Chargement en cours...
Histoire de super-héros 11 à 12 ans Lecture 28 min. (1)

Voltige et le marécage de Néon-sur-Seine

Voltige, un héros urbain aidé par la veilleuse Naya, doit affronter une mystérieuse pousse marécageuse qui transforme les canaux et menace le Jardin Vertical de Néon-sur-Seine, en remontant jusqu’à sa source pour empêcher la ville d’être envahie.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Un homme d’une trentaine d’années au centre — regard calme, visage carré, cheveux bruns humides, veste noire à liserés bleu électrique et gants métalliques lumineux — tient un petit conteneur argenté contenant une « graine » verte et active de l’autre main un champ bleu translucide repoussant une boue verte visqueuse; à gauche Naya, vers 30 ans, tenue orange de secours, cheveux courts foncés, mains sur un communicateur, expression soulagée et sérieuse, sur le toit d’un bus immobilisé; en arrière-plan le Dr Keln, ~60 ans, cheveux gris en bataille, lunettes rondes, combinaison verte froissée près d’un panneau de commande, l’air penaud; lieu : docks de la ville la nuit, quais en béton partiellement submergés, panneaux de chantier, conteneurs empilés, lampes jaunes, flaques de boue verte reflétant les néons et silhouette au loin d’une tour en construction avec terrasses végétales; situation : confrontation apaisée — un super-héros contient une invasion végétale urbaine avec champs lumineux bleus et verts phosphorescents, textures collantes, éclats de métal, atmosphère tendue mais rassurante; palette pop art contrastée : verts acides, bleus électriques, jaunes chauds et noirs profonds. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le garçon aux gants d'orage

Dans la ville de Néon-sur-Seine, les immeubles ressemblaient à des falaises de verre. La nuit, les panneaux lumineux clignotaient comme des constellations apprivoisées. Et tout en haut d'une tour de maintenance, un homme observait la ville comme on surveille un feu de camp… sauf que ce feu de camp faisait trois millions d'habitants.

Il s'appelait Lyderis Varn. Mais dans les rues, on le connaissait sous un nom qui claquait comme une étincelle : Voltige.

Voltige n'avait pas une cape qui flotte au vent. Il portait une veste noire à liserés bleu électrique, des bottes renforcées et, surtout, deux gants métalliques parcourus de fines veines lumineuses. Quand il bougeait les doigts, on aurait dit qu'il pianotait sur l'orage. Son masque, mince et angulaire, laissait voir ses yeux gris, très calmes—des yeux de quelqu'un qui réfléchit avant de bondir.

Cette nuit-là, son bracelet-communicateur vibra.

— Voltige ? Ici Naya, du poste central. On a un souci. Un gros souci.

Naya, sa partenaire au centre de contrôle municipal, était une voix dans son oreille et une lumière dans sa tête : rapide, précise, impossible à endormir.

— Dis-moi, répondit Voltige. Et ne me dis pas que c'est encore un drone-livreur qui a confondu un lampadaire avec une piste d'atterrissage.

— J'aimerais. Non. Les stations de purification d'eau affichent des erreurs en cascade. Les capteurs disent… que l'eau change. Elle devient visqueuse. Et ça sent la vase.

Voltige fronça les sourcils. Dans une ville pleine de gadgets, l'eau restait la chose la plus fragile. La plus essentielle.

— D'où ça vient ?

— Les données convergent vers le Quartier des Docks. Les vieux canaux. Là où les travaux ont commencé pour le projet “Jardin Vertical”.

Voltige inspira. Il aimait les jardins, mais pas quand ils mordaient.

— J'arrive. Et Naya… coupe les prises d'eau secondaires. Prudence maximale.

— Déjà fait. Et Voltige ?… Fais attention. On dirait un marécage qui se réveille.

— Parfait, marmonna-t-il. J'ai justement des bottes.

Il sauta.

Pas comme une chute. Comme une décision. Ses gants s'illuminèrent, et un champ électromagnétique le stabilisa, le propulsant entre les toits en bonds tendus. Un super-héros n'avait pas besoin d'ailes quand il savait dompter la ville comme un trampoline.

En dessous, Néon-sur-Seine vibrait. Des taxis autonomes glissaient en silence. Des écrans publicitaires souriaient trop fort. Et au loin, près des Docks, une lueur verte palpitait—pas la lueur sympathique d'un feu de signalisation. Une lueur qui promettait des problèmes.

Chapitre 2 : L'eau qui chuchote

Les Docks sentaient le métal humide et les souvenirs. Les anciens canaux étaient coincés entre des entrepôts reconvertis en ateliers, et des pelleteuses dormaient derrière des barrières. Sauf qu'au milieu de tout ça, l'eau n'était plus de l'eau.

Elle bouillonnait lentement, épaisse comme une soupe trop cuite. De petites bulles éclataient à la surface et libéraient une odeur de marais, de feuilles pourries, comme si la rivière avait décidé de se déguiser en jungle.

Voltige atterrit sur un ponton. Le bois grinça. Il s'accroupit, tendit la main au-dessus de la surface et laissa ses gants analyser.

Des chiffres défilèrent sur le dos de sa paume.

Conductivité instable… matière organique inconnue… murmura-t-il.

— Voltige, tu vois ça ? demanda Naya, la voix plus basse.

— Je le sens presque me regarder.

Un bruit de succion répondit, comme un chewing-gum géant qu'on arrache. Une excroissance verte sortit de l'eau, se dressa, puis se divisa en trois filaments luisants. Les filaments palpèrent l'air.

— Ah. Voilà la partie “bonjour”, dit Voltige.

Les filaments se jetèrent vers lui. Voltige recula d'un pas—pas de panique, pas de précipitation. Il avait appris que la précipitation, c'était juste de la panique déguisée en courage.

Il claqua des doigts. Une impulsion bleue jaillit de ses gants, un arc électrique fin comme un fouet. Le filament se rétracta en grésillant, sans brûler ni exploser, juste assez pour le faire lâcher.

— Zéro violence inutile, chuchota Voltige. On est là pour protéger, pas pour casser.

— Les habitants des Docks commencent à appeler, annonça Naya. Certains parlent de “lianes” qui sortent des bouches d'égout.

Voltige lança un regard vers une bouche d'égout à dix mètres. Son couvercle vibrait légèrement, comme si quelqu'un frappait en dessous. Sauf que “quelqu'un” avait l'air très… gluante.

— D'accord. On a un envahisseur végétal aquatique. Un marécage qui veut s'installer en ville. Il nous faut une stratégie, dit Voltige, plus pour lui-même que pour Naya.

— Tu as une idée ?

Voltige observa : la lueur verte semblait venir d'un bâtiment bas, une ancienne station de pompage à moitié rénovée. Sur sa façade, une pancarte : “Accès interdit – chantier”.

— Je commence par la source. Et j'évite de jouer au héros tête baissée. Enfin… plus que d'habitude.

— J'aime quand tu fais semblant d'être prudent, répondit Naya.

— Je suis prudent. Je fais juste des choses dangereuses… avec un plan.

Il avança en longeant le canal, en sautant par-dessus des flaques qui fumaient légèrement. Chaque fois qu'il posait le pied, il testait la solidité du sol. Prudence : c'était aussi simple que ça, et aussi difficile que de l'appliquer quand la ville te regarde.

Un gémissement métallique résonna. Le couvercle de l'égout sauta.

De la bouche noire jaillit une gerbe de mousse verdâtre, puis une forme ronde, comme une boule de boue vivante. Deux yeux pâles s'ouvrirent à l'intérieur, lents et curieux.

— Bonsoir, dit Voltige. Tu n'as pas une invitation, toi.

La boule roula vers lui. Voltige ne recula pas : il pivota, se propulsa sur une rambarde, puis sauta sur le toit d'un conteneur. De là-haut, il vit plusieurs bouches d'égout trembler.

— Naya, combien d'éruptions ?

— Au moins douze sur les capteurs. Ça s'étend.

— Alors on coupe court. Je vais à la station de pompage. Et toi, tu déclenches l'alerte douce : évacuation des quais, sans paniquer.

— Déjà en cours. Voltige… la station de pompage est connectée au réseau d'irrigation du Jardin Vertical.

Voltige comprit. Si la chose gagnait l'irrigation, elle grimperait partout. Murs, toits, parcs. Une ville entière transformée en marécage.

— D'accord, dit-il. On va empêcher la ville de devenir une grenouille.

— Une quoi ?

— Longue histoire. J'y vais.

Chapitre 3 : Stratégie sous les lampes de chantier

La station de pompage ressemblait à une boîte de béton posée près de l'eau. Une porte métallique portait des traces de griffures—ou plutôt, de racines.

Voltige se glissa derrière une pile de tuyaux. Il observa. Le bâtiment vibrait, comme si une respiration lente le traversait. Une lueur verte filtrait par les interstices.

Il activa son micro.

— Naya, écoute. On a trois objectifs : un, protéger les gens. Deux, contenir la propagation. Trois, comprendre ce que c'est.

— Je t'écoute.

— Si c'est une forme de bio-technologie, elle doit avoir un noyau de contrôle. Une “graine-mère”. Si on l'isole, tout le reste s'affaiblira.

— Et si ce n'est pas de la techno, mais… juste un marais mutant ?

— Alors c'est un marais avec de l'ambition, et ça me dérange encore plus.

Il sortit un petit module de sa ceinture : un disque noir, pas plus grand qu'un biscuit.

— J'ai un neutraliseur d'ondes d'irrigation, dit-il. Je le place sur la conduite principale : ça bloque l'accès au réseau du Jardin Vertical pendant quelques minutes.

— Et après ?

— Après, on improvise, répondit-il. Mais une improvisation prudente, hein.

— C'est nouveau, ça.

Voltige se redressa, prit une profonde inspiration, et s'élança vers la porte. Il colla le disque sur une conduite extérieure : clic. Une lumière orange apparut.

— Neutralisation en cours, annonça le module d'une voix neutre.

— Merci, petit biscuit, murmura Voltige.

Il poussa la porte. Elle résista, puis céda avec un gémissement. À l'intérieur, l'air était lourd, humide, et rempli d'un bourdonnement grave. Des tuyaux couraient partout. Sur les murs, des veines vertes—des racines—s'étaient étalées comme des fissures lumineuses.

Et au centre, dans une cuve ouverte, quelque chose pulsait : une masse de boue et de feuilles, avec un cœur brillant au milieu, comme un œil de phare sous l'eau.

Voltige chuchota :

— Bonjour, graine-mère.

La masse frissonna. Des tentacules végétaux jaillirent et fouettèrent l'air. Voltige fit un pas de côté, glissa sur le sol humide, rattrapa un tuyau pour ne pas tomber.

— Prudence, prudence, prudence, se rappela-t-il.

Il ne pouvait pas juste électrifier tout le bâtiment. Trop de risques : incendie, court-circuit, explosion de conduite. Protéger la ville, c'était aussi éviter de la casser pour la sauver.

— Naya, je suis face au noyau. Il est dans une cuve. Je peux le perturber, mais il me faut une solution propre.

— Solution propre… dans une cuve de boue vivante. L'ironie de la nuit, dit Naya. Attends… Les capteurs thermiques montrent que le noyau réagit au froid. Quand la température baisse, l'activité ralentit.

Voltige sourit sous son masque.

— Donc on ne le frappe pas. On le… refroidit.

— La station a des systèmes de refroidissement pour les pompes. Si tu les réactives en mode max…

— …je peux endormir la graine-mère. Et la capturer.

Une racine claqua près de son épaule. Voltige se baissa.

— Reste avec moi, Naya. Je vais vers le panneau de contrôle. Si je trébuche dans la boue, tu as le droit de te moquer.

— Je me moque déjà. Mais avec affection.

Voltige se propulsa vers une passerelle métallique. La racine tenta de l'attraper. Il envoya une micro-décharge, juste assez pour la faire reculer, puis courut en équilibre, les mains ouvertes, prêt à se rattraper.

Le panneau de contrôle était couvert de mousse. Voltige l'essuya d'un revers de gant. Des boutons clignotaient.

— Allez… mode refroidissement… souffle glacial… je prends tout.

Il appuya.

Des ventilateurs se mirent à hurler. Un air froid se répandit. La lueur verte du noyau vacilla, comme une lampe qui hésite. Les racines ralentirent, un peu moins vives.

— Ça marche ! s'exclama Naya.

— Oui, mais… pas assez vite.

Car derrière lui, le sol vibra. Une partie du plancher se fissura, et un flot de boue s'infiltra, glissant vers la sortie, vers l'extérieur.

— Elle veut s'échapper, dit Voltige. Vers les canaux.

— Voltige, si ça sort…

— Je sais. Alors je vais devoir la suivre. Et vite.

Il regarda le noyau, puis la boue qui fuyait. Il prit une décision.

— Je vais contenir dehors. Toi, tu verrouilles les vannes des canaux du quartier. Tu peux ?

— Je peux, mais ça risque de créer une montée des eaux.

— Prudence, encore. Tu le fais par sections. Pas tout d'un coup.

— Reçu.

Voltige courut vers la sortie. Derrière lui, la station gémissait comme un animal malade. Devant lui, la nuit des Docks s'ouvrait… et la boue vivante se répandait déjà, dessinant un chemin luisant vers la ville.

Chapitre 4 : Le marécage urbain

En quelques minutes, les Docks n'étaient plus vraiment des Docks. C'était un marécage urbain.

L'eau avait débordé des canaux. Elle s'était mélangée à la boue verte, aux algues, à des feuilles apparues de nulle part. Entre les trottoirs, des flaques épaisses engloutissaient les pieds des barrières. Des roseaux étranges poussaient dans les fissures du béton, comme s'ils avaient toujours vécu là.

— J'espère que personne n'a décidé de faire du roller ce soir, grogna Voltige.

Il avançait prudemment, testant chaque appui. Ses bottes s'enfonçaient parfois jusqu'à la cheville. Un faux pas, et il pouvait se retrouver coincé.

À gauche, un bus autonome s'était arrêté, roues à moitié prises dans la boue. À l'intérieur, des gens regardaient par les fenêtres, inquiets.

Voltige grimpa sur le toit du bus, frappa doucement à la trappe d'urgence.

— Hé ! Ça va ?

Une femme ouvrit la trappe de quelques centimètres.

— Vous êtes… Voltige ?

— Le vrai, oui. Enfin, je crois. Écoutez : restez à l'intérieur, ce bus est plus stable que le sol. N'ouvrez pas les portes. Les secours arrivent, d'accord ?

— D'accord… Merci !

— Et si vous voyez une grenouille géante, vous me prévenez. C'est une blague. Sauf si ce n'en est pas une.

La femme cligna des yeux, puis referma.

Voltige sauta au sol—mauvaise idée. La boue aspira sa botte avec un “plop” humiliant. Il tira, grimace.

— Naya… si je disparais dans un marécage, dis aux journaux que c'était très classe.

— Impossible. Les caméras te filment. Et ce “plop” va devenir un son de notification, répondit Naya, ravie.

Voltige réussit à se libérer et grimpa sur une passerelle de chantier. De là, il aperçut le vrai danger : la boue se dirigeait vers une grande bouche de distribution, un nœud qui connectait les canaux au réseau d'irrigation.

Le neutraliseur qu'il avait posé avait gagné du temps, mais pas éternellement.

— Naya, combien de temps avant que mon “biscuit” lâche ?

— Quatre minutes, peut-être moins.

— Alors on fait sans.

Voltige observa le terrain. Les racines formaient des ponts, des pièges. La boue avançait comme une marée lente mais sûre. Il fallait canaliser l'ennemi… comme on canalise une rivière.

— Stratégie, dit-il. On n'attaque pas partout. On force la boue à passer par un couloir.

— Comment ?

Voltige repéra des conteneurs, des barrières mobiles, des panneaux de chantier.

— Je vais créer un entonnoir. Et au bout… je lui offre quelque chose qu'elle adore.

— Quoi ?

— L'électricité. Mais dosée. Un champ qui la repousse, sans tout griller.

Il sauta sur un conteneur, poussa une barrière avec une force amplifiée par ses gants. La barrière glissa, se planta dans la boue. Il en poussa une autre. Puis une troisième. Petit à petit, il dessina un passage étroit qui menait vers une zone de béton plus sèche, près d'un ancien transformateur électrique.

— Voltige, attention ! cria Naya.

Une liane jaillit, s'enroula autour de sa jambe. Voltige tomba sur un genou, mais ne paniqua pas. Il posa une main sur la liane.

— D'accord. Pas de lutte stupide.

Il relâcha sa jambe, laissa la liane tirer… puis, au dernier moment, il envoya une impulsion brève. La liane se relâcha, surprise, comme si elle avait touché une poignée de porte glacée.

Voltige roula sur le côté, se releva.

— Merci pour la danse, dit-il. Mais je mène.

La boue commença à s'engouffrer dans l'entonnoir qu'il avait créé. Comme si elle n'avait pas compris le piège. Ou comme si elle n'avait pas le choix.

— Elle suit ! annonça Naya. Les capteurs montrent un flux concentré.

— Parfait.

Voltige grimpa sur le transformateur, ouvrit un panneau d'accès. À l'intérieur, des câbles épais. Il ne voulait pas les arracher. Prudence. Toujours.

Il connecta ses gants au système via un adaptateur magnétique, et régla la puissance.

— Naya, si je me trompe, je fais sauter un quartier.

— Super. Pression minimale, alors.

— J'ai dit “si”. Pas “quand”.

Il inspira. Puis déclencha.

Un champ bleuté se forma au-dessus du sol, comme une brume lumineuse. La boue qui approchait ralentit, frissonna, et recula légèrement.

— Ça la repousse ! s'exclama Naya.

— Oui, mais elle est têtue.

La masse verte s'agita, tenta de contourner. Voltige ajusta, élargit le champ. Il transpirait. Ses gants chauffaient. Pas de surchauffe. Pas d'erreur.

Et alors, au milieu de la boue, une forme plus brillante apparut : un fragment du noyau, sans doute expulsé par la station. Un petit “cœur” mobile, qui guidait le reste.

— Je te vois, murmura Voltige.

Il sauta, atterrit sur une plaque de béton, tendit la main, et envoya une impulsion ciblée—un “clic” électrique, précis comme une pichenette.

Le cœur vert se figea. La boue autour hésita, comme une foule qui perd son chef.

— Maintenant, dit Voltige. Naya, verrouille la section !

— Verrouillage ! Les vannes se ferment, section par section.

L'eau des canaux changea de courant. La boue, privée de chemin, s'étala et ralentit. Les racines se flétrirent légèrement, comme des doigts fatigués.

Voltige attrapa le cœur figé avec une pince isolante et le glissa dans un conteneur sécurisé de sa ceinture.

— Un souvenir de vacances, souffla-t-il. Vacances très humides.

Mais la ville n'avait pas fini de tester son courage.

Chapitre 5 : La tour du Jardin Vertical

Au loin, une sirène douce retentit : évacuation en cours. Des drones de secours survolaient les Docks, guidant les habitants vers des zones sûres.

Voltige, lui, levait les yeux vers la Tour du Jardin Vertical : un gratte-ciel en construction, couvert de terrasses prévues pour des plantes, des arbres, des lianes décoratives. Un paradis suspendu… qui pouvait devenir un cauchemar si le marécage l'atteignait.

— Naya, dis-moi que l'irrigation est coupée partout.

— Presque. Mais il y a une ligne d'urgence indépendante. Elle alimente la tour. Et… elle vient de s'activer.

Voltige serra les dents.

— Quelqu'un a enclenché ça ?

— Soit un bug. Soit… quelqu'un qui aime les plantes un peu trop.

Voltige pensa à un nom, un scientifique connu pour ses idées “écologiques” trop radicales : Docteur Chloris Keln, surnommé dans les forums “le Jardinier Fou”. Il n'avait jamais été violent, mais il croyait que la ville devait “retourner à la nature”, même si la nature ne demandait pas son avis.

— Je monte à la tour, dit Voltige. Garde les gens loin. Et prépare une coupure générale si je te le demande. Mais seulement si c'est indispensable.

— Prudence, je sais.

— J'ai l'impression de t'avoir contaminée, répondit Voltige.

Il se propulsa vers la tour. Sur les terrasses, des plantes avaient déjà poussé… trop vite. Des feuilles larges comme des parasols, des tiges torsadées. Des gouttes de boue verte glissaient le long des murs, comme des larmes.

À l'entrée, un homme en combinaison verte ajustait un boîtier sur un panneau. Cheveux gris en bataille, lunettes rondes, sourire trop content.

— Docteur Keln, lança Voltige en atterrissant à quelques mètres. Vous faites du jardinage de nuit ?

Keln se retourna, ravi.

— Voltige ! Quel honneur. Vous arrivez juste à temps pour voir la ville respirer. Elle étouffe sous le béton, vous ne comprenez pas ?

— Je comprends surtout que des gens sont en danger.

— Le danger, c'est la ville elle-même ! Les canaux, les conduites, tout est une cage. Moi, je libère la vie.

Voltige montra le conteneur à sa ceinture.

— Et ça, c'est votre “vie” ? Un cœur de boue qui envahit les rues ?

Keln plissa les yeux.

— Vous l'avez capturé… Intéressant. Mais vous n'avez attrapé qu'un fragment. La graine-mère est déjà connectée à la tour. Elle monte.

Comme pour lui donner raison, une vibration parcourut la structure. Un ascenseur de service s'ouvrit tout seul. À l'intérieur, des racines ondulaient comme des câbles vivants.

Voltige s'approcha de Keln, sans menace excessive, mais avec une autorité claire.

— Docteur. Coupez la ligne d'urgence. Maintenant. On parlera ensuite.

Keln leva les mains.

— Oh, je suis prudent, moi. J'ai prévu un protocole. La graine ne fera pas de mal aux humains si on ne la contrarie pas.

— C'est ça, votre plan ? “Ne la contrariez pas” ?

— Exactement !

Voltige soupira.

— Mauvaise nouvelle : les marécages ne lisent pas les protocoles.

Il se tourna vers Naya via le communicateur.

— Naya, je vais grimper jusqu'au cœur de commande de la tour. Je dois déconnecter la graine-mère. Si je n'y arrive pas, prépare une coupure électrique ciblée, mais attends mon signal.

— Reçu. Voltige… fais attention à l'ascenseur.

— Je prends les escaliers. Je suis héroïque, pas paresseux.

Il se mit à monter. Les escaliers étaient humides, glissants. Des pousses sortaient des coins. La tour était en train de se transformer en serre sauvage.

À mi-hauteur, une racine bloqua le passage, épaisse comme un tronc. Voltige posa la main dessus. Il sentit une vibration—une sorte de “pouls”.

— C'est vivant, murmura-t-il. Et ça a peur.

Il choisit la prudence : pas de grosse décharge. Il utilisa ses gants pour générer une oscillation douce, un champ qui faisait “picoter” la racine sans la brûler. La racine se retira lentement, comme si on lui avait demandé poliment.

— Merci, dit Voltige. On peut coopérer, tu vois ?

Plus haut, il trouva la salle de contrôle des irrigations : un dôme vitré donnant sur la ville. Sur le sol, une mare verte pulsait autour d'un boîtier central. Et au-dessus, suspendue comme une méduse de feuilles, la graine-mère—plus grande, plus brillante, reliée aux tuyaux.

Voltige sentit son cœur battre plus vite. Pas de panique. Plan.

— Étape un : isoler la connexion. Étape deux : refroidir. Étape trois : capturer.

— Voltige, dit Naya, je te vois sur les caméras. Tu es au sommet.

— Oui. Et j'ai… un gros pot de fleurs en colère.

La graine-mère étendit des filaments vers lui. Voltige recula, puis lança un petit module de refroidissement portable—une capsule qui éclata en brume glacée. Les filaments ralentirent, givrèrent légèrement.

— Ça marche ! souffla Naya.

Voltige s'approcha du boîtier central. Il devait couper la ligne d'urgence sans couper toute la tour. Prudence, encore : une coupure brutale pourrait coincer des gens dans les ascenseurs, ou éteindre les systèmes de sécurité.

Il repéra un interrupteur manuel.

— Keln a voulu tout automatiser, mais il a laissé un bouton “au cas où”. Merci, docteur.

Il actionna le bouton. Un claquement sec. Les tuyaux cessèrent de vibrer. La graine-mère vacilla, comme si on avait coupé sa musique.

— Déconnexion réussie, annonça Naya.

— Maintenant, on la range.

Voltige tendit ses gants, concentra une impulsion qui créa un champ de confinement—une bulle invisible, juste assez pour empêcher les filaments de s'étendre.

La graine-mère se contracta, ralentie par le froid, prisonnière du champ. Voltige la guida doucement vers un conteneur plus grand, qu'il avait fixé sur le sol.

— Allez… doucement… C'est comme attraper une gelée… qui veut conquérir le monde.

Il referma le conteneur : verrouillage triple. La lueur verte devint un point, puis une veilleuse.

Voltige expira.

— Naya, c'est bon. Pas besoin de coupure générale.

— Je savais que tu préférerais le mode “propre”. Les secours disent que les Docks se stabilisent. La boue se retire.

— Alors on a gagné… sauf qu'il reste le docteur.

En bas, des drones de police municipale encerclaient Keln. Le scientifique protestait, mais sans agressivité—plutôt comme quelqu'un à qui on interdit de planter un arbre au milieu d'un salon.

Voltige descendit. Keln le fixa, déçu.

— Vous avez étouffé la nature.

— Non, dit Voltige. J'ai évité qu'elle étouffe des gens. La nature, c'est beau… quand on la respecte. Pas quand on la lâche en ville comme un animal perdu.

Keln baissa les yeux.

— Je voulais aider.

— Alors apprenez la prudence, répondit Voltige. L'envie de bien faire n'est pas un casque de sécurité.

Keln ne répondit pas. Les drones l'emmenèrent doucement.

Le ciel commençait à pâlir. Néon-sur-Seine, épuisée, respirait encore.

Chapitre 6 : Le son qui rassure

Au matin, le marécage urbain s'était dissous. Les équipes de nettoyage aspiraient les dernières traces de boue verte. Les habitants des Docks sortaient prudemment, comme après un orage. Certains saluaient Voltige de loin, d'autres lui faisaient signe, un peu gênés, comme si dire “merci” était trop petit pour une nuit pareille.

Voltige était assis sur le rebord d'une fontaine, masque relevé, les cheveux bruns collés par l'humidité. Naya le rejoignit enfin en personne, descendant d'un véhicule du centre de contrôle. Elle avait une veste orange et un regard qui disait : “Je t'avais dit de faire attention.”

— Tu sens le marais, annonça-t-elle.

— Je sais. C'est ma nouvelle eau de toilette : “Eau de Vasière”. Très tendance.

Naya rit, puis se fit sérieuse.

— Tu as bien géré. Tu as pensé à la ville entière, pas juste au monstre. Tu as choisi des solutions prudentes.

Voltige regarda ses gants. Les veines lumineuses étaient éteintes, au repos.

— J'ai eu peur de me tromper, avoua-t-il. Une erreur, et tout pouvait empirer. Mais… c'est ça, être responsable. On agit, mais on vérifie. On protège, même quand ça demande de ralentir.

Naya hocha la tête.

— Les gens retiennent surtout les sauts et les étincelles. Mais le vrai héroïsme, c'est de savoir quand ne pas appuyer trop fort.

Voltige se leva. La lumière du matin se reflétait sur les vitres, et la ville avait l'air de s'excuser d'avoir eu si peur.

Au loin, sur une vieille église coincée entre deux immeubles modernes, une cloche se mit à sonner. Un son rond, clair, comme une main posée sur l'épaule.

Dong… dong…

Les conversations se calmèrent. Les oiseaux, revenus sur les fils, s'immobilisèrent un instant.

Voltige sourit.

— Tu entends ?

— Oui, dit Naya. Ça sonne… normal. Et c'est rassurant.

Dong… dong…

Voltige regarda Néon-sur-Seine, sa ville de verre et de lumière, et pensa que la protéger, ce n'était pas la dominer. C'était l'écouter. Comprendre ses fragilités. Et faire, à chaque fois, le choix prudent qui garde tout le monde debout.

La cloche continua de sonner, et son écho se répandit comme une promesse dans les rues lavées du matin.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Note actuelle : 2.5 sur 5 (1 avis)

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Falaises de verre
Façades d'immeubles très hautes et réfléchissantes, comme des parois de verre.
Constellations apprivoisées
Images lumineuses contrôlées, comparées à des étoiles domptées par la ville.
Maintenance
Travail d'entretien pour garder les machines ou bâtiments en bon état.
Conductivité instable…
Capacité d'un liquide à laisser passer le courant électrique qui change sans cesse.
Matière organique inconnue…
Substance faite de restes de plantes ou d'êtres vivants, non identifiée.
Cuve
Grand récipient où l'on stocke des liquides ou des mélanges.
Graine-mère
Organe central d'où part la vie de la plante ou de la masse végétale.
Neutraliseur d’ondes d’irrigation
Appareil qui bloque ou perturbe les signaux qui contrôlent l'arrosage.
Irrigation
Action d'apporter de l'eau pour arroser des plantes ou des jardins.
Verrouillage triple
Fermeture très sécurisée qui utilise trois niveaux ou dispositifs différents.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.