prendre le contrôle… pour demander l'aide du pont.

Varga resta bouche bée.

— Ça… ça pourrait marcher. Comme une requête de maintenance d'urgence. Le noyau reconnaîtrait ma signature comme légitime.

— Alors fais-le.

Varga tapa, vite, précis. Le terminal émit une lumière blanche. Le noyau répondit par une pulsation plus forte, comme un « oui ».

Sur les écrans : « AUTHENTIFICATION — LUMEN VARGA — VALIDÉE ».

— Ça marche ! souffla-t-il, presque en pleurant.

Nyx sentit un soulagement, mais il restait la dernière marche.

— Envoie le contre-signal. Maintenant.

Varga appuya.

Le noyau vibra, une onde claire qui traversa la tour, descendit dans les câbles, glissa dans les ossatures du pont comme une rivière de lumière.

Sur les écrans : « PROTOCOLE DE RÉOUVERTURE — EN COURS ».

Mais un dernier choc secoua la tour. Une alerte apparut : « INTERFÉRENCE EXTERNE ».

— Il revient ! cria Varga.

L'homme à la visière réapparut sur une passerelle supérieure, tenant un émetteur compact.

— Vous êtes tenaces, dit-il. C'en est presque… noble.

Nyx leva le menton.

— La noblesse, c'est gratuit. Essaie, tu verras.

Il activa l'émetteur. Le noyau hésita, sa lumière vacilla.

Nyx comprit : il cherchait à réintroduire la note fausse, à faire dérailler le contre-signal.

Elle prit une décision rapide, lourde et claire.

— Professeur, maintiens le signal. Moi, je vais faire le paratonnerre.

— Quoi ?!

Nyx grimpa sur la structure métallique près du noyau, s'ancrant comme une athlète. Elle ouvrit ses paumes. Son énergie se déploya en réseau, interceptant l'interférence. Elle devint un filtre vivant, transformant le parasite en simple bruit.

Ça faisait mal, comme si elle avalait des étincelles. Mais Nyx serra les dents. Elle pensa à la mère sur le trottoir, au cycliste, aux enfants du spatioport, au petit salut héroïque bancal.

— La justice, souffla-t-elle, c'est parfois… tenir bon.

La lumière du noyau se stabilisa. L'interférence faiblit.

L'homme à la visière recula, surpris, puis disparaît dans une trappe.

Varga cria :

— Nyx ! Le pont… regarde !

Chapitre 6 — Le pont rouvert

Sur l'écran principal, la caméra montra le Pont Hélios. Les segments qui s'étaient rapprochés s'arrêtèrent, tremblèrent, puis repartirent en sens inverse. Lentement, majestueusement, le pont s'ouvrait à nouveau, comme une main géante qui se déplie pour laisser passer la vie.

Dans la tour, les alarmes cessèrent une à une. La lumière redevint normale. Le Noyau de Flux pulsa d'une lueur apaisée, comme s'il venait de terminer un effort immense.

Nyx descendit de la structure, les jambes un peu molles. Varga se précipita vers elle.

— Vous… vous avez absorbé l'interférence ! Vous allez bien ?

Nyx souffla, puis tenta un sourire.

— Je vais survivre. Par contre, je vais dormir douze heures. Et si quelqu'un me parle de « phase deux », je le transforme en grille-pain.

Varga rit, un rire nerveux mais heureux.

Sur un autre écran, on voyait les gens sur le pont. Les voitures redémarraient doucement. Des piétons reprenaient leur marche. Certains levaient les bras, comme si le pont lui-même méritait un applaudissement. Une ambulance passa, sans être bloquée. Un bus scolaire aussi. La ville recousait sa journée.

Nyx regarda la scène, silencieuse une seconde.

— Vous voyez, Professeur, dit-elle enfin. C'est ça, la justice. Pas un grand discours. Juste… garantir que chacun peut traverser.

Varga acquiesça.

— Et que personne ne joue avec la peur.

Nyx hocha la tête. Elle pensa au chef à la visière. Il avait fui, mais il avait laissé des traces. La ville avait été protégée aujourd'hui, et demain, elle continuerait d'observer.

Dehors, sur la passerelle de la tour, le vent soufflait fort. Nyx et Varga sortirent. Le soleil se couchait, étalant des couleurs d'or et de cuivre sur l'eau.

Au loin, les écrans publicitaires de la ville affichèrent un message officiel : « PONT HÉLIOS — ROUVERT — MERCI AUX ÉQUIPES DE MAINTENANCE ET À NYX ÉLECTRINE ». Un peu plus bas, quelqu'un avait ajouté un graffiti lumineux : « JUSTICE = LAISSER PASSER LES GENS ».

Varga le lut, ému.

— Vous avez inspiré quelqu'un.

Nyx haussa les épaules, mais ses yeux d'orage s'adoucirent.

— Tant mieux. Les héros ne sont pas des statues. Ce sont des étincelles. Et plus il y en a, moins la peur a de place.

Varga sortit de sa poche… une brochette, toujours là, miraculeusement intacte.

— Euh… pour fêter ça ? proposa-t-il.

Nyx le fixa, puis éclata d'un rire clair.

— Professeur, vous êtes officiellement le seul scientifique capable de sauver un pont et de garder une brochette en mission.

Ils mangèrent en regardant le Pont Hélios, solide, ouvert, vivant. Et dans le souffle du soir, Aurore-Cité semblait dire merci, non pas avec des mots, mais avec le simple bruit des pas qui traversent, libres et confiants.

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Corniche
Bord étroit d'un toit ou d'un bâtiment où l'on peut s'asseoir ou se tenir.
Kaléidoscope
Objet ou image qui montre des formes et couleurs changeantes et symétriques.
Holographiques
Qui crée des images en trois dimensions faites de lumière.
Brouilleur de flux !
Appareil qui perturbe ou bloque le passage normal d'une énergie ou d'un signal.
Stabilisateurs magnétiques
Dispositifs qui utilisent des champs magnétiques pour garder quelque chose stable.
Champ de distorsion
Zone où l'air ou la réalité semble se tordre et créer des effets étranges.
Noyau de Flux
Centre d'énergie qui contrôle le fonctionnement et l'équilibre d'un grand système.
Interférence
Quand deux signaux se gênent et rendent la communication difficile ou fausse.
Menottes à champ nul,
Dispositif qui empêche l'usage des pouvoirs ou des champs autour d'une personne.
PROTOCOLE DE FERMETURE — ACTIVÉ
Procédure officielle lancée pour fermer et sécuriser un lieu ou un système.

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