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Histoire de super-héros 11 à 12 ans Lecture 28 min. (1)

Spectralis et le gouffre qui buvait la lumière

Spectralis, héros au manteau de lumière, tente de protéger Nova-Cité d’une étrange sphère qui aspire la lumière pendant que Nila et les secours luttent pour contenir la menace. Un mystérieux saboteur nommé Rift semble piloter l’anomalie, révélant des blessures et des tensions plus profondes dans la ville.

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Silas, héros au visage déterminé et fatigué, serre la mâchoire et tend les mains pour former au centre d’une passerelle un dôme de lumière blanc nacré au-dessus d’une petite sphère noire ; il porte un long manteau bleu électrique à fibres lumineuses. En haut à droite, Nila, ~30 ans, apparaît en petit écran holographique, coupe courte et regard vif, guidant Silas à distance avec des schémas lumineux. À gauche, Maé, ~8 ans, écharpe rouge et cheveux en couette, est tenue à l’écart par un bénévole et l’observe avec admiration. Au fond à droite, Rift, ~22 ans, masque retiré, cheveux en bataille, menotté et encadré par des agents, a l’air coupable et surpris. Arven, ~45 ans, commandant secouriste au casque de coordination, dirige des techniciens qui orientent projecteurs et drones. L’action se déroule la nuit au Réacteur Solaire Central, grande structure en forme de fleur métallique avec passerelles, panneaux solaires et projecteurs brillants ; des faisceaux enchaînés forment une coque scintillante autour du dôme, contrastant avec la ville sombre en arrière-plan. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le garçon au manteau de lumière

À Nova-Cité, les immeubles avaient des vitres si brillantes qu'on aurait dit des morceaux de ciel collés au sol. Des rails aériens vibraient au-dessus des avenues, et les panneaux holographiques saluaient les passants avec des pubs qui clignotaient comme des lucioles pressées.

Sur le toit d'une tour, un homme observait tout ça comme on surveille une mer pleine de courant : avec respect.

Il s'appelait Silas Virel, mais tout le monde connaissait surtout son nom de héros : Spectralis.

Spectralis portait un manteau long, tissé de fibres photoniques qui réagissaient à son humeur : quand il se concentrait, le tissu devenait bleu électrique ; quand il riait, il prenait des reflets dorés. Son masque, léger et transparent, dessinait un contour lumineux autour de ses yeux, comme deux comètes prêtes à décoller. À son poignet, une bague-tech pulsait, reliée à un petit module accroché à sa ceinture : le Prismateur, un dispositif capable de plier la lumière pour créer des boucliers, des ponts, ou des illusions.

Silas n'aimait pas se donner en spectacle. Il aimait protéger.

Dans son oreillette, une voix claqua, vive et légèrement moqueuse :

— Spectralis, tu fais encore ton poète sur les toits ?

— Je fais mon travail, répondit Silas. Et toi, Nila, tu fais encore semblant de ne pas t'inquiéter ?

— Moi ? Jamais. Je suis l'incarnation du calme… sauf quand ça brûle.

Nila Korr, son alliée, était opératrice au Centre de Veille de Nova-Cité. Elle ne volait pas, ne lançait pas de lasers, mais elle voyait tout : capteurs, drones, caméras, signaux. Elle était la première à détecter les problèmes, et la dernière à lâcher un héros quand il rentrait trop tard.

Un grésillement interrompit la plaisanterie.

— Urgence. Quartier des Docks-Sud. Le réseau énergétique fait des pics anormaux. Ça ressemble à… une aspiration.

Silas se redressa. Une aspiration d'énergie, à Nova-Cité, c'était comme un trou dans une digue : ça ne pardonnait pas.

— J'y vais. Préviens les Secours.

— Déjà fait. Et Silas… prudence. Les capteurs disent que ce n'est pas juste une panne.

Spectralis prit son élan et courut. À chaque foulée, son manteau dessinait une traînée lumineuse, comme si le toit était devenu une piste de météores. Arrivé au bord, il leva le Prismateur : un pont de lumière se forma, solide, transparent, tendu vers la tour voisine. Il traversa d'un bond, puis d'un autre, sautant de verre en béton comme un joueur sur une grille.

En bas, le vent apportait une odeur de métal chaud. Et dans la distance, au-dessus des Docks-Sud, le ciel semblait… aspiré, comme si l'air lui-même se froissait.

Silas murmura :

— D'accord. Ça, ce n'est pas une pub qui bugue.

Chapitre 2 : Les Docks-Sud et le gouffre qui boit la lumière

Les Docks-Sud étaient un labyrinthe de hangars et de grues. Des containers empilés formaient des murs colorés, et les voies de chargement brillaient de lignes fluorescentes. Mais ce soir, ces lignes clignotaient comme des cœurs fatigués.

Au milieu du quai principal, une sphère noire flottait à deux mètres du sol. Pas noire comme une peinture : noire comme une idée sans fenêtre. Autour d'elle, la lumière se courbait, les lampadaires s'éteignaient, et même les reflets sur l'eau disparaissaient, avalés.

Des travailleurs reculaient en courant. Une petite fille, coincée sur une passerelle, pleurait, paralysée par la peur. Deux drones de sécurité tournaient en rond, incapables de s'approcher : leurs hélices ralentissaient comme si l'air devenait épais.

Spectralis atterrit, manteau vibrant.

— Nila, j'ai l'objet en visuel. C'est un… trou ?

— Les capteurs l'appellent « anomalie de densité photique ». Traduction : un truc qui mange la lumière, répondit Nila. Et il grossit.

— Super. Je déteste quand la science fait des blagues.

Silas leva la main, et un bouclier de lumière se déploya devant les dockers, comme une vitre géante. L'anomalie tira dessus. Le bouclier trembla, mais tint, grinçant comme un tambour silencieux.

— Reculez ! cria Silas. Par là, vers les escaliers !

— Monsieur, la petite ! hurla un homme en désignant la passerelle.

La passerelle était à dix mètres, et l'anomalie aspirait de plus en plus fort. Silas inspira, puis lança le Prismateur : une liane de lumière jaillit, s'accrocha au garde-corps et forma un câble.

Il s'élança. Chaque pas sur le quai semblait lutter contre une pente invisible. Ses bottes glissaient presque, comme si le sol voulait le retenir.

— Tiens bon ! appela-t-il à la fillette.

Elle leva les yeux. Son visage était mouillé, ses doigts crispés sur la rambarde.

— J… j'arrive pas à bouger…

— Alors on va faire simple : tu me fais confiance, et moi je fais le compliqué.

Il arriva au pied de l'échelle. L'aspiration tira sur son manteau, le faisant claquer comme un drapeau en tempête. Silas se hissa, franchit deux barreaux à la fois, et atteignit la passerelle.

La fillette vacillait. Derrière elle, la sphère noire semblait plus grande, plus proche, comme si elle glissait sans bouger.

Silas étendit une plaque de lumière sous ses pieds, un plancher temporaire, puis s'agenouilla devant elle.

— Comment tu t'appelles ?

— Maé…

— Maé, je suis Spectralis. Et mon super-pouvoir, c'est de détester laisser les gens derrière. On y va ensemble.

Il la prit dans ses bras et activa un halo protecteur autour d'eux. Le halo étincela, repoussant l'aspiration comme une bulle dans un courant.

Ils sautèrent.

La descente fut courte, mais le monde sembla tirer sur eux. Silas planta ses talons au sol, le halo vibra, puis… ils roulèrent hors de portée. Maé trembla, puis s'accrocha à son manteau.

— C'est… c'est chaud.

— C'est la lumière. Elle a toujours un peu de caractère.

Un grondement monta. La sphère noire pulsa, et un faisceau de vide se projeta vers un transformateur électrique. Les câbles se mirent à gémir, et la zone entière s'assombrit.

— Nila, c'est une attaque, dit Silas. Quelqu'un dirige ce truc.

— J'ai une signature de commande. Comme un signal radio, mais… inversé. Ça vient d'un ancien entrepôt, hangar 12.

Silas posa Maé entre les bras d'un secouriste arrivé en courant.

— Emmenez-la au poste médical. Et coupez l'alimentation du quai !

— On… on essaie ! répondit le secouriste, les mains tremblantes.

Spectralis se tourna vers le hangar 12. Son manteau passa du bleu au blanc, comme une lame.

— D'accord, murmura-t-il. Si quelqu'un joue avec la lumière de ma ville… c'est moi qui reprends la manette.

Chapitre 3 : Le hangar 12 et la voix dans le noir

Le hangar 12 avait l'air abandonné depuis des années. Les portes coulissantes étaient rayées, et un vieux logo de transport était à moitié effacé, comme un souvenir qu'on a frotté trop fort.

Silas s'approcha, silencieux. Il n'aimait pas foncer sans réfléchir. Être un héros, ce n'était pas être une boule de nerfs qui brille. C'était aussi choisir le bon moment.

— Nila, je vais entrer, dit-il.

— Je te garde sur l'écran. Et Silas… si ça tourne mal, tu ne joues pas au martyr. Tu te retires.

— Je ne suis pas un martyr. Je suis juste… obstiné.

— C'est pareil avec un manteau plus joli.

Silas sourit, malgré la tension, et glissa ses doigts sur la porte. Il projeta une fine lame de lumière qui s'infiltra dans la fente. La serrure chauffa, un clic discret retentit, et la porte s'ouvrit.

À l'intérieur, il faisait froid. Un froid sec, sans odeur. Les lampes du plafond étaient éteintes, mais la lumière de Spectralis suffisait : elle faisait apparaître des caisses, des câbles, des outils, et au centre… une console posée sur un socle improvisé.

La console n'avait rien d'officiel. Elle était bricolée avec des pièces de drones, des panneaux solaires cassés, et un écran qui affichait des chiffres à l'envers.

Une silhouette se tenait derrière. Pas très grande, capuche relevée. Une voix sortit, métallique et amusée :

— Ah. Le héros en manteau. Je me demandais quand tu arriverais.

Silas se plaça, prêt à déployer un bouclier.

— Coupe le signal. Tout de suite.

— Pourquoi ? demanda la voix, faussement innocente. C'est fascinant, non ? Un trou qui boit la lumière. Un peu comme une ville qui boit l'attention.

Silas plissa les yeux. La silhouette portait un masque lisse, sans expression, avec une seule ligne lumineuse au milieu. Ça rappelait les interfaces de laboratoire.

— Tu as un nom ? demanda Silas.

— On m'appelait Rift. Avant que Nova-Cité ne me jette dans l'ombre. Je rends juste… ce qu'on m'a appris.

La console vibra. Dehors, l'anomalie rugit.

Silas sentit une colère froide monter. Pas celle qui casse, celle qui clarifie.

— Tu mets des gens en danger. Des enfants. Des familles. Ce n'est pas une expérience, c'est une responsabilité.

— Responsabilité… répéta Rift en ricanant. Drôle de mot dans une ville qui préfère réparer ses murs plutôt que ses erreurs.

Silas fit un pas. Rift tendit la main vers un levier.

— Un pas de plus, et je l'élargis. Tu verras : même ta lumière ne suffira pas.

Pendant une seconde, Silas imagina la sphère noire avalant les quais, puis les rues, puis les fenêtres allumées des appartements. Il inspira.

— Nila, chuchota-t-il, il joue sur un signal. Tu peux le brouiller ?

— Je peux essayer, mais il est instable. Et s'il s'énerve, ça peut empirer.

— Alors je vais faire autrement.

Silas leva le Prismateur, non pas pour attaquer, mais pour créer. Une pluie de petites étincelles jaillit, comme des lucioles. Elles tournèrent autour de Rift, dessinant des cercles, des faux reflets, des doubles.

Rift recula, surpris.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Des questions, répondit Silas. Et toi, tu n'aimes pas ne pas savoir.

Rift balaya l'air, cherchant la vraie silhouette. Silas profita de l'instant : il glissa sur le côté, projeta un ruban de lumière qui s'enroula autour de la console, et tira d'un coup sec.

La console bascula. L'écran clignota, le signal se coupa… puis revint, plus fort, comme une bête qu'on réveille.

— Mauvaise idée ! cria Rift.

Le sol vibra. Une vague d'aspiration traversa le hangar. Les caisses se soulevèrent légèrement, puis retombèrent. Silas sentit sa propre lumière vaciller, comme si on essayait de l'éteindre de l'intérieur.

— Nila… ça tire sur mon Prismateur.

— Silas, l'anomalie se déplace ! Elle se rapproche du centre-ville !

Rift bondit vers une porte de service.

— Tu voulais jouer au héros ? Alors cours. Sauve-les. Moi, je n'ai pas fini.

Il disparut dans un couloir, laissant derrière lui une console instable et un signal qui hurlait.

Silas serra les dents. Il aurait voulu poursuivre Rift. Mais il entendit, dehors, les sirènes. Il pensa à Maé, aux dockers, à tous ceux qui n'avaient pas de manteau lumineux.

— La responsabilité d'abord, murmura-t-il.

Il projeta un bouclier autour de la console pour la contenir, puis se précipita vers la sortie, prêt à affronter la sphère noire qui filait déjà vers Nova-Cité comme une nuit en colère.

Chapitre 4 : La base de secours sous le stade

La sphère noire avançait au-dessus des rues, aspirant les halos des lampadaires. Les gens levaient la tête, stupéfaits, puis couraient vers les abris. Les trains aériens ralentissaient, les écrans publics grésillaient, et les fenêtres se fermaient une à une, comme des paupières.

Spectralis volait — pas avec des ailes, mais sur un disque de lumière qu'il projetait sous ses pieds. À chaque virage, il sentait l'air se durcir.

— Nila, où sont les équipes de secours ?

— Elles se regroupent à la base de secours sous le Stade Orion. On évacue les quartiers menacés. Silas, tu dois passer par là. Tu as besoin de renfort… et d'un recalibrage. Ton Prismateur chauffe trop.

Silas détestait qu'on ait raison quand il était fatigué.

— Reçu.

Sous le Stade Orion, la base de secours bourdonnait comme une ruche. Des médecins couraient, des techniciens distribuaient des couvertures thermiques, des bénévoles guidaient des familles vers des salles éclairées. Des cartes holographiques flottaient au-dessus d'une table centrale, montrant le trajet de l'anomalie.

Quand Spectralis entra, plusieurs enfants le reconnurent. Certains levèrent la main, d'autres chuchotèrent avec des yeux ronds. Silas leur fit un signe rapide, mais son attention était ailleurs : il avait la sensation d'avoir une ampoule trop puissante dans la tête.

Nila l'attendait près d'un panneau de commande. En vrai, elle n'avait pas de cape, mais son gilet de terrain était rempli de poches et de gadgets, et son regard était celui de quelqu'un qui refuse de céder.

— Tu as une drôle de tête, dit-elle.

— Merci. Toi aussi, répondit Silas, puis il ajouta, plus sérieux : Rift a un dispositif. Il contrôle l'anomalie… ou il croit le contrôler.

— On a détecté des pics de fréquence. Il se sert d'un émetteur inversé, comme je l'ai dit. Il faut le stabiliser ou le neutraliser.

— Et moi, je suis à deux doigts de griller mon Prismateur.

Un homme s'approcha. Grand, cheveux poivre et sel, uniforme des Secours Spéciaux. Sur son brassard : un symbole de bouclier.

— Spectralis. Commandant Arven Dax. Merci d'être venu. La ville compte sur vous.

Silas hocha la tête.

— Je compte sur la ville aussi. Où est la zone la plus menacée ?

Arven fit apparaître la carte.

— L'anomalie se dirige vers le Réacteur Solaire Central. Si elle aspire son énergie, on perd le réseau. Plus de transports, plus d'hôpitaux, plus de communications.

Nila ajouta :

— Et Rift pourrait s'en servir pour la rendre permanente.

Silas posa ses mains sur la table, l'esprit déjà en mouvement.

— Il faut deux choses : protéger le réacteur et couper son signal.

— On peut envoyer des drones brouilleurs, dit Arven. Mais ils risquent d'être aspirés.

Silas regarda son Prismateur. La bague-tech pulsait faiblement.

— Je peux créer un couloir de lumière, un chemin stable pour les drones. Mais pas longtemps.

Un petit rire derrière eux fit tourner Silas. Maé était là, assise sur une couverture, une boisson chaude entre les mains. Elle le regardait avec un mélange d'admiration et d'inquiétude.

— Monsieur Spectralis… vous allez encore sauter dans le vide ?

Silas s'accroupit.

— Pas dans le vide. Dans la lumière. Et cette fois, je ne suis pas tout seul.

Maé fronça les sourcils.

— Promis ?

— Promis.

Il se releva. Son manteau reprit une teinte bleu profond, stable.

— Nila, tu viens avec moi en support à distance.

— Évidemment. Tu crois que je vais te laisser jouer au météore sans moi ?

Arven hocha la tête.

— Je mobilise une équipe. Et Spectralis… si vous avez une idée, même étrange, dites-la.

Silas esquissa un sourire.

— J'en ai une. Et elle est très étrange.

Chapitre 5 : La course au réacteur et le piège de Rift

Le Réacteur Solaire Central ressemblait à une fleur géante de métal et de verre, avec des pétales qui captaient la lumière du jour… même la nuit, grâce à des panneaux qui stockaient l'énergie. Autour, des tours de refroidissement diffusaient une vapeur bleutée.

Mais ce soir, la fleur tremblait.

La sphère noire flottait au-dessus du dôme principal. Les projecteurs tentaient de l'éclairer, mais leurs faisceaux disparaissaient, avalés. Des ingénieurs évacuaient en courant, guidés par des drones des Secours Spéciaux.

Spectralis arriva sur une passerelle. Derrière lui, trois drones brouilleurs, plus gros que des pigeons, attendaient, leurs antennes déployées.

— Nila, tu me lis ?

— Fort et clair. Les drones sont synchronisés. Tu dois leur créer une trajectoire stable. Et Silas… Rift est dans les parages. Je capte son signal, comme une empreinte.

Silas ferma les yeux une seconde. Il sentit l'aspiration tirer sur sa lumière, comme si quelqu'un essayait de lui voler son souffle. Il ne pouvait pas lutter en force. Il devait être malin.

Il leva le Prismateur, et un long ruban lumineux se déroula dans l'air, traçant un couloir qui serpentait jusqu'au dôme. Il scintillait comme un tunnel de verre liquide.

— Drones, go ! lança Arven dans son micro.

Les drones s'engouffrèrent dans le couloir, protégés par la lumière. Ils approchèrent de la sphère noire et activèrent le brouillage : des ondes bleues se propagèrent, comme des rides sur l'eau.

La sphère hésita. Son contour vibra. Pendant un instant, on vit presque… des étincelles, comme si elle avalait trop vite.

— Ça marche ! s'exclama Nila.

— Oui… mais pas assez, grogna Silas.

Car une voix s'éleva depuis une plateforme en hauteur, amplifiée par un haut-parleur :

— Bravo, Spectralis ! Tu mets des pansements sur un trou d'univers !

Rift apparut, capuche au vent, son masque lisse illuminé par la ligne centrale. Dans sa main, un petit boîtier pulsait : l'émetteur.

— Rift ! cria Silas. Arrête !

— Je vais arrêter… quand la ville écoutera. Quand elle comprendra ce que c'est que d'être effacé.

Rift appuya sur le boîtier.

La sphère noire se mit à tourner plus vite. L'aspiration devint un rugissement sourd. Le couloir de lumière de Silas se plia, menaçant de se déchirer.

— Silas ! alerta Nila. Ton Prismateur atteint la limite !

— Je sais !

Silas prit une décision difficile : il coupa le couloir. Les drones, privés de protection, furent repoussés et retombèrent plus loin, endommagés mais entiers.

Arven jura entre ses dents.

— On perd le brouillage !

— Pas encore, répondit Silas. On change de plan.

Il projeta une série de miroirs de lumière, des plaques flottantes qui renvoyaient les rares faisceaux disponibles. Au lieu d'attaquer la sphère, il illumina Rift, l'encerclant de reflets multiples. Rift se retrouva face à cent versions de lui-même.

— Arrête de te cacher, lança Silas. Regarde ce que tu fais.

— Tu crois me faire la morale avec des trucs brillants ? répliqua Rift. Tu ne comprends pas !

Silas s'avança, lentement, en gardant les miroirs en place.

— Si. Je comprends qu'on puisse se sentir invisible. Mais tu n'as pas le droit de rendre les autres invisibles aussi.

Rift trembla. Son boîtier pulsa. L'anomalie répondit, comme un animal fidèle.

Nila intervint dans l'oreillette, la voix tendue :

— Silas, j'ai une fenêtre. Si tu tiens Rift occupé dix secondes, je peux envoyer un signal de contre-phase depuis la base. Ça peut neutraliser son émetteur… mais il faut un relais proche.

— Un relais proche, répéta Silas. Moi.

— Exactement. Mais ça va te secouer.

Silas sourit, malgré tout.

— Je suis déjà secoué. Vas-y.

Il bondit. Pas vers Rift directement : vers un pylône métallique entre eux. Il y colla sa main, et son manteau passa au blanc éclatant. Il envoya un filament de lumière dans le métal, transformant le pylône en antenne improvisée.

— Maintenant, Nila !

Une onde invisible traversa l'air. Silas la sentit comme un frisson dans les os. Rift recula, son boîtier grésillant. La ligne lumineuse sur son masque clignota.

— Non… non, arrête ça !

— C'est toi qui dois arrêter, dit Silas, la voix ferme.

Le boîtier de Rift émit un dernier bip… puis s'éteignit.

La sphère noire vacilla, comme surprise d'avoir perdu sa laisse. L'aspiration diminua, mais l'anomalie ne disparut pas. Elle flottait toujours, instable, dangereuse, comme une tempête sans pilote.

— On a coupé le contrôle, annonça Nila. Mais l'anomalie reste. Il faut la refermer.

Silas regarda la sphère. Ses mains tremblaient. Le Prismateur chauffait, au bord de la saturation.

Arven s'approcha, essoufflé.

— Spectralis, quelles sont vos instructions ?

Silas avala sa fatigue.

— On va la refermer ensemble. Et je vais devoir faire quelque chose d'un peu… idiot.

— Ça, je m'en doutais, répondit Arven.

Silas leva les yeux vers le ciel sombre de Nova-Cité.

— La lumière ne se donne pas. Elle se partage. Alors… partageons.

Chapitre 6 : Le dôme de lumière et la promesse

Silas se plaça au centre de la passerelle, face à la sphère noire. Autour, les équipes des Secours Spéciaux se mettaient en position. Arven dirigeait les opérations, envoyant des instructions claires. Des projecteurs mobiles furent orientés, non pour attaquer l'anomalie, mais pour alimenter une structure.

— Nila, je vais créer un dôme, dit Silas. Une coquille de lumière qui va forcer l'anomalie à se comprimer.

— Silas… ça demande une stabilité énorme.

— Alors je ne la ferai pas seul.

Nila tapa sur sa console, depuis la base de secours.

— J'ouvre le réseau des panneaux du réacteur en mode miroir. Je peux te fournir un flux lumineux régulier… si tu le guides.

Arven ajouta :

— Et mes équipes vont refléter avec les projecteurs. On fait une chaîne.

Silas posa ses deux mains devant lui. Le Prismateur s'illumina, puis projeta une fine arche. Les panneaux du réacteur renvoyèrent le faisceau, les projecteurs le captèrent, d'autres le renvoyèrent. La lumière circula, non comme une arme, mais comme une corde tendue entre des mains.

Peu à peu, un dôme se forma autour de la sphère noire : une bulle brillante, avec des nervures comme celles d'une lanterne.

La sphère tenta d'aspirer, mais elle rencontrait désormais un mur de lumière alimenté par des dizaines de sources. Chaque fois qu'elle tirait, le dôme résistait et se renforçait.

Silas serra les dents, la sueur au front.

— Plus… fort… souffla-t-il.

— Tu tiens ! cria Nila. Continue ! Pense à un rythme. Ne force pas, conduis !

Silas se concentra, comme un chef d'orchestre. Il imagina la lumière comme une musique : un battement régulier, une vague qui revient toujours. Son manteau pulsa au même tempo.

La sphère noire se mit à rétrécir. Son contour se froissa, comme une feuille qu'on compresse. Puis, d'un coup, elle se replia sur elle-même, devenant une petite bille sombre, grosse comme une noix.

Silas la captura dans une cage de lumière, une sorte de boîte transparente.

— Arven ! Prenez-la ! Contenez-la en sécurité !

Les Secours Spéciaux approchèrent avec un conteneur isolant, et la bille fut enfermée, surveillée, stabilisée.

Un silence lourd retomba sur le réacteur. Puis, d'un coup, les lumières de Nova-Cité se rallumèrent, une à une, comme si la ville reprenait une respiration.

Sur une plateforme, Rift était agenouillé, maintenu à distance par des agents. Son masque avait été retiré : c'était un jeune homme au visage fatigué, avec des yeux trop éveillés pour son âge.

Silas s'approcha, sans colère spectaculaire, juste avec une gravité solide.

— Tu as failli tout casser.

Rift serra les poings.

— Vous ne comprenez pas… je voulais qu'on me voie.

— Je te vois, dit Silas. Et je vois surtout que tu as besoin d'aide. Pas d'un trou dans le ciel.

Rift baissa la tête, la respiration saccadée. Ce n'était pas une excuse. Ce n'était pas une victoire parfaite. Mais c'était un début.

Arven posa une main sur l'épaule de Silas.

— La ville te doit beaucoup.

— Elle ne me doit rien, répondit Silas. Je lui dois, moi. C'est… le contrat.

Un peu plus loin, Maé était revenue avec un groupe d'évacués, encadrée par des bénévoles. Elle aperçut Silas et lui fit un signe timide. Il répondit d'un geste du manteau, qui prit une teinte dorée, douce comme un lever de soleil.

Plus tard, quand la tension retomba, Silas retourna à la base de secours sous le Stade Orion. Nila l'y attendait, les bras croisés.

— Tu as survécu, dit-elle. C'est pratique.

— J'ai pensé à toi, répondit Silas. Je me suis dit : si je meurs, tu vas me faire un discours de trois heures.

— Quatre, corrigea-t-elle. Avec une liste de reproches.

Ils marchèrent entre les rangées de lits de camp, où des familles se reposaient enfin. Silas regarda les bénévoles, les médecins, les techniciens. Des gens sans manteau lumineux. Des gens indispensables.

— J'ai eu de la chance, murmura Silas.

— Non, dit Nila. Tu as fait ton devoir. Et tu as accepté de coopérer. Ça, c'est du courage.

Silas s'arrêta devant une vitre qui donnait sur le terrain du stade, vide, éclairé par des projecteurs tranquilles.

— Mon Prismateur a failli lâcher. Mon contrôle aussi.

— Alors entraîne-toi, dit Nila simplement. Pas pour être plus fort pour toi. Pour être plus sûr pour eux.

Silas hocha la tête. Son reflet dans la vitre montrait un homme fatigué, mais debout, avec une lumière qui ne demandait qu'à apprendre à mieux briller.

Il posa une main sur sa bague-tech.

— Je te le promets, Nila. À partir de demain, entraînement. Régulier. Sérieux. Et… un peu moins idiot.

— Oh, non, protesta Nila. Garde une petite part d'idiotie. Ça rend les héros supportables.

Silas rit, un rire clair qui réchauffa l'air.

— D'accord. Promis. Entraînement… et humour obligatoire.

Et dehors, Nova-Cité brillait de nouveau, non pas parce qu'un seul homme portait un manteau de lumière, mais parce qu'une ville entière avait décidé de rester debout, ensemble.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Fibres photoniques
Fils très fins qui transportent ou changent la lumière, utilisés comme matériau spécial.
Prismateur
Appareil qui sert à plier ou contrôler la lumière pour créer protections ou ponts.
Aspiration
Action de tirer ou d'aspirer quelque chose vers l'intérieur, comme un vide qui attire.
Anomalie de densité photique
Problème étrange où la lumière change de façon anormale ou devient plus dense.
Bouclier
Protection en forme de barrière qui empêche un danger d'atteindre quelqu'un ou quelque chose.
Console
Tablette ou machine avec des écrans et boutons pour contrôler des appareils ou systèmes.
Instable
Qui change souvent ou qui n'est pas sûr, qui peut se casser ou tomber rapidement.
Recalibrage
Action d'ajuster un appareil pour qu'il fonctionne mieux ou selon la bonne mesure.
émetteur inversé
Appareil qui envoie un signal en sens contraire pour gêner ou changer d'autres signaux.
Conteneur isolant
Boîte spéciale qui garde à l'écart la chaleur, le froid ou les ondes dangereuses.
Brouillage
Action de rendre un signal confus ou illisible, comme empêcher une radio de fonctionner.
Dôme
Structure en forme de demi-sphère qui couvre ou protège une zone en hauteur.

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